Coach Perle (écrit le 26/02/2010)

Je ne me souviens pas du premier mot que j'ai appris en Espagnol. Mais je sais quel est le dernier terme qui est venu enrichir mon vocabulaire: mascotta. Dans la langue de Don Quichotte, «mascotta», ça veut dire «animal de compagnie» ou, pour les anglophones (oui, parce que je rédige ce post dans l'avion qui m'emmène entre Panama City et Los Angeles, ce qui veut dire que, dans quelques heures, terminé les «hola» et les «gracias», on passe aux «hello» et aux «thank you») «pet» (j'ai bien précisé pour les anglophones et non pas pour les francophones!). À Lima, chez Paul et Claudia, il y avait trois mascottes. Deux chats (un ayant pour maître Stéphane, le fiston, l'autre dépendant de Michèle, la cadette) et un chien. Les chats, je ne les pas trop vus. Ils vivaient leur vie et ne venaient à la maison que pour faire pitance. Le chien, ou plutôt la chienne, elle, je l'ai côtoyée tous les jours et elles m'amusait beaucoup, surtout lorsque j'étais dans la piscine. Je ne m'y connais pas trop en race de chien, mais il semble que Perle, c'est son nom, fasse partie des chiens qui aiment l'eau. Du coup, à chaque fois que quelqu'un pique une tête, elle rapplique et reste au bord du bassin durant tout le temps de la baignade. Mais ce qui est vraiment drôle là-dedans, c'est qu'elle ne se contente pas de bronzer mais elle vous suit, faisant, en courant, autant d'allers retours que vous en faîtes en nageant. Et puis, le meilleur du meilleur, c'est que de temps en temps elle aboie un petit coup pour vous encourager. Un vrai coach! Je me suis donc fait un petit plaisir en filmant une session piscine en compagnie de Perla. J'aurais bien voulu ensuite adapter une bande sonore sur le film, malheureusement le seul logiciel dont je dispose pour faire ce genre de chose est Windows Movie Maker et ce soft ne prend pas en charge les «.mov» que génère mon appareil photos... Je ne sais pas si vous avez tout bien suivi, mais pour faire simple, il faudra vous contenter de la bande sonore originale. Voici, cependant, ce qui se passe dans la tête de Perla. Début de la vidéo, avant le départ: «Allez, garçon, courage, l'eau est bonne, j'ai mis ma patte pour voir! Tu peux y aller! Puis t'inquiète pas, je te regarde!» Vous la voyez ensuite passer une première fois devant la caméra «Venga, venga, venga!! C'est ça!! On respire!! Allez, allez, allez» Deuxième passage (vous remarquerez qu'elle revient un peu en arrière): «Bien, bien, bon virage. On continue, faut pas lâcher! Hop, hop, hop, ho... Et, mais qu'est-ce que tu fais?!... Ah, c'est bon, allez, allez!!» Derniers mètres, elle se met de façon à vérifier que je touche le bord pour valider la longueur: «On pousse, on pousse, c'est bientôt terminééééééé... Encore deux mouvemennnnnttttts.... Et on touche!!! Bien, très bien.... Mais l'entraînement n'est pas terminé, faut repartir maintenant!!!!» Après elle repasse une troisième fois puis une quatrième fois et elle s'arrête toute étonnée de me voir sortir de l'eau, mais il fallait bien que j'arrête la caméra! C'est comme ça que se sont déroulés toutes mes baignades sous les yeux de coach Perle.

 

 

Lima: super séjour au supermarché (écrit le 25/02/2010)

J'ai quitté Rio de Janeiro le 29 septembre, il y a presque 5 mois. Durant toute cette durée, j'ai pédalé et crapahuté, lutté contre le vent et le froid, résisté au soleil et à la chaleur, gravi et dévalé des routes vertigineuses... Bref, ça a été sport 24h/24h. En plus de ça, je suis passé dans des coins où il n'y avait ni électricité, ni eau courant, ni même asphalte et, de fait pas d'internet non plus, ce qui a fait que les mises à jour ont parfois été un peu longues. Vous me direz, je suis arrivé à Lima il y a cinq jours, mais je n'ai pas mis beaucoup de nouvelles en ligne. Mais c'est parce que je suis très occupé!

Après des mois de route, de tente et de solitude, je suis extrêmement content de trouver une famille, une maison, un lit et... Une piscine!! Je passe donc le plus clair des mes journées à somnoler ou à faire la planche! Mais je profite aussi de mon petit séjour à Lima pour aller au supermarché juste pour le plaisir des yeux.

Lorsque je suis sur la route et que je vais faire les courses, ce n'est pas pour rigoler. D'abord, j'ai faim et puis surtout il y a Espéranto qui m'attend dans la rue et je n'aime pas trop le laisser tout seul. Je n'ai donc pas trop le temps de papillonner.

Les seuls supermarchés que l'on trouve en Bolivie et au Pérou sont dans les grandes villes et, de ce côté là, Lima est plutôt bien fournie. Entre Plaza Vea, Wong et Tattoo, ça ne manque pas de grandes surfaces dans le secteur!

La partie des magasins que je préfère, ce sont les fruits et légumes. Pour tout le reste, ça ressemble plus ou moins à ce que l'on peut trouver en Europe. Mais pour les fruits et les légumes, alors là, mes amis, c'est génial. Il y en a de toutes les couleurs, de toutes les formes, de toutes les tailles.Carambola, mangos, papayas, granadillas, zapotes, granadas, chirimoyas, maïs morado, higos, ciruelas criollas... À chaque fois que je vais au supermarché j'en découvre des nouveaux. Mais le truc le plus chouette, c'est que, en plus de faire des découvertes avec les yeux, après je fais des découvertes avec le goût! Vraiment, j'adore les supermarchés péruviens!... Et je crois que cet amour est réciproque.

Les gens qui viennent au supermarché font leurs courses et s'en vont. Moi, j'arrive avec mon appareil photo et ma curiosité, j'ouvre des yeux de poissons devant tous les fruits, je les sens, je prends des photos, je me marre tout seul devant la tête de certains légumes et, du coup, je fais bien rire les employés qui viennent me taper la discute pour savoir d'où je sors pour m'esclaffer comme ça face à une cagette de chirimoyas.

Une fois que j'ai bien fait le tour de tous les présentoirs à fruits et légumes, je prends la direction du rayon sport histoire de me divertir un peu. Je teste un peu toutes les machines puis je fais un petit coup de vélo (histoire de ne pas trop perdre l'entraînement!). Évidemment, je n'oublie pas de faire quelques photos, à la grande surprise des clients. Puis lorsque j'ai bien fait mumuse, je vais retrouver Claudia, la maman de la famille qui m'accueille, pour promener un peu dans les rayons biscuits/chocolat/pâtisseries avant de rentrer à la maison où je fais un petit séjour dans la piscine avant d'aller siester un peu. Vous comprendrez donc que je n'ai pas forcément le temps de mettre le site à jour!

 

 

Revenir à la marque (écrit le 19/02/2011)

Ma première confrontation avec la neige remonte à 2005, en Autriche. Alors que je faisais mes première armes de cyclo dans les Alpes, les flocons étaient venus me rendre visite lors du passage du col Timmelsjoch, frontière entre l'Italie et l'Autriche. Il faisait froid et la neige commençait à tenir, mais j'avais réussi à redescendre dans la vallée de l'Inn. Je marquais donc le premier point. 1-0. Quelques années plus tard, en 2008, c'est dans les Alpes françaises que la neige revenait au score en me faisant chuter à ski et en me luxant l'épaule. 1-1. Un an plus tard, mon chemin croisait à nouveau celui de la neige, mais à Yosemite, aux États-Unis et, une nouvelle fois, c'était les flocons qui remportaient la manche, m'obligeant à renoncer à mes projets de PCT et à redescendre dans la vallée. 1-2. Je suis revenu au score au Chili, à Torres del Paine, en passant le John Gardner en dépit des congères, 2-2. Mais la neige est un adversaire coriace et elle est revenue à la charge dans les Andes péruviennes... Où j'ai dû m'incliner.

Ma dernière semaine de vélo devait être sportive 650kms en 6 jours avec une demi douzaine de cols au-dessus de 4000m. Après 3,5 jours de route, j'avais fait 420kms et j'étais bien dans les temps (malgré les éboulements dûs aux pluies diluviennes). Comme je venais d'en terminer avec mon dernier col de la journée, je m'octroyais une vraie pause avec pains, confiture d'orange, dulce de leche, bananes et chocolat. Mais soudainement, le ciel qui était si bleu est passé au noir et le tonnerre s'est mis à gronder. Au loin, j'ai vu les montagnes devenir blanches et je me suis dit qu'il fallait mieux déguerpir au plus vite. J'ai donc rangé mes sacoches, sorti mes affaires de pluie et je suis reparti. 5mn plus tard il pleuvait, 10mn après il grêlait et 15mn après il neigeait.

L'avantage de la neige par rapport à la pluie ou à la grêle, c'est que ça ne fait pas mal. Avec la vitesse et le vent, une goutte ou un grêlon qui vient terminer sa course sur votre visage ou sur vos jambes vous lacère. Un flocon s'écrase lamentablement. Puis, il faut dire les choses comme elles sont, la neige, ça fait vraiment aventurier! C'est pour ça que j'étais content de voir ces flocons. Mais j'ai rapidement déchanté lorsque j'ai compris que ce n'était pas trois flocons, mais réellement un tempête de neige. Rapidement, le paysage, la route, mes sacoches, Espéranto... Tout est devenu blanc et ça a commencé à patiner sérieusement. Il était 15h30, mais il faisait déjà nuit et je me suis dit que j'étais mal barré (surtout que j'avais ma tente mouillée de la veille!). J'ai donc décidé de pédaler jusqu'au prochain village pour demander l'hospitalité.

J'ai pédalé (ou plutôt patiné) sous la neige pendant une bonne heure jusqu'à ce qu'un pick up s'arrête à ma hauteur: «Qué haces acqui?». C'était deux gars, la trentaine. Comme je leur répondais que mon but était d'atteindre le prochain village, ils m'expliquaient qu'il n'y avait rien avant Puquio, dans 70kms et que je ferais mieux de monter dans leur véhicule.

Il y a toujours des maisons perdues dans la montagne, le long de la route et je suis certain que j'aurais pu trouver un refuge avant 70kms. Mais il neigeait de plus en plus et il faisait très froid. J'ai pensé à mon timing (avion le 26/02 depuis Lima) et à Jean-Pierre, un cyclo qui a un peu plus de bouteille que moi et qui m'a dit un jour qu'il ne fallait pas «être extrêmiste», j'ai pensé à mes parents, qui m'ont donné pour consigne de revenir en un seul morceau (pas trop envie de me faire percuter par un véhicule ou de terminer sous la route), j'ai pensé à Espéranto, qui commençait à avoir les tubes gelés et les sacoches givrées, j'ai pensé... Rapidement... Et j'ai finalement accepté de monter dans le pick up.

Nous sommes arrivés à Puquio vers 17h30, sous la neige et dans le brouillard. Comme ils allaient jusqu'à Nasca, les deux compères m'ont proposé de rester avec eux. Il y avait un brouillard à couper au couteau, le thermomètre affichait 1°C et il pleuvait des cordes... J'ai accepté.

Je suis donc arrivé à Nasca en pick up après avoir dû m'incliner face à la neige. Les flocons mènent à présent 2-3. Je ne sais pas quand est-ce que je les retrouverai à nouveau. Dans l'état du Washington? Ou alors au Canada? A moins que ce soit dans le désert de Gobi, en Mongolie. Ce qui est sûr, c'est qu'il faudra jouer serré pour revenir à la marque.

 

 

Retrouvailles magiques (écrit le 17/02/2011)

L'Amérique du Sud est immense, de même que les Andes. Mais pas tant que ça. Pour preuve, ily a cette double rencontre avec Ulrich (l'Allemand qui m'a fait cadeau de sa tente) à El Chalten puis au Perito Moreno. Il y a aussi cette entrevue avec Fabio. Je ne vous ai pas raconté le phénomène Fabio. Il faut dire qu'il se passe tellement de choses sur la route! Fabio est un Brésilien qui fait le tour de l'Amérique du Sud. Je l'ai rencontré juste après le poste de douane de Hito Cajon, en Bolivie, à l'entrée de la Laguna Ruta. Lui terminait, moi je commençais. Dès qu'il m'a aperçu, il a sauté de son vélo pour venir m'embrasser. Apparemment, il était content de voir un cycliste après plus d'une dizaine de jours de galère. La caractéristique de Fabio, c'est qu'il se balade avec une amphore inca sur le porte bagage arrière (souvenir qu'il a déterré de l'île ?? sur le salar de Uyuni). Je n'ai pas recroisé Fabio, mais lors de mon séjour à La Paz, j'ai fait la connaissance de trois Tchèques qui l'avaient croisé sur la route quelques jours auparavant. Dans le même genre, j'ai été doublé, sur les rives du lac Titicaca, par un camping-car immatriculé en Suisse qui était au même camping que moi à Ushuaia pour Noël! La dernière retrouvaille en date est celle de la famille Soirat. J'avais fait la connaissance de ces gens sur la Laguna Ruta, au niveau de la Laguna Colorada. Durant ma semaine de poussage dans le sable, j'avais vu beaucoup de 4x4, mais un seul véhicule particulier. Des Français immatriculés 56, la famille Soirat. On avait dîné ensemble puis on s'était quittés en se souhaitant bonne route et en se disant «un jour, peut-être, en France». Mais hier, alors que j'atteignais le Rio Pachachaca et que j'en terminais avec mes 50kms de descente, j'ai croisé un 4x4 atypique, avec une échelle sur le toit. Un véhicule d'autant plus atypique que, quelques secondes plus tard (après avoir fait demi tour), il s'est porté à ma hauteur. La fenêtre s'est ouverte et j'ai entendu «Bonjour Benoît». C'était la famille Soirat! Je suis au Pérou, après un col à plus de 4000m, je viens de me farcir 50kms de descente pour me retrouver à 1850m, je suis fatigué de la montée, mais aussi de la descente (concentration oblige), je crève de chaud sous mes vêtements de pluie (oui, parce qu'en haut, il pleut et il fait 2°C, en bas il fait soleil et le thermomètre affiche 35°C, mais j'attends le pont qui annonce la remontée vers le col suivant pour faire la pause)... Et là, qu'est-ce que j'entends?!?: «Bonjour Benoît!». Pendant un millième de seconde je me suis demandé si je n'avais pas rêvé. Mais en jetant un œil vers la voiture, j'ai reconnu ??. Quelques mètres plus loin, nous nous sommes arrêtés pour discuter quelques minutes de nos aventures depuis la Laguna Colorada puis chacun a repris sa route. Les rencontres enrichissent les voyages, mais les retrouvailles le rendent magique.

 

 

Inca ou un cas? (écrit le 15/02/2011)

Voilà, ça y est, je suis redescendu du Machu Picchu et j'ai même repris la route. Qu'il fait bon sur le vélo. C'est vrai qu'il pleut un peu et qu'il fait froid, que ça monte sévère de temps en temps et que ça pique dans les jambes, que, lorsque le soleil daigne montrer le bout de son nez, il fait très chaud, que les voitures me cassent les oreilles en klaxonnant... Mais qu'est-ce que je suis bien avec Esperanto! Plus de touristes, plus de racketteurs, plus d'imprévus désagréables liés à une organisation miteuse de l'agence touristique. Bref, que du bonheur! Mais je dois tout de même être honnête, la visite du Machu Picchu, ça aussi, c'est pas mal du tout. Donc, après avoir fini mon dernier post, je suis allé prendre la voiture en direction du Machu Picchu. En fait, ce n'était pas une voiture mais un minibus «régulier» style Renault Espace où on s'entasse à 12 personnes. Ce n'est pas ce que l'on fait de plus confortable, mais ça permet de voyager avec de vrais Péruviens (le gars qui va aux champs avec sa machette, la grosse mamita avec ses sacs de légumes qui doit enlever son chapeau pour rentrer dans le combi, le jeune qui écoute de la musique traditionnelle dans son MP3 et le chauffeur qui conduit comme un fou...). Après 1h30, je suis arrivé à Ollantaytambo (pas facile à dire, n'est-ce pas?). Là, j'ai 4h à attendre... Pas grand chose à faire dans ce bled. Je me pose sur un banc et, chose inévitable dans un coin touristique comme celui-là, une bonne femme vient me vendre ses bracelets, sacs, ceintures et autres. Je n'ai besoin de rien, mais je profite de l'occasion pour engager la conversation. Elle m'explique et me montre comment faire un bracelet, combien de jours sont nécessaires pour faire un sac, où elle se procure les fermetures éclaires et tout et tout... On discute une bonne heure et j'accepte de lui acheter un bracelet (je ne sais pas trop où le mettre, si vous avez une idée, je suis preneur) contre 7 soles (7 fois le prix j'imagine) et une photo. Puis je me dirige doucement (aussi doucement que possible) vers la gare. Le train qui va vers le Machu Picchu (compagnie Inca Rail, parce qu'ici tout est Inca, le train, les hôtels, les garages, les taxis, les bus et même l'infecte boisson Inca Kola) se veut luxueux. Il y a 2 stewards pour 48 personnes (oui, parce qu'il y a 48 sièges par wagon, ma très chère Madame de l'agence). Pendant les 2h30 que dure le voyage, on vous envoie du Ladies and Gentlemen et on vous fait des courbettes à n'en plus pouvoir. Peut-être est-ce tout simplement pour faire passer le temps plus rapidement? Mais pour moi ça n'a pas trop marché. Pour passer le temps, je préfère regarder par la fenêtre. Malheureusement, j'ai voyagé de nuit, comme vous le savez. La suite de la soirée, consiste à trouver le gars de son hôtel. Les 48 personnes qui sont dans le train sont 48 touristes qui ont réservé un tour et, tous, sans exception, vont dormir dans un hôtel réservé par l'agence. Mais pour être sûr que personne ne va devoir chercher son hôtel, chaque établissement envoie un gars avec une pancarte et les noms de ses touristes. Du coup, à la sortie du train, c'est comme lors de la soirée de parrainage des départements de l'INSA où les parrains cherchent leur bizuth et les bizuth cherchent leur parrain. Là, les touristes cherchent leur hôte et les hôtes cherchent leurs touristes. Un beau foutoir! Une fois que tous les noms de la pancarte sont barrés, c'est le départ vers l'hôtel, puis l'entretien avec le guide pour préparer «l'expédition» (le terme me fait doucement sourire) du lendemain, puis il faut donner son passeport (et surtout attendre de le récupérer) au guide pour qu'il aille chercher les billets d'entrée du Machu Picchu. Finalement, ça fait un dodo vers 22h. Pour aller de Aguas Calientes au Machu Picchu, il y le bus ou les marches. J'ai choisi les marches. Que vous choisissiez l'un ou l'autre, il faut se lever tôt, vers 4h pour pouvoir arriver dans les 400 premiers et avoir le privilège de monter au Wayna Picchu. À 4h du matin, il n'y a pas de soleil et il faut monter à la frontale. Je fais l'ascension avec Théo et Hanna, deux Allemands bien sympathiques qui ont oublié leur lampe (ah, ben c'est malin!). On arrive en haut à 6h pile, tout juste pour l'ouverture (mais il y a déjà une queue de plus de 200 personnes devant nous!). Au final, j'ai passé 6h au Machu Picchu, 4h seul et 2h avec le guide (vous achetez un Lonely Planet, c'est pareil, l'accent hispanique en moins). J'ai dû faire le tour des ruines trois ou quatre fois et je suis monté au Wayna Picchu, tout ça sous la pluie. Pour ceux que ça intéressent, le Wayna Picchu, c'est chouette, il y a une belle vue (lorsqu'il n'y a pas de brouillard), mais c'est un peu vertigineux alors, si vous planifiez d'y aller, ne montez pas en tongs! (non parce que j'en ai vus!) Une fois que j'ai eu bien enregistré le site, je suis redescendu (à pied, pas envie de payer 8$ pour faire 8kms!) puis, à 20h, j'ai pris le train (de nuit, une nouvelle fois). Jusque là, la journée s'était bien passée. Mais c'est en arrivant à Ollantaytambo et au moment de monter dans le minibus que les choses se sont gâtées. Comme à Aguas Calientes, il y avait un gars qui attendait avec son ardoise. J'ai vu mon nom, comme auraient dit les Australiens que j'ai rencontrés dans la cité inca, sweat. Sous Benoid Olier (oui, parce qu'il ne faut pas trop regarder l'orthographe) il y avait trois autres noms, ce qui faisait un total de 4 personnes. Avec les 8 personnes déjà présentes dans le minibus, c'était parfait. Le problème, c'est que, sur les 4 noms, il y en avait deux qui étaient en fait des groupes de 6 personnes. Du coup nous n'étions plus 12 mais 22 et il ne fallait pas un minibus, mais deux. Nous étions donc 22 personnes, à 22h, à Ollantaytambo, avec un seul minibus. Le chauffeur a donc appelé l'agence (si ça se trouve, la même bonne femme que celle avec qui je m'étais enguirlandé), qui a dit qu'ils envoyaient un minibus de Cusco (soit 2h d'attente), alors avec les autres touristes ont a commencé à crier un peu, puis le gars a rappelé l'agence pour demander ce qu'il devait faire et on lui a dit d'attendre, mais en voyant ça le chauffeur du minibus d'à côté est venu proposer ses services, du coup notre chauffeur a appelé une nouvelle fois Cusco et la dame lui a dit d'accepter la proposition, ensuite les deux chauffeurs ont négocié le prix, puis le nombre de personnes, puis quelles personnes... Le petit manège a duré un bon moment mais finalement tout le monde est rentré à Cusco (sauf qu'après il a fallu marcher parce que le chauffeur n'a pas voulu faire le tour des hôtels comme cela était écrit sur le flyer). De cette visite au Machu Picchu, je retiens une chose: les Péruviens ont des ancêtres qui étaient capable de construire une ville à flanc de montagne, mais eux ont des problèmes pour planifier correctement une visite touristique. Avant ils étaient des Incas, aujourd'hui ce sont des cas!

