De la charrette au camion en passant par le bus, tout ça à cause d'un vélo (écrit le 24/12/2010)

Je suis charrette et, si j'avais un jumeau, il rajouterait «et je dirais même plus, tu es très charrette». Comme vous le savez, j'ai pris mes trois billets d'avion avant de partir. Il faut donc que je sois impérativement à Lima le 26 février. Or, entre Ushuaïa et Lima, il y a près de 11000kms. Si je voulais tout faire à vélo, il faudrait que je roule 190kms chaque jour, ce qui, d'après les échos que j'ai eu sur l'état des routes boliviennes, est impossible. Je me suis donc résolu à prendre un véhicule. Tout à l'heure, alors que j'étais en train de rêvasser sur un banc face au détroit de Beagle (ouais, il y a des moments comme ça où je pars au pays des rêves en plein jour) lorsque «Hey! How are you doing man?!». C'était un backpacker Israélien (il y en a plein par ici) que j'avais rencontré à plusieurs reprises sur la Careterra Austral (ça aussi vite en stop qu'en vélo), puis sur le bateau vers El Chalten, puis à El Calafate, puis à Puerto Natales (oui, on fait tous la même chose) et donc, maintenant, à Ushuaïa. En discutant, il m'apprend qu'il vient d'acheter un billet de bus pour San Carlos de Bariloche dans deux jours. Pile poil ce qu'il me faut. Il me donne l'adresse de l'agence de bus, je siffle Espéranto pour qu'il revienne (comme les cow boys) et, hop!, c'est parti. Je n'ai aucun mal à trouver l'agence de bus. Je laisse Espéranto devant la porte en lui promettant d'être rapide et je rentre dans la boutique où je tombe nez à nez avec une grosse dame. Mais vraiment une très grosse dame. Le modèle quadruple XL qui n'existe qu'en édition limitée (et dont, Ushuaïa, possède donc un exemplaire). Elle me sourit et me demande si elle peut m'aider. Je lui explique donc que je veux acheter un billet pour San Carlos de Bariloche (pas de problème), le plus tôt possible (il y a des places pour le 25, parfait), avec le moins de changements possibles (un seul, muy bien!) et une heure d'arrivée à Bariloche correcte (17h30, perfecto). Elle m'annonce le prix: 700$. Soit. Puis je lui dis que je ne suis pas tout seul et que j'ai un compagnon très calme mais très encombrant qui s'appelle Espéranto et qui est un vélo. Le sourire tombe et elle me dit, froidement, que le bus n'est pas fait pour prendre les vélos. Je lui explique que ce n'est pas un monstre, mais tout juste un vélo. Puis je lui explique, qu'on est en 2010, que c'est le millénaire des énergies douces, que le vélo n'est pas polluant, que c'est chouette pour voyager et tout et tout... Elle finit par me dire que je dois le démonter et payer 110$ et que c'est bon. Vale! Je lui dis que je vais réfléchir à ça et que je reviens. Il est 17h15. J'ai rendez-vous avec Jean à 17h30 et le bureau ferme à 18h. Il faut donc réfléchir vite. Immédiatement, je mets en place une réunion de crise où sont présents mon porte-monnaie, Espéranto et moi-même. Après 10mn de débat intense, nous décidons d'opter pour le car si Espéranto peut monter entier. Je rentre à nouveau dans l'agence. La grosse dame est toujours sur son fauteuil, entrain de fumer une cigarette (qu'elle écrase sur la moquette dès que je rentre, ah ben c'est du joli!), mais cette fois-ci elle ne me fait pas de sourire et me demande d'un air très désagréable «Qué mas?» avant de se replonger dans sa page facebook (je vous jure que ce n'est pas des blagues). Je lui demande pour un billet Ushuaïa – San Carlos de Bariloche. «No es possible con une bicicletta!». - «Pero, me decir que...». - «No es possib...». Elle est coupée par son portable qui sonne. - «Hola! Qué tal... Blablabla», tout en cliquant surfant sur facebook. Je veux bien essayer d'être gentil, patient, compréhensif et tout ce que vous voulez mais il ne faut pas non plus pousser Mémé dans les orties! La colère, c'est un peu comme la prudence (c'est fou tout ce qu'on peut faire avec un bol, vous ne trouvez pas?). C'est encore un bol avec une ligne. Sauf que là ce n'est pas une bille qui est dans le bol, mais un liquide que l'on verse. Tant qu'on reste sous la ligne, tout va bien. Lorsqu'on dépasse la ligne, ça éclate. Certaines personnes ont une ligne très basse. Je ne pense pas faire partie de cette catégorie. Je suis plutôt calme. Mais là, j'ai trouvé que la grosse dame poussait un peu. Du coup, je me suis levé et je lui ai dit en Anglais (ça vient plus facilement et plus rapidement) que sa compagnie de bus c'était vraiment n'importe quoi, que je ne risquais pas de monter dans un de leur tacot, qu'elle était une incapable et puis, comme j'étais très excédé, je lui ai même dit que s'il y avait des cétacés sur la péninsule Valdes, il y en avait aussi dans les agences de bus de Ushuaïa! (Je sais que ce n'est pas gentil, mais sur le coup, je n'ai pas calculé!). Une fois que j'ai eu déballé mon sac, je suis sorti en claquant la porte, j'ai enfourché mon vélo et je suis parti en direction du supermarché pour retrouver Jean. Le soir, nous nous sommes à nouveau réunis mon porte-monnaie, Espéranto et moi-même pour faire le point sur la situation et on a décidé de finalement opter pour le camion. Espéranto est totalement contre. Moi je ne suis pas trop pour. En fait, le seul qui est content, c'est le porte-monnaie. Ce qui est sûr, c'est que le 26 au matin, je vais me pointer à la sortie de Ushuaïa pour espérer trouver un véhicule pour me remonter vers le nord. La suite au prochain numéro.

Ushuaïa!! (écrit le 24/12/2010)

Ushuaïa. Vu depuis la France, c'est un nom qui fait rêver. Ce sont les gels douches, c'est l'émission de Nicolas Hulot, c'est le bout du monde. Un endroit mythique. Un passage obligé pour moi. Mais en descendant depuis Buenos Aires, j'ai croisé beaucoup de personnes qui m'ont décrit Ushuaïa comme «une grande ville moche et sans intérêt», me conseillant même de ne pas y aller et de m'arrêter à Punta Arenas. J'ai rencontré tellement de gens qui m'ont tenu ce discours que j'en étais venu au point de douter d'aller jusqu'à Ushuaïa. Mais à Punta Arenas, Lenine, chez qui je logeais, il me semble que je vous en ai déjà parlé, m'a dit que l'arrivée sur Ushuaïa était magnifique. Et pourtant il est Chilien et Ushuaïa est argentine! J'ai donc à nouveau réfléchi et je me suis dit que c'était dommage d'être à 500kms du bout du monde et de ne pas y aller. Je me suis donc décidé à faire les derniers kilomètres.

En quittant Marseille, je m'imaginais Ushuaïa comme un petit village tranquille, au bout d'une grande plaine toute plate, avec une côte découpée, fouettée par les vagues du canal Beagle. Puis, après tout ce qu'on m'avait raconté sur la route, je m'attendais à trouver une grande mégalopole dégueulasse. En fin de compte, je suis arrivé à une Ushuaïa qui est à mi-chemin entre ces deux extrêmes. Ushuaïa c'est 70000, un quai qui peut accueillir deux gros bateaux à la fois (seulement), des porte containers, comme des bateaux de croisière, des banques à tous les coins de rue, des magasins de montagnes, des magasins de souvenirs, beaucoup de touristes et un urbanisme rampant pas très organisé. Ushuaïa est à 3100kms de Buenos Aires. En partant de la capitale, les 2900kms sont plats à en mourir (j'en ai fait seulement 1400), mais les derniers 200kms sont tortueux, vallonnés et magnifiques.

Ushuaïa se trouve de l'autre côté de la Cordillère des Andes et pour y accéder, il faut passer deux petits cols avant de plonger vers la mer. La ville en elle-même ne présente rien d'exceptionnel, à part, peut-être, l'architecture de son casino. Mais le cadre est magnifique: des sommets enneigés, un détroit de Beagle calme, quelques îles et, à cette époque de l'année, une luminosité exceptionnelle entre 20h et 21h (les jours où le soleil arrive à passer le bout de ses rayons derrière les nuages).

Avec mon arrivée à Ushuaïa, c'est la première partie de mon voyage qui se termine. À partir de maintenant, beaucoup de choses changent. Certains, dont Alain, vont me dire qu'il faudra quand même que, tous les matins, je pose mes fesses sur la selle pour «enquiller» une centaine de kilomètres. C'est vrai. Mais dans ma tête, en quittant Ushuaïa, je prends le chemin du retour. Finie la direction plein sud, cap sur le nord. Dorénavant, je ne m'éloigne plus de la France je m'en rapproche et ça, d'un point de vue psychique, c'est une grande différence. Le prochain moment important du voyage? Mon transfert entre Lima et Los Angeles et, avec lui, mon retour dans l'hémisphère nord. Mais nous aurons le temps d'en reparler. Surtout que d'ici là beaucoup de choses m'attendent: les Andes, le salar de Uyuni, La Paz, le lac Titicaca, le Machu Picchu et tellement d'autres choses que j'ignore encore!

Je ne serai resté que deux jours à Ushuaïa, sans même être allé faire un tour dans le parc national. Mais, Espéranto m'a expliqué que j'avais assez crapahuté au Fitz Roy et à Torres del Paine et que, maintenant, il était temps de rouler si on ne voulait pas rater l'avion de Lima.

Je vais donc, de ce pas, aller préparer les sacoches parce que demain, dès le petit jour, on reprend la route. Au revoir Ushuaïa.

 

 

Panaderia La Union (23/12/2010)

Des sites et des blogs de cyclos, j'en ai lus un paquet avant de moi-même me lancer dans l'aventure. De fait, je connais les «casa de ciclistas», ces maisons tenues par des fanas de vélo et ouvertes aux voyageurs à vélo de passage dans le coin pour leur permettre de se reposer, se retrouver, échanger leurs expériences et bricoler leurs vélos. Mais jamais je n'avais rien lu à propos de la Panaderia La Union de Tolhuin.

Le premier à m'avoir parlé de ce «refuge pour cyclos», c'est Rémi, mon premier cyclo (mais si , vous vous souvenez, celui qui veut battre le record du monde!). Un petit peu après, ce sont Eric et Amaya (je vous mets leur site en lien, maintenant vous avez l'habitude) deux cyclos au long court rencontré à la frontière argentino/chilienne de San Sebastian qui m'ont touché un mot de cette boulangerie. Puis un petit peu plus loin, c'est Marc, un pédaleur français (vous remarquerez que le Français est une espèce qui pullule dans le coin) qui m'a parlé de La Union. Du coup, j'ai décidé de faire halte à la Panaderia une bonne demi journée (je n'avais que 35kms pour arriver à la boutique de Émilio).

A Buenos Aires, il n'y a (presque) que des grand magasins. Puis plus on descend vers le sud, plus les échoppes sont petites. Tolhuin, c'est à tout juste 100kms de Ushuaïa. Je m'attendais donc à trouver une panaderia de taille réduite et je m'étais préparé à chercher un peu la boutique.

Première surprise agréable en arrivant àTolhuin, un énorme panneau à l'entrée de la ville annonçant «Panaderia La Union, la mejora del Mundo (ben, tiens, ne soyons pas chauvin!) 300 metros». Je suis la flèche et je ne tarde pas à apercevoir une grande bâtisse avec, peint sur la façade en gros caractères rouge «PANADERIA LA UNION». Je pose mon vélo devant la vitrine et je rentre. Aussitôt un gars s'avance vers moi «Ciclista?». - «Si» (en même temps, ce n'est pas trop dur à deviner, je suis en cuissard, le visage un peu buriné, pas rasé et j'arrive en vélo!). Il me demande si je veux dormir ici. Il est 10h30 et je pourrais, je pense rallier Ushuaïa ce soir. Mais, après un petit coup d'œil furtif au présentoir, je décide de rester la journée à la panaderia.

Alors, que je vous décrive un peu le présentoir, pour que vous compreniez ma décision. Le comptoir fait à peu près 10m de large, près de 1,5m de haut et il est rempli de gâteaux plus appétissants les uns que les autres avec un prix unique: 2 pesos (quelque chose comme 0,35euros!). Beaucoup de gens que je croise au long de mon chemin me disent que je suis un «rough guy», un «dur à cuire», quoi. Personnellement, je pense plutôt que je suis un «sweet boy» (c'est pas moi qui l'ai dit, c'est Mariza), d'abord parce que je suis gentil (je vous jure que c'est vrai!) et puis surtout parce que j'aime le sucré: gâteaux, crèmes, flans, cakes, biscuits... Tout me va! Et là, dans ce présentoir... Tous ces gâteaux et ces petits fours... Il y en avait tellement que je ne savais pas où regarder, un peu comme un gamin qui rentre dans un magasin de jouet. J'ai donc passé le reste de ma journée dans l'espèce de salon de thé, à manger des pâtisseries et c'était vraiment très chouette. Ce qui a été moins rigolo, c'est la nuit qui a suivi.

La chambre que réserve La Union pour les cyclos, mais aussi pour tous les autres voyageurs de passage, est une pièce dans sa réserve. Si la cambuse fait dans les 200m², la chambre, elle, fait dans les 40m². La nuit où j'ai dormi à La Union, nous étions 5 dans la petite chambre: chaleur humide, odeur de fauve, ronflements... C'est bien simple, je n'ai pas fermé l'œil de la nuit. La solution aurait été d'aller dormir dans la réserve. Les sacs de farines, les pots de dulce de leche et les paquets de sucre font de bon voisins de dortoir. Sauf qu'avec tant de bonnes choses autour de moi, j'aurais rapidement ressenti la faim et je n'aurais pas dormi. Bref, La Union, c'est un bon endroit pour manger, mais pas forcément un bon endroit pour coucher (à moins qu'il y ait une tempête dans le coin).

 

 

Le jour le plus long (écrit le 21/12/2010)

Le vent souffle ce soir, j'ai presque envie de dire «comme d'habitude». Et comme très souvent depuis que j'ai quitté Punta Arenas, j'ai planté la tente à côté d'une estancia. En se mettant au plus près du mur, on sent le vent, mais la tente tient au sol. Je suis donc là, bien au chaud dans mon duvet, à vous écrire un article avant de me coucher. Ce n'est pas dans mes habitudes de taper à l'ordinateur dans ma tente. Le soir, je préfère me coucher tôt ou admirer les étoiles. Le problème, c'est qu'ici, en Patagonie, les étoiles on ne les voit pas beaucoup. D'abord, il y a souvent des nuages. Puis surtout, les jours sont très très longs.

Le soir, je me fais souvent une infusion (un «pisse mémé» comme disait Sam, mon colloc de première année), ce qui fait que, sur les coups de 4h ou 5h du matin, j'ai une forte envie de toilettes. D'un côté c'est embêtant, parce qu'il faut sortir du duvet et aller se peler dehors. D'un autre côté, c'est une chance, parce que si le ciel est dégagé, c'est l'occasion d'admirer les étoiles (petit coucou à Marie-Paule au passage). Il n'y a pas à dire, les toilettes naturelles, c'est le top. Sauf en Patagonie. Parce qu'en Patagonie, lorsque vous vous levez à 4h du matin il fait trop clair pour voir la voûte céleste et à 5h il fait soleil (s'il n'y a pas de nuages, évidemment). Je ne sais pas si le jour appartient à ceux qui se lèvent tôt, mais ce qui est sûr, c'est que le jour, lui, se lève tôt... Et se couche tard. Au moment où j'écris ces lignes, il est 22h30 et le soleil n'est pas encore couché.

Les jours longs, c'est chouette parce que ça laisse du temps. Et puis ça sent l'été. Mais ici, les jours durent trop longtemps. Il est difficile pour moi de dormir lorsque le soleil est levé. J'ai aussi beaucoup de mal à me coucher si le soleil est encore haut dans le ciel. Est-ce que vous avez déjà essayé de vous mettre au lit avec une luminosité du calibre de celle d'un après-midi de juillet? Non? Ben c'est carrément impossible! Du coup, comme je me couche tard et que je me lève tôt (comme le soleil), je suis un petit peu dans le coletard toute la journée. D'autant plus que, ces derniers jours, les paysages on été un peu fade en comparaison du spectacle donné par la Carretera Austral. Finis les sommets enneigés et les cascades, finis les rios et les lagos, finis les petits bleds paumés. En Terre de Feu, c'est tout plat, avec de l'herbe jaune à gauche et de l'herbe gauche à droite. Enfin, il paraît que c'est un peu plus montagneux et un peu plus beau sur les 150 derniers kilomètres avant Ushuaïa. Je l'espère parce que dans la pampa, les journées sont très longues! Enfin, d'après le calendrier, les jours devraient maintenant commencer à diminuer dans l'hémisphère sud. Encore plus pour moi qui vais bientôt effectuer un virage à 180° et mettre le cap vers le nord.

Ça y est, notre étoile s'est couchée, emmenant avec elle la chaleur. Le jour le plus long est fini et ça commence à cailler sévère et je vais rapidement aller me coucher. La nuit est courte. Je ne veux pas la rater! Bonne nuit!

 

 

Chute de prudence et chute d'imprudence (écrit le 20/12/2010)

Après tout ce que je vous ai raconté de mes aventures à Torres del Paine, au Grand Canyon et à Yosemite (pour ceux qui ont suivi mon année d'échange aux États-Unis), certains doivent penser que je suis un peu inconscient. Je pense, au contraire, que je suis toujours extrêmement prudent. La prudence est un concept qui n'est pas facile à expliquer, mais je vais tout de même m'y risquer.

Prenez une bille et mettez la dans un bol. Faites ensuite bouger le bol, doucement, de la gauche vers la droite. La bille commence à grimper sur les bords du récipient. Augmentez la fréquence et l'intensité des déplacements du bol. La bille monte de plus en plus haut, jusqu'à un certain moment où elle sort du bol.

L'activité que vous faites, c'est le récipient (un saladier si ce n'est pas dangereux, un bol s'il y a des risques, une coupelle si c'est vraiment «chaud», une lentille convexe si c'est suicidaire). Le déplacement que vous donnez au récipient est votre comportement et le moment où la bille sort du contenant représente l'accident. Il existe différentes solutions afin d'éviter ce moment désagréable, la plus simple étant de faire que des activités «saladiers». Mais si vous avez envie de faire un peu de bols et de coupelles (je déconseille formellement les activités «lentilles convexes») vous devez tracer une ligne sur le récipient et faire en sorte que la bille ne dépasse jamais cette limite. La distance entre le bord du contenant et la ligne représente la marge de sécurité que vous avez, autrement dit, votre niveau de prudence.

Vous aurez compris, depuis le temps, que je ne suis pas un adepte des activités saladiers et que je préfère aller traîner du côté des bols et des coupelles. Cependant, je fais en sorte de toujours avoir une marge de sécurité confortable. Mais aujourd'hui, afin de pouvoir suivre Jean, j'ai diminué mon niveau de prudence et j'ai rapproché le trait du bord du bol.

Jean, c'est un Français que j'ai croisé plusieurs fois sur la Carretera Austral alors qu'il pédalait avec trois amis (trois frères). Mais comme ses compagnons ont dû rentrer en France pour les fêtes, il s'est retrouvé seul et, comme on s'est retrouvé sur le bateau qui va de Punta Arenas à Porvenir, on a décidé de rouler un petit morceau ensemble (sur le modèle 2x1). Je dis un petit morceau, parce qu'après une journée et demie passée ensemble, on devait se séparer pour quelques jours (avant de se retrouver à Ushuaïa).

Jean, il a un peu plus de soixante ans, mais il a une forme du tonnerre et dès qu'il est monté sur son vélo, il est à 200%. Pour moi qui suis du genre diesel (il me faut une petite centaine de kilomètres pour être bien!), débuter la journée à 20kms/h n'est pas facile. Surtout si c'est sur du ripio, où j'ai l'habitude de ne pas dépasser les 15kms/h pour ménager Espéranto. Ce matin, pourtant, je me suis employé à rouler fort dès le départ et même dans les descentes. Je ne pouvais pas suivre Jean, mais je le gardais en point de mire. Puis il y a eu cette petite descente avec vent de côté. Tout s'est passé très vite: la rafale qui me déporte au milieu de la piste, la roue avant qui se retrouve dans 5cm de gravier, le guidon se braque, le vélo qui se couche, moi qui suis éjecté... En un dixième de seconde, je passe de «à toute vitesse sur deux roues» à «à plat ventre par terre». Évidemment, j'ai envoyé les mains pour amortir. Lorsque je me relève, mon premier réflexe est de regarder mes paumes. Les gants sont complètement déchirés. Je fais bouger mes épaules, mes poignets, mes doigts. J'ai une forte douleur dans la paume gauche, mais tous les doigts bougent. À priori rien de casser. J'inspecte mon collant et ma veste: rien de déchiré, seulement un peu de poussière. Je relève ensuite Espéranto pour l'examiner. Tout semble en ordre. Je remonte donc sur la selle et je reprends la route, doucement, les jambes un peu flageolantes et la main gauche douloureuse. Un peu plus loin, je retrouve Jean, à qui je raconte ma chute.

Ce soir, je ne peux toujours pas bien utiliser ma main gauche, mais je sens que ça va mieux. Rien de casser donc. Tomber ne fait jamais plaisir, mais je crois que cette chute est une excellente piqûre de rappel. Le moment et le lieu où elle est intervenue, de même que son intensité ont été exactement dosés pour que je puisse continuer mon voyage tout en gardant un petit souvenir de cette mésaventure. Dorénavant, vous pouvez être sûr que je ne me risquerai plus à essayer de suivre mes compagnons de route et je garderai mon trait de sécurité bien en-dessous du bord de mon bol. Tant pis si je passe pour un lent. Mais plus de chute de prudence qui donne une chute d'imprudence!

 

PS: message destiné à tous mes copains, qui vont commencer à se payer ma tête parce que je me fais mettre dans le vent par un mec de soixante ans. Sachez que Jean ce n'est pas le papi que vous croisez au coin de la rue lorsqu'il va chercher le pain pour Ginette entre une partie de pétanque, un pastis et une partie de belote. Non, Jean, c'est un encadrant de sorties de ski rando du CAF de Chambéry qui a déjà derrière lui une trentaine de marathons et une demi douzaines de 100 bornes! Ça annonce la couleur!

 

 

1; 2; 6; 8 (écrit le 19/12/2010)

1; 2; 6; 8, ce n'est pas le quarté dans l'ordre, ni le code du coffre fort de la banque de Punta Arenas, ni une partie d'un énoncé d'exercice de 6ème (un truc du style: «Mets les signes à leur place» → 1x2+6=8). Non, 1; 2; 6; 8, ce sont les quatre lignes de bus de Punta Arenas. Ne me demandez pas où sont parties les 3; 4; 5 et 7, je n'en sais rien. Tout ce que je sais, c'est qu'à Punta Arenas il y a quatre ligne de bus qui sont la 1, la 2, la 6 et la 8.

Je trouve que la meilleure façon pour découvrir une ville est de la parcourir à pieds. Évidemment, dans le cas de mégalopoles comme Paris, New York ou Rio de Janeiro, il est impossible de découvrir toute la ville en marchant. D'où la nécessité de prendre le bus. Mais dans le cas de Punta Arenas, prendre le bus n'est pas une obligation, trois heures de marche suffisent pour traverser toute la ville. C'est pour ça que les deux premiers jours, j'ai marché: la zone franche, le centre commercial, le centre ville, la poste, l'auberge de Oliver... Tout à pied! Autant vous dire que je commençais à bien connaître le coin. Le troisième jour, pour aller chercher Espéranto chez le cycle, j'ai décidé de tenter une nouvelle expérience et de prendre le bus. Pour aller depuis chez Lenine, chez qui je logeais, au centre ville, je devais prendre le 6.

Je ne sais pas comment c'est dans les autres villes chiliennes, mais à Punta Arenas, les gens montent et descendent du bus n'importe où. Il y a pourtant des arrêts. Mais chacun n'en fait qu'à sa tête et cela ne semble déranger personne. Moralité, :le bus s'arrête parfois tous les 10m. Comme je ne suis pas Chilien et que j'aime bien que les choses soient faites comme elles doivent l'être, j'ai pris le 6 à l'arrêt. En montant, j'ai payé mes 250$ (0,30 euros) et je suis allé m'asseoir et le bus est reparti.

On a commencé à descendre vers le centre, puis on a pris à droite, puis encore à droite et encore à droite. Si bien qu'on est repassé devant l'arrêt où j'étais monté quelques minutes plus tôt. J'ai cru un instant que le chauffeur s'était perdu, surtout lorsqu'il a pris à nouveau à droite. Mais aucun passager n'a semblé être surpris. Ensuite on a pris à gauche, puis à gauche, puis une petite rue à droite. Les tours et les détours ont bien duré une dizaine de minutes avant que l'on arrive à proximité du centre. En reconnaissant l'endroit, j'ai hésité à descendre. Mais je me suis dit que je devais pouvoir me rapprocher un peu plus et je suis donc resté assis. Malheureusement pour moi, le bus à pris Bulnes, puis Burie puis Independencia puis une autre rue, dont je ne me souviens plus le nom, et j'ai compris que le parcours dans le centre était terminé et que j'avais loupé l'arrêt. La meilleure solution à ce moment là aurait été de descendre et de marcher (surtout que je savais toujours où j'étais et que ce n'était pas trop loin). Mais, par flemingite aïgue, j'ai décidé de rester dans le bus.

Au fil du parcours, les quartiers se sont succédés, de même que les passagers. Après le centre ville, le chauffeur est allé tourner dans des quartiers situés en hauteur et, depuis lesquels, on avait une superbe vue sur la mer. On a ensuite traversé des sortes de cités (attention, les «cités» de Punta Arenas, c'est pas le 92!) puis on est passés devant un stade et bientôt, je suis resté tout seul dans le bus et le chauffeur, en me voyant dans son rétroviseur, m'a demandé «A donde vaas, Amigo». Là, je lui expliqué, comme je pouvais, que je voulais aller à la rue Sarmiento et que j'avais raté l'arrêt. Il m'a dit que Sarmiento, c'était pas la porte à côté (ça, je le savais) et que je n'avais qu'à m'asseoir à côté de lui pour qu'il puisse m'indiquer où descendre, ce que j'ai fait.

Le 6 ne fait pas une boucle. Il fait le même parcours dans un sens et dans l'autre. Je suis donc repassé devant le stade, puis dans les «cités», puis au milieu des quartiers bourgeois pour finalement rejoindre le centre. J'étais en train d'admirer la place principale lorsque le chauffeur a immobilisé le bus à un coin de rue et s'est retourné vers moi «Hé, Amigo! Este es Sarmiento!». - «Muchas gracias Senor!». J'ai sauté du bus et j'ai pris le chemin du cycle.

Dans toutes les villes touristiques du monde, vous pouvez prendre un bus à impériale pour un «city tour» (qui, en général, coûte la peau des fesses). A Punta Arenas, il n'y a pas de bus à impériale et de «city tour», mais il y a les lignes 1; 2; 6 et 8. Pour la modique somme de 250$, vous pouvez partir à la découverte de Punta Arenas et de ses habitants «pour de vrai». Puis, pour les écolos qui seraient réticents à monter dans un de ces bus, sachez qu'ils roulent tous au gaz naturel. Tout compte fait, il faut que je revois ma première ligne. 1; 2; 6; 8, c'est le quarté gagnant... Mais de la visite touristique de Punta Arenas!

 

 

Arghhhhhhhhhhh (écrit 18/12/2010)

Pas plus tard que hier j'étais sur skype avec mes parents (oui, parce que quand même, de temps en temps, je leur fais un petit coucou pour leur dire que je suis toujours vivant) et ma mère trouvait que je n'avais pas grand chose à dire. Il faut dire que depuis mon retour de Torres del Paine, ça a été assez calme. Route toute droite et toute plate, vent de dos, pas de trafic (tellement calme que de temps en temps j'aimerais bien avoir un petit camion qui me double pas bien!). A Punta Arenas, je suis logé chez un ami chilien bien cool. Tous les jours on regarde Karaté Kid (en Spanish) avec les enfants, on chahute un peu, puis, le soir, lorsque les enfants sont couchés, feu de bois et rhum/coca jusqu'au bout de la nuit. Après l'intensité de mon aventure à Torres del Paine, je ne me plains pas de cette tranquillité. Le problème, c'est que la tranquillité, ça ne dure jamais bien longtemps et ce matin, les ennuis ont recommencé, enfin, surtout pour mon porte-monnaie.

Il paraît qu'il faut changer de chaîne tous les 3 ou 4000kms et de transmission tous les 7 ou 8000kms. Perso, ça fait 11000kms que je roule avec la même transmission (cassette, chaîne, plateaux) et c'est vrai que, depuis quelques jours, la chaîne a un peu de mal à monter et descendre. Rien de bien méchant, il suffit de prendre le coup. Le problème c'est que, plus je roule, plus ça s'abîme et plus il y a de chance (ou plutôt de malchance) pour que ça casse.

Si vous êtes aux US ou en Europe et que vous cassez quelque chose, ce n'est pas bien grave. Vous trouverez toujours un cycle. Mais, là, je suis au bout du monde (ou presque) et, d'après les échos que j'ai pu avoir de Oliver et de Wim, les 5000kms qui arrivent doivent être très très mauvais (pistes boliviennes et puréviennes). L'Altiplano et un grand plateau où il n'est pas facile de trouver une cassette, une chaîne et... des plateaux! (Si ce n'est pas un comble ça!). J'ai donc décidé de prévenir et de changer la transmission.

Je me pointe donc ce matin à Bike Service (LE cycle de Punta Arenas), je montre Espéranto au mécano et je lui demande ce qu'il pense de l'état du vélo. Il inspecte la transmission pendant quelques secondes puis se retourne et me demande avec des yeux tout rond (comme ceux de la maman des poissons de Boby Lapointe) «Cuantos kilométros son?!? Necessitas de cambiar todo!». C'est bien ce que je craignais. Nouvelle cassette (25000$), nouvelle chaîne(25000$), nouveau pédalier (120000$). Il tape sur sa calculette en même temps. Moi je calcule de tête (ça va, c'est pas trop dur) et j'arrive à 170000$. Nooooooooooooooooooooon. Il tourne l'écran de la calculette vers moi et je vois 170000. Arggggggggggggggggggggghhhhhhhhhhhhhhhh, nooooooooooooooooooon. Je lui dis que ça fait mucha plata et que je ne sais pas si je vais tout changer. Je reste là, à calculer. Si je change ici, normalement, je suis tranquille jusque vers Irkoutsk (au moins!). Si je ne change pas maintenant, il y a une forte probabilité pour que ça pète sur l'Altiplano et là ce sera vraiment la galère. Mais avant l'Altiplano, j'ai Ushuaïa, San Carlos de Bariloche, Villarica et Mendoza qui sont des villes où il doit y avoir des cycles. Par contre, c'est vrai que, pour changer de transmission là-bas, il faut que je m'arrête 3 ou 4 jours. Alors que si je change ici, je suis plus libre. Mais 170000$ Arrrrrrrrrrrrrrrgggggggggghhhhhhhhhhhhhh. Rien que d'y penser, j'en suis malade et j'imagine que ça se voit sur ma figure parce que, alors que je suis plongé en pleine réflexion, le gars du magasin vient me trouver avec une boîte de kleenex et me dit en riant «todos mis pesames». - «C'est malin, tiens!».

Finalement, je me décide à changer de transmission. Arrrrrrrrrrrrrggggggggggggggggghhhhhhhhh. Disons que c'est le cadeau de Noël d'Espéranto. Avec ces composants composants, il devrait rouler jusqu'en Russie. Enfin, j'Espéranto! (héhéhé, t'as vu Antoine, je l'ai placée!)

 

 

Vendu en pharmacie (écrit le 18/12/2010)

On trouve du pain dans tous les pays. La forme, le goût et le prix change, mais ça reste du pain. Puis, comme on mange rarement du pain seul, on trouve aussi, dans tous les pays, quelque chose à tartiner. La popularité de cet accompagnement se déduit du prix du produit. En Europe, c'est le Nutella, aux USA, c'est le beurre de cacahuètes, en Amérique du Sud, c'est le dulce de leche.

Lors de mon passage en Uruguay, Johnny, chez qui j'avais passé la nuit avant de passer la frontière, m'avait affirmé que, à l'origine, le dulce était uruguayen. Ce qui est sûr, c'est qu'on trouve du dulce dans tous les pays... Mais que le meilleur dulce de leche que j'aie mangé est argentin.