 

 

Mon dernier tour (écrit le 13/02/2011)

J'aime les voyages organisés. Mais ceux que je préfère sont ceux planifiés par l'agence Benoît Ollier. Malheureusement cette agence a ses limites et, de temps en temps, elle doit recourir au service d'autres agences. C'est ce qu'on pourrait appeler de la sous traitance. Depuis que je suis parti, j'ai dû «prendre un tour», comme on dit dans le jargon touristique, pour aller sur le salar de Uyuni après que Madame La Pluie soit venue compromettre mes plans. Aujourd'hui, c'est encore une histoire de temps qui fait tomber mes plans à l'eau. Ce n'est pas le temps météo (quoiqu'il pleuve tous les jours, mais heureusement je fredonne J'veux du soleil de Au p'tit bonheur et le sourire revient), mais plutôt le temps durée. Nous sommes le 13 février, j'ai mon vol depuis Lima le 26 février. Si je veux au moins aller jusqu'à Nasca, il faut que j'active un peu le mouvement. J'ai donc décidé de sacrifier le trajet Cusco – Aguas Calientes à vélo et le Inca Trail au profit d'un autre «tour», péruvien, celui-ci. Au moment où j'écris ces lignes il est 9h. Dans trois heures, je prends une voiture en direction du très célèbre Machu Picchu pour deux jours. J'espère que mon petit séjour dans l'ancienne cité inca sera meilleure que mon entretien avec la bonne femme de l'agence! Cusco est une très belle ville: petites rues pavées piétonnes, grandes places fleuries, magnifiques cathédrales, excellentes pâtisseries (je fête mon anniversaire comme il se doit depuis trois jours!)... Par contre c'est un vrai nid à touristes. Dans la rue, plus de la moitié des gens que vous croisez sont des étrangers (des gringos, quoi). Les autres sont des Péruviens, mais pas des vrais Péruviens. Il y a ceux, européanisés, qui pensent business depuis leur agence de tourisme, puis il y a ceux qui sont déguisés et qui vous alpaguent dans la rue pour se faire photographier. Je ne suis jamais allé à Disneyland, mais je pense que ça doit un peu ressembler à ce que je vois à Cusco, sauf que, plutôt que de croiser des gars déguisés en Inca, on croise Mickey, Donald et toute la bande (sauf Picsou, mais d'après ma sœur Noémie, c'est parce qu'il est trop vieux et trop radin!). L'avantage d'une ville touristique, par contre, c'est que vous n'avez aucun mal à trouver un banque, un magasin de souvenirs ou une agence de tourisme. J'ai fait quelques boutiques proposant des visites au Machu Picchu et, comme à Uyuni, j'en suis arrivé à la conclusion que tout le monde faisait la même chose au même moment et au même prix. J'ai donc choisi un peu au hasard une agence et j'ai réservé deux jours pour aller voir le Machu Picchu. Première surprise désagréable en arrivant, j'apprends que le prix qui m'a été donné la veille (185$ (dollars)... Aïe aïe aïe mon porte-monnaie) ne comprend pas la visite des sites de Pisac et Ollantaytambo. Pourtant sur le prospectus il est bien noté «incluido» devant ces visites! Comme je commence à pester un peu, la brave dame m'explique que ce n'est pas si grave que ça et qu'il me suffit de payer «solamente» (j'ai adoré ce solamente) 50$ (dollars, oui, parce qu'ici c'est le Pérou, mais on parle en dollar et non pas en sol!)! Hors de question de payer un supplément de 50$. Je décide donc de ne pas aller voir ces ruines là puis, sentant la grosse arnaque à touristes, je prends le prospectus et je commence à questionner la bonne femme: - «bus de Cusco à Ollantaytambo, es incluido?». - «Si». «Bueno. Almuerzo en Aguas Calientes, es incluido?». - «No.». - «Quoi??? Encore??? Mais c'est quoi ce flyer? La moitié des choses qui sont données comme incluses dans le prix ne le sont en fait pas?!?». Je changerais volontiers d'agence. Malheureusement, ce sera pareil ailleurs. La solution la plus sérieuse est de renoncer au Machu Picchu (impossible) ou d'y aller seul (mais cela impliquerait de prendre un bus de Cusco à Lima et je veux quand même encore un peu pédaler). Je décide donc de partir avec cette agence. Je fais écrire, noir sur blanc à la dame les horaires de départ et arrivée (oui, parce qu'il faut prendre un bus, puis un train, puis un bus, puis un car... C'est un peu compliqué, surtout pour moi qui suis habitué à mon «cher Espéranto» comme dit Sarah, une copine autrichienne dont vous devriez encore entendre parler... Enfin, si j'arrive jusqu'en Autriche). Je paye donc la moitié de la somme (au début du voyage, j'aurais tout payé, mais avec l'expérience, je sais qu'il est préférable de ne pas tout payer d'avance) puis je rentre à l'«hospedaje». En chemin, je fais une pause par la pâtisserie (je ne peux pas m'en empêcher, surtout que c'est sur le chemin!) et je croise un cyclo Suisse que je ramène avec moi. La petite auberge où je loge à Cusco est renommée chez les cyclos: bon marché, propre, tenue par des gens forts sympathiques, avec un patio pour bricoler le vélo et un local pour laisser ses affaires et partir voir le Machu Picchu. La seule chose qu'il manque est le wifi, mais ce n'est pas trop grave. Nous sommes 6 cyclistes, le Suisse, 4 gars de l'INPG (école d'ingé de Grenoble, des voisins de l'INSA!) et moi. Nous sommes en train de manger tout en discutant de l'état des routes, des «gringos» que l'on reçoit à longueur de journée et de la météo capricieuse à cette époque de l'année lorsque le propriétaire vient me chercher pour cause de téléphone. Qui peut bien m'appeler à Cusco à cette heure ci? Je décroche le combiné «Mister Benoît?». - «Oui, oui, c'est moi»... C'est la dame de l'agence qui m'appelle pour me dire qu'il y a un changement dans le programme parce que nous sommes 46 touristes et qu'il n'y a que 45 places dans un wagon. Du coup, je ne peux pas prendre le train de 12h30 comme prévu dans le programme et je vais devoir attendre 4h à la gare pour prendre un autre train (plus cher, donc je dois encore payer!) qui arrivera de nuit à Aguas Calientes. Je lui dis que je ne suis pas d'accord, que je paye très cher pour ce tour, que je ne veux ni attendre 4h à la gare, ni voyager de nuit, ni payer un surplus et que je désire que les horaires qu'elle m'a indiqués lors de ma visite à l'agence soit respectés. Comme elle insiste en me disant que cela n'est pas possible, je lui explique que j'accepte le changement, mais que je ne paierai pas le restant de la somme (et je me félicite de ne pas avoir payé la totalité!). Cette réflexion ne plaît pas beaucoup à la dame, qui commence à crier un peu au téléphone. J'élève donc la voix à mon tour (ce qui n'est pas facile vu mon Espagnol très restreint) et je lui fais comprendre qu'il est 20h, que je suis en train de manger avec des amis, que demain je prendrai le train comme cela est indiqué sur mon billet, que je ne paierai pas la seconde partie du tour et que, si elle veut me parler, elle n'a qu'à venir à l'hospedaje puis je raccroche. Je suis quelqu'un de très calme, timide et réservé (pour vous donner un ordre d'idée, à l'INSA il y a un prof qui m'a dit que j'étais aussi «actif et turbulent qu'une plante verte»!)... Mais si l'on me prend pour un clown, alors je sors de mes gonds et ça va mal! Une vingtaine de minutes plus tard, une jeune fille débarque à l'auberge. C'est la bonne femme qui l'envoie. Elle veut que je lui rende mon billet. Mais elle a pour consigne de ne pas me rendre l'argent. En gros, je dois rendre le billet puis l'accompagner à l'agence pour avoir mes sous. Si ce n'est pas se moquer du monde!?! Comme je ne veux pas lui donner le billet, elle appelle la bonne femme de l'agence. Le petit manège de «donne moi le billet», «non, d'abord mes sous» va durer un petit moment. Elle se résout finalement à me donner mon argent. Je lui rends le billet, mais je lui dis que je l'accompagne à l'agence. En arrivant, j'ai droit à un comité d'accueil digne de ce nom. Il y a la dame à qui j'ai eu à faire plus tôt dans l'après-midi ainsi que deux autres bonnes femmes et quatre gars. Je ne me dégonfle pas pour autant et, alors qu'on me demande de m'asseoir et de parler en Espagnol, je reste debout et je parle en Anglais, très fort. Évidemment, les touristes qui sont dans boutique au rez-de-chaussée profite de l'engueulade, ce qui ne plaît pas beaucoup aux personnes de l'agence. Tout le monde parle (ou plutôt crie) en même temps, eux en Espagnol, moi en Anglais. On fait un raffut d'enfer et je dirais presque que c''est drôle! Je n'ai pas beaucoup de vocabulaire espagnol, mais j'ai appris un mot très important: ladron, voleur. À chaque fois qu'un commerçant essaie de m'entuber je lui dis qu'il est un «ladron» et je suis sûr de mon coup. Comme mes interlocuteurs ne maîtrisent pas trop la langue de Shakespeare, je décide de passer en Espagnol, me contentant de dire «esta agencia es una agencia de ladron!». Alors là, c'est l'émeute et j'en prends plein la figure, m'entendant dire que ce n'est pas vrai, surtout parce qu'ils m'ont rendu mes sous. Une fois qu'ils ont terminé, je leur dis sur un ton très calme: «vous m'avez rendu mes sous, c'est vrai, mais vous êtes en train de voler mon temps!». Notre petite altercation va durer une bonne heure, jusqu'à ce que nous trouvions un compromis. J'ai donc accepté de prendre l'autre train et la bonne femme a accepté que je ne paye pas le surplus. Maintenant j'attends de voir comment va se passer la suite. Mais je crois que cette visite organisée du Machu Picchu sera mon dernier tour!

 

 

Gringo! (écrit le 12/02/2011)

Tous les pays sont différents. Chacun a sa culture et ses mœurs et il faut un peu de temps pour s'adapter... Mais, très sincèrement, je crois que je vais avoir beaucoup de mal à m'adapter au Pérou... Ou plutôt à m'adapter aux Péruviens. La première chose qui m'excède énormément est de me faire klaxonner à longueur de journée. Les Péruviens ne conduisent pas, ils jouent de l'avertisseur sonore. Pour tout, pour rien et pour n'importe quoi. Ils veulent vous dépasser, ils klaxonnent (mais pas pour vous dire qu'ils vous frôlent, parce que, dans l'ensemble,ils doublent très bien). Ils vous croisent, ils klaxonnent (mais pas pour vous dire bonjour, juste pour que vous sachiez qu'ils vous croisent!). Ils entrent dans un village, ils klaxonnent (pour avertir les gens de ne pas traverser ou pour leur dire qu'ils ont une place à bord). Ils arrivent dans un virage, ils klaxonnent (pour que les véhicules arrivent en face ne coupent pas le virage). Ils voient un chien au milieu de la route, ils klaxonnent (pour que le chien déguerpisse, mais malheureusement il y en a plus d'un qui se fait percuter). Ils voient un camion arriver en face, ils klaxonnent (de peur que le chauffeur ne soit endormi)... Je ne sais pas combien de véhicules je croise chaque jour, mais je peux vous certifier qu'à la fin de la journée, j'en ai plus que marre d'entendre TUUUUUUUUTTTTTTTT et j'envisage sérieusement de m'acheter un klaxon de poids lourd ou une sirène de bateau histoire de pouvoir leur répondre. La seconde habitude infecte des Péruviens est de siffler les étrangers. Les mauvais supporters sifflent les joueurs. Les mauvais garçons sifflent les filles. Les mauvais Péruviens sifflent les étrangers ou les interpellent en faisant un bruit similaire à celui que l'on fait pour appeler un cheval. Si vous ne vous retournez pas, ils continuent leurs bruitages jusqu'à ce que vous soyez trop loin pour les entendre. Si vous vous retournez, ils vous montrent du doigt en s'esclaffant, ce qui me met hors de moi. La troisième chose qui m'horripile chez les Péruviens et celle-là est pire que les deux précédentes, c'est le fait de me faire appeler «gringo» à longueur de journée. Dans tous les pays d'Amérique du Sud que j'ai traversés jusqu'à présent, les gens m'interpelaient en me disant «amigo», ce qui est, je trouve, sympathique. Le premier à m'avoir appelé «gringo» a été Félix, sur la Carreterra Austral (mais oui, souvenez vous, une journée pluvieuse et même neigeuse, un gars qui m'accueille, la coupe du bois, les chèvres...). Le «gringo» de Félix était amical et lancé avec le sourire. Le «gringo» des Péruviens est tout autre: méchant, moqueur et provocateur. Lorsqu'ils me voient passer sur la route (c'est comme ça pour moi, mais j'ai discuté avec d'autres cyclistes et c'est pareil pour tout le monde) ils me regardent d'aussi loin qu'ils le peuvent, me montrant du doigt et riant aux éclats puis, lorsque je passe à leur hauteur ils se contentent de dire «Gringo!», un peu comme si, lorsque vous voyiez passer un Anglais vous lui disiez «Roast-beef»! Les premières fois, j'ai été surpris par ce comportement et je me suis dit que ce n'était peut-être pas si méchant que ça et que je devais être plus compréhensif. Mais j'ai rapidement compris qu'il n'y avait rien d'amical dans cette appellation. Au Pérou, «gringo» est une insulte politiquement correcte. Les Péruviens sympathiques (il y en a quelques uns, quand même) ne disent pas «gringo» mais «mister» ou «amigo». Du coup, je ne me gène pas pour répondre à ceux qui me traitent de «gringo», leur lançant un «negro» ou un «indigène» qui ne les fait pas tous sourire. Les montagnes péruviennes sont belles, les routes péruviennes sont potables, l'eau péruvienne est buvable, les véhicules péruviens doublent bien... Mais les Péruviens me sont extrêmement antipathiques et si, lorsque je serai de retour en France je croise un Péruvien, il faudra que je prenne sur moi pour ne pas lui crier à la figure «Gringo!».

 

 

10 février (écrit le 11/02/2011)

Vous ne me contredirez pas, chers lecteurs, si je dis que, pour vous, tous les jours se ressemblent. Vous vous levez le matin, vous avalez votre petit déjeuner puis vous vous rendez à votre travail pour une lonnnnnnngue journée de turbin puis le soir, avec le sentiment du devoir accompli (mais si, mais si), vous rentrez chez vous. Sauf que, normalement, il y a un samedi et un dimanche qui structurent les semaines et font que vous savez toujours où vous en êtes (qui sont les menteurs qui vont oser dire que leur première pensée, le lundi matin, n'est pas «vivement le week end!»?).

En vélo, tous les jours sont identiques et différents à la fois. Identiques parce que tous les jours il faut se lever et enfourcher son biclou pour une centaine de kilomètres. Différents parce que chaque jour vient avec son lot de surprises, de paysages et de rencontres. Mais la grosse différence entre une semaine de travail et une semaine de vélo, c'est qu'il n'y a pas de week end. Cela est d'autant plus vrai en Amérique du Sud où, dans la plupart des pays, les gens travaillent le dimanche. Du coup, je n'ai pas besoin de me soucier de savoir si les échoppes seront fermées le lendemain et, de fait, je ne sais jamais quel jour on est. Le seul moment où je m'intéresse réellement à la date, c'est le soir, lorsque je rédige mon journal de bord.

Hier soir, comme tous les soirs, j'ouvre mon petit carnet et je regarde la date de la veille pour pouvoir mettre celle du jour et je lis: me 9/02, j 206, Santa Rosa, 138,81kms. Je commence donc ma rédaction: j 10/02, j 207,... Quoi?!? 10/02?!? Déjà?!!?? Je sors alors ma montre pour confirmer la chose et je dois me rendre à l'évidence, nous sommes le 10 février 2011. A partir de maintenant je n'ai plus 24 ans, j'en ai 25 et il ne va pas falloir me tromper lors des passages de frontière, surtout que le prochain pays sont les USA.

Il y en a un certain nombre qui m'a demandé où j'avais passé le nouvel an (question à laquelle je ne crois pas avoir répondu, d'ailleurs). Je suis prêt à parier que beaucoup vont me questionner sur mon anniversaire. Je prends donc les devants... Et les derrières en vous apprenant que je suis passé de 2010 à 2011 sous ma tente, à côté d'une ferme, à environ 100kms au nord de Mendoza et bien au chaud dans mon duvet dès 20h30. Pour la transition de 24 à 25 ans, je n'ai pas fait beaucoup mieux, quoique je ne fus pas sous la tente, mais dans un lit très aimablement prêté par le propriétaire d'une auberge touristique devant accueillir ses premiers clients le 4 mars (mais tout compte fait j'ai été le premier locataire le 10 février).

L'avantage de ce logement c'est qu'il était gratuit, propre (et je devrais même dire neuf!) et avec un propriétaire bien chouette. L'inconvénient, c'est qu'il était imprévu (j'ai vu la baraque en dehors de la route, je me suis dit «ça se tente», je l'ai tenté et j'ai été accueilli) et que, par conséquent, je n'ai pas pu acheter de gâteau. Or, ceux qui me connaissent savent que j'adore les gâteaux. Mais comme on le dit «mieux vaut tard que jamais». J'aurais dû naître le 08/02, je suis né le 10/02 (non mais imaginez un peu que je ne sois jamais venu au monde, qu'auriez-vous été en train de faire au moment même où vous lisez cette phrase???). Je n'ai pas eu mon gâteau le 10/02, mais je l'ai eu le 11/02... On ne va pas chipoter pour un jour surtout que le prochain 10 février, je ne sais pas où je serai!

 

 

La boursouflure de la lèvre inférieure (écrit le 08/02/2011)

La première personne atteinte du syndrome de «la boursouflure de la lèvre inférieure» que j'ai croisée était le conducteur du tractopelle sur le salar de Cauchari en Argentine. En remarquant ce gonflement, je m'étais demandé d'où pouvait venir un kyste pareil. Puis, en passant la frontière bolivienne j'ai commencé à croiser de plus en plus de monde présentant cette anomalie physique et j'ai fini par comprendre que ce n'était pas un gonflement maladif, mais tout simplement une petite réserve de feuilles de coca.

La vente et la consommation de feuilles de coca sont interdites en Argentine, mais elles sont tout à fait légales en Bolivie et au Pérou (je suppose que le chauffeur du tracto va se ravitailler en personne en Bolivie, le salar de Cauchari étant très proche de la frontière). Les Boliviens et les Péruviens affirment même que chiquer des feuilles de coca est bon pour le transit intestinal, excellent contre le mal de l'altitude, parfait contre le mal de tête, magistral pour faire passer la faim, imbattable pour faire dormir... Bref, c'est un peu la feuille miracle.

J'ai eu la chance d'être initié à la feuille de coca par une Bolivienne il y a quelques semaines. Je n'ai pas trouvé cela si magique que ça. Il faut dire qu'après plus d'un mois de vélo au-dessus de 3000m, je n'ai plus de problèmes ni avec l'altitude ni avec le sommeil... Mais j'ai toujours très faim. Et même après les feuilles de coca, j'avais encore très très faim.

Voici comment se déroule la «prise» de la coca. Premièrement, vous devez aller à la «tienda» du coin pour acheter un sac de feuilles séchées. Ensuite, vous prenez les feuilles une par une et, avec vos dents, vous enlevez la queue et la nervure centrale. Il s'agit là sans doute de l'opération la plus difficile à accomplir. Cette étape est cependant nécessaire afin de ne pas se retrouver avec la lèvre inférieure tout irritée. Une fois que vous avez réussi à enlever la partie rugueuse de la feuille, normalement, celle-ci est dans votre bouche. La suite de la manœuvre est d'aller chercher la coca avec votre langue pour la placer entre votre gencive et votre lèvre inférieures. Je suppose qu'il n'y a pas de règle quant au choix du côté (droit ou gauche), mais il me semble que la majorité des gens ont leur coca côté droit. Maintenant que la première feuille est en place, vous n'avez plus quà renouveler l'opération un trentaine de fois. Quand au bout de 10mns pour les experts, mais plus de 30mns pour les néophytes, vous avez votre boule de feuilles de coca en place, il ne vous reste plus qu'à aspirer pour extraire le suc de la plante. Vous ne devez en aucun cas mâcher les feuilles! Pour résumer les choses simplement, je crois que l'on peut dire que «prendre de la coca» revient à se faire une infusion directement dans la bouche, d'où une économie d'eau, ce qui n'est pas rien, surtout sur l'Altiplano où ce liquide est extrêmement rare.

Sinon, à partir des feuilles de coca, on peut fabriquer la cocaïne, mais ça je n'ai pas testé. Les Boliviens me disaient qu'il fallait aller au Pérou. Les Péruviens m'affirment qu'il faut monter en Équateur. J'ose imaginer que les Équatoriens vont me conseiller de me rendre en Colombie et que les Colombiens vont m'indiquer la Bolivie. Tout le monde se renvoie la balle! Du coup, la prochaine «spécialité» que je vais tester n'est pas la cocaïne, mais le Inca Kola.

Dans tous les pays que j'ai traversés j'ai vu Coca Cola. Mais seulement au Pérou je n'ai aperçu que du Inca Kola. Il va falloir que je goûte cette boisson gazeuse. Mais il y a fort à parier que je me sente un peu ballonné. La prise de coca entraîne une boursouflure de la lèvre inférieure, il se pourrait bien que le Inca Kola crée un gonflement de l'estomac!

 

 

Magnifique lac Titicaca (écrit le 07/02/2011)

Pour rallier Cusco depuis La Paz, il n'y a pas trente six mille solutions: il faut longer le lac Titicaca. Cependant, il existe deux itinéraires possibles. Le premier, qui est le plus court, consiste à attaquer le lac par l'ouest en passant la frontière avec le Pérou à Desaguadero. La seconde solution, un peu plus longue, est de longer le lac Titicaca par l'est pour passer la frontière à Kasani.

À l'origine, j'avais prévu de passer la frontière à Desaguadero afin d'arriver le plus rapidement possible à Cuzco. Mais en arrivant à l'intersection, un peu sur un coup de tête, j'ai décidé de finalement passer par le poste frontière de Kasani. Les récits que m'ont faits tour à tour Yolande, Eric et Merylee puis Cristian (le propriétaire de la Casa de Ciclistas de La Paz) ont certainement pesés dans mon choix. En tout cas, ce qui est sûr, c'est que je ne regrette pas d'être passé par là!

Après les 12kms de montée pour sortir de La Paz (au milieu des gaz d'échappement), j'ai slalomé pendant une bonne quinzaine de kilomètres entre les taxis et les mamitas de El Alto puis, soudainement, l'urbanisation s'est arrêtée et je me suis retrouvé dans la pampa. Après 4 jours passés à La Paz, ça m'a fait du bien de voir un peu de verdure. Mais je crois que la meilleure surprise que j'ai eue, vous allez rire, c'est de voir un arbre! Je crois bien que depuis que j'ai quitté Mendoza le 31 décembre dernier, je n'ai pas vu un arbre. Il y a bien quelques pins dans la descente vers La Paz, mais ils ne m'ont pas fait le même effet. Là, j'étais en train de pédaler au milieu des touffes d'herbe lorsque j'ai aperçu une maison avec un arbre à côté. Cela m'a fait le même effet que lorsque j'ai vu le premier pissenlit du printemps à Chicago.

Des fleurs (mais pas des pissenlits), les rives du lac Titicaca en regorgent, de même que des arbres. Il faut dire que l'eau ne manque pas dans le secteur, surtout à cette époque de l'année qui est la saison des pluies. De fait, il pleut toutes les nuits et tous les matins. Résultat des courses, tous les jours je pars sous la flotte et je me fais tremper comme il faut jusque vers 9h, heure à laquelle les nuages daignent laisser la place au soleil. L'arrivée du soleil est un moment que j'attends chaque jour avec impatience mais aussi avec crainte: et si, ce jour là, les nuages restaient toute la journée? Depuis que j'ai quitté La Paz, je n'ai pas encore eu une journée de pluie non stop et heureusement parce que, si le soleil est chaud, dès qu'il n'est pas là, il fait très très froid. Lorsque je monte sur le vélo, vers 7h, mon petit thermomètre affiche 3 ou 4°C. Mais avec la pluie, le petit vent de face (on y vient!) et la vitesse, ça ne fait pas chaud du tout! Mais bon, ça vaut quand même le coup de se geler un peu parce que le lac Titicaca et ses rives sont vraiment magnifiques. Le paysage est tellement beau que j'en oublierais presque le vent de face.

Il me semble que ça fait un petit moment que je ne vous avais plus parlé du vent. Il faut dire qu'il avait été assez clément ces derniers temps. Entre Uyuni et La Paz, j'ai eu vent de dos tous les matins et vent de face tous les après-midi. Je m'étais donc adapté et je roulais un maximum le matin avant de m'arrêter tôt. Mais depuis que j'ai quitté La Paz, ce n'est plus la même chanson: j'ai le vent de face tous les jours et toute la journée. Je prends donc mon mal en patience, en me disant que ce sont mes derniers jours de vélo en Amérique du Sud et je ne me prive pas de pauses pour admirer le lac Titicaca, les nuages qui s'y reflètent, les sommets enneigés qui le dominent et les arbres qui le jalonnent. Magnifique lac Titicaca.

 

 

Death Road (écrit le 05/02/2011)

Je ne sais pas trop ce que vous avez pensé de mon précédent post, mais si j'étais vous, je dirais «écoute, ton petit poème est bien sympathique, mais ça ne nous dit pas comment s'est passé la descente de la route de la mort!». Du coup, je vous fais un second article sur la Ruta de la Muerte.

Il y a à La Paz tout un tas d'agences aux noms évocateurs (Bike Gravity, the Death Survivors...) qui proposent la descente entre La Cumbre et Yolosa. Les prix varient de 200 à 350 bolivianos (1 boliviano = 7,5€). Pour cette somme, vous êtes équipés, transportés au col de La Cumbre et guidés dans la descente. Sinon, pour ceux qui ont un vélo, un petit budget et un peu de folie, vous pouvez faire la descente tout seul. Évidemment, c'est la solution que j'ai choisie.

Comme je vous l'ai déjà dit, la grande descente commence depuis le col de La Cumbre. Mais avant de descendre, il faut d'abord monter. Comme je n'avais pas trop envie de me farcir les 20kms de cote entre La Paz et La Cumbre, j'ai entrepris de prendre un bus. La première opération de la journée est donc de me rendre à l'endroit d'où partent les cars passant par La Cumbre, ce qui représente à peu près 7kms de montée dans les rues de La Paz, au milieu des cars, taxis fous et autres véhicules crachant une fumée noire de chez noire. J'ai quitté la Casa de Ciclistas à 7h30. À 8h20 j'étais à la «gare routière».

Je mets ça entre guillemets, parce que l'endroit d'où partent les bus n'est rien d'autre qu'une rue comme les autres où les chauffeurs doivent chercher une place et faire un créneau pour garer leurs véhicules, tout en faisant attention à ne pas rouler sur les étalages des mamitas. Pas facile.

Lorsque je suis arrivé, il y avait un bus prêt à partir. Malheureusement, il n'y avait pas de place pour Esperanto, la faute à un gars qui avait embarqué sa moto (si, si) dans la soute. Du coup j'ai pris le bus suivant, ou plutôt celui qui est parti après. De ce que j'ai compris, il n'y a pas d'horaires. Ce sont les chauffeurs qui décident de partir lorsqu'ils estiment que le taux de remplissage de leur véhicule est satisfaisant. Du coup, il ne faut pas être pressé! Enfin, je n'ai pas trop à me plaindre; nous sommes partis peu après 9h.

Les bus boliviens, c'est pas du neuf. Les sièges sont démontés, les fenêtres ne ferment pas (détails important pour la suite), le chauffeur doit s'y prendre à trois fois pour démarrer, dans les descentes, ça couine au possible... D'ailleurs, au moment où nous sommes partis, j'ai remarqué que plusieurs passagers se sont signés. Gloups...

Pour monter au col de La Cumbre, la pente est sévère et le bus ne va pas bien vite. Mais cela n'empêche pas le chauffeur de tenter des dépassements. C'est comme en France lorsque Gégé le camionneur, qui roule à 90kms/h, double son collègue Béber qui roule à 89kms/h. Sauf qu'en France, c'est sur l'autoroute, donc il n'y a personne qui arrive en face. Dans le col de La Cumbre, lorsque vous êtes en train d'essayer de doubler un autre bus et que vous voyez arriver en face de vous un poids lourd avec un remorque «Peligro acido sulfurico», je peux vous dire que vous brillez pas, d'autant plus que, ce jour là, il neigeait.

La neige, c'est génial pour aller faire du ski. Mais c'est beaucoup moins marrant lorsque vous vous trouvez dans un bus bolivien. Premièrement parce qu'il fait froid (hé oui, les fenêtres ne ferment toujours pas!). Puis, deuxièmement, parce qu'ici, il n'y a ni pneus neige ni chaînes! De fait, le bus patine un peu dans la montée et, lorsque vous jetez un coup d'œil au précipice, ça vous donne des sueurs froides!

Au col de La Cumbre, il y avait 3 ou 4cms de neige sur la route. Comme ça patinait bien, le chauffeur m'a dit qu'il allait me laisser un peu plus bas, là où la neige ne tenait pas. J'ai accepté mais, sincèrement, je me demande si descendre en vélo n'aurait pas été plus prudent que de rester dans le bus!

C'est comme ça que, vers 10h, je me suis retrouvé à à peu près 4700m, par 2°C, sur une route mouillée avec sous mes yeux une vallée d'une largeur inversement proportionnelle à sa profondeur. J'ai donc enfourché Espéranto et j'ai entamé la grande descente.

Pour atteindre la Ruta de la Muerta depuis le col de La Cumbre, il y 30kms d'asphalte. Les 22 premiers sont en descente, les 8 suivants sont plus vallonnés. Si vous faites la descente avec une agence, vous remontez dans le minibus pour ces 8kms, ce qui est vraiment dommage parce qu'ils sont vraiment chouette. Comme c'est asphalté et en montée (pas difficile en plus), vous pouvez en même temps pédaler et regarder le paysage, chose à ne pas faire un peu plus bas, lorsque vous entamez, pour de bon, la route de la mort.

La Death Road en elle-même fait une grosse vingtaine de kilomètres. Le pourcentage est souvent très élevé, la largeur, en revanche dépasse rarement les 3,50m. Sachant que le précipice, lui, dépasse souvent les 500m, vous aurez compris que la règle d'or est de garder le contrôle de son vélo afin de ne pas rater de virage chose qui, malheureusement, arrive parfois, comme en témoignent les dates accompagnant les croix jalonnant la route et antérieures à 2003, année de l'inauguration de la nouvelle route.

Il m'a fallu près de 3h00 pour faire les 20kms de la route de la mort. Je suis descendu très doucement pour ménager Espéranto et pour prendre le temps d'admirer les cascades qui enjambent la route, les fougères arborescentes qui s'élèvent vers le ciel et les lianes qui descendent des arbres. J'étais tellement lent que je me suis fait doubler par toutes les agences. C'est comme ça que j'ai compris pourquoi il y avait encore des gens qui décédaient sur cette route.

Les agences proposent la descente de la route de la mort et non pas sa contemplation. Les touristes partent donc du haut et filent à toute allure vers Yolosa en essayant de suivre leur guide. Sauf que les guides des agences sont des gars qui font la descente chaque jour. Ils connaissent la route par cœur et maîtrisent parfaitement leur sujet. Ils dévalent donc la pente comme des fous. Derrière, les touristes, qui sont loin d'être des spécialistes, essaient de suivre. Alors évidemment, de temps en temps, il y en a un qui fait le grand plongeon.

Une fois à Yolosita (1200m), il n'y a plus qu'à remonter à La Cumbre (4700m). Pour les membres des groupes, c'est facile, il suffit de prendre le minibus de l'agence. Dans mon cas, je me suis posté sur la place du village et j'ai patiemment attendu qu'un bus accepte de nous embarquer, moi et Espéranto. Finalement, j'ai quitté Yolosita à 15h45 et je suis arrivé à La Paz à 18h30. Là, j'ai enfourché à nouveau Espéranto et on est rentré à la Casa. Sauf qu'entre temps je me suis un peu perdu et il a donc fallu que je joue aux orienteurs dans les rues de La Paz à l'heure de pointe.

Garder le contrôle de son vélo entre La Cumbre et Yolosita n'est pas bien compliqué si l'on descend lentement. En revanche il est beaucoup plus difficile de ne pas se faire renverser par un taxi dans La Paz. Tout compte fait, la vraie Death Road n'est peut-être pas celle que l'on croît.

 

 

Mais mon Cœur m'a dit (écrit le 04/02/2011)

Je ne me souviens pas où est-ce que j'ai entendu parler, pour la première fois, de la route de la mort. Mais je sais que j'avais été marqué par les photos de cette route tueuse et je m'étais dit qu'un jour, peut-être, j'irais y faire un tour.

La Ruta de la Muerta comme on l'appelle en Espagnol, permet de relier le petit village de Coroico (1700m) à La Paz (3600m) via le col de La Cumbre (4700m) et le petit village de Yolosa (1200m). Un toboggan de 60kms taillé dans la roche, traversé par des cascades et des éboulements et dominant un à pic de plusieurs centaines de mètres. Une route dont la largeur atteint parfois seulement 3,00m et dont le pourcentage dépasse par endroit les 15%. Un chemin de croix, au sens premier du termes, tellement sont nombreuses, tout au long de la descente, les sépultures érigées en souvenir de ceux qui, un jour, ont basculé dans l'abîme. Aujourd'hui une nouvelle route plus large et plus sécurisée fait la liaison La Paz-Coroico et, à présent, l'ancien cheminement n'est emprunté que par les VVTistes.

Je voulais vraiment aller voir à quoi ressemblait cette terrible route, mais je dois dire qu'après tout ce que j'avais lu, j'avais un peu peur. Finalement je me suis décidé et je l'ai fait, voilà comment.

 

Le jour avant la descente, la Raison est intervenue:

Ne fais pas cette route, c'est un chemin qui tue.

Mais mon Cœur m'a dit:

De tous ceux qui l'ont vu, aucun n'a regretté sa venue.

 

Comme il pleuvait durant la nuit, la Logistique a argumenté:

Cette descente va te tremper puis il te faudra tout sécher.

Mais mon Cœur m'a dit:

Peu importe si tu es mouillé, à La Paz, tu as un toit pour t'abriter.

 

Lorsque le réveil a sonné, c'est le Repos qui est arrivé:

Le voyage n'est pas terminé et aujourd'hui tu peux rester couché.

Mais mon Cœur m'a dit:

Cette descente est une beauté, il faut te motiver.

 

Au milieu des émissions goudronnées, la Santé s'est écriée:

L'atmosphère est trop mauvais, arrête de pédaler.

Mais mon Cœur m'a dit:

L'ancien chemin est dépollué, les camions l'ont déserté.

 

Comme il neigeait à La Cumbre, la Prudence fit son apparition:

Fais preuve de compréhension et renonce à cause des conditions.

Mais mon Cœur m'a dit:

Plus bas sont les arbres et la végétation, le soleil et ses rayons.

 

Puis comme j'arrivais en bas, de cette Ruta de la Muerta,

Savourant le retour du plat, dans le petit village de Yolosita,

Et que, de tous les obstacles qui étaient tombés, je me réjouissais,

À cette conclusion je me risquais:

 

Prendre une décision n'est pas une chose aisée,

Et chacun, de la Raison au Bon Sens, doit être écouté.

Mais il y a une chose dont il faut toujours se souvenir,

C'est qu'en écoutant son Cœur on peut tout accomplir.

 

 

La casa de ciclista de La Paz (écrit le 03/02/2011)

La «casa de ciclista» est un concept purement sud américain. Pour expliquer les choses simplement, on peut dire que ce sont des fanas de vélo qui ouvrent les portes de leur maison aux cyclotouristes de passage. J'ai eu connaissance de la casa de ciclista de La Paz par Wim. Après un petit mail à Cristian, le propriétaire, j'ai débarqué avec Espéranto au Chuquiago Bike Café, situé au 903 Linares, à deux blocks de la basilique San Francisco. Là, j'ai été reçu comme un ami par Cristian et Louisa qui m'ont offert un grand plat de spaghettis avant de me conduire à l'appartement qu'ils réservent pour les cyclistes.

Les besoins des voyageurs à vélo sont très différents des exigences des touristes. Le gros avantage des casas de ciclistas sont d'être tenues par des gens qui voyagent à vélo et qui, de fait, savent ce dont ont besoin les cyclos qui passent par chez eux.

L'appartement que propose Cristian aux vélocipédistes désirant séjourner à La Paz n'a rien d'un hôtel 3 étoiles. Pas de lits, pas de télé, pas d'évier. Deux chaises bancales, un canapé éventré et deux fauteuils d'un autre âge. Pas de chauffage et une ampoule sur deux grillées... Et pourtant tout le monde est heureux ici. Après plusieurs semaines ou plusieurs mois de route, quoi de mieux que de trouver un appartement en plein centre de La Paz où il est possible de laisser son vélo et ses affaires en sécurité, où il est possible de rencontrer d'autres voyageurs pour pouvoir partager ses expériences, où il est possible de dormir sans se soucier de la pluie qui tombe, où il est possible de cuisiner autre chose que de la polenta et de la Avena?!?

Sur le livre d'or de Cristian, comme dans son appartement pour cyclistes, se succèdent les nationalités, les destinations et les motivations. Depuis que je suis arrivé dans la capitale bolivienne, je séjourne avec Erick et Merylee, deux frère et sœur Américains parti de San Diego il y a un an et désireux de travailler un moi ou deux à La Paz pour laisser passer la saison des pluies. Hier soir, nous avons eu la visite de trois copains Slovaques qui, après deux mois de pistes boliviennes, sont venus passer une nuit et laisser quelques affaires afin d'être plus légers pour faire un dernier petit tour de quatre jours autour du lac Titicaca avant de s'envoler depuis La Paz vers la Slovaquie. Ce soir, ou demain, ce sera peut-être un Russe, ou un couple de Vénézuéliens, ou un Allemand, qui débarqueront à la Casa de Cilista de Cristian et qui viendront partager leur expérience.

For all those who would have googled «Casa de Ciclista La Paz», here are few things which might be usefull for you. The Chuquiago Bike Cafe where you should encounter Cristian is located in Linares 903 in La Paz. When you get into the city from the autopista, you have to go until San Francisco Church. Facing the church, take the street on your left (one way uphill and cobbled stone) for two blocks. Reaching Linares street, take left. The café is about 15m, on the left side. From the there, Cristian will lead you to the apartment. In order to let him organize your arrival, it might be a great idea to send him an email some days before. Here is the address: cristian@conitzer.de.

Be sure that you will be received as a friend, and you will spend a great great stay in La Paz!

 

 

Incroyable Yolande (écrit le 02/02/2011)

Arriver dans une grande ville n'est jamais facile. La circulation devient très dense, il y a des rocades dans tous les sens et les quartiers périphériques sont bien souvent les plus pauvres... La Paz n'est pas la capitale qui a la meilleure réputation et la ville de El Alto, située au-dessus de la capitale bolivienne est connue pour ses vols, rapts et autres insécurités.