Mathilde, la plus jeune de mes deux sœurs, est une adepte du «c'est trop bon» et je me fais un plaisir de la reprendre à chaque fois en lui expliquant que l'on ne dit pas «trop bon» mais «très bon», réflexion suivie inévitablement d'un «foulala, t'es chiant». Peut-être que je suis chiant, mais «très» ce n'est pas «trop». Nuance.

Quelque chose qui est «très bon», on en reprend volontiers une ou deux fois, mais pas plus. Quelque chose qui est «trop bon», on ne peut pas s'arrêter. Une fois que le paquet est ouvert, on va au bout. C'est le cas notamment pour certains biscuits, pour les tablettes de chocolat et... pour le dulce! Une fois que le pot est ouvert, il ne fait pas long feu. Sauf si c'est un pot piège.

Ce que j'appelle les «pots pièges», ce sont les pots de dulce qui ne sont pas bons.

Je ne suis pas un grand cuisinier, mais il me semble que faire du dulce n'est pas très compliqué: grosso modo, ça doit être un truc du genre «mettez dans une casserole du lait et du sucre et faîtes chauffer tout ça». La consistance, la couleur et le «calibrage» en sucre du produit final dépendant des proportions et du temps de cuisson, je suppose. Ce qui est incroyable, c'est qu'il y en a qui arrivent à faire du dulce pas bon. Mais vraiment pas bon. Infecte, même.

En France, il y a quelques années, une loi est passée pour interdire les machines de sodas, bonbons et autres friandises dans les établissements scolaires. Objectif de la mesure: lutter contre l'obésité. En Amérique du Sud, les gens sont plutôt petits et bien charpentés. En même temps, c'est sûr que s'ils mangent autant de dulce de leche que moi, mais qu'ils ne pédalent pas, c'est pas top pour leur ligne! Je me dis donc que le gouvernement chilien (oui, parce que le dulce vraiment dégueu, c'est Wim qui l'a acheté et c'était au Chili) a peut-être décidé de mettre en place, lui aussi, une campagne de lutte contre l'obésité et qu'une des mesures consiste à vendre du dulce infâme.

Je n'ai rien contre de telles mesures qui, je suppose, sont supportées par le ministère de la santé. Mais, il me semble qu'il serait plus correcte que les «pots pièges» ne soient pas mélangés, sur les étagères des supermarchés, avec les vrais pots de dulce. Alors à quand le dulce vendu en pharmacie??

 

 

Vol au vent (écrit le 16/12/2010)

Ma petite excursion à Torres del Paine a laissé quelques traces: j'ai perdu 3kg (balance à l'appui) et un petit peu de chaire sur l'auriculaire droit (laissé sous une pierre au mirador de Torres del Paine). Par contre j'ai gagné une belle crevasse dans le pouce droit (pas facile pour passer les vitesses), une ampoule sur le talon gauche (mais vu la taille du truc, il faudrait mieux parler de projecteur!) et un orteil en sang. Des petits bobos qui ne m'ont pas empêché de reprendre le vélo dès le lendemain de mon retour à Puerto Natales. La différence avec les jours «normaux», c'est que je ne suis parti qu'à 11h30.

Reprendre la route après une semaine de montagne, c'est un peu comme reprendre l'école après une semaine de vacances. On est tout excité, mais les premiers coups de pédales sont un peu difficiles et maladroits. Puis rapidement on reprend ses habitudes et ses réflexes et, après seulement quelques heures, on a l'impression que ça fait plusieurs jours que l'on a repris.

Pour cette première demi-journée de vélo, mon idée était de rouler un peu pour reprendre doucement le rythme et atteindre Punta Arenas deux jours plus tard. Mais une nouvelle fois, le vent a changé mes plans.

Depuis que j'ai quitté Marseille, j'ai souvent eu le vent contre moi. Mais en sortant de Puerto Natales, je me suis retrouvé avec un très fort vent de dos. 60km/h dans les descentes, 30km/h sur le plat, 16km/h dans les montées. Tout ça sans forcer. Ça change des 6km/h de la route 3!! Du coup, j'ai fait 110kms dans l'après-midi. Le lendemain, le vent avait un peu tourné. Mais la route aussi. Et, aussi incroyable que cela puisse paraître: dans le bon sens!! Vous imaginez donc que je ne me suis pas fait prier pour pédaler et, si vous me permettez l'expression, «j'ai envoyé du bois» (ouais, il y en a qui coupe du bois au Canada, n'est-ce pas Antoine, moi j'envoie du bois au Chili!) et, à 16h, j'étais à Punta Arenas. 1,5 jours pour faire 250kms, presque sans pédaler, c'est pas mal! Le vent patagonien est vraiment un problème. S'il n'est pas avec vous, c'est un désastre. Mais s'il est de votre côté, alors vous vous sentez pousser des ailes.

Maintenant que je suis à Punta Arenas, je n'ai plus qu'à attendre Oliver et à espérer. Espérer que le vent ne sera pas trop fort le jour où je prendrai le ferry pour rejoindre Porvenir (parce que sinon le bateau ne part pas). Espérer que le vent me sera de nouveau favorable en Terre de Feu pour pouvoir, à nouveau, voler au vent et atteindre, enfin, Ushuaïa.

 

 

La faim de la rando (écrit le 14/12/2010)

Je n'ai pas beaucoup mangé durant mon périple à Torres del Paine. Il m'est d'ailleurs arrivé une paire de fois d'avoir des sifflements dans les oreilles et le regard qui se trouble, signes que mon corps commençait à manquer un peu d'énergie. Mais avec une petite pause et une petite cuillère de dulce (pas plus!) c'était bon, je pouvais repartir. En fait, durant les quatre derniers jours, je n'ai rêvé que d'une chose: arriver à Puerto Natales pour courir acheter à manger à Unimarc, le grand supermarché de la ville.

J'étais tellement affamé en terminant mon tour que je n'ai même pas attendu le bus de ligne. Je me suis posté à l'entrée du parc et j'ai fait du stop. Malgré ma tête, une voiture s'est arrêtée et m'a conduit jusqu'à Puerto Natales où elle m'a déposé devant l'hôtel Josmar, où j'avais laissé Espéranto. J'ai vidé mon sac puis je me suis précipité vers le supermarché. Mais, alors que je passais devant la réception, mon sprint a été coupé par Leana. «Hey John, where are you running!». (Là, il faut vous imaginer la scène, un peu comme dans les dessins animés: je freine whiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii, avec la moquette qui commence à faire des vagues devant mes pieds.).

Leana est une Sud Africaine qui voyage à vélo et pour qui Benoît est un prénom très difficile à retenir, du coup elle m'appelle John. Un sacré numéro! Nous nous étions rencontrés avant de partir pour Torres del Paine. Elle m'avait demandé où j'avais commencé mon voyage et j'avais répondu, un peu embarrassé, que j'étais parti de France 5 mois auparavant. Ce n'est pas facile de dire ça aux gens, parce que beaucoup ne vous croient pas et se mettent à penser que vous disjonctez. Mais elle n'avait pas paru surprise. Je lui avais alors demandé où, elle, avait commencé et elle m'avait répondu, de l'air le plus naturel du monde «From South Africa». Hein? Quoi? Comment?? Depuis l'Afrique du Sud?? Et par où? Depuis quand?? C'est comme ça que j'avais appris qu'elle était sur la route depuis bientôt 4 ans. Une vraie globe trotteuse! Je vous mets son site en lien, toujours dans la rubrique lien (comment ça il n'y a pas d'onglet «lien»? Mais si, mais si!».

Au moment où elle me demande où je cours, elle est assise dans un canapé, une tasse de café entre les mains, avec deux béquilles appuyées sur la table. «Hey!! What are you doing here? And what are those two sticks you have?». Elle me montre alors sa cheville droite et je comprends qu'elle a dû écourter sa randonnée. Après 4 ans de vélo, le passage à la rando a, semble-t-il, été un peu trop rapide.

Le vélo est un sport porté qui ne sollicite pas les articulations. La randonnée, au contraire, est très néfaste pour ce que les anglophones appellent les «joints». Je n'ai que 24 ans et seulement 5 mois de vélo derrière mois. Mais je dois dire que, pour moi aussi, le passage à la rando a été un peu douloureux, d'autant plus que, dans mon cas, le tour de Torres del Paine a été sport. Il n'y a pas à dire, le vélo et la rando, ce n'est pas ce que l'on fait de plus compatible. Nous voilà donc partis à discuter sur les différences entre vélo et rando... Enfin, surtout elle, parce que moi, je crève la dalle. Par chance pour moi, son ordinateur aussi réclame à manger (il veut de l'électricité, vous avez compris, je suppose). La voilà donc qui se lève pour aller chercher l'alimentation dans sa chambre «I'll be back». - «Me too!», et je profite de l'occasion pour m'éclipser, direction Unimarc où je procède à un «dévalisage» (en règle) des rayons. C'est la faim de la randonnée!

 

 

Ma nuit au mirador Las Torres (écrit le 13/12/2010)

S'il y a une chose que je ne voulais pas manquer à Torres del Paine, c'est le lever de soleil sur les tours. Mais pour assister à ce spectacle, il faut se lever tôt, pour arriver au mirador Las Torres avant que les premiers rayons de soleil viennent lécher le sommet de la tour centrale. La manœuvre classique consiste à planter sa tente au campement Las Torres, situé au pied du point de vue puis à se lever à 3h30 pour encaisser la petite heure de monter et être au sommet à temps. Sinon il y a la méthode «warrior», comme dirait ma sœur Mathilde, qui consiste à dormir au mirador. Mais ça, il n'y a pas grand monde qui le fait. Seulement quelques types un peu givrés. Et je fais dorénavant partie de ces quelques uns.

Je suis arrivé au belvédère Las Torres à 10h du matin. C'est vrai que c'est un peu tôt pour mettre la tente (surtout vu la couleur de ma tente). Mais comme dit mon père, faire du vélo ou faire de la rando, c'est comme faire de la musique: pour pouvoir improviser, il faut bien connaître la partition. Lorsque je suis arrivé au mirador, j'ai commencé par inspecter les environs pour sélectionner les potentiels coins pour mettre ma tente. Une fois que j'ai eu choisi mon spot, à l'abri d'un gros rocher, avec vue sur les tours, j'ai construit un muret de protection contre le vent (comme lorsque j'étais plus petit et que mon père m'emmenait camper en montagne). Je ne vous raconte pas la tête des gens en me voyant m'affairer de la sorte! Je me souviens juste du commentaire d'un touriste français: «Non mais qu'est-ce qu'il fait lui? Il construit un bunker ou quoi?». Une fois que j'ai eu fini ce travail, je suis allé grimper dans l'éboulement rocheux situé au-dessus du mirador pour trouver un endroit où me réfugier en cas de coup dur. J'ai fini par trouver deux gros blocs sous lesquels il était possible de se glisser. Je connaissais à présent parfaitement mon environnement. Je pouvais donc passer le reste de l'après-midi à admirer les tours.

Lorsqu'il ne resta plus que quelques touristes, j'ai monté ma tente et j'ai rangé toutes mes affaires. J'étais paré pour la nuit. Mais soudain, alors que le temps avait été très calme jusque là, le vent s'est levé. Un vrai vent patagonien, dont les rafales font remonter les cascades et inversent le cours des ruisseaux (je vous jure que c'est pas des blagues, je l'ai vu de mes yeux vus!). Mon muret ne peut pas grand chose face à ce vent surpuissant et la tente finit par s'envoler (avec toutes mes affaires à l'intérieure). Je la rattrape de justesse. «Alors c'est comme ça: Monsieur le vent ne veut pas que je dorme ici! Mais Monsieur le vent ne sait pas que je suis un têtu!». Je remets donc ma tente en place et je renforce les ancrages à l'aide de grosses pierres. Le problème, c'est qu'Eole est aussi entêté que moi. Il continue donc de souffler, de plus en plus fort et bientôt, ma tente s'envole à nouveau. Je comprends que je ne pourrai pas dormir ici ce soir. Deux solutions se présentent donc à moi. Renoncer à ma nuit face aux tours et descendre, sagement, au campement. Utiliser le plan B et aller me réfugier sous les gros blocs que j'ai repérés. Vous vous doutez bien que je choisis la seconde solution. À partir de ce moment là, je suis engagé dans une épreuve sportive style duathlon. Première étape: pliage et rangement du matos (2mn30s montre en main). Deuxième étape, sprint en côte pour atteindre les blocs (moins d'une minute).

Une fois l'abri atteint, je me réorganise. Pas question de monter la tente (trop petit). Je décide donc de dormir dans la tente, mais sans la monter. À 20h30 je suis au chaud dans mon duvet, lui même emballé dans la tente. J'entends le vent souffler, toujours aussi fort. Petit à petit la nuit tombe, le vent tourne et le ciel se couvre.

Je regarde ma montre, il est 21h15, il fait un noir d'encre et, le vent ayant tourné, je me prends plein de sable et de graviers dans figure. Bien que je sois enveloppé dans la tente, les particules les plus fines arrivent à pénétrer jusque dans mon duvet. Je regarde à nouveau ma montre, 22h30. Je suis couvert de poussière. Puis, comme si ma situation n'était pas assez inconfortable comme ça, il se met à pleuvoir vers 1h. Avec le vent, la pluie me tombe dessus. Je me roule dans la tente de façon à présenter le tapis de sol à la pluie. Mais rien n'y fait, la pluie rentre de partout et rapidement mon duvet est trempé. L'association de la pluie et du vent crée une instabilité sur les versants de la cuvette du lac Las Torres, entraînant la chute de pierres.. Je regarde ma montre, il est 2h. Je suis là, tout seul, enveloppé dans ma tente et mon duvet, caché sous deux blocs, à lutter contre le froid en écoutant le concert donné par un trio infernal constitué du vent, de la pluie et des éboulements rocheux. Sincèrement, je ne fais pas le malin. À 3h30, je décide de tout ranger afin d'être prêt à redescendre à tout moment. Je m'habille le plus chaudement possible, je fais mon sac et je mets ma frontale sur le front. Il est 3h45. Si je ne me trompe pas, le soleil doit se lever entre 5h15 et 5h45. Il me reste donc 2h à attendre si je veux assister au lever de soleil sur les tours. Je jette un coup d'œil furtif au ciel. Quelques étoiles de ci de là. Un lever de soleil est toujours envisageable. Pour ne pas avoir froid, je bouge. À 4h15, complètement frigorifié, je mets mon sac sur le dos et décide de redescendre. Puis je me ressaisis «Allons donc, tu as passé plus de 8h ici. Tu as fait le plus dur. Plus qu'un peu plus d'une heure. Un peu de courage!». Je repose donc mon sac et je recommence à bouger quand tout à coup, je crois entendre des voix. Il est 4h35. Je tends un peu l'oreille et je sors de mon trou: des gens exultent en arrivant au mirador «Yes, we did! Sun is not here yet!». Je ne sais pas s'il existe des mots assez forts pour exprimer le réconfort que me donne la vue de ces trois personnes. Je ne suis plus tout seul. J'ai vaincu la nuit.

La fin de l'histoire, c'est qu'entre le moment où les premières personnes sont arrivés (et où je me suis dit ouf, c'est fini) et le moment où le soleil a daigné caresser les tours, il s'est écoulé plus d'une heure. Une heure à se geler comme il faut (oui, parce qu'après ma nuit, évidemment, je suis trempé!). Mais le jeu en valait la chandelle. Le moment où la tour centrale s'embrase sous le premier rayon de soleil est vraiment quelque chose de magique dont je me souviendrai très longtemps... De même que ma nuit au mirador Las Torres!

 

 

Monsieur et Madame (écrit le 10/12/2010)

Le passage du John Gardner m'a pris deux jours. Un premier pour arriver au pied puis un second pour passer le col. Durant ces deux jours, j'ai vu seulement quatre personnes: un couple lorsque je suis passé au campement Los Perros le matin (je les ai recroisés deux jours plus tard et ils m'ont remercié pour la trace... «Mais de rien, tout le plaisir était pour moi!») et deux jeunes Canadiennes qui avaient passé le col le jour précédent, avant la chute de neige, les petites chanceuses (comme quoi il y a bien des filles qui ne sont pas des camionneuses et qui font de la rando un peu sérieuse, tout n'est pas perdu!). Une fois le col passé, je me suis retrouvé sur les sentiers overcrowed du W.