Afin d'arriver tôt à La Paz, j'ai passé ma dernière nuit à Tholar, à 70kms du centre économique de la Bolivie. Tholar, ce sont dix maisons et deux hôtels. Dans le premier j'ai logé (gratuitement, merci Monsieur le propriétaire) et dans le second j'ai fait mes courses, avec en prime une petite mise en garde. Une fois que j'ai eu payé mes 10 pains et ma tablette de chocolat, la vendeuse m'a demandé où j'allais. Je lui ai répondu que je comptais atteindre La Paz dès le lendemain. Elle me met alors en garde contre la dangerosité de mon entreprise, me racontant deux petites histoires que je connaissais déjà.

Tout d'abord, elle me dit de faire attention aux policiers et plus particulièrement aux faux policiers. Il paraît qu'en Bolivie, comme au Pérou, il y a tout un tas de bandits déguisés en policiers (uniformes + carte de service) qui sillonnent les rues, arrêtent les touristes et leur demandent de les suivre dans leur voiture pour un contrôle d'identité. Mais une fois dans le véhicule, les faux flics sortent leurs flingues (je suppose que, si les uniformes et les cartes de service sont falsifiés, les pistolets, eux, sont réels et vous dépouillent. C'est ce que j'appelle la peur du policier. Comme je lui dis que je connais la combine, la brave dame enchaîne sur une seconde méthode, celle de «la drogue du violeur» comme on l'appelle en France. Le principe est simple: un gars vous accoste dans la rue et vous demande de lire quelque chose (par exemple, un plan de la ville). Mais auparavant, il a saupoudré son document d'une poudre qui vous rend totalement coopérant. Il n'a alors plus qu'à vous demander votre argent, votre passeport, ou quoi que ce soit et vous lui donnez. Une fois que la drogue ne fait plus effet, vous reprenez vos esprits et vous réalisez que vous vous êtes faits dévaliser. Une fois de plus, je rétorque à la dame qu'on m'a déjà mis en garde contre cela et que je suis prudent.

La première fois que l'on ma raconté cette histoire, je n'y ai pas vraiment cru. Je me suis dit, c'est une légende que l'on raconte pour faire peur aux touristes. Puis j'ai rencontré un gars qui s'était fait avoir avec le coup des faux policiers. En arrivant, Cristian, le propriétaire de la Casa de Ciclista de La Paz m'a raconté une ou deux anecdotes du même genre. À écouter tous ces gens, on pourrait presque croire qu'il est impossible de traverser la Bolivie et le Pérou sans se faire dévaliser. Mais j'ai fait une charmante rencontre qui m'a prouvé le contraire.

Il était 8h30 lorsque j'ai décidé de faire une dernière pause avant La Paz. Je me suis donc arrêté sur le bord de la route, j'ai sorti les quelques pains et le dulce de leche qui me restaient et j'ai commencé mon petit gueuleton. J'avais pratiquement terminé lorsque j'ai vu un cyclo arrivé en sens inverse. Des sacoches délavées, un vélo crasseux, une casquette poussiéreuse... Je me suis dis «Chouette, un copain!». En me voyant, le gars a traversé la route, puis il est descendu de son vélo et s'est avancé vers moi en enlevant sa casquette. C'est alors que j'ai compris que j'avais à faire non pas à un cyclo, mais à une cyclotte!!

Environ 1,70m, les cheveux châtains, les yeux bleus, une petite voix... Pas du tout le gabarit d'une mangeuse de kilomètres. Et pourtant... En discutant, j'apprends qu'elle s'appelle Yolande, qu'elle est Australienne et qu'elle a quitté San Francisco en décembre 2009, toute seule. Elle a traversé le Mexique puis toute l'Amérique Centrale, la Colombie, l'Équateur et le Pérou, dormant sous la tente et faisant sa popote. Son plan est maintenant de passer au Chili via la Laguna Ruta. Je reste stupéfait. Rallier San Francisco à La Paz en 14 mois est loin d'être un record de vitesse. Mais accomplir cela seule, pour une fille!! Wahouu!!

Comme je viens de faire la Laguna Ruta, je lui fais un descriptif précis de la chose. Puis je lui donne le topo que m'avait refilé Juan, un Vénézuélien croisé avant Villa Union. Comme elle arrive tout droit du Pérou, elle me fait un topo de la route entre La Paz et Cuzco et me donne une bonne adresse pour loger à Cuzco.

Cette rencontre avec Yolande est à l'image de celle avec Benoît et Chloé. On a commencé à parler des choses «basiques» (de où, vers où, par où, depuis combien de temps...), puis de fil en aiguille on s'est raconté nos vies et on a presque eu du mal à se quitter.

Malheureusement chacun de nous a ses obligations. Yolande décolle pour l'Australie depuis Buenos Aires le 4 mars. J'ai mon vol depuis Lima le 26 février. Après plus de deux heures, nous sommes remontés sur nos bicyclettes et nous avons chacun repris notre errance, elle vers le sud, moi vers le nord, nous souhaitant bonne chance... Et prudence!

 

 

Sortie de piste... Mais pas sortie d'affaire! (écrit le 01/02/2011)

La piste, c'est chouette: ça dérape dans les virages, ça secoue un peu dans les descentes, ça patine dans les montées, avec la poussière Espéranto passe de noir à sable, avec la boue le cuissard les chaussures blanches virent au marron, on ne voit pas grand monde... Bref, ça fait vraiment aventurier. Sauf que la piste, c'est un peu comme la cuisine lyonnaise: c'est bon, mais à petite dose.

J'ai quitté le goudron en passant la frontière bolivienne à Hito Cajon. La suite, vous la connaissez: tôle ondulée, sable et rocaille sur la Laguna Ruta, puis boue sur les pistes menant à Uyuni à cause de Madame La Pluie. C'est donc fatigué et dans un état assez déplorable que je suis arrivé à Uyuni. En fait, j'étais tellement sale que je me suis fait mettre à la porte d'un hôtel. Mais est-ce que c'est de ma faute si les pistes boliviennes sont les pires du monde??

Après deux jours de repos à Uyuni, j'ai repris la route, ou plutôt la piste, en direction de Oruro (sans passer par Potosi, faute de temps). C'est vrai que, en comparaison de la Laguna Ruta, Uyuni-Oruro, c'est facile: il y a une vrai piste, pas trop de sable et quelques villages. Par contre il y a toujours cette foutue tôle ondulée qui vous oblige à rouler à moins de 10kms/h et qui vous tape les fesses à longueur de journée. La Bolivie n'a pas de côte et très peu de wifi pour pouvoir surfer sur le net, mais qu'est-ce qu'elle a comme vagues! Le pire de tout, c'est que, dans un des villages que j'ai traversé il y avait une grande peinture publicitaire sur le mur d'une maison qui disait «San Fernando, calaminas de plastica» (tôle ondulée plastique). Comme si la tôle de la route ne suffisait pas! Mais si toutes les bonnes choses ont une fin, il en est de même pour toutes les pistes. C'est comme ça que tout à l'heure, lorsque je suis arrivé à Condo K, j'ai retrouvé le goudron.

Après 12 jours de sable, de gravier, de traces, de rocaille, de tôle, de poussage et autres réjouissances, quel bonheur de pouvoir enfin contempler le paysage tout en roulant! Surtout que, normalement, je ne devrais plus quitter le goudron avant le désert de Gobi en Mongolie!

Le problème, c'est que, en retrouvant le goudron, j'ai aussi retrouvé la circulation.

En Bolivie, il y a beaucoup de camions (je les avais presque oubliés, eux!) et de bus, comme en Argentine. Mais il y aussi énormément de petits minibus japonais. Les monospaces japonais sont à la Bolivie ce que les vieux taxis Mercedes sont au Maroc: transport en commun pas chers, surpeuplés et conduits par des chauffeurs complètement allumés. La différence, c'est qu'au Maroc on ne voit que des hommes dans les taxis alors qu'ici, ce sont les mamitas (comme dirait Wim) qui s'entassent dans les minibus.

Les mamitas, ce sont ces dames qui portent le chapeau, les chaussettes de laines, le poncho et un sac de couleurs bariolées. Les Boliviens ne sont pas très grands et les mamitas n'échappent pas à la règle avec cela en plus qu'elles sont, pour la plupart, aussi large que haute. Du coup, pour leur permettre d'embarquer et de débarquer, les minibus doivent s'arrêter. Et comme il n'y a pas d'arrêts fixes, ils s'arrêtent un peu partout. À Paris ils ont la double file, à Marseille on a la triple file, à La Paz ils ont la quadruple, la quintuple et même la sextuple file! Puis je peux vous dire que ça klaxonne «un max» parce qu'il y a celui de la deuxième file qui utilise son avertisseur sonore pour attirer l'attention des passants, celui de la quatrième file qui veut sortir mais qui est bloqué par celui de la cinquième file qui est en train de klaxonner celui de la sixième file parce qu'il est en train de reculer, mais si celui de la sixième file fait marche arrière, c'est pour laisser passer les mamitas qui descendent du minibus de la troisième file... Puis au milieu de tout ça il y a les vendeurs ambulants qui crient à qui mieux mieux pour vendre leurs paquets de biscuits et leurs sucreries, les gars en moto qui se faufilent un peu partout, les touristes qui prennent des photos... Ça vit, quoi! Par contre il faut faire super attention avec lorsqu'on est à vélo. Je suis sorti de piste, mais je ne suis pas sorti d'affaire!

 

 

Voyageur ou touriste (écrit le 28/01/2011)

On me dit régulièrement que je suis un touriste. Je rétorque, avec un peu d'orgueil, que je ne suis pas un touriste, mais plutôt un voyageur. Nuance. Pour moi, un touriste voyage avec un groupe. Il va de lieu touristique en lieu touristique et fait exactement ce qu'on lui dit de faire: lever 7h30, embarquement dans le bus à 9h, pause photo à tel endroit... Le touriste est tellement habitué à suivre un guide que, lorsqu'il se retrouve livré à lui-même, il est perdu. Je voyage seul, je fais mes courses et ma popote et je côtoie les gens du pays... Je ne suis pas un touriste. Mais il n'empêche que, hier, j'ai fait le touriste.

Comme je vous l'ai expliqué précédemment, les pluies de ces derniers jours ont inondé le salar de Uyuni, le rendant impraticable pour Espéranto et c'est donc en 4x4 que je suis allé voir cette merveille de la nature. Bête et naïf que je suis, j'ai fait plusieurs agences pour savoir quel programme elles proposaient: elles font toutes la même chose, en même temps et au même prix. Vive l'originalité. Je me suis donc inscrit à l'agence située au rez-de-chaussée du petit hôtel où j'avais pris une chambre, histoire de ne pas avoir trop à marcher.

Si la journée du voyageur commence tôt (je me lève tous les matins 5h30), celle du touriste démarre en douceur: départ du 4x4 à 10h30. À 10h20, je me pointe devant le guichet de Blanca Tour où je retrouve Alain. Hé oui, si Espéranto ne peut pas rouler sur un salar inondé, il en est de même pour la moto de mon ami Auvergnat! C'est marrant, parce que tout le long de la rue il y a des gens qui attendent leur 4x4, toutes les agences partant à 10h30. Enfin, sur le papier, parce que dans la réalité, les départs s'échelonnent de 10h30 à 12h. En ce qui concerne mon 4x4, nous sommes partis à 11h30 à cause de Japonais qui n'avaient pas payés leur hôtel (mais ils n'étaient pas dans notre véhicule, donc je n'ai pas trop compris le rapport, mais bon, c'est l'Amérique du Sud), puis ensuite, parce qu'il nous fallait un papier pour le poste de police de Colchani (tous les jours l'agence envoie deux ou trois 4x4 sur le salar, ils devraient être rodés pour ce genre de chose, non?... Mais bon, c'est 'lAmérique du Sud). Dans mon véhicule, nous étions 3 Argentins, 2 Japonais (mais pas ceux qui n'avaient pas payé leur hôtel), Alain, le chauffeur et moi... Si vous avez bien compté, ça fait sept. On est loin du record établi lors de la panne du bus en Patagonie, mais c'est quand même bien serré.

Le premier arrêt du «tour» est le cimetière des trains, où on retrouve tous les gens qui attendaient dans la rue en même temps que nous. Sur tous les prospectus de tourisme de Uyuni on parle de ça. Tous les gens que je connais qui sont allés à Uyuni y sont allés et on trouvé ça génial. Personnellement, je n'ai pas trouvé le lieu exceptionnel. En gros, c'est un endroit où les Boliviens stockent toutes leurs vieilles machines ferrovières... Et où le vent stocke tous les sacs plastiques volants du coin. Bref, une sorte de décharge où il est préférable d'être vacciné contre le tétanos pour venir faire des photos. Le chauffeur nous avait donné 10mn de liberté, mais on est resté 20mn à cause du couple japonais qui ne revenait pas. Les Japonais et les photos, vous savez ce que c'est!

Seconde pause, le village de Colchani, ou plutôt «Bolivia Land». Il existe plusieurs entrées sur le salar de Uyuni. Colchani est la plus proche de Uyuni Pueblo. J'imagine que tous les jours c'est pareil: il y a une cinquantaine de 4x4 qui arrivent entre 11h et 13h et qui débarquent, chacun, 7 touristes avides de dépenser leurs bolivianos pour acheter tous un tas de pacotilles en sel ou des vêtements boliviens en alpagas ou en laine de lamas: bonnets, écharpes, pulls, gants... Notre chauffeur nous avait donné 20mn, mais on est resté 30mn à cause du couple japonais qui ne revenait pas. Les Japonais et les boutiques à touristes, vous savez ce que c'est. Nous, on avait nos deux Japonais, mais j'ai cru comprendre, en regardant le manège des chauffeurs, que chaque véhicule a ses retardataires.

Une fois que tout le monde a acheté son bonnet, le 4x4 entre sur le salar et fait quelques centaines de mètres avant de s'arrêter aux pyramides de sel. Le chauffeur vous annonce ça comme si vous alliez voir quelque chose d'extraordinaire. Mais Toutankamon et Ramsès II peuvent dormir tranquille dans leurs tombes. Les «pyramides des sel» sont en fait de bêtes «tas» semblables à ceux que font les exploitants. Sauf que là, c'est juste pour que tous les touristes puissent se prendre en photo assis sur le tas. Lorsque le salar est sec, monter sur le tas doit bien se faire. Mais là, avec l'eau, la base s'érode et c'est un peu le test pour savoir si vous êtes trop lourd ou pas. Oui, parce que, ce que je ne vous ai pas dit, c'est qu'il y avait de l'eau sur le salar, environ 30cm sur les bords et 2 à 10cm vers le centre. Il faut donc vous imaginer la scène: des tas des 4x4 de partout et tout plein de gens, le pantalon remonté sous les genoux, pataugeant dans 10cm d'eau et se prenant en photo sur des tas de sel.

Après les pyramides de sel, tout le monde prend la direction de l'hôtel de sel, pour manger. Là, tous les 4x4 se garent en épis et, pendant que le chauffeur ouvre la glacière, vous avez 10mn pour faire des photos illusion d'optique. Faire ce genre de photos est vraiment marrant. Mais le plus drôle, c'est de regarder les autres pauser et d'essayer de deviner ce qu'ils font. Je ne sais pas si c'est que les Japonais n'aiment pas les photos illusion d'optique, mais ce qui est sûr, c'est qu'ils étaient à l'heure pour manger! Le repas proposé est frugal: quelques feuilles de laitues et quelques rondelles de tomates, une côtelette d'agneau (qui ne vaut pas celles des estancias patagoniennes!) et un peu de quinoa. Vous me direz, à promener en 4x4, il ne fait pas trop faim. Sauf que mon estomac est habitué à mon régime cycliste, enfin, je n'en suis pas mort.

Le programme de l'après-midi est la Isla Incahuasi et ses cactus. Malheureusement pour nous, l'eau était trop haute et on n'a pas pu aller jusque là. Le chauffeur a donc arrêté le 4x4 au milieu du salar et on a passé l'après-midi à regarder. Certains trouveront que ce n'est pas très dynamique. Personnellement, j'ai trouvé ça génial. Alors que tout le monde était en train de marcher à droite à gauche, je suis monté sur le toit du 4x4 où j'ai assisté au magnifique spectacle du salar inondé.

L'eau sur le salar, c'est embêtant parce qu'on ne peut pas rouler ni dormir sur cette vaste étendue blanche. Par contre ça permet de voir des choses extraordinaires. Avec la fine couche d'eau, le ciel se reflète sur le salar à tel point que l'on se croirait dans les nuages. Somptueux.

Sur les coups de 17h, le chauffeur a décidé qu'il était l'heure de rentrer et, lui au volant, moi sur le toit, nous sommes partis récupérer un par un les autres membres de notre virée puis, une fois que tout le monde a été monté sur le toit, nous sommes rentrés.

J'ai apprécié cette petite journée touristique sur le salar. Mais je ne reste pas moins un voyageur. La preuve? J'ai discuté un moment avec la dame de l'agence sur mon voyage, le changement climatique, le tourisme à Uyuni, l'évolution de la Bolivie... Du coup, je n'ai payé que 150 bolivianos au lieu de 180. Le prix voyageur et non le prix touriste!

 

 

Maudite soit la pluie (écrit le 26/01/2010)

«Croyez-vous au réchauffement climatique?». Voilà la question que nous avait posée un prof dans le cours de «risques» que je suivais l'an dernier à l'INSA. La majorité des étudiants avaient répondu affirmativement, pour le plus grand plaisir de l'intervenant qui s'était fait un plaisir d'expliquer que le «réchauffement climatique» était une lubie des médias. Pour ma part, je m'étais abstenu de répondre. Premièrement parce que je savais pertinemment que cette interrogation était une provocation. Mais aussi parce que je pense qu'il est préférable de parler de «dérèglement climatique». Il est vrai que les médias racontent ce qu'ils veulent. Cependant il faut avouer qu'il y a de plus en plus de bizarreries climatiques et ce de partout dans le monde.

Lorsque j'ai traversé l'Atlas marocain, au début de mon voyage, j'ai dû faire face à un fort vent du sud. Les Marocains me disaient que ce n'était pas normal. Un peu plus tard, je suis descendu du Brésil depuis Rio de Janeiro vers l'Uruguay et j'ai écopé de trois semaines non stop de pluie. Les Brésiliens me répétaient qu'un tel déluge était inhabituel, la saison des pluies étant en janvier. En Patagonie, j'ai eu du vent... Mais ça, c'est normal! Ce qui l'est moins, c'est qu'il ne neige plus à Punta Arenas en hiver. Lors de mon séjour dans la région chilienne de magellan, Lénine et Lydia m'ont dit que, quelques années auparavant, Punta Arenas était recouvert par un mètre de neige pendant un mois l'hiver. Mais depuis quelques années, c'est tout juste s'il tombe 10cm. Encore un peu plus au sud, à Ushuaïa, les Argentins n'ont cessé de me répéter que le climat était complètement déréglé: avant il n'y avait pas un souffle à Ushuaïa, maintenant il y a régulièrement des tempêtes; avant il ne neigeait qu'en hiver, maintenant il neige aussi en été.

En préparant mon voyage, j'avais remarqué que je tombais en Bolivie et au Pérou durant la saison des pluies. Mais je ne pouvais pas faire autrement si je ne voulais pas être pris par les glaces patagoniennes ou le blizzard sibérien. Pour ces deux pays, la saison des pluies va de décembre à mars, ou plutôt devrais-je dire, la saison des pluies allaient de décembre à mars, parce que depuis un ou deux ans, le temps est tel que les Boliviens en perdent leur Espagnol.

Un moment de mon voyage que j'attendais avec impatience était de traverser le salar de Uyuni. Le seul problème est que, durant la saison des pluies, le salar est recouvert d'eau et il est impossible d'y aller en vélo. Depuis bientôt un mois, je consultais régulièrement la météo pour la région Oruro/Uyuni/Potosi et je constatais, avec joie, qu'il ne pleuvait pas sur le salar. Sur la Laguna Ruta, dès que l'occasion se présentait, je questionnais les touristes en provenance du salar pour connaître les conditions du «lac de sel» avec toujours la même réponse: «c'est sec de chez sec, il n'a pas plu de la saison». Jusqu'à présent, le dérèglement climatique ne m'avait pas favorisé. Je n'ai pas apprécié le vent marocain, la pluie brésilienne et la neige patagonienne... Mais cette fois-ci, je dois dire que j'étais bien content que la saison des pluies soit très en retard. Elle n'a, malheureusement, pas été assez en retard pour moi.

J'ai passé ma dernière nuit sur la Laguna Ruta à côté de la Laguna Canapa. Le soir, le ciel a commencé à se couvrir puis il a plu toute la nuit et, au petit matin, c'est sous une pluie battante que j'ai levé le camp. Le ciel était couvert sur le Sud Lipez, mais j'allais vers le beau. Je suis descendu vers Avaroa où j'ai retrouvé le ciel bleu. À Avaroa, j'ai croisé un gars qui revenait du salar et qui m'a dit que tout était sec. Je me suis donc mis en route avec pour ambition d'aller jusqu'à San Juan de Rosario ce soir là pour pouvoir dormir sur le salar la nuit suivante. Mais vers 16h30, le ciel est devenu très très noir et il a commencé à pleuvoir, puis à grêler. Dans mon malheur, j'ai eu la chance de passer à côté d'une petite maison de bergers de lamas qui m'ont accueilli pendant la nuit.

Une maison de bergers boliviens, ce sont quatre murs en torchis, un vieux poêle alimenté par du petit bois style jeunet, un sol en terre battu sur lequel traîne des os et autres cochonneries, un toit qui a quelques goutières, une table, trois chaises, un lit et des matelas que l'on étale à même le sol la nuit venue. Il n'y qu'une seule petite fenêtre et la porte se fermer à l'aide d'un morceau de bois qui sert de cale... On est loin d'un hôtel trois étoiles, mais pour passer une nuit au sec, c'est très bien. Puis ça permet de parler avec les gens et de découvrir un mode de vie inimaginable, pour nous, européens.

Durant toute la nuit il a plu des cordes. Le lendemain matin, la piste était détrempée et difficilement praticable. J'ai arrêté le premier 4x4 pour savoir comment était le salar et, à ma grande déception, le chauffeur m'a appris que, depuis cette nuit, il était recouvert de 15cm d'eau... Mes projets de traverser le lac de sel sont donc tombés à l'eau (c'est le cas de le dire!). Après les pistes horribles de la Laguna Ruta, rouler sur le salar devait être une récompense. J'attendais ça avec impatience. Mais il faudra revenir.

J'ai finalement rejoint le village de Uyuni par la piste. De là, je vais rallier Oruro, puis La Paz, pour passer au Pérou. Mais je ne peux pas quitter Uyuni sans voir le salar. Du coup, demain, je prends un 4x4 pour aller découvrir l'immensité blanche. J'aurais préféré y aller avec Espéranto, mais le ciel a mis mes projets au tapis. Maudite soit la pluie!

 

 

Laguna Ruta (écrit le 21/01/2011)

Je l'avais lu de partout. Plusieurs cyclistes croisés sur la route me l'avait répété: «la Laguna Ruta, c'est l'enfer. Les pistes boliviennes sont désastreuses, mais à côté de la Laguna Ruta, ce sont des autoroutes».

La Laguna Ruta est une route (route, c'est un bien grand mot) du Sud Lipez qui permet d'aller depuis la frontière chilienne jusqu'au salar de Uyuni en traversant des déserts de pierres, des lagunes où viennent se reproduire des flamants roses et des volcans aux couleurs éclatantes... Bref, des paysages somptueux. Le problème, c'est que les routes, ou plutôt les pistes, sont «impédalables» et qu'il n'y a pas d'eau (ou très peu). C'est donc en étant prêt à souffrir pendant une dizaine de jours que j'ai entamé ma descente vers la Laguna Verde. Voilà maintenant 4 jours que je suis engagé dans la Laguna Ruta et je peux vous dire que c'est dur, très dur! Les agences touristiques proposent des raids en 4x4 de 1 à 3 jours pour découvrir le Sud Lipez et vivre le désert. De mon côté, je vous propose le récit d'une journée typique de vélo dans le Sud Lipez: la Laguna Ruta comme si vous y étiez!

Il est 5h30 lorsque le réveil sonne. Emmitouflé dans votre duvet, vous entendez à peine la sonnerie. Vous resteriez volontiers couché. Mais vous savez qu'il y a de la route à faire et puis vous avez une envie très pressante d'aller aux toilettes. Vous vous extrayez donc de votre sac de couchage pour enfiler vos couches: thermolactyle, polaire, veste et K-Way (les mêmes que la veille, qui sont plein de poussière). Avant de sortir, vous jeter un petit coup d'œil à votre thermomètre: -1°C à l'intérieur de la tente. Ça annonce!

À peine sorti, vous êtes saisi par le froid. Mais pendant que vous faites ce que vous avez à faire, vous admirez le ciel qui se colore avec les premières lueurs du jours. Le tableau est magnifique, autant que ce que la température est basse. Du coup, vous retournez rapidement vous mettre au chaud dans votre duvet pour vous faire chauffer un solide petit déjeuner. Au passage, vous remarquez que les bidons laissés sur votre vélo sont complètement gelés: 1L de glace, il n'a pas dû faire chaud cette nuit!

Pendant que vous avalez goulument votre oatmeal, les premiers rayons de soleil viennent caresser votre toile de tente, apportant un peu de chaleur. Ensuite, tout s'enchaîne très vite: vaisselle sommaire (avec très peu d'eau, elle est rare ici!), rangement du duvet, habillage et rangement des sacoches. Une fois que tout est bouclé, vous passez au pliage de la tente. Le froid des arceaux traverse vos gants et vous avez du mal à plier la toile de tente rigidifiée par le givre. Mais avec l'habitude, ça se fait plutôt bien! Il est 6h45 lorsque vous êtes fin prêt.

Le froid vous tenaille les doigts et les orteils, mais les premiers kilomètres sont sympathiques. La tôle ondulée n'est pas trop mauvaise, le sable pas trop profond. Vous ne pouvez pas dépasser les 6kms/h et ça vous tape les fesses comme c'est pas permis, mais c'est «roulable». Puis soudain, sans savoir pourquoi, le sable devient plus mou. Vous tentez de rester en selle. Petit plateau et gros pignon, vous forcez. Un coup de pédale, coup de guidon à droite. Un second coup de pédale, coup de guidon à gauche. Un troisième coup de pédale, ça patine. Vous voulez désenclencher la cale. Malheureusement, avec le sable et la poussière, la manip se révèle impossible et vous vous retrouvez par terre. Vous vous relevez et, avant même de relever votre vélo, vous regardez votre compteur: il est 7h30, vous avez fait 2kms. Riche de ces informations, vous sortez votre topo et vous constatez que le prochain abri pour planter la tente se situe à 17kms de l'endroit où vous vous trouvez et qu'il est spécifié «deep sand and washboard. A lot of pushing. 3kms/h can be expected». Vous relevez votre vélo et vous commencez à pousser.

Un vélo n'est pas fait pour être poussé. Surtout s'il pèse près 60kg (ben oui, il faut de l'eau pour deux jours!) et qu'il faut avancer dans 10cm de sable mou. Régulièrement la roue avant dérape et vous vous prenez la pédale dans le mollet ou dans le tibia. Vous avancez tellement lentement que le compteur n'affiche même pas de vitesse! Tous les 100m vous faites une pause pour reprendre votre souffle (la Laguna Ruta oscille entre 3700 et 4926m). À 13h, comme tous les jours, un très fort vent d'ouest se lève et il vous reste encore 8kms pour atteindre l'abri tant espéré. Maintenant, en plus de la piste désastreuse, de l'altitude et de la pente, vous devez gérer le vent. Une rafale plus forte que les autres vous envoie au tapis. Tout en pestant, vous vous relevez. Un 4x4 passe. Petit coup de klaxon amical, mais gros nuage de poussière qui vous asphyxie pendant quelques minutes. Il vous reste encore 2kms à parcourir, une petite d'heure d'effort. Vous faites une petite pause. 5 galettes et 5 gorgées d'eau, pas plus, il faut économiser vos cartouches. Vous reprenez ensuite votre lente progression. Vos jambes sont entraînées à pédaler, pas à pousser, mais elles tiennent le choc. Vos bras, en revanche, vous brûlent. Heureusement les couleurs qui vous entourent sont exceptionnelles. Puis, au détour d'un virage, vous apercevez la maison abandonnée qui doit vous abriter du vent. Le sable est toujours aussi mou, le vent toujours aussi fort et le vélo toujours aussi lourd, mais vous vous sentez pousser des ailes et, rapidement, vous atteignez la ruine. Il est 15h.

C'est vrai que le vent est moins fort ici. Mais il y a tout de même quelques tourbillons de sable qui viennent vous fouetter la figure. Le montage de la tente est rapide. Vous placez une pierre sur chacune des sardines afin de maintenir la toile au sol. Vous rangez ensuite vos affaires et vous rentrez «chez vous».

Une fois à l'intérieur, vous vous laissez complètement aller. Vous avez les jambes poussiéreuses et marquées par les coups de pédale, vos lèvres sont complètement explosée par le soleil, la peau de votre visage n'a jamais été aussi sèche et vous avez du sable plein les cheveux... Mais vous êtes arrivé! Demain est un autre jour. Par l'ouverture de votre tente, vous apercevez la lune qui se lève derrière une montagne dont la couleur varie du blanc au vert en passant par l'ocre. Des «vicunas» traversent la piste. Un couple de flamants roses passe au-dessus de votre tente. Petit à petit vous oubliez les difficultés de la journée et vous appréciez la nature qui vous entoure, aussi rude soit elle. À 17h, vous vous faites votre platée de polenta, comme tous les soirs (pas forcément bon, mais rapide et facile à faire et puis ça ne gaspille pas d'eau). Petit chewing gum pour remplacer le dentifrice (on économise l'eau, je rappelle), rédaction de votre journal de bord puis, à 18h, vanné, vous vous endormez jusqu'à 5h30, heure où le réveil retentira à nouveau et où tout recommencera. C'est ça, la Laguna Ruta.

 

 

On est en Bolivie! (écrit le 18/01/2010)

Après ma rencontre, ô combien agréable, avec les gendarmes cinéphiles, je suis descendu à San Pedro de Atacama, où je suis arrivé à la nuit tombée. Je suis tout de suite allé faire tamponner mon passeport. Manque de chance pour moi, je suis arrivé en même temps qu'un car et j'ai donc dû attendre un moment. Pour passer le temps, mais aussi par nécessité après 160kms à 4000m, j'avais pris quelques provisions. Lorsqu'est arrivé mon tour, je n'avais pas tout à fait terminé ma tartine de dulce de leche. Mais cela n'a pas empêché le douanier de me faire mon tampon d'entrée au Chili, sans même regarder si j'avais bien le tampon de sortie argentin!

Comme il n'y avait personne derrière moi, j'en ai profité pour signifier au gars que c'était vraiment du grand n'importe quoi que le poste de douane chilien soit à 160kms du poste argentin, surtout pour les cyclistes de mon genre qui désirent aller en Bolivie! «Quieres ir à Bolivia?». Comme je réponds par l'affirmative, l'employé m'explique qu'il faut que je remonte à Hito Cajon car c'est là-haut que se trouve le poste frontière bolivien (noooooooooon, sans blague?!) et il me précise que je dois prendre la route 23 (celle que j'ai suivie pour venir jusque là).

Le surlendemain (oui, parce qu'après mes 160kms entre Paso Jama et San Pedro, j'étais mort de chez mort, donc j'ai pris un jour de repos, vous ne m'en voudrez pas), je me poste à la sortie de San Pedro pour faire du stop (pas envie de me farcir 30kms à plus de 10%, surtout qu'il paraît que la suite du programme est hard). Après trois heures d'attente, un pick up s'arrête. C'est un gars d'une cinquantaine d'année, petit et grassouillet, qui me dit aller à la frontière bolivienne pour voir un de ses groupes (il possède une petite entreprise de tourisme qui propose des raids en 4x4 sur la Laguna Ruta). Avant de m'embarquer, il me demande si j'ai fait tamponner mon passeport. Je lui réponds que oui et que je suis même descendu jusqu'à San Pedro spécialement pour ça.

On avale les 40kms (dont les 30kms de montée farouche) en 40mns. Puis on prend à gauche direction Hito Cajon, et après quelques minutes, j'aperçois une petite guérite avec marqué «Migration» et le drapeau bolivien qui flotte. Je me tourne donc vers mon chauffeur, un peu inquiet: «Donde es la aduana chilena??». Il me répond que la douane est en bas, à San Pedro! «Mais je croyais que la douane de San Pedro était celle entre l'Argentine et le Chili et qu'il y avait une autre douane chilienne!». Je ne veux pas descendre à nouveau à San Pedro, juste pour un tampon. Je décide donc de tenter le coup comme ça.

La douane bolivienne est minuscule. Une simple maisonnette plantée au milieu de nulle part devant laquelle sont garées des dizaines de 4x4. Du bâtiment sort une file de personnes, que des jeunes affublés de bonnets péruviens, de ponchos, de gants de laines et autres habits typiques. Je comprends que ce sont les membres des «tours» dont les 4x4 sont stationnés devant. Je m'insère dans la queue en me disant que je vais me fondre dans la masse.

Arrive alors mon tour. Le douanier me demande avec quelle entreprise je voyage puis, voyant mon cuissard, me demande «Solo? Con una bici?». Je suis bien obligé de répondre oui. Il ouvre alors mon passeport et part à la recherche du tampon de sortie chilien (celui que je n'ai pas!). Ne trouvant que celui d'entrée, il me fait mettre sur le côté. Là, j'ai à faire à un autre gars qui me fait remplir une feuille avec mon nom, mon prénom, ma destination... Bref, la feuille habituelle d'entrée dans un pays. Une fois que j'ai fini de remplir le formulaire, le second douanier me renvoie vers le premier pour faire tamponner mon passeport. À ce moment là, je me dis que c'est dans la poche. Malheureusement, lorsque je tends ma feuille et mon passeport au premier douanier, il me regarde puis demande à son collègue s'il a trouvé le timbre chilien de sortie. L'autre lui répond qu'il n'a pas cherché. Le gars se met donc de nouveau à inspecter minutieusement mon passeport... Dans lequel il ne trouve pas le tampon de sortie, évidemment. C'est alors qu'il ferme mon document et, me regardant droit dans les yeux, me demande si je suis passé par la douane chilienne. Je lui explique donc que je viens d'Argentine et que mon idée était de venir ici directement depuis le Paso Jama, mais que les Argentins m'ont dit que j'étais obligé d'aller à San Pedro, information relayée par les gendarmes chiliens. Je lui narre ensuite mon entrevue avec les douaniers chiliens, qui m'ont dit que je devais remonter ici pour passer la frontière, sans me préciser que je devais d'abord repasser les voir pour avoir le tampon. Puis je termine en lui disant que la montée San Pedro – Hito Cajon, ça va une fois, mais pas deux (il ne sait pas que je suis venu en pick up). Une fois que j'ai terminé mon argumentaire, le douanier (qui a toujours mon passeport dans les mains, ce qui est plutôt un bon signe) me demande ce qu'on fait maintenant vu que, pour les Chiliens, je suis chez eux. Je lui réponds que les Chiliens n'ont qu'à mettre un poste frontière à côté du poste argentin et un autre à côté du poste bolivien, comme ça se fait de partout dans le monde. Le type me demande quand est-ce que je vais retourner au Chili. «No sé... 10 o 20 anos». - «A donde vas ahora?». - «A Peru». Alors, sans rien dire, le douanier bolivien ouvre mon passeport et me colle un tampon «Bolivia Entrada» puis me rend mon passeport. Je le remercie et je sors retrouver Espéranto pour lui annoncer la bonne nouvelle: on est en Bolivie!!

 

 

Film policier (écrit le 17/01/2011)

D'après les informations récoltées en Argentine, je dois absolument passer par San Pedro de Atacama pour faire tamponner mon passeport avant de prendre la direction de la Bolivie. Comme je vous l'ai dit, cela implique de descendre à San Pedro avant de remonter vers la frontière chilo-bolivienne, soit 90kms de détour avec, à la clé, un dénivelé positif de plus de 2000m en moins de 30kms (je vous laisse imaginer le pourcentage de la pente!).

Je serais bien tenté d'aller directement à la frontière sans passer par San Pedro. Dans l'optique que la Bolivie m'accepte, je gagne un jour et j'économise beaucoup d'énergie. Si la Bolivie me refuse l'entrée, il faut que je descende à San Pedro, que j'aille à la douane, que je remonte... Bref, c'est pas top. En même temps que je suis en train de lutter contre un vent de face force Patagonie, je pèse le pour et le contre de chaque solution. C'est alors que j'aperçois, sur le bord de la route, au milieu de nulle part, un 4x4 de la gendarmerie chilienne. Exactement ce dont j'avais besoin.

Depuis la route, le véhicule semble vide. Je regarde autour de moi: du caillou, du caillou et encore du caillou, le tout balayé par un vent d'enfer. Je me dis que les occupants ne doivent pas être bien loin et je m'approche du 4x4. Mais à mon grand étonnement, je ne vois personne à l'intérieur. Je m'apprête à coller mes deux mains sur la vitre, pour regarder à l'intérieur, lorsque que la fenêtre chauffeur s'abaisse et qu'une tête apparaît: «Qué tal?». C'est un gendarme chilien.

J'explique alors au brave homme que je suis à vélo (même si ça, il a dû le voir), que je viens d'Argentine, que je veux aller en Bolivie par le Paso Hito Cajon et que je veux savoir s'il est possible pour moi de ne pas descendre à San Pedro de Atacama. Le bonhomme se tourne alors vers le siège passager et baragouine un truc avant de se tourner à nouveau vers moi en me disant «Necessitas que ir a San Pedro» avant de fermer sa fenêtre, avant même que j'ai pu dire «ouf».

Vous n'avez sans doute pas tout à fait saisi toute l'histoire et c'est normal. Il m'a fallu aussi un peu de temps pour tout comprendre. Je vais donc reprendre plus doucement.

Si en m'approchant du 4x4 je ne voyais personne, c'est en fait parce que les deux gendarmes avaient leurs sièges en position allongée. Ensuite, lorsque le chauffeur s'est tourné vers le siège passager, j'ai aperçu, devant le levier de vitesse, un petit écran avec une image qui s'est figée. Je pense que vous avez maintenant compris que, avec mes questions de frontière, j'ai dérangé deux flics qui étaient tranquillement en train de regarder un DVD. J'espère au moins que c'était un film policier!

 

 

Paso Jama, vaste blague frontalière (écrit le 16/01/2011)

En Patagonie, il y avait toujours un estancia où on pouvait demander de l'eau ou un coin pour passer la nuit à l'abri du vent. Ici, il n'y a rien de rien. Entre deux points où il y a de la vie, il faut compter au moins 100kms. Or, 100kms à 4000m d'altitude sur des pistes plus que déplorables, croyez moi, ce n'est pas de la tarte.

Après m'être sorti du salar de Cauchari (rappelez vous, 70kms de piste dont 30kms de sable), j'ai entamé la montée vers le Paso Jama et le poste de douane argentin. Puis comme ça roulait bien, je me suis dit que j'allais pousser jusqu'à la douane. De toute façon, je n'avais pas trop le choix: aucun point d'eau, mais surtout aucun abri pour planter la tente sur le bord de la route.

Un poste frontière, ce n'est pas l'endroit rêvé pour planter sa tente, mais dans un environnement tel que celui qui règne dans les Andes à 4000m d'altitude, c'est la certitude de trouver un poste de police et un garage pour se protéger du vent. Enfin, c'est ce que je croyais...

Je suis arrivé au poste Paso Jama à 18h, complètement mort avec une seule envie, manger et me coucher. Je vois un panneau Hosteria ACA (Automovil Club Argentino). Les prestations du ACA sont très onéreuses. Mais je commence à connaître le système: s'il y a une auberge ou quoi que ce soit dans le coin, il sera impossible de mettre la tente autre part. Je vais donc demander le prix d'une chambre et, pour mon plus grand bonheur, on me répond qu'il n'y a plus de chambres de libres. Je prends donc la direction de la gendarmerie pour aller quémander un endroit à l'abri du vent.