Paris, comme Venise, est réputée pour être une ville romantique. Tous les amoureux vont y faire un tour. Je ne sais pas s'il en est de même pour le parc national de Torres del Paine mais ce qui est sûr, c'est que la majorité des gens qui font le W le font en couple. Ce qui est marrant, c'est que c'est presque toujours la même chose. En premier on croise Monsieur: équipement tout neuf et gros sac sur le dos. Il marche d'un bon pas et porte autour du cou l'appareil photo, la carte, la pochette avec les passeports, la boussole et tout un tas d'autres choses à tel point qu'on peut presque se demander ce qu'il y a dans son sac à dos. On sent que c'est lui qui conduit l'opération. Quelques mètres derrières il y a Madame. Pour elle aussi l'équipement est tout neuf (mais, très souvent, ce n'est pas du haut de gamme comme Monsieur). Elle ne porte pas de sac (ou alors un tout petit où il doit y avoir un paquet de mouchoirs et une bouteille d'eau) et elle utilise des bâtons de marche... Enfin, «elle utilise», disons qu'elle a un bâton dans chaque main mais elle ne sait pas toujours si elle doit le planter sur le chemin ou à côté, si c'est bâton droit en même temps que jambe droite ou plutôt droite/gauche et, du coup, on voit régulièrement passer des gens qui sont en schuss!

Bon, après je dois aussi dire qu'il y a des couples qui gèrent leur sujet. Monsieur et Madame ont tous les deux leur sac, ils marchent avec le même rythme et ont tous les deux un équipement de la même qualité, Monsieur n'a pas tout un tas de trucs inutiles autour du cou et Madame n'est pas embarrassée avec ses bâtons. C'est juste que ça m'amuse de voir que chez les gens qui n'ont pas l'habitude de marcher, la répartition des rôles est toujours la même.

Message destiné aux futurs 3GCU qui lisent le site (s'il y en a). En troisième année il y a un projet de socio qui consiste en une étude de comportement. Il me semble que «La répartition des rôles lorsque Monsieur et Madame vont faire le W de Torres del Paine» serait un bon sujet... Puis Torres del Paine, c'est pas mal comme lieu de travail!

 

 

Ça passe à John Gardner (écrit le 9/12/2010)

L'Integral, il paraît que c'est pas un truc pour les rigolos. Mais en inspectant le topo, on se rend rapidement compte que ce qui rend ce parcours si difficile, c'est le John Gardner Pass (environ 1200m). Le mois de décembre dans l'hémisphère sud, c'est comme le mois de juin dans l'hémisphère nord. Vous allez me dire «un col à 1200m mi-juin en France, c'est pas le bout du monde!» et vous n'aurez pas tort. Le problème, c'est qu'ici c'est la Patagonie. Et un col à 1200m en Patagonie, à la fin du printemps, ça peut s'apparenter à un col à 3500m début printemps dans les Alpes. D'où la préconisation des rangers d'utiliser des Koflach pour passer le John Gardner. Personnellement, j'ai décidé de faire l'Integral dans le bus, donc pas de Koflach pour moi. D'un autre côté, si les Koflach sont nécessaires seulement pour passer le col, ça veut dire que tout le reste du temps, il faut en chier comme un Russe avec des pompes de cosmonautes pour avancer sur des sentiers où des chaussures tige basse suffisent. Ceci dit, je dois avouer que, si le col n'est franchissable qu'avec des chaussures d'alpinisme, alors il faudra que je fasse demi-tour. Mais comme diraient les Américains, «let's see what happen!». Dans mon planning, je dois passer le Gardner le troisième jour. Je décide donc de camper au pied de la montée, face au glacier Los Perros. Le montage de tente se fait sous une neige battante et je m'endors avec le bruit des flocons tombant sur mon double toit. Lorsque le réveil sonne le lendemain, j'ouvre ma tente avec l'espoir de voir un beau ciel bleu et une herbe bien verte. À la place de ce scénario idéal, j'ai droit à un tapis de 10cm de neige fraîche. Le Gardner se situe à 750m au-dessus de mon campement, je m'attends donc à trouver beaucoup de neige sur mon chemin. La décision la plus sage serait peut-être de rebrousser chemin dès maintenant. Mais je décide de tenter l'aventure. Les deux premières heures sont dans un sous bois et, comme je suis le premier à passer, c'est le jeu de piste. Plusieurs fois je dois faire marche arrière et chercher des indices pour trouver le bon cheminement. Mais je persévère. Puis le chemin sort des arbres et les piquets sont plus faciles à suivre. Le problème est alors maintenant les congères. Le puissant vent qui balaye le versant du John Gardner crée de grands pans de neige dont l'épaisseur n'est pas toujours facile à évaluer et je me retrouve un bon nombre de fois «tanquer» dans un peu plus de 90cm de neige. Mes chaussures sont deux tas de glace et mon pantalon est trempé, de même que mes gants. De temps en temps, je m'arrête pour analyser le comportement neigeux des versants alentours. Puis je me répète, intérieurement, le comportement à adopter en cas de coup dur: creuser un trou dans la neige, pourquoi pas essayer de mettre la tente et me glisser dans mon duvet. D'après les prévisions météo, il y a encore un jour de mauvais temps après aujourd'hui, puis ça doit aller mieux. Avec la nourriture dont je dispose, je peux tenir ce laps de temps. Mais je me dis aussi qu'il faudra peut-être que j'accepte de faire demi-tour, peut-être juste avant le col. Cependant, je continue de grimper et, après quatre heures d'effort, j'arrive au col. Atteindre un col, ça ne veut pas dire qu'on est arrivé. Le plus dangereux reste même à venir: la descente sur l'autre versant. En arrivant au sommet, je ne sais pas ce que je vais trouver de l'autre côté et je me prépare à, peut-être, devoir faire demi-tour (dans le cas où l'autre versant serait plus mauvais). Par chance pour moi, la pente est plus douce, les pans de neige moins profonds et le vent moins fort. Je plonge donc vers le glacier gris et, vers 13h, j'atteins le campement El Passo. Je suis trempé et frigorifié, mais le John Gardner Pass est derrière moi. J'ai passé la difficulté majeure de l'Intégral. La suite de la rando doit maintenant être plus tranquille.

 

 

Ready, set, adapt yourself! (écrit le 7/12/2010)

Bon, si vous avez été bien attentif en lisant mes derniers posts, vous devez savoir que pour passer de l'Argentine au Chili, il ne faut pas avoir dans ses sacoches de produits d'origine animale ou végétale. Message spécial destiné à ceux qui l'apprennent: méfiez vous, à mon retour je fais une interro sur le contenu de mon site!

Le parc national chilien de Torres del Paine ne figurait pas, au début, parmi les destinations qui me tenaient à cœur. Puis on m'en a parlé, je suis allé voir ce que ça donnait sur internet, j'ai lu quelques bouquins là-dessus, j'ai consulté les topos et je me suis dit qu'il fallait que j'aille y faire un tour. Mais depuis El Calafate, qui est en Argentine, il faut passer la frontière (et donc vider ses sacoches). Mon plan était de passer la douane juste avant Cerro Castillo puis de faire le plein de provision dans ce village et d'y laisser Espéranto le temps d'aller faire un peu de rando. Les Argentins m'avaient garanti que Cerro Castillo était un grand village avec un grand supermarché où je pourrais trouver tout ce dont j'aurais besoin. Cette information m'a d'ailleurs était confirmée par les douaniers Chiliens. Mais lorsque je suis arrivé à Cerro Castillo, j'ai trouvé deux cafés (où s'arrêtent tous les bus à touristes qui vont à Torres del Paine), mais pas le moindre supermarché. Tout juste une petite épicerie où se battent en duel deux boîtes de conserve arbitrées par une barre de céréales, le tout à des prix exorbitants. Bref, pas de quoi remplir mon sac pour trois ou quatre jours de marche. J'ai donc décidé de changer de plan et d'aller à Puerto Natales et d'y rester un jour pour récupérer.

Contre toute attente, j'ai avalé les 60kms entre Cerro Castillo et Puerto Natales en une après-midi (j'ai presque envie de dire «easy!»). D'où un nouveau changement de planning et la décision de partir dès le lendemain pour une rando-repos de quatre ou cinq jours. Mon idée était de faire le circuit appelé le W (un trek, comme on dit, pour les touristes marcheurs). Le lendemain, je prends donc le bus de 7h30 direction Torres del Paine. En chemin, on s'arrête à Cerro Castillo pour se dégourdir les jambes et, comme tout le monde, je rentre dans le café El Ovejero tenu par Juan Carlos, que j'ai rencontré lors de mon passage la veille. Je vais pour le saluer quand tout à coup, je sens une puissante main me saisir le cou. «Hein? Quoi? Qu'est-ce qu'il y a?». Je me retourne: Oliver!! Oliver, c'est l'Allemand que j'ai perdu après qu'il ait décidé de faire marche arrière pour aller chercher sa carte (vous vous souvenez, le «Achtung! Yawhol!». Ça alors! Évidemment, on a des tas de choses à se raconter. J'apprends qu'il a retrouvé sa carte (ça, j'ai encore du mal à le croire!), mais qu'il a mis toute l'après-midi à faire les 15kms qui le séparaient de l'endroit où on s'était séparés (ça, je comprends!). Puis il me dit qu'il sera à Punta Arenas entre le 16 et le 19 décembre pour préparer ses bagages et que je peux passer le voir pour qu'il me laisse ses roues et ses pneus. Vu les problèmes que j'ai depuis le début avec ma roue arrière et vu l'état de mes pneus, j'accepte volontiers la proposition. Par contre, ça signifie que j'ai trois jours de rab par rapport à mon planning prévisionnel. Je décide donc de profiter de l'occasion pour faire l'«Integral» plutôt que le W. L'intégral, de ce que j'ai pu lire, c'est un circuit de randonnée pour les costaux. Pas un truc pour les touristes comme le W, notamment à cause d'un col qui culmine à 1200m: le John Gardner Pass.

L'Integral se fait en 7 ou 8 jours et nécessite, d'après les topos du parc national, des chaussures types Koflach. Je n'ai dans mon sac à dos que 5 jours de nourriture et je ne suis chaussé que de Salomon XT Wings (chaussures de randonnée légères), mais je décide de tenter l'aventure.

Dans le bus qui me mène vers Torres del Paine, je replannifie ma bouffe et je me dis qu'il va falloir se serrer la ceinture (beaucoup) et sûrement endurer du froid et des chaussures mouillées. Mais bon, comme dirait Wim, c'est l'aventure. Je passe donc de rando-repos à rando-commando. C'est juste une histoire d'adaptation. Ready, set, adapt yourself!

 

 

Nouvelle tente, nouvelle jante (écrit le 6/12/2010)

Il y a des fois comme ça, où des trucs de fou vous arrivent et vous ne comprenez pas comment est-ce que c'est possible. Lors de ma visite au Perito Moreno, j'ai eu droit à deux surprises hors du commun. L'une bonne, l'autre mauvaise. On commence par laquelle? Vous êtes plutôt happy end ou tragédie? Allez, on n'est pas là pour pleurnicher. Je commence par la mauvaise.

Vous vous souvenez qu'Espéranto m'a fait comprendre que je ne m'étais pas bien occupé de lui sur la Carretera Austral (et il avait raison). J'ai retenu la leçon et, lorsque le ripio de la Carretera a été vraiment fini, je lui ai fait une toilette complète avec démontage complet de toute la transmission (je pense même que le vélo de Wim, qui était à côté, a été jaloux). Malheureusement, il semble que mes soins n'aient rien pu faire contre une jante récalcitrante.

Lorsque je suis allé chez le cycle de Coyhaique, je lui ai demandé une jante robuste, lui expliquant qu'il me restait encore quelques 20000kms, que les roues devaient supporter 150kg et que les routes qui m'attendaient n'étaient pas des meilleures. Le mécano m'avait dit «no problem mon gars, je te mets du solide. Avec ça, tu pourras retourner en France». Mais apparemment, il ne savait pas où se trouvait la France. Après, je ne sais pas, peut-être que France est le nom d'un petit bled à côté de Coyhaique, je n'ai pas étudié la carte à fond pour le savoir. Ce que je sais, c'est qu'en quittant le glacier, j'ai senti que ma roue arrière ne tournait pas rond (les roues, c'est comme les personnes, lorsqu'elles ne vont pas bien, elles ne tournent pas rond!). Après inspection complète du matos, je me suis rendu compte que la jante commençait à s'ouvrir. Si au Perito on peut acheter le dessous de table Perito, la serviette Perito, le cadre Perito, le slip Perito (ça j'ai pas vu, mais je suis sûr que ça peut se trouver), on ne peut pas acheter la jante Perito. Il y a 80kms entre le glacier et El Calafate. En bidouillant un peu les freins, j'ai réussi à rejoindre la petite ville où je suis de nouveau allé chez un cycle. J'ai de nouveau expliqué que j'avais encore beaucoup de chemin à faire, sur des routes cabossées et avec une grosse charge et le gars m'a de nouveau dit «no problem mon gars, je te mets du solide. Avec ça, tu pourras retourner en France». J'attends de voir ça...

Passons maintenant à la bonne surprise. Lorsque je suis allé poster mes deux cartes à El Chalten (alors, qui a reçu une carte??), je me suis retrouvé au guichet en même temps qu'un Allemand. Comme j'étais en cuissard, il a compris que je faisait du vélo et on a commencé à discuter: d'où je venais, où j'allais, pourquoi, depuis quand, comment, quel budget... Puis il a pris une photo et on s'est dit bye bye.

Quelques jours plus tard, j'étais en train de rêvasser devant le glacier lorsque j'ai entendu un grand «What a small world!». C'était mon Allemand qui venait d'arriver. Trop content de me retrouver, il s'est assis à côté de moi et on a recommené à discuter: quelles sacoches, quel vélo, quels composants, quelle tente... Il voulait tout savoir. Ce que j'ai compris, c'est que ce genre d'aventure le tentait beaucoup, mais qu'il n'osait pas faire le premier pas. Pour preuve, il se trimbalait au Perito avec un sac de rando tout neuf, un duvet tout neuf et un thermarest tout neuf... Bref, que du matos brandnew vu qu'il allait toujours à l'hôtel. Il m'a dit qu'il avait une tente méga top génial. Le top du top, mais qu'il ne s'en était jamais servi et que, si je voulais, il me la donnait.

J'ai payé ma tente la peau des fesses (mais c'est pas grave parce que j'ai un bon cuissard :-). Et si vous avez tout bien suivi depuis le début, vous devez vous souvenir que j'ai eu un mal fou à en trouver une. Malheureusement, ce petit abri n'est pas à la hauteur de tout le bien que j'ai pu lire dessus: la toile est trop tendue et les coutures commencent à craquer, ce qui fait qu'elle n'est plus étanche. Bref, il vaut mieux pas qu'il pleuve trop fort si je veux rester au sec. J'ai donc accepté son offre et, le lendemain, je suis allé à l'hôtel Howard Johnson de El Calafate (un espèce de palace avec des mecs qui vous font des courbettes tous les 10m; je peux vous dire qu'avec mes cheveux en broussaille et ma barbe de quelques semaines, je passais un peu pour un épouvantail là-dedans) pour chercher la tente.

L'Allemand, Ulrich de son prénom, m'a dit qu'il admirait ce que je faisais et qu'il me donnait cette tente pour participer à mon aventure. Il attendait juste en retour que je lui fasse un compte rendu sur ce matériel.

Je suis donc reparti de El Calafate avec une nouvelle jante arrière et une nouvelle tente. J'espère seulement que les deux ne me décevront pas!

 

 

Les flics de Villa O'Higgins (écrit le 03/12/2010)

Wim est un lève tard. Or, le bateau de Villa O'Higgins était à 8h30 le matin. Du coup, afin d'être prêt à l'heure, sans se presser, on avait décidé de dormir sur la plage, juste devant le bateau. Puis comme on ne savait pas trop ce qui nous attendait pour la suite, on avait décidé de se faire un cadeau: des saucisses (vous remarquerez qu'il en faut peu pour faire plaisir à des cyclos).

Après notre petit gueuleton, on a regardé les sommets alentours enneigés rougir sous le soleil couchant en faisant des hypothèses sur le lendemain. Puis deux flics sont arrivés sur la plage et là, on s'est dit qu'on allait avoir des ennuis.