Je tombe sur un petit effronté à qui l'uniforme donne la grosse tête. Le type sur lequel il ne faut surtout pas tomber. En me voyant arriver, il me fait signe d'aller à la douane. Je lui explique que je compte dormir ici et... Il me montre l'auberge ACA. Je lui dis que j'y suis passé et qu'il n'y a plus de places, mais que... Il me coupe et me dit que le seul «alojamento» du coin c'est l'ACA et qu'il ne peut rien pour moi. J'attends qu'il ait fini pour lui dire que j'ai une tente et que j'ai seulement besoin d'un endroit sans vent. No reaction. J'insiste un peu. Il me montre un carré de terre grillagé et soufflé par le vent: la zone de stationnement des camions. Je comprends que j'ai affaire à un imbécile. Je décide donc d'aller taper directement à la porte de la caserne de gendarmerie.

Je toc une fois. Rien. Deux fois. Rien. J'entrouvre la porte. Un gars se précipite pour me demander ce que je veux. Je répète donc pour la énième fois que je suis à vélo et que je cherche un endroit sans vent pour planter ma tente. Il me montre le fond de la cours de la caserne. C'est pas terrible, mais je ne trouverai pas mieux. Je commence donc à monter ma tente. L'endroit est abrité, mais c'est loin d'être le top. Je me bats contre le vent pour arriver à mettre les arceaux. Ensuite vient l'opération faire tenir la tente au sol (inutile de vous dire que les sardines ne plantent pas). J'ai donc recours à tout ce qui traîne: sacoches, pelle, brouette, morceaux de bois... Je remarque alors que les gendarmes sont derrière leur fenêtre, en train de me regarder faire. Après 4 ou 5 minutes, je comprends que je ne pourrai pas coucher là, à moins d'attendre que le vent tombe, vers 22h. Je me réfugie donc dans le garage mitoyen de la caserne.

Dans ce garage on trouve une ambulance, tout au fond, et devant la sortie, un camion pour promener les bidasses (vous savez, ces camions avec une bâche à l'arrière et deux bancs qui se font face). Seuls les 4/5èmes de la tente rentrent dans le garage. Assez pour empêcher la toile de s'envoler. Assez aussi pour que j'établisse ici mon campement. Depuis que je suis parti, c'est la première fois que je suis dans un coin aussi bancal.

À 21h30, alors que je suis prêt à me coucher, un gendarme qui m'avait admirer par la fenêtre vient me voir. Il me demande si tout va bien puis me fait remarquer que ma tente dépasse et qu'il ne peut donc pas fermer le portail du garage. Je m'excuse, bien que j'ai une forte envie de lui balancer à la figure le premier truc qui va me passer sous la main: il y a un nid d'oiseaux sur le portail roulant du garage!! Le gars me dit ensuite que je gêne la sortie de l'ambulance. Une fois de plus, je garde mon calme et je m'excuse. Mais, si vous avez bien suivi, vous savez que l'ambulance est au fond du garage, derrière le camion à bidasses. Ce qui veut dire que, s'ils veulent sortir l'ambulance, il faut d'abord sortir le camion. Je ne pense pas qu'ils sortent souvent l'ambulance, je vous le dis!

Puis, pour finir la journée en beauté, le militaire me demande où je vais demain. C'est alors que j'apprends que le poste frontière chilien est à San Pedro de Atacama, à 160kms d'ici et que je suis obligé de passer par là. Ce qui me gêne le plus, outre la distance, c'est que San Pedro se trouve à 1700m alors que le col que je dois passer pour aller en Bolivie culmine à plus de 4300m. Je ne sais pas si vous visez la grimpette que ça représente!

Bon, puis pour terminer, parce qu'après j'ai encore plein de choses à faire. Vous vous souvenez de ce que je vous avais dit sur les postes frontières chiliens, où il ne faut pas passer avec une pomme sinon vous risquez de contaminer tout le pays. Ici vous avez 160kms pour trimbaler tout le queso, la fiambre, les manzanas et autres. Si ça, ce n'est pas une vaste blague frontalière, alors moi je suis la reine d'Angleterre!

 

 

Argentine ou Bolivie? (écrit le 15/01/2011)

Les Andes, ça monte et ça descend... Et ça ne fait pas semblant. Après Abra del Acay (4895m), je suis passé à San Antonio de los Cobres (3770m), puis je suis remonté à Alto Chorillo (4560m) avant de redescendre sur Olapato puis le salar de Cauchari (4000m) et, là, ça été tout plat.

Lorsque l'on pense «salar», on s'imagine une grande étendue blanche et plate, comme le salar de Uyuni, sans aucun doute le plus connu de tous. Mais un salar, si c'est toujours plat, ce n'est pas toujours blanc. Celui de Cauchari, en l'occurrence, est noir, le sel se trouvant dans la roche.

Après plusieurs jours de pure montagne, se retrouver face à une telle étendue plate est quelque peu bizarre et effrayant. Pas de sommet pour se repérer. Pas de route ou de piste à suivre, tout juste de vagues traces. Je ne vous cacherai pas que j'ai un peu hésité avant de m'engager là-dedans. Puis je me suis lancé. Comme aurait dit Pierre, un copain avec qui je tapais la balle à Chicago: cette fois-ci mon vieux Milou (pour moi, c'est mon vieil Esperanto, mais c'est pareil), on est parti!

Lorsque je suis en colère, je dis aux Argentins que l'Argentine n'est pas un pays, mais que c'est un agglomérat de régions. Là, je suis sûr de les vexer comme il faut. Mais, le pire dans l'histoire, c'est que je commence de plus en plus à le croire. À Olapato, je suis allé au poste de police pour savoir le kilométrage jusqu'au Passo Jama. Réponse de l'agent: je ne sais pas, le Passo Jama est dans la province de Jujuy, ici c'est la province de Salta. Depuis Olapato, pour aller prendre la route du Passo Jama, il faut commencer l'ascension du Passo Sico puis traverser le salar de Cauchari. La frontière entre les deux provinces se situe au milieu du salar, quelques kilomètres après une mine de sel. Je demande à l'agent combien de kilomètres séparent la route du Sico de celle du Jama. Il ne connaît le kilométrage que jusqu'à l'exploitation salière, celle-ci se trouvant sur la province de Salta, mais que ça doit faire dans les 45 ou 50kms. Une carte punaisée dans un bureau d'informations touristiques annonçait 46kms. La distance est donc confirmée.

Entre la route du Sico et la mine de sel, la piste est tout à fait correcte et, après 25kms, je croise mon premier (et unique) véhicule de la journée: un tractopelle qui travaille à la mine. Je demande à l'ouvrier combien de kilomètres jusqu'à la route du Jama. Il m'annonce 20kms, exactement ce à quoi je m'attendais. Ce que je n'avais pas prévu, c'est que la piste entre la mine de sel et la route du Jama serait aussi mauvaise et aussi longue. Après avoir croisé le tracto, je me retrouve dans 10cm de sable mou. Impossible de pédaler. Les kilomètres passent, le goudron n'arrive pas et le doute monte. 45Kms; 50kms; 65kms... Toujours rien. Je regarde ma carte une fois, deux fois, trois fois. Je me persuade que je suis dans la bonne direction et que faire marche arrière ne servirait à rien. Je continue à pousser, cherchant au loin une esquisse de route.

J'atteindrai finalement le goudron au bout de 70kms (contre les 56 qui étaient prévus par les cartes et les renseignements glanés à droite à gauche).

Devoir pousser dans 10cms de sable mou ou être obligé de rouler à 5kms/h à cause de la tôle ondulée n'est pas ce que l'on fait de plus plaisant. Mais le pire de tout est de ne pas savoir combien de kilomètres on a à faire comme ça. Tous les cyclistes qui arrivent de la Bolivie tiennent le même discours: là-bas les routes sont exécrables et il est impossible d'avoir un semblant d'indication sur le nombre de kilomètres à venir, le degré de la pente ou l'importance d'un village. Je ne sais pas ce à quoi va ressembler la Bolivie, mais j'ai franchement l'impression que le nord de l'Argentine, c'est déjà la Bolivie.

 

 

… Au Yes I did (13/01/2011)

Il est 15h45 lorsque j'arrive enfin au col. Je jubile. Après presque 10h d'effort, je suis, enfin au passo Abra del Acay. Mais que les derniers kilomètres furent difficiles!

Je suis parti ce matin de La Poma à 6h15, au tout petit jour avec en tête d'arriver au col avant 15h. Si mes prévisions sont bonnes, il y a 42kms. La première difficulté de la journée ne tarde pas à arriver. Après seulement 3kms, je passe devant un panneau «Abra del Acay 54 kms». Nom d'un chien, ça va être plus compliqué que prévu! Puis, 2kms plus tard, un autre panneau «Abra del Acay 36kms». Je préfère celui-ci, mais ça me paraît un peu exagéré. Je décide donc d'ignorer ces indications et me dire que le col est à 45kms, comme indiqué sur un plan trouvé sur le net.

Les 35 premiers kilomètres sont une formalité. La pente est modérée, les virages peu serrés et la piste tout à fait correcte. À 12h30 je passe devant la dernière maison. Une demi-heure plus tard, je croise ma première voiture. Évidemment, le véhicule s'immobilise à ma hauteur: qu'est-ce que je fais là, où je vais, d'où je viens, le col est très haut, est-ce qu'ils peuvent me prendre en photo... Puis, comme ils ont un GPS, ils m'annoncent que nous nous trouvons à 4100m et qu'il me reste 20kms (et donc presque 800m de dénivela positif). Et la dame d'ajouter «dans une heure vous y êtes». C'est une blague ou vous croyez vraiment que je vais faire du 20km/h sur une piste de plus en plus pourrie à une altitude supérieure à 4000m??

Oui, parce que ce que je ne vous ai pas dit, c'est que plus on monte, plus il y a de la tôle ondulée, du sable et des gros cailloux. Ce qui veut dire qu'en plus de forcer pour monter, il faut forcer pour garder l'équilibre et slalomer entre les obstacles. Ça, c'est pour la difficulté physique. Pour la difficulté morale, il y a que je ne sais pas exactement combien de kilomètres de côte il y a et, surtout, je ne vois toujours pas le col après 8h d'ascension. Mais je ne tarde pas à voir une seconde voiture qui, comme la première, s'arrête à ma hauteur. Je comprends rapidement que ce sont des Français. Ils coupent le moteurs. Je descends du vélo. Et nous voilà partis à discuter.

Ce sont des Montpellierains en vacances et ils arrivent tout droit du col. Ils m'annoncent que le sommet est visible derrière le prochain virage, qu'il ne me reste pas plus de 5kms, que le col est au kilomètre 4998 et que la montée fait environ 45kms (soit 46 ou 47kms pour moi qui suis parti de La Poma). Je les quitte donc le moral gonflé à bloc. Ma première mauvaise surprise est de ne pas voir le col derrière le virage. La seconde est de passer devant la borne 4996. Je comprends que les renseignements ne sont pas des plus fiables... Sauf peut-être le kilométrage total. En effet, mon compteur affiche 42kms et il se pourrait bien qu'il me reste 5 ou 6kms. Cela confirmerait aussi les dires de la dame de La Poma étant donné que je commence vraiment à ressentir les effets de l'altitude.

J'aperçois le col au kilomètre 43. Je compte alors 6 virages et donc 6 lignes droites, ce qui, à vue de nez, doit faire dans les 3 ou 4 kilomètres et une bonne heure d'effort. Ces six derniers virages me paraissent ne jamais finir. Régulièrement je dois m'arrêter pour reprendre mon souffle. En fait, le plus difficile n'est pas de monter, c'est d'éviter les trous, les pierres, les bancs de sable et autres obstacles. Mais j'avance. Petit à petit le col se rapproche. Plus que 5 virages, allez courage, «tu tiens le bon bout». Plus que 4 virages, du nerf, bon sang, comme dirait Monsieur Pral, c'est ton dernier 13 janvier sur le Abra del Acay. Plus que 3 virages, on est sur le podium! Plus que 2 virages, je sens le vent qui souffle au col. Dernier virage, c'est le second souffle du marathonien. Je me sens pousser des ailes et je fais presque un sprint (7kms/h!), de peur que le col ne s'échappe.

Il est 15h45 lorsque j'arrive enfin au col, après presque 10h d'effort. Je suis tout seul et il souffle un petit vent glacial. Mais cela ne m'empêche pas de jubiler. J'y suis. Abra del Acay, yes I did!

Évidemment je ne manque pas de faire une petite photo souvenir. Puis je remonte rapidement sur le vélo pour entamer la descente (qui se révèlera aussi difficile que la montée à cause du sable) et aller dormir un peu plus bas en altitude.

 

 

Abra del Acay, du Yes I can.... (écrit le 12/01/2011)

J'ai eu la chance de me trouver à Chicago lors de l'élection de Barack Obama. J'entends encore le discours du nouveau président: «... and to all thoses who still doubt that America is the land where everything is possible, here is your answer: Yes we can...». «Yes we can» était le leitmotiv que les partisans de Obama reprenaient tous en coeur en se rendant à Grant Park au soir du 4 novembre 2008.

Le col Abra del Acay n'a rien de politique. Le seul point commun entre Abra del Acay et Obama, c'est qu'ils sont tous les deux des premiers. L'un est le premier Noir-Américain président, l'autre est le premier col sud américain dans ce sens qu'il est le plus haut (4895m).

Je me suis engagé dans la vallée Calchaquie, du nom de la rivière qui la parcourt, quelques kilomètres avant Santa Maria, toujours en suivant la route 40. Les Andes nord argentines sont magnifiques, mais extrêmement sèches. La vallée Calchaquie est elle aussi très belle, mais elle a, en plus, l'avantage d'être verte. On y trouve donc beaucoup de petits villages et notamment des «nids à touristes» comme Cafayate ou Cachi.

Le parcours touristique classique, je dirais, est de partir de Tucuman pour aller à Cafayate puis Salta, Cachi et San Salvador de Jujuy. L'avantage de ce parcours, c'est qu'il y a toujours du goudron, de l'eau, des magasins et que l'altitude reste modérée (jamais au dessus de 2500m). C'est pour ça que, depuis Santa Maria, les gens me demandent si je vais à Salta, me proposant hôtels et tours en 4x4. Malheureusement pour eux, je leur réponds que mon idée est de suivre la route 40 jusqu'à San Antonio de Los Cobres et que je ne vais donc pas à Salta. «Hasta San Antonio de Los Cobres? Pero hay el Abra del Acay! Es muy alto, como 5000m!». Voilà ce que je m'entends dire. Comme si el Abra del Acay était infranchissable.

A pied, je ne suis jamais monté plus haut que 4200m (Jbel Toubkal). À vélo, ce doit être aux alentours de 2700m (Tizi N'Test et Timmelsjoch). Mais je compte bien passer El Acay, même si, comme me l'a prédit Raph, un copain de l'INSA, «un col à 5000m, ça doit pas faire rire les patates à la cave!».

Pour monter jusqu'à 4895m, la route commence à s'élever depuis Cafayate (900m). Mais c'est à partir de La Poma (3000m) que se lance «l'assaut final». La Poma est le dernier petit village sur la route du col. De là, il reste une quarantaine de kilomètres pour passer le plus haut col sud américain.

Je suis arrivé à La Poma en tout début d'après-midi, histoire de bien me reposer avant l'ascension. La dame qui tient la petite auberge où je loge m'affirme que passer le col n'est pas possible dans la journée. Les 35kms kilomètres sont faisables, mais les 5 derniers sont extrêmement difficiles à cause de l'altitude. Il faut donc compter deux jours pour basculer sur San Antonio. Je l'écoute. Elle habite La Poma. L'altitude, elle connaît. Ça joue en sa faveur. En revanche, elle n'a pas l'air très sportive et je doute qu'elle ait déjà essayé de faire, ne serait-ce que 10kms à vélo. Sur ce coup là, elle perd des points! De toute façon, je suis fixé. Demain, je prends la route au petit jour, direction le col, avec la ferme intention de basculer sur San Antonio.

Au fil des heures, le doute s'installe. 5000m, c'est haut. Comment est-ce que mon organisme va réagir? Tous les gens que j'ai rencontrés jusqu'à présent, m'ont décrit le col comme très difficile. Ne serait-il pas plus sage de redescendre vers Salta? En cherchant sur le net, je n'ai pas trouvé beaucoup de cyclos qui sont passés par là... Pas beaucoup... Mais quelques uns tout de même. C'est certainement difficile, mais pas impossible.

L'élection d'un noir à la tête de la première puissance mondiale n'était pas quelque chose de facile. Mais avec beaucoup d'envie, de courage et d'abnégation, l'impossible est devenu réalité et, après la proclamation des résultats, les «Yes we can» s'est transformé en «Yes we did». J'espère que je pourrai en faire autant demain. Mais pour le moment, le col Abra del Acay, ce n'est qu'un «Yes I can».

 

 

Rallye Dakar (écrit le 11/01/2010)

Tous les cyclistes vous le diront: passer sur les routes du Tour de France juste avant ou juste après les coureurs est un pur bonheur. Tous les petits graviers, sable et autres cochonneries qui jonchent habituellement la chaussée ont été balayés, les ralentisseurs ont été enlevés et, parfois même, l'enrobé a été refait. Bref, les routes du Tour, c'est le top. On ne peut pas en dire autant des routes du Dakar. Puis d'abord, le Dakar, ce ne sont pas des routes, ce sont des pistes.

Il y a une bonne semaine de ça, je suis allé de Villa Union à Chilecito, j'ai emprunté la route du Dakar une petite dizaine de jours avant les concurrents. Dans la Cuesta de Miranda, les ouvriers de la Vialidad Nacional s'activaient à grands coups de tractos et de niveleuses. De ce que j'avais pu comprendre, le but était de ramener de la terre dans les virages. La terre non tassée laissée par la niveleuse, ce n'est pas ce que l'on fait de mieux pour les vélos. Heureusement pour moi, lorsque je suis passé par la Cuesta de Miranda, la Vialidad Nacional commençait seulement son travail et, de fait, seule une moitié de la piste avait été travaillée. J'utilisais donc l'autre partie.

Hier je suis allé de San Carlos à Molinos, empruntant, sans le savoir, la route que les concurrents du rallye avaient prises une semaine auparavant. Je n'ai jamais été un grand fan de sport automobile. Mais depuis ma journée entre San Carlos et Molinos, je hais le Dakar!

Entre San Carlos et San Antonio de los Cobres, soit près de 300kms, la ruta 40 n'est pas une route, mais une piste. De ce que j'ai pu voir aujourd'hui entre Molinos et Cachi, c'est une piste tout à fait pédalable. Il y a bien de la tôle ondulée dégueulasse de ci de là, mais ça reste correcte. Là où c'est difficile de faire du vélo, c'est sur les tronçons qui ont été «nettoyés» pour le Dakar, notamment les 85kms entre San Carlos et Molinos. Je ne sais pas si c'est pour le spectacle ou pour des raisons techniques, mais, sur certaines portions du linéaire, la Vialidad Nacional a recouvert la route de sable. Moralité, lorsque Benoît arrive sur son petit vélo, il se retrouve planté dans 10cm de sable bien mou. Et mer*e...

Je n'ai jamais essayé, mais j'imagine que pédaler dans la semoule n'est pas facile (sinon on n'emploierait pas cette expression). Ce dont je suis sûr, c'est que pédaler dans le sable est presque impossible. Il faut se mettre petit braquet, faire tourner les jambes doucement, ne pas braquer le guidon et forcer comme un forcené sur les pédales. On peut alors avancer très lentement. Jusqu'au moment où l'on se retrouve vraiment «tanqué» dans le sable et, là, il n'y a pas d'autre solution que de pousser.

C'est comme ça que hier, régulièrement, je me suis retrouvé à faire du «bike pushing» sous un soleil de plomb. Je suis pratiquement sur le tropique de cancer et le soleil chauffe comme il faut sous cette latitude. La chaleur était d'autant plus forte hier étant donné que je me trouvais dans d'étroits défilés rocheux.

Je ne sais pas si le Dakar, c'est dur lorsque l'on est en voiture ou à moto, mais, c'est physique lorsque l'on est à vélo. Heureusement, lorsque l'on s'arrête de pousser pour reprendre son souffle, on peut admirer des paysages de toute beauté... Sans oublier de se rappeler que c'est à cause du rallye que l'on est dans cette mouise. Fichu rallye Dakar!

 

 

Monnaie bonbon (écrit le 10/01/2010)

En France et dans toute la zone euro, on a l'euro. Au Maroc c'est le Dirham, au Sénégal c'est le Franc Sénégalais, au Brésil ils ont le Real et en Uruguay, Chili et Argentine, la monnaie, c'est le Peso. Mais attention, un Peso uruguayen n'a pas la même valeur qu'un Peso chilien ou qu'un Peso argentin. Surtout que la monnaie argentine est quelque peu spéciale par ici, dans le nord andin du pays. Lorsque vous allez acheter votre baguette à la boulangerie du coin, si la boulangère vous demande 0,75 euro et que vous lui donnez 1 euro, elle va vous rendre?... 0,25 euro. Bonne réponse, vous passez au niveau suivant. Nous sommes à présent en Argentine et vous vous rendez à l'almacen du coin (l'épicerie) ou vous achetez une boîte de thon (à propos, je n'ai toujours pas trouvé d'ouvre boîte!) et un paquet de biscuits. Le gars à la caisse vous demande 10,75$. Vous lui donnez 11$ et il vous rend?... Tout ceux qui ont dit 0,25$ ont perdu, la bonne réponse étant: deux bonbons! Les Argentins fonctionnent beaucoup aux billets. Ils ont des billets de 200, 100, 50, 20, 10, 5 et 2. Pour ce qui est des pièces vous avez 1 peso puis tous les centimes: 50, 25, 10 et 5. Mais les pièces sont rares, surtout celles des centimes. Du coup, lorsque vous n'avez pas l'acompte, on vous rend la monnaie en bonbons, chewing-gums, cube de bouillon et autres. Je ne vous cache pas que la première fois qu'on m'a fait le coup, j'ai été surpris et je me suis demandé si les paquets de Avena que j'avais achetés étaient pleins, ou s'il étaient remplis avec des cailloux, comme lorsque l'on est petit et que l'on joue au marchand. Mais petit à petit je me suis habitué à cette monnaie. La seule chose que je ne sais pas, c'est comment est-ce que ça se passe pour le change. Dans quelques jours, je vais entrer en Bolivie par un poste frontière riquiqui où il n'y a pas de distributeur automatique (vous savez, la machine à sous où vous gagnez tout le temps) et il va donc falloir que je change de l'argent. Il me restera des Pesos chilien, des Pesos argentins et... des bonbons! Alors, combien de Bolivianos pour un bonbon?

 

 

Le cyber de San Carlos (écrit le 09/01/2011)

J'ai attaqué aujourd'hui même la côte du Passo Abra del Acay et je me trouve ce soir dans le petit village de San Carlos. Ici, c'est vraiment le fin fond de l'Argentine. Nous sommes très au nord et, si la route 40 permet de passer dans la province de Jujuy, elle est très peu empruntée (seulement par quelques 4x4 et quelques cyclos fêlés désirants se frotter au plus haut col sud américain). De fait, San Carlos est un petit village tranquille avec des rues en ripio et des gars à cheval qui portent les bottes, le pantalons bouffant, la chemise et le chapeau, comme devait le porter leurs grands pères et leurs arrières grands pères.

La suite de ma route, c'est le Passo Abra del Acay (4895m), puis le Passo de Jama (4200m), puis la Ruta Laguna bolivienne et l'altiplano (aux environs de 3600m). pas de connexion, donc, pour un bon bout de temps. C'est pourquoi j'avais donné rendez-vous à mes parents sur Skype depuis San Carlos.

San Carlos n'est pas bien grand, pourtant j'ai eu du mal à trouver LE cyber café du village. En fait, l'entrée ressemble à un garage. Mais lorsque l'on pénètre dans le bâtiment, on arrive dans une véritable salle de jeu: billards, baby foot, machines de simulation et ordinateurs. Évidemment il y a la musique à fond les ballons et, comme si le vacarme ne suffisait pas, il y a tout un tas de gamins qui piaillent pour célébrer un but ou la mort d'un adversaire (sur computer, of course). Le plus étonnant, c'est que je suis le plus vieux! Pour faire simple, les moins de 40ans sont sur leurs chevaux avec le costume traditionnel, les moins de 25ans sont sur leurs motos et les moins de 15ans sont à la salle de jeu. Les plus de 40ans sont assis devant leur maison. Ici on vieillit vite et à 60ans on est déjà un ancêtre (vous ne m'en voudrez pas M'sieur Villard).

Passé ma surprise, je cherche le guichet pour avoir un PC. Je fais deux ou trois fois le tour de la salle avant de voir une ouverture dans le mur avec les prix affichés. Je m'approche et j'aperçois, à l'intérieur, une jeune femme en train de surfer sur le net. Ça pue le renfermé que je ne vous raconte même pas, il fait un cagnard mortel et il y a un boucan d'enfer. J'appelle. Elle dit un truc que je ne comprends pas. C'est là qu'un gars arrive de derrière, torse nu, la gueule toute enfarinée. J'ai l'impression que je le réveille. Je vous le répète tellement c'était prenant: ça pue! Il me dit de m'installer au poste 6 (Christo, c'est toujours toi le 6!?). Je m'assois alors face à un moniteur qui doit avoir le même âge que moi, avec un clavier dont la moitié des touches ne marchent pas. De chaque côté il y a un petit gamin qui joue en réseau à un jeu de guerre. Les balles sifflent, les bombes tombent, les soldats hurlent... Ambiance de rêve!

Je tente de me connecter une première fois. Échec. Je retente. Re échec. J'essaie toutes les combines possibles, sans succès. Bon, après, c'est vrai que je ne suis pas un expert en informatique (loin de là, même!). Au bout de 15mn, je fais trouver le gars et je lui dis que je n'arrive pas à avoir internet. Il me dit de passer sur le poste 14. Je change de machine. Toujours aussi vieux. Cette fois-ci, c'est la souris qui ne fonctionne pas. Je prends celle d'à côté et je lance Firefox. Ça marche!... Enfin, ça charge. 15S pour avoir google, 1mn pour gmail, puis impossible de se connecter. OK. Je décide de mettre le site à jour. 30S pour charger la page, puis impossible de se connecter. Soit. Voyons la météo pour les jours à venir. 15S pour google, 40s la recherche et plus rien. Impossible d'avoir la page. Ça fait maintenant bientôt une demi-heure que je suis assis là. Je vous rappelle que je suis au milieu d'un conflit armé, qu'il fait chaud, que ça pue le renfermé et qu'il y a un bruit à réveiller les morts. Je me résous donc à quitter les lieux.

Des cybers, j'en ai fait quelques uns (il n'y a pas le wifi de partout). Mais le cyber de San Carlos restera dans les annales!

 

 

Ouvre boîtes (écrit le 08/01/2011)

Je suis parti avec le strict minimum en termes de vaisselle: une popote, une petite cuillère et un couteau (un Opinel, je précise parce que c'est important dans la suite de l'histoire, puis je sais que ça fera plaisir à Jean). Vu que je ne comptais pas «me mettre en cuisine», pour reprendre une expression de ma grand mère paternelle (que j'embrasse très fort, vous permettez), cela me suffisait largement. Lorsque je suis passé voir ma sœur et son copain en Espagne, ils ont trouvé qu'il me manquait tout de même une fourchette et ils m'ont, de ce fait, équipé de cet ustensile. Ça m'a pris quelques temps avant de l'utiliser étant donné que, la première fois que je me suis fait des pâtes, c'était sur la Carretera Austral et, là, je me suis dit «Merci Mimi!». Auparavant, ça avait été pique-niques, riz ou semoule... Et tout à la petite cuillère.

Mais il y a une autre chose que ma sœur a voulu me refiler et que j'ai refusé: l'ouvre-boîte. Je ne suis pas un fan des conserves. Je préfère un bon morceau de fromage plutôt qu'un bidule préparé tout dégueu. Puis, en plus, les conserves, c'est lourd. La seule chose que j'achète de temps en temps et qui est en boîte, c'est le thon. Mais je choisis toujours une boîte avec une «languette» et, du coup, pas besoin d'un ouvre-boîte. Le pays où j'ai le plus acheté de thon en boîte, c'est le Maroc. Ou plutôt devrais-je dire, «c'était le Maroc». La raison est bien simple: il n'y avait pas grand chose sur les étagères des petites boutiques et, avec la chaleur qu'il faisait au mois d'août, ça faisait partie des choses transportables.

Je ne suis plus en Afrique, mais, comme je vous l'ai dit dans un article précédent, il y a quelques paysages et quelques maisons en torchis qui ne sont pas sans me rappeler quelques souvenirs. De même que la température et le peu de choix sur les étagères.

Sur la Carretera Austral (donc au Chili), je trouvais qu'il y avait peu de choses en comparaison de l'opulente Patagonie argentine. Je pensais que l'approvisionnement des supermarchés était le même dans tout le pays. Mais depuis une bonne semaine maintenant, je comprends que ce n'est pas le cas.

Premièrement, je n'ai plus croisé de véritable supermarché depuis que j'ai quitté Mendoza. Lorsque j'arrive dans un village, ou une ville, et que je demande le supermarché, on m'indique toujours un endroit en me disant que c'est «muy grande» et que «hay de todo». Muy grande, faudra revenir, parce que, généralement, c'est plutôt taille XS. Hay de todo, ce n'est pas des blagues. Dans tous les petites boutiques vous pouvez trouver tout ce que vous voulez, depuis la nourriture, jusqu'aux chaussures en passant par la poudre pour ne pas sentir des pieds ou la peau de mouton pour votre volant. Le seul hic, dans l'histoire, c'est qu'il y a, bien souvent, uniquement un seul modèle (ou une seule marque) et seulement deux ou trois exemplaires de chaque article. Vous avez donc ni le choix, ni la quantité.

Alors vous devez commencer à vous demander où je veux en venir. Je vous rassure, je n'envisage pas de changer la guidoline d'Espéranto par de la peau de mouton (quoi que ça lui donnerait un style!), ni d'investir dans de la crème anti-odeur (je suis tout seul dans ma tente, alors si ça sent le phoque, tant pis!). Non, le problème, c'est que, avec la chaleur et le ripio, il faut que je fasse attention à ce que je mets dans mes sacoches. Fini le temps où on pouvait se promener avec une plaquette de beurre et des tablettes de chocolat. Du coup, je suis de nouveau passé au thon en boîte (et aux sardines, lorsqu'il n'y a pas de thon). Mais la première fois que j'ai voulu ouvrir une boîte, ça a presque été un drame. Je vous la fais à la Molière: «Horreur, pas de languette!... Misère, pas d'ouvre-boîte!... Sacrebleu, que j'ai faim!». Mais, comme vous le savez, la faim justifie les moyens. Me voilà donc parti à ouvrir la boîte avec la pointe de mon Opinel. Je m'applique. Ouverture impeccable. J'étais fier de moi. Le lendemain je renouvelle l'opération, mais plus rapidement, si bien que je fais ça comme un cochon et qu'il reste quelques «liaisons» entre le couvercle et la boîte. Je me dis que je vais rapidement faire sauter ça et je passe la pointe de mon Opinel sous le couvercle pour faire levier. Et là, CRAC!, je casse la pointe de mon couteau. Pas grand chose, tout juste un millimètre. Mais quand même, je n'étais pas content de moi. Ce petit millimètre, c'est ce qui rendait mon Opinel vraiment chouette. Depuis, je me suis mis en tête d'acheter un ouvre-boîte. Mais je me rends compte que ce n'est pas si facile que ça! Si «hay de todo» dans les petites boutiques, no hay d'ouvre boîtes.

 

 

Benoît et Chloé (écrit le 06/01/2011)

Chilecito – San Blas: 118kms, 5 virages. San Blas – Londres: 80kms, 3 virages. La Cuesta de Miranda, ça montait, il faisait chaud et c'était du ripio, mais il y avait des virages et, derrière chaque virage, il y avait une surprise. C'était vraiment bien. Depuis que je suis redescendu de l'autre coté de la Cuesta, les virages ont disparu et les kilomètres sont longs à en mourir. Les seules distractions que j'ai eues ces deux derniers jours ce sont une mygale écrasée sur la route et un serpent d'un bon 1,50m qui s'est enfui devant moi. Ah, non, c'est vrai, j'allais oublier que j'ai fait une chouette rencontre. Comme vous l'avez compris, des virages, je n'en ai pas vu beaucoup. Mais il y en a quand même qui m'a réservé une bonne surprise. Je venais de passer Pituil, petit village situé à quelques 80kms de Chilecito. La route descendait légèrement et je roulais donc à vive allure, d'autant plus que j'apercevais, au bout de la ligne droite, un virage sur la droite! Je jette un coup d'œil dans le rétro, personne derrière. Je me déporte donc vers le milieu de la route (histoire d'agrandir un peu le virage et de faire durer le plaisir). Je porte mon regard au devant, pour m'assurer qu'aucun véhicule ne vient en face et là, qu'est-ce que je n'aperçois pas, caché derrière une petite église?!? Une roue de vélo! Je freine et je me dirige vers le lieu de culte. Il n'y a pas un vélo, mais deux vélos, chacun équipé d'une remorque. Mais personne en vue. Puis tout à coup une tête apparaît de derrière un muret et me lance un «Bonjour!». Je réponds en Français. Une seconde tête émerge et me dit bonjour à son tour. Je viens de réveiller Benoît et Chloé qui, comme les Argentins, faisaient une petite sieste. Il est 13h30. Benoît et Chloé sont de l'Aveyron. Ils ont quitté La Paz il y a trois semaines pour un voyage de 6 mois qui doit les mener à Ushuaïa. En gros, ils font le même chemin que moi, mais dans l'autre sens. J'ai toujours eu des copains qui s'appelaient Benoît. J'ai un bon feeling avec eux... Peut-être parce qu'ils me ressemblent. Le Benoît de l'Aveyron ne fait pas exception à la règle. Et comme le courant passe aussi très bien avec sa copine Chloé, on commence à nous raconter ce que l'on a fait, ce que l'on a vu, ce qu'il faut faire et ce qu'il ne faut pas faire, les coins où dormir, ceux où prendre de l'eau... On reste là, à discuter pendant plus de trois heures. On était bien, là, à l'ombre derrière la petite église et on aurait pu rester à parler jusqu'à la nuit. Le problème, c'est qu'il n'y avait pas d'eau. Du coup, on a fini par reprendre chacun notre route, eux vers le sud et moi vers le nord. Des cyclistes, j'en ai croisés. Jamais la rencontre n'avait été aussi forte. (Attention, je ne parle pas des cyclos avec lesquels j'ai roulés, mais bien ceux que j'ai seulement croisés.). Au final, je n'ai passé que quelques heures avec Benoît et Chloé, mais, en les quittant, j'ai eu l'impression de quitter des amis de longue date. Bonne route à eux!

 

 

Correo Argentino (écrit le 04/01/2011)

Voilà quelques jours que j'ai attaqué les premiers contreforts andins. Le premier test est la Cuesta de Miranda, un col à 2020m qui permet de passer de la vallée de Villa Union à celle de Chilecito. La Cuesta de Miranda, ce sont 23kms de montée, dont 17 de ripio, au milieu d'un paysage magnifique où dominent trois couleurs: le rouge des rochers, le vert des arbres et le bleu du ciel. La contemplation est telle qu'on en oublie la pente... Mais pas la température.

Grimper la Cuesta de Miranda, c'est pédaler sous un soleil de plomb, avec des roches brûlantes à 360°C. Une seule solution pour compenser les pertes en eau dues à la sueur: boire. Mais pour pouvoir boire pendant 23kms, il faut se charger en eau avant de commencer l'ascension. Et pour stocker de l'eau, il faut de la place. Or, en ce moment, je me trimbale tout un tas de trucs qui ne me sert pas (et ne me servira pas). C'est pourquoi j'ai décidé d'expédier tout un tas de choses à Marseille, chez mes parents et, tout à l'heure, je me suis pointé au bureau Correo Argentino de Chilecito pour procéder à l'envoi. Avant de faire mon paquet, j'ai consulté le site internet de la poste argentine afin de connaître les tarifs histoire de savoir un peu comment ça fonctionne.

J'arrive au Correo Argentino à 18h, pour l'ouverture (hé oui, ils font la sieste ici!), je rentre dans le bâtiment et je me présente au comptoir où j'explique que je veux envoyer un colis pour la France. La bonne femme derrière le guichet me fait alors un «non» de la tête et me dit que je dois aller à Buenos Aires. Je lui fais un grand sourire, le sourire qui veut dire «hahaha la bonne blague, mais je ne me suis pas fait avoir» et je lui présente mon paquet. Mais la chère madame me répète qu'elle ne peut pas procéder à mon envoi et qu'il faut que j'aille à Buenos Aires. «Heuuuu, Buenos Aires, c'est le nom d'une rue de Chilecito?». - «Non, Buenos Aires, c'est la capitale du pays, monsieur.». - «Attendez, si je comprends bien, vous voulez que j'aille à Buenos Aires pour poster mon colis?!?». - «C'est cela, oui. Ici nous ne pouvons pas expédier de colis vers l'international étant donné que nous ne disposons pas de douane». Je me doute bien que dans la petite ville de Chilecito il n'y a pas de douane. Mais il y a une douane à Buenos Aires. Il suffit donc que mon colis aille de Chilecito à Buenos Aires, passe la douane là-bas et soit expédié, ensuite, vers la France. Impossible me répond l'employée. Depuis Chilecito je peux envoyer mon paquet à Buenos Aires, mais pas plus loin. Pour l'international, il faut aller, en personne à la poste de Buenos Aires. Là, je ne ris plus du tout et je dirais même que je commence franchement à ne pas être content. Nous sommes en 2011 et il n'est pas possible d'envoyer un colis depuis Chilecito à Marseille! Nous sommes à l'époque de la mondialisation et la poste de Chilecito ne peut pas envoyer mon colis en Europe!! Motif? Il n'y a pas de douane à Chilecito. Qu'est-ce que ça veut dire ça?? Et comment font les Argentins de Chilecito qui ont de la famille ou des amis à l'étranger pour leur envoyer des colis?? Ils se tapent un aller/retour en bus à Buenos Aires. Je commence vraiment à ne pas être content. Si bien que la bonne femme laisse sa place à un monsieur d'un certain âge qui me ressort la même histoire de douane avant de finalement me dire que, à l'heure actuelle, tous les envois vers l'Europe sont suspendus à cause des intempéries et que le Correo Argentino ne peut rien faire pour moi. Il me conseille d'aller voir OCA, un autre transporteur (un peu comme on refile le mistigri à son voisin).

Me voilà donc parti vers OCA, à l'autre bout de la ville. Je trouve le bureau, je rentre, j'expose mon problème... Et je me retrouve avec la même réponse: il faut aller à Buenos Aires. La différence avec le Correo Argentino, c'est que là, je ne prends pas ça pour une blague et je sors tout de suite la grosse artillerie: que c'est n'importe quoi, que nous sommes en 2011 et qu'on ne peut pas envoyer un colis à l'international, que l'Argentine ce n'est pas un pays uni (ça, ça ne lui plaît pas au monsieur), que même en Afrique on peut envoyer des colis en France (ça, ça lui plaît encore moins)... Avant même que j'ai fini de déballer toute ma panoplie, le pauvre employé me coupe la parole et me dit d'aller voir au Correo Argentino. Je lui explique que je viens de chez eux et que ce sont eux qui m'ont dit de venir ici parce que, eux aussi, sont incapables d'expédier un colis en France.

Je quitte donc OCA en colère. Arrivé au camping, je défais mon colis et je remets tout mon bazar dans mes sacoches. La différence, c'est que je réorganise un peu les choses afin de gagner de la place pour pouvoir transporter plus d'eau.

Il y a régulièrement au bord de la route des tas de bouteilles. Ce ne sont pas des décharges, mais des autels à Correa Difunta. D'après ce que j'ai pu lire sur quelques sites internet, ce sont des prières pour une femme qui est morte de soif, mais pas son bébé... Ou un truc dans le genre. Je ne parle pas beaucoup espagnol et je ne sais pas ce que signifie «Correa». Ce qui est sûr, c'est que ça ressemble étrangement à Correo. Du coup, je me demande si cette bonne femme n'est pas morte parce qu'elle n'avait pas assez d'eau dans son sac, la faute à un colis que le Correo n'avait pas pu envoyer à l'international. Fichu Correo Argentino!

 

 

Au four ou au moulin (écrit le 01/01/2011)

Il me semble que c'est quelque chose que je vous ai déjà dit, mais je le répète pour le besoin de cet article. Lorsque l'on voyage à vélo, les choses ne changent pas, elles évoluent. Ce n'est pas le cas avec le bus. En Patagonie, pour toucher le tiercé dans l'ordre, il fallait parier sur Vent d'Enfer, Pluie Neigeuse et Froid Glacial. En descendant du car à Mendoza, j'ai compris qu'à partir de maintenant, ce serait plutôt Soleil de Plomb, Sécheresse et Gros Cagnard. Changement brusque et brutal auquel mon corps n'était pas forcément prêt. Heureusement pour moi, les laboratoires Bioderma ont inventé la crème solaire!