Habituellement lorsque vous êtes en train de faire un feu sur la plage le soir, si les flics font une descente, ce n'est pas pour venir griller des saucisses avec vous, mais plutôt pour vous demander de décamper. C'est d'autant plus vrai lorsque vous êtes deux cyclos avec une barbe de deux semaines, les cheveux en pétard et les habits tous sales. Mais il semble que les flics chiliens de Villa O'Higgins soient différents des policiers européens.

Les deux officiers sont arrivés avec un grand sourire «Buenas tarde! Todo bien?». - «Ben, si vous ne nous demandez pas de lever le camp, tout ira mieux». Mais contrairement à ce qu'on attendait, les officiers nous ont expliqué qu'il y avait un bateau de la police accosté à côté du bateau que nous devions prendre le lendemain et que le navire était occupé durant toute la nuit par un officier et qu'en cas de problème, nous n'avions qu'à faire appel à lui. Puis ils ont commencé à nous expliquer les différents sommets qui nous entouraient, les horaires des bateaux, les conditions météos et ainsi de suite.. De vrais guides touristiques! Puis ils ont rejoint leur 4x4 et ils sont partis, nous laissant tous les deux, avec Wim, bouche bée.

En fait, il faut avouer que la région de Villa O'Higgins est des plus calmes. Des petites maisons de plain pied, des routes en ripio, peu d'habitants et quelques touristes... Les mots «violence», «meurtre», «viol» et autres ne doivent pas exister par ici. Les policiers sont donc très tranquilles. Pas grand chose à se mettre sous la dent. Du coup ils se transforment volontiers en guides touristiques pour les voyageurs alternatifs. En fait les flics de Villa O'Higgins, ce ne sont pas des gardiens de la paix, ce sont tout simplement des mecs qui ont la paix!

 

 

2x1 ou 1x2 (écrit le 05/12/2010)

23 novembre sur la Carretera Austral. Il a fait beau et je me suis trouvé un coin tip top: au-dessus de la route, à proximité d'une cascade, avec vue sur les sommets enneigés et le Rio Baker. Magique. Comme je me suis arrêté tôt, j'ai même pris le luxe de me doucher dans la cascade (par contre, j'ai pas trouvé le robinet pour l'eau chaude!). Il est 18h45 et je suis en train de faire chauffer mes pâtes sur mon feu lorsqu'un cycliste passe sur la route. Il me salue, je lui réponds. Lorsqu'ils sont sur leurs vélos, tous les cyclos se ressemblent. Mais celui-là est différent. J'inspecte le vélo, l'équipement, le bonhomme et je reconnaît Wim, le Belge que j'ai croisé trois jours plus tôt à Coyhaique. Je l'appelle: «Wiiiiiiim!». - «Benoît?!? Qu'est-ce que tu fais là? Comment t'es arrivé là-haut?». - «J'ai enjambé le barbelé» (les enfants, ne refaites pas ça chez vous). Il me rejoint, on passe la soirée et on décide de rouler ensemble, vu que nous voulons tous les deux attraper le bateau du samedi 27/11 à Villa O'Higgins. Finalement, nous avons roulé ensemble pendant une douzaine de jours et c'était vraiment cool. Rouler à deux est chouette, on peut discuter, s'encourager, se chambrer, se donner des combines... Mais il faut aussi s'adapter et ça, ce n'est pas toujours facile. Si, mathématiquement 2x1 = 1x2, alors humainement, ce n'est pas vrai. Pour moi, le maître mot est «organisation». Pour Wim, c'est «improvisation». Pour que notre binôme franco-belge fonctionne, j'ai dû accepter un peu d'improvisation et Wim a été obligé de s'organiser un peu. Mais au final, les deux petites semaines passées ensemble ont été vraiment bien et rapidement les «septante» et «nonante» de Wim m'ont manqué. Heureusement, j'ai rapidement trouvé un autre compagnon de route, un Allemand, un vrai: matos au top, timing à la seconde près, organisation nickel chrome et te balance à longueur de journée du «achtung» et du «jawol». Super bien! On aurait pu rouler un peu plus longtemps ensemble, mais il a décidé de faire marche arrière après s'être rendu compte qu'il avait perdu sa carte (preuve d'une faille dans le rangement, achtung!). Il m'a dit qu'il revenait rapidement, mais je ne l'ai jamais revu. En même temps, avec le vent d'enfer qui souffle dans le secteur de El Cerrito, Fuentes del Coyle et compagnie, je pense que, lorsqu'il s'est aperçu qu'il avait perdu sa carte, elle était déjà aux îles Fidji! Je suis donc de nouveau tout seul. Pour combien de temps? Je ne sais pas. Ce qui est sûr, c'est que rouler à deux, c'est vivre le voyage autrement. On ne voit pas les choses de la même façon, on fait d'autres rencontres... Et surtout on se fait plein de copains. Alors même s'il faut s'adapter parce que 2x1 ce n'est pas 1x2, je suis partant!

 

 

La traversée qui fait aimer le ripio (écrit le 28/11/2010)

Il y avait bien un bateau qui appareillait de Villa O'Higgins ce samedi. Le problème de bateau était donc un problème bateau et la bonne femme de l'office du tourisme de Coyhaique était vraiment une quiche (je me demande combien de touristes ont changé leurs plans suite à ses renseignements).

La traversée entre Villa O'Higgins et Candelario Mancilla prend 3h. Le bateau se faufile dans les fjords du Lago O'Higgins avant de déboucher sur une baie un peu plus ouverte depuis laquelle on peut voir le Fitz Roy dépasser au loin. Tous les sommets alentours sont couverts de neige et on aperçoit le glacier O'Higgins plonger dans le lac. Superbe. Ça, c'est le côté relax de l'opération frontière. La suite est plus physique.

En débarquant à Candelario, il faut passer par la douane chilienne. Depuis le débarcadère, c'est un raidillon de quelques centaines de mètre qui fait bien mal aux jambes, surtout après 3h passées dans un vent glacial à admirer la montagne. Petit coup de tampon dans le passeport et c'est parti pour 22kms de folie. Première étape: 15kms de piste forestière pas toujours terrible avec une déclivité parfois prononcée. Deuxième étape, 7kms de petit sentier de rando. But du jeu, arriver avant 18h30 pour pouvoir traverser le Lago del Desierto dans la foulée.

La piste, c'est sport et un peu technique. De temps en temps il faut pousser. Mais dans l'ensemble ça se passe plutôt bien. On peut encore dire que l'on est cyclo. Puis arrive le petit chemin et, là, on se transforme en véritable aventurier. Ça monte à mort. Alors on pousse le vélo. Puis ça descend de la folie. Du coup on freine, mais comme ça glisse, on court à côté du vélo (hop hop hop, on évite les racines). Voilà que le chemin est barré par une énorme flaque de boue. Qu'à cela ne tienne. Je mets Espéranto dans la boue et je passe tant bien que mal, sur le côté. Ensuite, il faut que je désembourbe mon compagnon. On continue. Tiens, une rivière. Sans pont. C'est plus marrant. C'est le moment d'inverser les rôles. Je prends le vélo sur l'épaule (avec les sacoches, trop la flemme de décharger) et je traverse. Maintenant, le sentier est tellement profond que les sacoches sont trop large. Et vas-y que je pousse, je tire, je m'accroche à une branche, je glisse, je soulève, je me griffe, je repars... Bref, c'est pas du vélo, mais comme dit Wim «c'est l'aventure».

Finalement j'arrive au poste de douane vers 17h30, crotté comme tout. Juste le temps de faire tamponner le passeport et de nettoyer Espéranto (le coup de la chaîne, une fois ça me suffit!). Puis on embarque sur la coquille de noix, direction l'autre côté du lac.

La traversé ne dure pas longtemps. Mais elle laisse le temps d'admirer le Fitz Roy, magnifique au soleil couchant.

Peu de cyclistes font la traversée Villa O'Higgins – El Chalten par le Lago del Desierto. C'est vrai que les 22kms entre les deux postes frontière sont physiques. Mais la vue sur le Fitz Roy est sublime. Puis, après avoir poussé le vélo pendant toute la journée, on est content de retrouver le ripio!

 

 

Toilettes naturelles (écrit le 23/11/2010)

S'il y a un endroit où tout le monde va, mais ne reste que le temps nécessaire, ce sont bien les toilettes. Je ne connais personne qui passe son temps sur le trône pour le plaisir, surtout s'il s'agit de toilettes publiques, dont l'odeur est tellement infecte que vous pouvez les localiser à l'odorat. Il suffit pour s'en convaincre d'écouter les supporters. S'ils ne peuvent pas s'en prendre aux joueurs ou à l'entraîneur, alors ils jettent leur dévolu sur l'arbitre en l'envoyant... Aux chiottes! Aux chiottes l'arbitre! C'est bien que ce n'est pas un endroit très chouette, non?

En général l'architecture des pipi rooms est assez simple. Il s'agit de quatre murs recouverts de faïence au milieu desquels trônent (sympa le jeu de mot, non? :-) des équipements qui varient selon les pays. Ceux qui ont suivi mes aventures à Chicago se souviennent sûrement du post sur les restrooms américains. J'aurais pu vous refaire le coup avec les toilettes à la turque marocaines ou les lunettes matelassées des trônes brésiliens, mais ça aurait eu le goût de réchauffé. Or, si un pot au feu (ça doit être l'époque en France) est meilleur réchauffé, un article est meilleur s'il est «brand new». Puis, en plus de ça, la majorité des toilettes que j'utilise ne sont ni marocaines, ni brésiliennes, ni quoi que ce soit puisqu'ils sont naturelles et donc internationales.

Aller aux toilettes en France, lorsque que vous vous promenez en ville s'apparente très souvent à une mission quasi impossible. Si vous ne connaissez pas le coin, la solution est, bien souvent, de rentrer dans un café et de consommer pour pouvoir utiliser les sanitaires. Lorsque vous êtes à vélo (et c'est encore plus vrai en randonnée), aller aux toilettes n'est pas un problème. Il suffit de s'écarter un peu de la route (ou du chemin) et hop!, c'est parti pour un petit pipi! C'est vrai que l'opération est un peu plus compliquée pour ces demoiselles, surtout si vous êtes dans la pampa, où la plus grande touffe d'herbe doit faire 25cm de haut. Mais il est toujours possible de trouver une solution pour faire diversion.

Au début, on se satisfait de cette facilité... Mais au fil du temps, on devient plus exigeant. Quitte à s'arrêter pour une grosse commission, autant que ce soit face à un beau paysage! Faire ses besoins en contemplant les vastes étendues herbeuses de l'Uruguay ou les sommets enneigés de la Cordillère des Andes, c'est quand même autre chose que des carreaux ou des posters! Il n'y a pas à dire, les toilettes naturelles, c'est le top. Je suis d'ailleurs en train de sérieusement penser à passer mon brevet d'arbitre. Je n'ai pas encore décidé du sport. Mais cela n'a pas une grande importance étant donné que la seule chose qui m'intéresse est que les supporters ne soient pas content et demandent à ce qu'on m'envoie aux chiottes. Il faudra seulement que je leur demande de bien préciser que je préfère les chiottes naturelles!

 

 

Panaderia La Paz (écrit le 21/11/2010)

Lors de mon séjour à Coyhaique, Wim, Christian et Jenny, les cyclos que j'avais rencontrés au camping, m'avaient mis en garde: «En Bolivie, fais bien attention lorsque tu achètes quelque chose au poids, parce que les Boliviens trichent beaucoup là-dessus». La Bolivie, ce n'est pas pour tout de suite. Mais les choses arrivent parfois plus vite que prévu.

Puerto Tranquillo est un petit village bien, tranquille, comme son nom l'indique. Une rue principale asphaltée, toutes les autres en ripio. Deux ou trois magasins, quelques hôtels et auberges, une pseudo agence de tourisme qui vous vend un tour pour voir des grottes... et une boulangerie: la panaderia La Paz.

Je pousse la porte. Les petites clochettes situées au-dessus de l'entrée se mettent à tinter. Une petite femme aussi large que haute sort de l'arrière boutique et me demande ce que je veux. En principe, lorsque je rentre dans une boulangerie qui ne vend que du pain, je veux du pain. Je lui réponds donc que j'ai besoin de «pans» et plus précisément de seize «pans».

Dans tous les pays il est possible de trouver du pain. Mais le pain est différent de partout, tant par sa forme que par son goût. Au Chili, ce sont des petits pains qui font à peu près 100g. D'expérience (oui, parce qu'avec une consommation hebdomadaire de plus d'1kg de pain, je commence à connaître le système), je sais qu'1kg de pain coûte entre 700$ (supermarché) et 1500$ (panaderia voleur). Ah oui, juste avant que j'oublie. Le signe $ est utilisé ici pour «peso» et non pour «dollar». Ça ferait un peu cher pour un kilo de pain! Je disais donc qu'1kg de pain coûte entre 700 et 1500 pesos. Cela représente une quinzaine d'unités.

La dame met donc mes pains dans un sac plastique puis elle m'annonce le prix: 3200$. «Que??? 3200 pesos por 16 pans?? No es possible». Alors la petite bonne femme m'explique que j'ai demandé 16 pains et qu'un pain coûte 200 pesos, d'où le prix. Je lui rétorque qu'un pain coûte normalement 100 pesos et je lui demande combien coûte un kilo. Réponse de la boulangère: 1400$ (c'est dans la fourchette de prix!). Je lui demande donc de peser le sac.

Première pesée (très rapide), elle me demande 1700$. Puis elle repose le sac sur la balance (très vite, une nouvelle fois) et me demande 2390 pesos... Je lui demande de peser à nouveau pour que je puisse voir le prix s'afficher. Elle s'exécute et je vois apparaître le numéro 2390... Moi j'aurais parié sur le 1600 ou le 1700, mais pas le 2399. ça m'étonne que 16 pains pèsent autant. Mais bon, je paie, je sors puis je quitte Puerto Tranquillo.

La route monte dure pour quitter le village et tout en pédalant, j'essaie de comprendre pourquoi mes 16 pains pèsent presque 2kg. Je revois, dans ma tête, le film. Je rentre, elle sort de l'arrière boutique, je lui demande 16 pains. Jusque là, tout va bien. Elle met les pains dans le sac. Je ne pense pas qu'elle ajoute un sac de pierres pour faire du poids et je pars donc de l'hypothèse que mon sac contient 16 pains. Elle m'annonce le prix, je discute. Les pains restent dans le sac. Normalement, durant ce laps de temps, rien ne sort et rien ne rentre. Elle pèse une première fois et me demande 1700 pesos, prix que je trouve normale. Puis elle pèse à nouveau et me demande 2400 pesos... Pourquoi pèse-t-elle une seconde fois? Et pourquoi le prix varie entre les trois pesées? Lorsque je lui demande une troisième pesée, je vois que la tare est faite, que le prix du kilo est de 1400$ et que le prix à payer est de 2400$. Mais comment expliquer ces différences. Les jambes tournent pour monter la pente. Les neurones tournent pour trouver la solution... Ou plutôt pour comprendre ce qui ne tourne pas rond! Puis soudain, c'est le déclic: EUREKA, je viens de comprendre.

Lors de la première pesée, la dame a mis le sac sur la balance, soit environ 1kg, d'où le prix demandé de 1700$. Mais lors des deux pesées suivantes, la boulangère Bolivienne n'a pas enlevé sa main du sac. Du coup, lors des deux dernières manipulations, la balance affiche le poids des pains et le poids du bras de la boulangère. Cela explique aussi pourquoi la seconde pesée affiche 2390$ alors que la troisième est de 2399$. Je n'aime pas me faire rouler et j'ai bien envie de faire demi tour. Mais il est 18h et il va être temps de trouver un coin pour la nuit. Je me dis que cet épisode me servira de leçon.

Le soir, j'ouvre mon sac de pains en maugréant et je recompte: 1, 2, 3, 4... 13, 14, 15. Quoi???? Deuxième fois pour être sûr: 1, 2, 3, 4... 13, 14, 15. Nom de nom!?! Quel toupet alors! Non seulement je me suis fait escroquer sur le prix, mais aussi sur la quantité! Si tous les commerçants boliviens sont comme la boulangère de la panaderia La Paz, ça promet!