Je connaissais de l'Argentine sa capitale, sa côte atlantique, ses Andes du sud et sa Terre de Feu. En quittant Mendoza, j'ai appris à connaître ses plaines brûlantes. Une route toute droite qui court aussi loin que l'on peut voir, des arbustes épineux et rachitiques et de chaque côté de la route, un sol desséché, des petits villages constitués de maisons en torchis et des bas côtés sales... Je me serais cru au Maroc. C'est là que j'ai compris pourquoi le Dakar était venu s'établir ici.

Depuis que je suis dans la région, beaucoup de gens me parlent du rallye Dakar. D'abord parce que je suis Français. Ensuite parce que la course ne va pas tarder à arriver dans la région. Sans le savoir, je vais, dans les prochains jours, emprunter un morceau du parcours de la course. Mais, par chance pour moi, je ne serais pas au même endroit au même moment. Cela ne me dit rien de me retrouver face à un bolide vrombissant au détour d'un virage et j'ai encore moins envie de passer une journée à attendre, surtout avec la chaleur qu'il fait.

Si l'été patagonien ressemble à un hiver européen, l'été du nord argentin a tout d'un été marocain: pas un goutte d'eau (la gestion de l'eau est redevenue un problème d'actualité) et un mercure qui vient fleureter avec les 45°C tous les après midi. Un vrai four. D'ailleurs, en parlant de four, j'ai remarqué que toutes les maisons de la région possédaient un four en terre cuite dans leur jardin. En Patagonie, c'était une éolienne.

La Terre de Feu est le pays du vent. Le nord argentin est la région du soleil. J'alternerais volontiers un jour de chaud avec un jour de froid. Malheureusement plus de 3500kms séparent ces deux espaces et il est bien connu que l'on ne peut pas être à la fois au four et au moulin!

 

 

Bariloche – Mendoza, embarquement stressant (écrit le 31/12/2010)

La seule compagnie qui fait la liaison entre Bariloche et Mendoza s'appelle Andesmar. Vue qu'il n'y a qu'une seule compagnie, je dois me soumettre à ses exigences. D'autant plus que je pars de Bariloche. J'ai remarqué qu'il est plus facile de faire monter Espéranto dans un bus si j'achète mon billet dans un petit bled et que je fais copain copain avec le vendeur (qui connaît toujours les chauffeurs), plutôt que si j'achète mon ticket dans un grand terminal, d'autant plus si celui-ci est touristique. Du coup, lorsque le vendeur m'annonce qu'il faut que je démonte Espéranto et que je le mette dans une boîte, je lui dis que je veux bien, mais que je n'ai pas de boîte. Il me demande donc d'aller voir le service «embalaje» qui s'occupe de ça. Je m'exécute. (les gens qui sont assis me voient passer une première fois)
Au service en question, je tombe sur un gars à qui j'expose mon problème. Il me dit que ce n'est pas grave, que je n'ai qu'à lui amener mon vélo et qu'il se charge de l'emballer. Mais il ajoute qu'il ne peut pas me garantir qu'Espéranto sera avec moi dans le bus. Pour ça, il faut voir directement avec la compagnie. Je retourne donc au guichet (les gens me voient passer une seconde fois).

Je retrouve mon cher vendeur, à qui j'explique qu'il faut absolument que mon vélo voyage avec moi parce que j'en ai besoin immédiatement lors de mon arrivée à Mendoza. Il me répond que pour ça je dois aller voir les gars de embalaje parce que ce sont eux qui gèrent les colis étant donné que Espéranto est considéré comme un colis et non pas comme un bagage. Je retourne donc voir embalaje. (Aller, dites le avec moi: les gens me voient passer une troisième fois.)

Je répète au gars de embalaje ce que le gars de Andesmar m'a dit. Il me répond que ce n'est pas comme ça que ça fonctionne et que c'est le chauffeur qui décide si, oui ou non, il peut prendre un colis et il s'en va trouver le vendeur de Andesmar. (Tous ceux qui ont dit: les gens me voient passer une quatrième fois sont éliminés). Il revient quelques minutes plus tard en me disant que mon vélo doit absolument se trouver dans une boîte et il tire un carton d'une étagère. Je comprends que c'est là-dedans qu'Espéranto doit loger pour le voyage.

La boîte qu'il me propose est un carton de vélo, tout ce qu'il y a de plus ordinaire. Le genre de boîte que je vais devoir me procurer à Lima. Le problème, c'est que pour rentrer dans cet espace réduit, Espéranto doit être complètement démonté... Je demande au cher Monsieur s'il a les clés pour démonter un vélo. Il me répond que non et me demande si, moi, je les ai. Je lui rétorque que je fais du vélo (I ride bike), mais que je ne fais pas des vélos (I do not make bikes) et que, de fait, je n'ai pas les clés (mensonge énorme de ma part, les enfants, ce n'est pas à faire!). Le gars ne se démonte pas (hop hop hop, vous avez noté le jeu de mot) pas pour autant et me dit qu'il suffit d'enlever les deux roues et que ça doit passer et il me demande d'aller chercher mon vélo. Les gens me voient... Et alors?! Vous vous êtes endormis??... Les gens me voient passer une quatrième fois, puis une cinquième lorsque je repasse avec mon cheval. (Pour être sûr que l'employé des emballages comprennent qu'Espéranto ne peut pas rentrer dans la boîte, j'ai bien pris soin de le laisser charger, ce qui le rend beaucoup plus impressionnant).

Je ne vous raconte pas la tête de l'employé des emballages en me voyant arrivé! Avant même que je n'ai prononcé un seul mot, il me dit que le vélo ne rentre pas dans la boîte (non, sans blague?!) et que la seule solution est de l'envoyer par le fret, mais, comme nous sommes le 30/12, il se peut que le vélo n'arrive à Mendoza que le 3 ou le 4/01. Chose tout à fait inconcevable. Je retourne donc une énième fois au guichet de Andesmar (ceux qui ont suivi, là, ça fait combien de passages? Cinq, très bien) et je lui explique que mon vélo ne rentre pas dans la boîte et que le service embalaje ne peut rien faire. Il me répond que, dans ce cas, le vélo ne montera pas avec moi. Hé bien c'est ce qu'on va voir, très cher monsieur!

Je retourne donc cherche Espéranto qui était resté devant les emballages (sixième et dernier passage devant les spectateurs. Je suis sûr que s'ils avaient su que je ne repasserais pas, il se seraient levés pour applaudir) et je suis sorti sur les plateformes d'embarquement. Avec toutes ces histoires, il était 14h30. Le bus partant à 15h30, j'avais tout juste le temps de décharger, démonter et réorganiser tout mon barda.

À 15h15, tout était prêt. Lorsque le bus est arrivé, je suis allé poser mes sacoches, mes deux roues et mon vélo (emmitouflé dans des chiffons et des papiers journaux) à côté de la soute puis je suis allé me mettre dans la file. J'avais un bus «cama» (lit), première classe, avec un étage «suite premium». Que des Madames grosses lunettes de soleil et des Monsieurs chapeau de paille qui m'ont fusillé du regard lorsque j'ai déposé mon bazar. L'avantage du bus avec suite bidule, c'est qu'il y a moins de monde... Et donc plus de place dans la soute. Du coup, aucun problème pour Espéranto. Enfin, presque. J'ai dû payer une taxe de 40$ (7,5euros) à cause de l'encombrement de mes bagages. Mais en comparaison de ce à quoi je m'attendais, ce n'était pas grand chose. Il n'y a pas à dire, le bus, c'est plus stressant que le vélo.

 

 

Saut de puce, saut de bus (écrit le 31/12/2010)

C'est l'histoire d'un chercheur qui étudie le comportement des puces. Pour cela, il travaille sur des puces savantes qui obéissent à la voix. Ce jour là, le scientifique a décidé d'enfin comprendre quels sont les échanges qui permettent aux puces de réagir aux ordres. Il pose donc une puce sur son bureau et, pour tester, lui demande de sauter. La puce saute. Il renouvelle son ordre. La puce saute à nouveau. Il coupe alors les jambes de la puce puis lui demande de sauter. La puce reste sur le bureau. Il demande à nouveau à son cobaye de sauter. Rien à faire. Le savant écrit donc sur son carnet: lorsque l'on coupe les pattes à une puce, elle devient sourde. Ici nous n'allons pas parler de puce, mais de bus. Mais je crois qu'il est nécessaire que je fasse un petit résumé/rappel de ce qui s'est passé entre le 26/12 et le 31/12, parce que sinon je vais en perdre quelques uns en route.

26/12: je me poste à l'entrée de Ushuaïa pour faire du stop. Sans grand succès, je n'avance que de 100kms et décide donc de sauter dans un car pour aller coucher à Rio Grande. C'est ce qu'on appellera dorénavant échec et car!

27/12: à 8h15 je monte dans un bus pour Rio Gallegos où j'ai une connexion à 20h45. À 12h, le bus tombe en panne au milieu de nulle part et nous devons attendre jusqu'à 1h du matin avant de pouvoir repartir (inutile de vous dire que je rate mon second bus!).

28/12: j'arrive à 5h du matin à Rio Gallegos avec le bus foireux. Je passe la journée à buller pour attendre le bus qui fait la liaison entre Rio Gallegos et San Carlos de Bariloche et qui part tous les jours à 20h45.

29/12: après 24h de bus, j'arrive à Bariloche à 20h40, complètement lessivé. Le moral n'est pas très haut, il m'est impossible de rallier Pucon dans les temps pour voir Rosangela et Paulo.

30/12: je décide de faire l'impasse sur la route des 7 lacs (entre Bariloche et San Martin de Los Andes) ainsi que sur le Corcovado Pass (col avec vue sur l'Aconcagua au sud de Mendoza) pour prendre un bus pour Mendoza. Je me présente au guichet à 10h30, j'annonce que j'ai un vélo et, là, le cirque commence. Mais pour ça, je vous laisse passer à l'article suivant.

 

 

Stuck in the middle (écrit le 28/12/2010)

La raison pour laquelle j'ai décidé de prendre le bus, c'est parce que, après avoir fait Esquel-Ushuaïa, je ne veux pas me taper la remontée (surtout avec le vent de face). Parce que, aussi, je suis un peu short au niveau du timing. Et puis, surtout, c'est parce que Rosangela et Paulo, mes «parents cariocas», vont passer une semaine à Pucon, à 300kms de Bariloche et que ça me ferait vraiment très plaisir de les voir.

Hier matin, j'ai donc acheté un billet Rio Grande – Rio Gallegos – Bariloche. Au programme, 33h de bus pour pouvoir débarquer à San Carlos le 28 vers 17h. Pas de problème pour mettre Espéranto dans la soute au départ de Rio Grande. 23 passagers (moyenne d'âge, 27ans) dans un bus de 50 places. Ciel bleu. Départ à l'heure. Parfait. Peu après avoir quitté Rio Grande, on passe la frontière (oui, parce que pour aller en Terre de Feu argentine sans prendre l'avion, il faut passer au Chili) et on s'engage sur la route en ripio chilienne. Mais après un peu plus d'une heure, le moteur s'arrête, comme ça, brusquement, sans crier gare. Comme qui dirait «et là, c'est le drame». Il est 12h30.

Les deux chauffeurs descendent du bus, enfilent leurs gants et de mettent à tripatouiller le moteur. Une heure passe, puis deux. Impossible de démarrer. Pour nous faire patienter, ils nous offrent un encas (une mini quiche, un petit pain et un biscuit... Wahou! On va aller loin avec ça!). Une heure de plus. Puis encore une. Finalement, ils nous annoncent qu'ils ne peuvent pas réparer la panne et qu'il faut attendre un mécanicien.

La route sur laquelle nous nous trouvons est très peu fréquentée. En quatre heures, nous n'avons vu que trois camions et quatre voitures. À 180° c'est de l'herbe et, comme vous vous en doutez, il souffle un vent d'enfer qui fait bouger le car un peu comme la houle fait tanguer un petit bateau. Le plus inquiétant dans l'histoire, c'est qu'il n'y a plus de nourriture dans le bus, qu'on ne peut pas ouvrir la soute qui est scellée à cause de leurs histoires fitosanitomachinchoses et qu'il n'y a pas un guanaco en vue pour espérer se faire un petit asado (barbecue) pour le dîner. Face à une telle situation, un des chauffeurs arrête une voiture et se fait conduire au village le plus proche d'où il revient, 50mn plus tard avec un minibus hyunday du type espace et nous dit «montez tous, on va au village, ce sera mieux».

Si vous avez bien tout suivi, vous savez que nous sommes 23 passagers. Et bien, croyez moi si vous voulez: nous sommes montés à 24 dans un bidule style espace (j'attends la photo d'un Israélien à qui j'ai donné mon adresse mail). Le chauffeur nous avait dit «serrez vous un peu, il y en a pour 10mn». Je peux vous dire que 10mn argentine, ce n'est pas 10mn française. Il nous a fallu 30mn pour atteindre le village. Dur dur. D'autant plus la route était en ripio et avec des tas de virages. Ce qui est sûr, c'est que, dans le grand bus, on ne se parlait pas. Après le monospace, on était tous bien copain. Une telle proxémie, ça crée des liens!

Bref, on est descendu du Hyunday vers 17h45 quelque part au Chili, mais sans savoir où. Puis comme ça caillait sévère à cause du vent (surtout qu'on n'avait rien avec nous, vu que les sacs étaient tous dans la soute scellée!), on a pris d'assaut LE café du village. Je pense que le patron n'avait jamais vu ça. Vous pensez, 23 jeunes qui déboulent dans son bouiboui à 18h un lundi de décembre!

Une fois qu'on a eu bien mangé et bien bu, on a commencé à s'ennuyer un peu alors on a pris la direction du centre municipal où il avait un baby foot et un billard. Comme on était 2 Français, 2 Brésiliens, 6 Israéliens et quelques Argentins du coin, on s'est fait quelques petits matches sympas (niveau international, je vous prie). Je crois d'ailleurs qu'on a bien représenté la France. Enfin, heureusement que Rémi était là, parce que moi, autant le vrai foot, ça va encore, mais le baby, c'est pas ça. Et que dire du billard!

On aurait pu rester jouer là pendant des heures. Sauf que vers 22h il a commencé à faire faim. C'est à ce moment là que le bus est arrivé, tracté par un camion. Les chauffeurs nous ont expliqué qu'il n'était pas possible de le réparer et qu'il fallait attendre un autre bus qui «devrait» arriver dans 4 ou 5 heures. Rien que ça! On est donc tous reparti au café où on a tous pris du pollo con patatas fritas (du poulet avec des frites). Je suis certain que le gars du café n'avaient jamais fait autant de couverts!

Une fois que l'on a eu fini, vers minuit, le patron nous a mis à la porte et on est tous retourné au bus... Euh, pardon à l'hôtel Omnibus (on s'est bien marré avec ça!). Mais lorsqu'on est arrivé au véhicule, il y avait encore des gars qui bricolaient le moteur et qui faisaient un bruit d'enfer et on s'est dit que ça allait être difficile de dormir. Puis tout à coup, le moteur est reparti. Sans prévenir et sans crier gare, comme lorsqu'il s'était arrêté. Vite vite vite les deux chauffeurs sont remontés et on est parti.

On est arrivé à Rio Gallegos le 28/12/2010 à 5h au lieu du 27/12/2010 à 17h. Évidemment, j'ai raté ma connexion. À l'heure où j'écris ces lignes, je suis dans un gymnase en attendant le seul bus qui fait Rio Gallegos-Bariloche et qui part à 20h40. Si tout va bien, demain soir je suis à Bariloche. Sinon, il se pourrait bien que je passe un nouvelle nuit dans un endroit inconnu.

Il y a des gens qui payent pour se faire kidnapper. Je suis sûr qu'on peut en trouver qui sont prêts à payer pour tomber en panne au milieu de la pampa. Je vais tout de suite aller soumettre cette idée à Marga (puisque c'est la compagnie avec laquelle j'ai voyagé)!

 

 

De la charrette au car en passant par la galère, tout ça à cause d'un vélo (écrit le 27/12/2010)

Je suis charrette et, si j'avais un jumeau, il rajouterait «et je dirais même plus, tu es très charrette». Alors, là, j'en vois quelques uns qui commencent à froncer les sourcils en disant «Non, mais il n'est pas en train de se moquer de nous? C'est mots pour mots le même article que le précédent!». Je vous rassure tout de suite, je ne fais pas les choses à la mode Sarko (copier/coller, pour ceux qui n'ont pas suivi). Vous n'avez qu'à continuer et vous verrez par vous-même. Habituellement, lorsque le réveil sonne le matin, je n'ai pas de difficulté pour me lever. Sauf qu'aujourd'hui, ce n'était pas un jour habituel étant donné que je ne me levais pas pour aller pédaler, mais pour aller faire du stop. Pour me motiver un peu, je me suis fais un petit: «- Allô cigale, ici libellule, m'entendez-vous? - Allô libellule, ici cigale, parlez. - On lance l'opération camion. Je répète,on lance l'opération camion. - OK, reçu 5/5.» Comme au temps où, avec Wim, on lançait des opération supermarché, des opérations Fitz Roy ou des opérations campements. Une fois que j'ai eu fini de m'amuser, je me suis levé, j'ai tout plié et je suis parti me poster à l'entrée de Ushuaïa, juste après le contrôle de police qui oblige les voitures à ralentir. À 8h20 j'étais en place. Il paraît que faire du stop en Argentine est très facile. C'est vrai que la fois où j'ai dû revenir de Coyhaique à Cerro Castillo avec ma nouvelle roue, ça a été très rapide. La différence, c'est qu'aujourd'hui j'étais avec Esperanto, ce qui réduit énormément les véhicules susceptibles de nous accepter. Qui plus est, nous étions un dimanche, lendemain de Noël. Très peu de camions et seulement quelques voitures. Pas évident. Mais finalement, un pick up m'a embarqué à 10h30. En Argentine, lorsque les gens vous prennent en stop, ils ne vous demandent pas où vous allez. Si vous êtes à l'entrée de la ville de Ushuaïa, c'est que vous voulez allez au nord, comme eux. Le problème, c'est que parfois, les gars vous déposent dans des coins carrément paumés. C'est un peu ce qui m'est arrivé. Une fois qu'Espéranto a été chargé et que j'ai été monté, le gars m'a dit qu'il n'allait que jusqu'à Tolhuin, à 100kms de Ushuaïa (là où il y a la Panaderia, vous vous souvenez?). À 11h40, je me suis retrouvé au bord de la route à l'entrée de Tolhuin et j'ai recommencé à faire du pouce. Mais là encore, très peu de véhicules. Les heures se sont écoulées, les nuages sont arrivés et il s'est mis à pleuvoir vers 15h. J'ai commencé à être mouillé, puis trempé, puis je suis passé par le stade très trempé pour finir détrempé et congelé. À 16h, j'ai regardé Espéranto droit dans les pneus et je lui ai dit «Allô Esperanto, ici Benoît, on stoppe l'opération camion». Il m'a répondu «Reçu 5/5, mais on fait comment avec Porte-Monnaie». Je lui ai alors expliqué qu'on allait s'arranger avec Carte Bleue sans en parler à Porte-Monnaie. Comme ça lui convenait, on est tous les deux partis se réfugier à la panaderia. Au bord de la route, j'étais tout seul, mouillé et dans le froid. A la panaderia, j'étais au sec, au chaud et au milieu d'une foule. Je pensais qu'au lendemain de Noël, les gens n'auraient pas faim et que la boulangerie serait tranquille. Rien du tout. Il y avait encore plus de monde que lorsque j'étais passé quelques jours auparavant. À croire que les Argentins jeunent pour le réveillon de Noël! Avec tout ça, j'ai presque commencé à me sentir mal, moi. Je me suis donc précipité dans un petit kiosque à deux pas de La Union où je suis tombé sur une vendeuse bien sympathique qui m'a appris qu'elle vendait des billets de bus pour Rio Grande. C'est comme ça qu'après 100kms de pick up, j'ai sauté dans un bus (avec Esperanto, évidemment) à 20h. À 21h40 j'étais à Rio Grande et à 22h15, j'étais couché. Fini le stop et l'improvisation. Demain, je prends un bus à 8h15 et après demain je suis à Bariloche dans l'après-midi. Le stop c'est bien. Le vélo, c'est bien. Mais le stop avec un vélo, alors, là, c'est vraiment la galère!