 

 

Felix (écrit le 20/11/2010)

Matin pluvieux. Gros dilemme: rester partir? Les deux options ont leurs avantages et leurs inconvénients. En restant, on s'assure de rester (un minimum) sec. En partant, on peut espérer quitter la zone pluvieuse et aller trouver le soleil. Il n'y en a pas une meilleure que l'autre. Ce jour là, j'ai décidé de partir. Non pas parce que j'espérais trouver le soleil, mais parce qu'il fallait coûte que coûte que je continue à avancer si je voulais attraper le bateau du 27/11 à Villa O'Higgins. J'ai donc quitté Cero Castillo sous une petite bruine. Malheureusement pour moi, la route a commencé à monter, monter, monter... Et après quelques kilomètres, je me suis retrouvé à la limite de la neige. Il floconnait. Ça ne tenait pas au sol, certes, mais il faisait tout de même bien froid et j'ai décidé de m'arrêter dès que possible, même s'il n'était que 11h.

Les Uruguayens, comme les Argentins, étaient très accueillants. On ne peut pas en dire autant des Chiliens qui sont extrêmement froids, distants et désagréables. Lorsqu'on leur demande la météo pour les jours à venir, ils se contentent de baragouiner un «no sé, la misma coas que hoy». A les écouter, il fait toujours le même temps. Et puis ils parlent très vite et ne font aucun effort pour se faire comprendre. Puis il y a Félix.

Félix, c'est un gars qui doit avoir la quarantaine et qui, me voyant passer sous la pluie/neige, m'a lancé un «Holà Amigo, qué tal?». «Ben ça caille un peu et je m'arrêterais bien ici si vous m'autorisez à mettre la tente dans votre réserve de bois». «Si, claro!». Sauvé! Je rentre Espéranto à l'abri et j'ouvre la sacoche pour sortir la tente quand Félix me fait comprendre que le hangar à bois, c'est bon pour le vélo, mais, que pour moi, c'est mieux d'aller chez lui. C'est comme ça que je suis rentré dans une pièce unique avec un gros poêle sur lequel chauffe une grande casserole d'eau chaude. Je mets mes habits à sécher et il me sert une grande tasse de café. Il est 12h30 et il pleut à torrent. Juste au-dessus de la maison, les arbres commencent à blanchir.

En fait Felix habite à Puerto Tranquillo et ne vient là que le week end. La petite cabane où il me reçoit est le logement du berger qui s'occupe, durant la semaine de ses 100 chèvres, ses 100 vaches et ses 25 chevaux. Sa mère habite une petite maison à côté. Je suppose que c'est là qu'il est né et qu'il a grandi.

Je passe l'après-midi à jouer et à dessiner avec Rolando, son fils de 8ans. Puis j'aide Abuelita Suzanna (la grand-mère de Rolando) à couper du bois. Le maniement de la hache n'est pas ce que l'on fait de plus facile! Un peu plus tard, Felix revient en disant que «Es pronto». Il m'explique qu'il vient de tuer une chèvre pour le repas du soir.

Sur les coups de 19h, on avale un assiette de soupe avec du pain frit (hummmmmmmm), puis on part chercher les chèvres, Félix, les quatre chiens, Rolando sur le cheval (fier comme tout) et moi. Les chiens de Felix ne sont pas stupides comme la plupart de leurs congénères. Lorsque je suis arrivé, ils ne se sont pas mis à aboyer et n'ont pas essayer de me croquer les mollets. Ce sont de vrais chiens, qui écoutent les instructions de leur maître. En fait, ce sont eux qui s'occupent de regrouper les chèvres et de s'assurer qu'aucune d'entre elles ne s'égarent avant l'arrivée à l'étable.

Une fois que toutes les biquettes ont été rentrées, il a fallu séparer les bébés des mamans, les jeunes étant enfermés alors que les adultes restent dehors pour la nuit (je ne sais pas pourquoi). Mon rôle consistait à rabattre les animaux vers la porte où Felix faisait le tri: toi, oui; toi, non; toi, oui; toi, non; toi, non... C'était bien marrant.

Une fois que tout le monde a été installé pour la nuit, on est rentré à la cabane où nous attendait un asado de chevreau muy bueno. Puis, comme il n'y a pas d'électricité dans la cabane de Felix, on est allé se coucher dès la nuit tombée.

Le lendemain matin, il faisait 1°C et tous les arbres alentours étaient blancs de neige. Le ciel n'était pas bleu, mais on sentait que le soleil n'allait pas tarder à faire son apparition. J'ai donc remercié Felix, Suzanna et Rolando puis j'ai enfourché Espéranto pour prendre la direction de Puerto Tranquillo, des souvenirs plein la tête. Merci Felix!

 

 

Espéranto a gros bobo (écrit le 19/11/2010)

Depuis le début du voyage Espéranto est mis à rude épreuve. Pentes à fortes déclivité en Espagne, températures supérieures à 50°C et chargement d'eau de 10kg au Maroc, pluie discontinue en bord de mer durant trois semaines au Brésil... Et depuis une semaine maintenant, ripio dégueulasse, fortes amplitudes thermiques (2°C le matin, 28°C à midi) et poussière sur la Carreterra Australe. Autant vous dire qu'il n'est pas tous les jours à la fête et je suis sûr qu'il envie ses amies bicyclettes carbone qui ne connaissent que la sortie dominicale avec un bonhomme bien affuté sur un asphalte irréprochable.

Pour l'aider dans sa difficile tâche de vélo voyageur, je prends soin de lui et tous les 1000kms environ, je lui fais une révision complète avec graissage et huilage. J'ai fait la dernière visite médicale d'Espéranto à Puerto Madryn, juste avant d'entamer les 1200kms de Carreterra Australe. J'espérais qu'il pourrait ainsi allait jusqu'à Villa O'Higgins. Mais c'était apparemment trop ambitieux.

J'ai quitté Coyhaique sous quelques gouttes et de gros nuages, mais avec un vent de dos comme je n'avais jamais eu jusqu'alors. En plus de ça, la route était asphaltée sur une centaine de kilomètres. Le bonheur. Puis, tout à coup, la route a pris une vallée encaissée sur la droite. Vent de face et forte pente... Ce n'était plus la même chose. Mais bon, j'ai passé les vitesses et j'ai pris mon petit train. Puis tout à coup CRAC! Je regarde la chaîne, tout semble normal. Je remets un coup de pédale CRRRRAAAAAC! Cette fois-ci, c'est sûr, j'ai déraillé. Je regarde la transmission et, horreur, la chaîne vient de se rompre. Il est 11h30, le thermomètre affiche 5°C, il fait un vent d'enfer et je suis à l'entrée d'un virage sévère. Trop chouette!

Je ramasse mon bout de chaîne et je me mets sur le bas côté. Je retire les sacoches et je mets Espéranto à l'envers. Réparer la chaîne, ce n'est pas ce que l'on fait de plus difficile. Par contre j'aimerais savoir pourquoi elle a cassé. J'inspecte toute la transmission et je trouve la cause de mon problème. Au fil des kilomètres, la graisse de la chaîne s'est accumulée autour des galets du dérailleur arrière. Avec la poussière des jours passés, le mélange graisse/poussière a durci et a formé un cake (un peu comme dans la filtration sous vide en géotech, ça rappellera des souvenirs à certains). Du coup, les galets ne peuvent plus tourner.

Je me lance donc dans le démontage et nettoyage complet du dérailleur arrière. Ça me prend un petit moment et lorsque j'en ai fini avec ça, j'ai les mains tellement noires que, de loin, on peut se demander si je porte des gants ou pas.

Je remets Espéranto sur ses roues, je le recharge et on repart. Il est 12h30. Je trouve que je ne m'en tire pas trop mal. Par contre j'ai très froid et très faim. Je décide donc de faire une pause devant la maison du Parc de la Lagune Chiguay (magnifique, soit dit en passant). Je mets Espéranto sur sa béquille, je prends quelques provisions et je m'assois à l'abri du vent. Petit coup d'œil à la chaîne. Tout semble en ordre quand, surprise ô combien désagréable, je remarque que ma jante arrière est fendue! Non d'un chien!! Je me lève, je dépoussière la roue et ne peux que constater les dégâts. Sur les 36 insertions de rayons, 18 sont fissurées de part et d'autre. Si je continue à rouler comme ça, c'est certain que je vais me retrouver avec une jante en deux morceaux.

Trois solutions se présentent:

1/ Retourner à Cohayque en vélo, soit environ 60kms dont au moins 50 avec vent de face d'enfer.

2/ Tenter de rejoindre Cochrane (en espérant qu'il y aura une «bicicleteria» potable là-bas), soit environ 200kms de ripio désert.

3/ Rejoindre Villa Cera Castillo et retrouner à Coyhaique en bus.

J'opte pour la troisième solution. C'est comme ça que, le lendemain, plutôt que de monter admirer la montagne Cerro Castillo, je prends le bus de 7h pour Coyhaique.

Au final, tout se passera bien. Le minibus, qui ne transporte que des gens du pays (c'est bien marrant d'ailleurs) me déposera à 8h30 à Coyhaique. La bicicleteria ouvrira à 9h et, à 11h30, j'aurai une nouvelle roue. En attendant, j'irai dire bonjour à Christian et Jennie, les deux Allemands du camping de Coyhaique, puis je rentrerai en stop. J'espère que la roue tiendra un moment. Je n'aime pas lorsque Espéranto à un gros bobo.

 

 

Problème bateau (écrit le 17/11/2010

Le Chili est un pays tout en longueur. Lorsque vous regardez les prévisions météorologiques à la télévision, il est impossible d'avoir la carte de tout le pays sur le même écran (véridique)! Si l'on exclut la région de Punta Arenas et du parc national de Torres Del Paine (j'aurai l'occasion de vous en reparler de celui-là), le pays se termine à Villa O'Higgins, terme de la carreterra australe.

Pour rejoindre l'Argentine depuis Villa O'Higgins il y a deux solutions. La première consiste à faire 250kms vers le nord pour rallier Cochrane et attraper une route qui mène à un col frontalier. La seconde consiste à prendre un premier bateau, puis une piste forestière et enfin un petit sentier pour déboucher dans la vallée de El Chalten. Cette seconde solution (beaucoup plus courte que la première) est réservée uniquement aux piétons et aux cyclistes. Même les motos ne peuvent pas passer par le cheminement.

Ce sont d'ailleurs ces 7kms de portage (oui, parce qu'il paraît que sur cette portion de chemin les rôles s'inversent et ce sont les cyclistes qui doivent porter leur monture) qui m'inquiétaient le plus pour ce qui est du tronçon de la carreterra australe. J'ai pourtant l'impression que ce sera une des parties les plus simples. Non pas parce que ça roulera bien et que ce sera facile. Mais parce que, sur cette portion, les choses ne dépendront que de moi, ce qui n'est pas le cas pour le bateau.

Sur le blog d'un Français qui a fait la carreterra australe en décembre 2005, il explique qu'il a pris le bateau pour Villa O'Higgins (oui, parce que, lui, il est remonté vers le nord par la route de Pinochet, ce n'est pas trop important de le savoir pour comprendre la suite, mais je vous le dis quand même) un mardi et qu'il y a deux bateaux par semaine: un le mardi et un le samedi.

Je n'ai trouvé nulle part les horaires des bateaux appareillant de Villa O'Higgins et on m'a dit que je pourrai trouver cette information à l'office du tourisme de Coyhaique. Je me suis donc arrangé pour arriver à Coyhaique un mardi en début d'après-midi, histoire d'avoir le temps d'aller à la pêche aux renseignements. Le problème, c'est que la pêche aux renseignements, c'est comme la pêche à la mouche (très pratiquée dans la région), il y a des jours où tout va bien (météo, matos, poissons... tout est là) puis il y a des jours où c'est la loose (pluie, vent, rien ne mord...). Lors de mon passage à l'office du tourisme, ça été un peu la loose.

J'arrive, le gars ne parle pas Anglais et baraguine un Espagnol incompréhensible. Je lui demande un camping sur Coyhaique, il me sort la carte de toute la carreterra australe et me fait le listing de tous les campings. Je lui demande la météo,il n'en a aucun idée. Je le questionne sur les horaires des bateaux, il me répond qu'il y en a un le 20/11 et un le 4/12, mais rien entre les deux. Puis il ajoute que le prix est de $60000 (90euros, gloups!). Impossible d'attraper celui du 20/11 (600 kilomètres de ripio en 3 jours, faut pas rêver). Attendre celui du 4/12, c'est trop long. Je me dis qu'il faut que je trouve une alternative et je prends un jour pour analyser la situation.

C'est comme ça que je me retrouve, le soir même, dans un camping (enfin, un bout de jardin où la personne tolère qu'on vienne camper contre rémunération) en compagnie de trois cyclos: Wim le Belge et Jennie et Christian les Allemands. Eux aussi font route vers le sud avec pour ambition de prendre le bateau à Villa O'Higgins. Je leur fais part de mon petit entretien chez les spécialistes du tourisme, ce qui a pour effet de les mettre à plat (comme les pneus quand on roule sur des épines). On décide alors d'attendre le lendemain pour mener notre petite enquête sur le sujet et, histoire d'oublier un peu nos malheurs, on se fait une petite soirée sympa: pâtes, fromage, cacahuètes, pain maison (fait par Jennie et Christian), chocolat et vin rouge tout en se racontant nos aventures passées (les sites des trois zozos sont en lien, comme d'hab).

Avec tout ça, le lendemain on ne se lève pas trop tôt. On déjeune jusqu'à 11h (je vous ai déjà dit que lorsqu'un cycliste ne pédale pas, il mange!). Puis on se décide enfin à partir à la recherche d'un réseau wi-fi à craquer. Ça, c'est une opération pas facile du tout. Mais avec un peu de persévérance, on parvient toujours à ses fins. Après un peu de temps, on réussit à se connecter avec le wi-fi de la famille Camatt (merci à eux pour leur collaboration involontaire). Sur le net, on consulte les sites www.villaohiggings.com et www.hielosur.com, et qu'est-ce qu'on ne trouve pas?!? qu'il y a un bateau tous les samedis. Simplement, des fois c'est une visite touristique et des fois c'est une simple traversée. Les dates que m'ont donné les experts des renseignements touristiques correspondent aux excursions. Mais nous, les quatre cyclos, on s'en contrefiche un peu, on veut juste traverser. Vous vous doutez que cette trouvaille nous réjouit. Et pour fêter ça, on se fait une petite virée par le supermarché du coin et on file au camping se faire un petit gueuleton.

Enfin, il faudra tout de même confirmer l'information internet parce qu'il paraît que, dans le coin, les horaires sont aussi respectés que les feux rouges à Marseille! Mais si tout se passe comme prévu, on pourra dire que l'on est passé d'un problème de bateau à un problème bateau!

 

 

Le chien de Puyuhuapi (écrit le 15/11/2010)

Je vous ai déjà parlé des chiens. Je vous ai raconté ceux qui sont enfermés, ceux qui sont attachés et ceux qui me courent après. Ce qu'il faut savoir, c'est qu'un chien ne va vous poursuivre qu'à l'intérieur de son territoire. Dès que vous êtes sortis de sa zone, c'est bon. Le problème c'est que les frontières chiens ne sont pas marquées physiquement. Brutus ne plante pas un drapeau au-dessus de sa niche et Rex ne met pas une douane à la sortie de son territoire. Un territoire chien ça ne se voit pas, ça se sent.

«Perdon, es possible de habere agua por favor?». Torrents, rivières, cascades... ça ruisselle de partout le long de la carreterra australe, mais ce n'est pas toujours facile de remplir son bidon. Du coup, je demande à un monsieur de Puyuhuapi si je peux faire le plein chez lui. Il accepte. Je met Espéranto sur sa béquille, je prends mes bidons et je m'avance vers le robinet extérieur.

Premier bidon, une maman passe avec son landau. Deuxième bidon, un vieux jette un regard à Espéranto. Troisième bid... What the hell!!! Un chien est en train de lever la patte sur ma sacoche avant gauche!! Des choses, j'en ai vues, des vertes et des pas mûres. Mais ça, jamais! Pssssshhhhhiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiit, va-t-en sale bête. Je peste. En Français, en Anglais, en Espagnol, en Allemand... Tous les gros mots que je connais y passent! Alors voilà, sous prétexte que mon vélo est garé sur le territoire de Môssieur le Chien, alors Môssieur le Chien estime que ce vélo fait parti de son territoire et Môssieur le Chien le fait comprendre à tout le monde en venant uriner sur ma sacoche!! Mais ce que Môssieur le Chien n'a pas compris, c'est que le vélo ne va pas rester à vie!

Je reviens donc vers Espéranto, je remets mes bidons en place et je repars, trainant avec moi une odeur pas très agréable. Le soir, je décide de laisser la sacoche dehors histoire de ne pas embaumer toute la tente (et toutes mes affaires).

Au fil des jours, l'odeur a disparu. Pour moi, parce que je pense que les chiens que je croise doivent sentir qu'un de leurs compères est venu lever la patte sur cette sacoche.

Rémi Lafrenière (le cousin Québécois) veut entrer dans le Guiness book en parcourant la plus grande distance à vélo en une année. Je suis sûr qu'il y a dans ce bouquin de records le territoire le plus grand (la Russie, non?). Mais je ne vais pas tarder à prendre contact avec l'éditeur du Guiness parce que, mine de rien, à chaque coup de pédale, je propage un peu plus l'odeur d'urine de ce Môssieur le Chien et, très bientôt, le plus grand territoire sera celui du chien de Puyuhuapi.

 

 

Le pays des merveilles (écrit le 13/11/2010)

Un coup de pédale, deux coups de pédales, hop là, on évite le caillou, trois coup de pédale, on contourne le nid de poule, quatre coup de pédale, petit coup d'œil au magnifique paysage... Et on termine dans un banc de sable. Arrêt net. On descend de vélo, on se remet dans la bonne trace et on repart. Un coup de pédale, deux coup de pédale, trois coup de pédale, une grosse flaque. On freine et on passe au ralenti. Un coup de pédale, deux coups de pédale, ça monte, on change de vitesse, ça patine, on essaie de garder l'équilibre, ça patine encore, on n'avance plus. On descend du vélo et on pousse jusqu'au sommet. Là, on se remet en selle et on amorce la descente. Ça secoue comme il faut et il faut freiner fort, très fort. Les patins s'usent, ça grince. Virage à droite, ça dérape un peu, beaucoup, ça continue, on sort de la route. On déclipse, on s'arrête et on se remet sur la route. Puis on repart... Ça se passe comme ça sur la carreterra australe, ça se passe comme ça sur le ripio.

Le ripio, c'est une piste faite d'un mélange cailloux/granulats/sable dont j'ai fait la connaissance en quittant Trevelin pour rejoindre la frontière chilienne. Dans la plate pampa, je ne roulais pas très vite et c'était ennuyant. Sur le ripio, ça n'avance pas vite non plus, mais je m'amuse comme un petit fou. C'est un peu technique dans ce sens que ça patine dans les montées et ça dérape dans les descentes. Sur le plat, il faut choisir la bonne trace pour ne pas avoir trop de nids de poule et éviter les plus gros cailloux. Il faut aussi faire un peu d'apnée lorsque l'on croise un véhicule à cause du nuage de poussière qui est soulevé. Puis, à la fin de la journée, on est bon pour un petit bain dans l'eau glacée de la rivière histoire de se dépoussiérer un peu.

Ceci dit, ça fait plaisir de retrouver un peu d'asphalte pour pouvoir s'asseoir un peu sur la selle et reposer les bras et les épaules qui sont très sollicités par les vibrations. De l'asphalte, il y en a de plus en plus en Amérique du Sud. Brésil, Argentine, Chili... Ça asphalte de partout et la carreterra australe n'échappe pas à la règle. Sur les 1000kms de la route initiée par Pinochet, environ 200 ont été enrobés et régulièrement je vois des géomètres qui sont à l'œuvre.

Même si le ripio n'est pas ce que l'on fait de plus reposant et de plus facile, je trouve que c'est dommage que la carreterra australe soit asphaltée. Avec le goudron viendront de nouveaux habitants, des voitures (je ne croise pas plus de 30 véhicules par jour), des touristes (déjà qu'il y en a pas mal, je trouve) et le lieu perdra son caractère sauvage et réservé qui le rend si beau.

Lorsque j'étais dans la plane pampa, je pestais contre le vent de face qui m'empêchait d'avancer. Sur la carreterra australe, c'est le ripio qui me ralentit. Mais je l'accepte. La carreterra est difficile, mais elle récompense ceux qui osent s'y aventurer. Lacs, rivières, cascades, lagunes, sommets enneigés, verts pâturages, fjords... Chaque virage est une surprise plus belle que la précédente. Ces paysages ne se regardent pas, ils se contemplent. Alors entre deux coups de pédales à slalomer entre les cailloux et les nids de poule, je prends le temps de m'arrêter quelques minutes, les yeux grands ouverts et la bouche bée. La carreterra australe, c'est un petit peu le pays des merveilles.

 

 

Renaissance (écrit le 13/11/2010)

J'ai longtemps hésité à prendre ce foutu bus entre Gaiman et Esquel. Une fois mon billet en poche, j'ai presque regretté mon choix, me disant que j'aurais dû continuer vers Ushuaïa. Puis le bus est arrivé, je suis monté, Espéranto aussi.

C'était un grand car à deux niveaux et j'étais à l'étage. J'ai cherché ma place, il y avait un petit gamin qui dormait. Je me suis donc installé de l'autre côté de l'allée. J'ai salué mon voisin de siège, mais je n'ai pas eu de réponse en retour. Puis le bus est parti et le chauffeur a éteint les lumières. La route était toute droite, avec des touffes d'herbes à perte de vue de chaque côté et le ciel était couvert d'étoiles. Rapidement je me suis assoupi et je ne me suis réveillé que vers 5h, une demi-heure à peine avant d'arriver à Esquel.

En général, le réveil n'est pas quelque chose de très plaisant et on resterait volontiers couché. Mais ce jour là, mon réveil a été magique. Je m'étais endormi sur cette vue semi désertique et plate. Je me suis réveillé avec en face de moi des sommets enneigés et des champs pentus. En descendant du car, j'ai été accueilli par un air vif et piquant. Rapidement, j'ai descendu Espéranto de la soute, je l'ai chargé et nous sommes partis en direction du col de Futaleufu sur la frontière Argentino-chilienne.

Une petite route peu fréquentée, des virages, des côtes et des descentes, des champs verts, des gauchos sur leurs chevaux... Certes il ne faisait pas chaud et le froid passait au travers de mes gants, mon bonnet, mes collants et ma veste. Mais, après plus de 1500kms de pampa, quel bonheur de pédaler dans un tel environnement! Quel plaisir d'avoir enfin quelque chose à observer!

Une nuit dans le bus n'est pas ce que l'on fait de plus reposant et j'avais prévu une étape courte pour ce lendemain de transfert. Pourtant j'ai avalé un peu plus de 120kms ce jour là, dont 50 de piste, avec beaucoup de facilité. Après 1500kms d'agonie en Patagonie argentine, c'était la renaissance en Patagonie chilienne.

 

 

Coup de bus (écrit le 12/11/2010)

Voilà, c'est décidé, le plat, le vent, les lignes droites et les touffes d'herbe, c'est terminé. Je change d'itinéraire. La décision n'a pas été facile à prendre. J'aime faire les choses comme je les ai programmées. Changer mes projets n'est pas dans mes habitudes. Ça me demande un gros effort. Mais cette fois, j'en ai plus que marre, je quitte la «ruta 3» où il n'y a rien à voir et je prends la direction de la montagne. Les copains qui étaient partis en échange en Argentine m'avaient prévenu: la pampa, c'est tout plat et il n'y a rien à voir. Tous les Argentins que j'ai croisés depuis mon départ de Buenos Aires m'ont répété la même chose: le sud de l'Argentine est extrêmement venté et désertique. Rémi, le cousin pédaleur québécois m'en avait rajouté une couche: au sud de Puerto Madryn, il y a un vent d'enfer et c'est moche au possible. Sur la route de Trelew, j'ai croisé un couple de Canadiens qui m'ont dit que depuis Rio Gallegos, c'est trois jours de voiture tout droit avec rien à voir... Je ne suis pas facile à convaincre, donc je suis allé jusqu'à Trelew. Là j'ai décidé de ne pas aller plus loin et j'ai pris à droite, direction Esquel et la Cordillère des Andes. Sur la route, je suis passé à Gaiman, charmante petite bourgade à une vingtaine de kilomètres à l'ouest de Trelew). Là, j'ai pris le temps de m'asseoir sur un banc pour réfléchir un peu. Je veux aller à Ushuaïa, à vélo. Mais je veux voir de la montagne et plus du plat. Donc je vais descendre par la carreterra australe, à l'ouest! Puis on verra bien comment je remonte (mais j'ai déjà ma petite idée là dessus:-) Lorsque vous êtes à Ushuaïa, passer de l'est à ouest est très simple: il vous suffit de vous balancer d'un pied sur l'autre! Au niveau de Trelew, traverser le pays représente 600kms. Lors de mon séjour à Buenos Aires, j'ai fait le recompte de mes kilomètres sud américains et il m'est apparu que j'avais beaucoup plus de chemin à faire que prévu. Or, si je veux pouvoir aller crapahuter un peu dans des coins plus beau que beau et que je veux être à Lima le 26 février (parce que c'est à cette date que j'ai mon vol pour Los Angeles et que ça je ne peux pas y toucher parce que sinon mon porte monnaie va avoir très très mal), il va falloir que je fasse quelques transferts en car. Je n'aime pas ça du tout, mais quand il le faut, il le faut. Donc Gaiman – Esquel sera le premier. Évidemment, ça aurait était plus économique en camion. Puis ça aurait fait plus «routard». D'autant plus qu'il est, paraît-il, très facile de faire du stop en Argentine. Et Espéranto va encore se voir refuser l'accès au car, je suis sûr. Mais je refuse catégoriquement de monter avec un camionneur. Je préfère payer 100 pesos (soit 18 euros)! Pour ce prix là, j'ai un vrai siège (presque lit, paraît-il), dans un vrai bus, sans fumée de cigarette et sans chauffeur alcoolique. Puis, qui sait, peut-être que je vais rencontrer d'autres voyageurs dans le bus. C'est plutôt que le voyage se fait de nuit. Départ 21h45, arrivée 6h30. Pas terrible pour discuter. En attendant que ce soit l'heure, j'étudie les cartes, je tape au clavier et je mange. Manger, c'est ce que fait le cycliste lorsqu'il ne pédale pas. Avant même de dormir! Dans mon cas, il faut vraiment que je mange, parce que, comme j'avais prévu une autonomie de cinq jours, j'ai des provisions en pagaille. Or, si tout va bien, dans deux jours je passe la frontière chilienne et là, d'après les échos que j'ai eus, c'est pire que le contrôle fitoécolosanitariojenesaisquoi des argentins. Donc pour ne pas me faire confisquer mes saucissons, mes pommes, mes oranges, mes carottes et tout le reste, je mange. J'espère que je n'aurai pas mal au ventre durant le voyage. Parce que si le coup de bus est suivi d'un coup de pompe, ce ne sera pas un coup de pouce et je risque d'avoir un coup de blues!

 

 

Que sera mon troisième? (écrit le 11/11/2010)

9 novembre, il est 12h23 et j'en chie grave (pardonnez moi l'expression, mais il n'y a pas d'autre façon de parler pour exprimer ce que je ressens à ce moment là) dans les lignes droites extrêmement ventées et pentues situées au sud de Sierra Grande. Je me suis donné comme objectif de rejoindre le poste de police situé à 40kms de Sierra Grande (mais qui se révélera être en fait à 52kms, pas chouette). Je ne regarde loin devant que très rarement. Vu l'allure à laquelle je roule, connaître les 4m devant moi me suffit. Enfin, de temps en temps, je regarde tout de même où j'en suis et ça, ça demande beaucoup de courage! C'est alors que je jetais un œil au devant que j'ai vu une tâche au loin sur la voie de gauche. Un camion, c'est sûr. Je commence à pester. Mais la tâche se rapproche moins vite qu'un poids lourds. Elle est moins grosse aussi. Puis elle se tient sur la gauche de la chaussée. La forme se précise enfin: c'est un vélo!! J'ai du mal à en croire mes yeux. Après trois mois et demi de vadrouille, c'est le premier cyclo que je rencontre!

Il est en descente, avec vent de dos. C'est lui qui traverse et vient de mon côté. C'est un petit rouquin aux yeux bleus avec une barbe de bûcheron, qui me fait un grand sourire accompagné d'un «hola». Je lui réponds en Espagnol. Puis, voyant mon écusson, il me dit «Lyon? Français?». A son accent, je sais déjà d'où il vient. «Je m'appelle Rémi, je suis Québécois!». Un cyclo, donc un copain... Et un Québécois, donc un cousin, génial!

On reste plus d'une heure à discuter au bord de la route. Il arrive tout droit du Québec, après avoir traversé toute l'Amérique du Nord, l'Amérique Centrale et l'Amérique du Sud. Il pédale pour battre le record du monde du plus grand nombre de kilomètres parcourus en une année (je vous mets son site en lien dans l'onglet liens, je sais, c'est pas très original). Pour faire simple: il est pas là pour rigoler! Ceci dit, il n'est pas aux pièces et il prend le temps de me donner des filons pour la suite de la route. Je lui explique le coup du contrôle sanitaire et la forêt vierge brésilienne. On parle de la météo, du vent, des camionneurs chtarbés, des Péruviens «niaiseux» de la côte et on se marre bien. Puis, comme il commence à pas faire chaud, il remet son «chandail», me demande si je suis «correc» en eau et me dit de faire attention aux «trucks». Puis on se souhaite bonne route et on repart, chacun de notre côté. Un très bon moment, qui m'a redonné la pêche pour la fin de journée car je commençais vraiment à accusé le coup.

Si j'ai dû attendre plus de 8000kms pour rencontrer mon premier cyclo, je n'ai attendu que 150kms pour voir le second! Aujourd'hui, dans une station service. J'arrive et qu'est-ce que je ne vois pas??? Un vélo avec des sacoches. Je me poste à côté. Personne ne vient. Je rentre dans la boutique. Un gars avec un barbe de quelques semaines me sourit «hola, qué tal?». Ça commence toujours comme ça ici. On débute toujours par l'Espagnol. Ensuite on voit. - «De donde vienes?». - «De Francia. Y tu?». - «Moi je suis Belge»... Alors on enchaîne en Français (ouais, parce que deux francophones qui parlent dans une langue étrangère qu'ils ne maîtrisent pas, ça n'arrive que dans les salles de classe un truc pareil!». Et c'est parti pour du papotage: 'où tu viens, depuis combien de temps, par où, pour aller où, comment, et les routes, et la météo, et les gens, les nuits... En un mot, c'est bien cool et ça fait super plaisir de parler un peu.

Les paris sont donc maintenant ouverts. Mon premier était un cousin. Mon second est un voisin. Que sera mon troisième??

 

 

Dites «agonie» et non «Patagonie» (écrit le 9/11/2010)

Buenos Aires – Puerto Madryn: 11 jours et 1385kms de souffrance à se battre chaque jour contre un vent de face d'enfer, sur des routes toutes droites et toutes plates avec à pertes de vue des petits buissons de 70 à 80cm de haut. L'enfer. Pour tenir le coup sur de grandes distances, il faut se donner des objectifs à courts termes. Lorsque j'étais au Brésil, sous la pluie, je pédalais par tranche de deux heures, soit 25kms. En Patagonie, entre le plat, les lignes droites et le vent, il m'arrive de fonctionner au kilomètre. Kilomètre 4209: «Allez Benoît, courage, au kilomètre 4210 tu fais une pause». Puis au kilomètre 4210 «Allez, allez, on ne se laisse pas abattre. On essaie d'atteindre le 4211 pour boire à nouveau»... Et ça peut être comme ça pendant des heures. A 7kms/h, un kilomètre, c'est long!

En plus de ça, les camions ont fait leur grand retour. Je les avais un peu oublié lors de ma traversée uruguayenne, mais dès ma sortie de Buenos Aires, j'ai compris qu'ils allaient à nouveau me casser les pieds. Entre nous, les relations sont toujours aussi passionnées: ils me klaxonnent, je leur fais signe de ralentir; ils me font des appels de phares, je leur fais signe de s'écarter; ils m'insultent, je leur réponds; ils m'envoient dans le bas-côté, je les insulte de plus belle en leur faisant signe de dégager... Bref, que du bonheur!

Mais je dois être honnête avec vous: il y a des fois où la route monte un peu et il y a bien quelques virages de temps en temps. Le problème, c'est qu'avec le vent, un faux plat devient un col hors catégorie et une descente ressemble à s'y méprendre à un faux plat montant. Pour les jambes, cela ne change pas grand chose que ce soit une côte ou un plat venté. C'est mentalement qu'il est difficile d'accepter de pédaler à 7 ou 8 kms/h. Pour les virages, je n'ai toujours pas compris pourquoi ils sont là. Vu que c'est tout plat et qu'il y a aucun obstacle, pourquoi n'ont-ils pas tracé une ligne droite tout simplement?? Peut-être est-ce parce que, lorsque les gars sont venus pour mettre l'enrobé, il a fallu éviter les vaches de Pedro, le fil à linge de Flaviola et les poulets de Paco...

Je vous sens sceptiques. Vous êtes en train de vous dire «s'il en bave autant tous les jours et qu'il n'y a rien à voir, qu'est-ce qu'il fabrique là bas??». Écoutez, cette question est tout à fait légitime et je vous avouerai que je me la pause tous les jours lorsque je suis en train de lutter sur mon petit vélo. C'est vrai que pédaler par un vent pareil, au milieu de paysages semi désertiques et sous les klaxonnes de camions n'a rien de paradisiaque. Mais je suis un peu têtu et entêté. J'ai décidé que j'irai à Ushuaïa à vélo, donc je vais à Ushuaïa en vélo... Enfin, j'essaie. Mais je pense de plus en plus à prendre un itinéraire Bis. C'est que c'est pas tout, mais une fois à Ushuaïa, il faudra remonter, alors, je dois en garder sous la pédale, comme on dit!

Pour le moment j'encaisse le plat, le vent, les lignes droites et les camions. Jusqu'à quand, je ne sais pas, on verra bien. Mais que de souffrances en Patagonie. Dorénavant, dites seulement «agonie» et non «Patagonie»!

 

 

Contrôle sanitaire (écrit le 5/11/2010)

Le contrôle sanitaire, c'est un truc que je fais assez régulièrement est qui consiste, primo, à bien s'observer pour s'assurer que l'on n'est pas en train d'héberger de parasites style tiques ou autres, deuxio, à se laver, même sommairement les parties génitales et les fesses, parce que toute la journée dans le cuissard, c'est pas terrible en termes d'aération. Le contrôle sanitaire, c'est aussi le rituel auquel doivent se soumettre les poids lourds transportant du bétail lors d'un passage à la frontière.

Des frontières, j'en ai déjà passées pas mal et tout s'est toujours bien déroulé. La dernière en date est celle entre l'Uruguay et l'Argentine. Je me suis à peine rendu compte que je passais une frontière. Le tampon d'entrée argentin a été fait à Colonia Del Sacramento, en Uruguay, et lorsque je suis descendu du bateau, je suis passé devant trois ou quatre types avec des chasubles «douanes» qui étaient en train de se boire un petit maté et qui m'ont fait signe de passer. Buenissimo! Pourtant, j'avais dans mes sacoches deux oranges qui me restaient d'Uruguay et il est marqué que l'on ne peut pas faire entrer de fruits dans le pays, donc je stressais un peu. Mais si les douaniers de la frontière sont cool, ceux du pays le sont moins.

Ahhhh, vous non plus vous ne saviez pas qu'il y avait des douanes internes? Bien c'est tout nouveau, ça vient de sortir et c'est déjà aux portes de la pampa. Je vous explique. En prévision de quelques 400kms de pampa déserte (vous aurez remarqué dans mes derniers articles que ça devient de moins en moins peuplé dans le coin), je suis allé faire les courses et pas qu'un peu. En sortant du magasin, j'avais tellement de choses que j'ai eu du mal à tout faire tenir sur le vélo. Donc ce matin, je range tout bien comme il faut histoire que ça prennent moins de place et je m'élance. Vent de face, froid et nuages, pas top. Puis j'arrive devant un espèce de péage avec une file pour les camions et une file pour les voitures. Je m'enquille derrière la dernière voiture et on me fait immédiatement signe de passer sur le côté, j'allais dire «comme d'hab». Avec le vélo on ne fait pas la queue et on ne paie pas au péage. Sauf que là ce n'était pas un péage, c'était un contrôle sanitaire et ça, apparemment, c'est pour tout le monde, même pour les vélos.

Le gars à qui j'ai affaire commence par me demander d'où je viens. Je réponds, tout fier, que j'arrive de France. Et le type de me demander - «Oui, mais là, tout de suite, vous arrivez d'Argentine?». - «Ben oui, pourquoi, c'est déjà la frontière chilienne?». - «Non, c'est l'entrée de la Patagonie, espace protégé et vous ne pouvez pas faire entrer tous ces produits» et il me tend une liste d'une cinquantaine de termes dont je ne comprends que quelques uns. - «Avez-vous des fruits?». Ça, pour le coup, j'en ai et pas qu'un peu, une dizaine d'oranges et une douzaine de pommes. Le gars me montre sur la liste que c'est interdit et me fait comprendre que je dois les lui donner. Je refuse et je lui explique que je suis à vélo, que j'ai besoin de manger des fruits, que je vais dans une zone où il n'y a pas de magasin, que ces fruits représentent des pesos et que je ne veux pas les abandonner. «Alors vous ne pouvez pas passer». «Ah ben ça c'est la meilleure! Pour rentrer dans le pays, pas de problèmes, mais après, à l'intérieur du pays, c'est interdit de se promener avec des pommes et des oranges! L'Argentine n'est pas un état, c'est une addition d'états, oui!» Ça, ça ne lui a pas plus au Monsieur et il m'a dit d'accélérer le mouvement parce qu'il devait retourner contrôler les voitures.

Les oranges, c'est bon, mais en s'en fout plein les doigts. Donc je les réserve pour le soir et le matin, lorsque je suis bien installé, avec de l'eau. Du coup, le sac d'oranges se trouvait tout au fond de ma sacoche et il a fallu que je déballe tout, ce qui m'a encore plus énervé. J'ai donc ouvert ma sacoche et j'ai commencé à tout sortir. Vous voyez De Funes dans la grande vadrouille? Lorsqu'il ouvre tous ses placards pour montrer à l'officier nazi que le parachutiste anglais n'est pas là? Hé bien c'était à peu près ça: «le pain? C'est autorisé? Bien. Les gâteaux? Aussi? Parfait. Le fromage? Pas de problème. Muy bien. Les M&Ms? Vous n'avez rien contre? Moi non plus. Les cacahuètes? Elles ne figurent pas sur votre liste? Il ne manquerait plus que ça! Le choriz... Ah non, ça, c'est sûr, c'est pas possible. Les carottes? C'est possible? OK. Les sachets de thé et de verveine? Oui. Bon. Le dulce de leche. Il ne vous arien fait? Encore heureux, parce que c'est argentin ce truc encore... Tenez, les voilà vos oranges. Allez vous faire un jus, elles sont excellentes. Pour les pommes, j'en garde deux que je mange tout de suite». Et le gars est parti ravi comme tout avec mes manzanas et mes najanras. Moi je suis resté là, le temps de manger mes deux pommes puis je suis reparti (plus léger!). Mais au moment de partir «Hep, senor, les trognons?». Ah non, parce que le mec fait bien son travail. Une fois que l'on a fini, il faut lui ramener les pelures et les trognons. Malheureusement pour lui, lorsque je mange une pomme, il ne reste que la queue et je l'avais déjà jetée par terre. Je lui ai fait signe que j'avais tout mangé et il m'a fait signe que je pouvais partir.

On rigole pas avec le contrôle sanitaire (et surtout avec le contrôleur sanitaire)!

 

 

Journée rencontre (écrit le 2/11/2010)

Sur ma carte, ou plutôt devrais-je dire, sur mon plan, il n'y a pas de villages entre Azul et Bahia Blanca, soit sur une distance d'environ 400kms. Qui dit longue distance sans ravitaillement possible, dit passage par la case «supermercado»! Donc premier objectif en arrivant à Azul: trouver le supermarché. Sur ce coup là, je suis chanceux, il est grand juste comme il faut, c'est à dire assez pour que les prix soient raisonnable, mais pas trop pour qu'on me laisse rentrer Espéranto à côté du vigile. Perfecto, je vais pouvoir faire tout ce que je dois faire «rapido».

Je fais donc mes emplettes, je charge le vélo, je m'enfile mon kilo de yaourt... Ah oui, c'est quelque chose dont je ne vous ai pas encore parlé, enfin je crois. Pas de lait ni de yaourts sur le vélo, impossible à conserver pendant plusieurs jours. Mes apports en calcium sont donc assez pauvres. Pour compenser la chose, je m'offre un kilo de yaourt à chaque fois que je vais faire les courses. C'est pas cher (moins d'un euro) et c'est vachement bon! Et je suis prêt à décoller. C'est là qu'intervient Pablo. Pablo, il a la trentaine et ça fait sept ans qu'il travaille dans le supermarché d'où je sors. Il a fini sa journée et comme il a vu le vélo, il est venu me parler. On discute un moment, surtout que sa femme a des amis Lyonnais, alors vous pensez bien qu'on a des choses à se raconter! Bref, je finis tout de même par partir. Mais à peine suis-je sur la route qu'une voiture de police me double (n'importe comment, soit dit en passant) et me fait signe de m'arrêter sur le bas-côté: «Bonjour Monsieur, police nationale, contrôle des papiers du véhicule». Non, c'est pas vrai. Le gars me dit que je suis sur la chaussée (non, sans blague??) et qu'il y a d'autres véhicules (pas croyable!) et qu'il faut que je fasse attention... Attention?? Qui?? Moi?? Mais ce sont plutôt les camions qui devraient faire attention! Lorsque je lui dis ça, je fais attention (là, pour le coup, c'est vrai!) à ne pas trop m'emporter, parce que si le flic est un collègue des camionneurs, c'est pas bon pour moi). Mais il me répond que les camionneurs sont des fous et que c'est pour ça que je dois faire attention. Dans ce cas, on s'entend. Je repars une nouvelle fois, pour me retrouver sur une espèce d'autoroute avec des vélos de partout et rapidement, je me retrouve à rouler avec Pedro.

Pedro, il a 56 ans et il est capable de rouler 200kms en 2h. Je le crois sur parole, je n'ai pas vérifié! Ce qui est sûr, c'est que les 20kms qu'on a roulés ensemble, on n'a pas fait semblant et j'étais bien content lorsque deux de ses copains nous ont rattrapés («repris», comme on dit dans le jargon cycliste) et qu'il m'a laissé. Mais c'était quand même bien sympa de rouler avec lui et de l'entendre pester contre le vent de face, contre les camions qui doublent à 10cm, contre les automobilistes qui roulent comme des fous, contre les chiens qui veulent vous croquez les fesses et tout et tout.

Depuis que je suis parti, ce n'est pas la première fois que je prends l'autoroute, mais c'est la première fois que je vois autant de vélos, parole de Benoît! Alors, évidemment, ce ne sont pas des voyageurs, ce sont des «pros»: cuissards bariolés, vélos de course et mollets épilés. Au milieu de tout ça, je fais un peu tâche, surtout lorsque je m'arrête au péage pour prendre de l'eau: «Hola Amigo, a donde bas?». - «A Ushuaïa». - «A Ushuaïa?? Ho! Les gars, y'a un gringo là qui veut aller à Ushuaïa!! Pero de donde vienes con la bicicleta?». - «De Francia». - «De Francia, con la bicicleta?? Loco!». A partir de là j'ai droit à un interrogatoire serré diétético nutritionnel: combien de calories je mange par jour (aucune idée), quelle est la marque de mes gels énergétiques (je n'en prends pas), quelle sorte de viande je mange (je n'en mange pas), tous les combien je m'alimente (ça dépend du vent)... Puis il y en a un qui me demande les pays que j'ai traversés. J'énumère puis j'explique que, pour passer du Sénégal au Brésil, j'ai pris l'avion «Ahhhhhhhhhhhhhhhhhhh, voilà! Tu es venu en avion, pas à vélo! De toute façon, sans gel énergétique, je ne pense pas que ce soit possible de faire du vélo. Et sinon est-ce que...» Je ne saurais jamais la suite de la question parce que le type s'est rendu compte que ses copains étaient en train de partir et il a donc fini son gel en catastrophe pour sauter sur son vélo.

Enfin, voilà, je passe des journées entières sans parler à personne et puis là, en quelques heures, j'ai rencontré tout plein de gens. C'était une journée rencontre!

 

 

Deuxième printemps (écrit le 31/10/2010)

Nous sommes fin octobre, bientôt début novembre, ce qui veut dire qu'en France et dans tout l'hémisphère nord l'automne bat son plein. Les feuilles doivent commencer à tomber, de même que les températures. Dans les foyers le chauffage va reprendre du service et la soupe va venir remplir les assiettes. Les tee-shirts et les shorts vont retourner aux placards pour être remplacés par les pulls et les cols roulés. Les jours deviennent de plus en plus courts... Bref, c'est l'automne et bientôt l'hiver.

En Argentine et dans l'hémisphère sud en général, c'est tout l'inverse: c'est le printemps. Les jours rallongent de jour en jour. Les bourgeons éclosent, donnant naissance à des feuilles d'un vert vif magnifique. Les gens ressortent leurs habits courts. Les fraises vont bientôt venir envahir les étalages et les élèves sentent approcher les grandes vacances... C'est le printemps et bientôt l'été.

Pour moi, le printemps est une saison nouvelle. Entre Marseille et Dakar, j'ai vécu en été. Durant mon parcours brésilien, avec la pluie et le froid, on aurait plutôt dit l'hiver. Depuis l'Uruguay, c'est le printemps. En termes de climat et de températures, c'est l'idéal.: le soleil est très chaud, mais le fond de l'air est frais. Le problème du printemps, c'est que c'est l'époque où toutes les petites bestioles naissent.

Depuis l'épisode de la guêpe (celle qui m'a piqué sur la lèvre dans une descente en Espagne, vous ne vous en souvenez pas?), je ferme la bouche dans les descentes, ce qui n'est pas une grosse contrainte étant donné que, normalement, dans une descente, ça avance tout seul. Par contre, lorsque je suis sur du plat, ou dans une montée, j'ai l'habitude de garder la bouche semi ouverte, histoire de pouvoir inspirer (et expirer) le maximum d'air. Malheureusement pour moi, depuis que c'est le printemps, l'air que je respire est rempli de moucherons, mouches et autres engins volants. De fait, en même temps que je respire, je m'alimente! Remarquez, mon régime étant assez pauvre en protéines, on dira que ça me fait un complément alimentaire. Ceci dit, je ne suis pas trop fan de jeunes moucherons et je préfère fermer la bouche et ne respirer que par le nez. Le hic, c'est que les moucherons essaient aussi de rentrer dans mon nez. En fait j'ai l'impression que ce sont des accros de spéléo et ils essaient de rentrer dans tous les trous: bouche, narines, oreilles, yeux... Qui est le rigolo qui à dit «cul»? Et puis d'abord c'est pas possible vu que je suis assis sur la selle!

La solution pour éviter toute intrusion est de rouler en fermant la bouche, les oreilles, le nez, les yeux... Ah non, pas les yeux, c'est trop dangereux! Pour les yeux, je mets des lunettes. Les lunettes, c'est un truc qui marche plutôt bien et régulièrement, j'ai un mini volatile qui vient s'empaler sur mes verres. Ce que je n'arrive pas à comprendre, c'est comment certaines de ces bestioles arrivent à passer entre le verre et mon visage. Les quelques fois où cela arrive, c'est l'arrêt immédiat pour enlever les lunettes sous peine de se retrouver avec un moucheron dans l'œil, ce qui n'est pas des plus agréables.

Enfin, je ne vais pas me plaindre, j'ai la chance d'avoir un deuxième printemps 2010, ça n'arrive tout de même pas tous les ans une histoire pareille!

 

 

¿Pero qué pasa? (écrit le 30/10/2010)

L'Amérique du Sud est le rêve de tous les routards. Le Brésil et l'Uruguay sont des états sud américains et pourtant ils ne sont pas une destination prisée de ceux «qui voyagent à la roots» comme on dit dans le jargon. Je peux vous en dire quelque chose! En cinq semaines passées dans ces deux pays, je n'ai pas croisé un seul voyageur. Par contre, après seulement quelques minutes à Buenos Aires, j'avais déjà rencontré quatre «voyageurs sac à dos», des backpackers, pour ceux qui speak un peu l'English. Le truc qui est marrant dans l'histoire, c'est que c'était des gars (et une fille, je ne vais pas l'oublier) de Lyon et, pour deux d'entre eux, des Insaliens (soit disant en échange et en période de partiels, mais comme c'est vachement dur les études à l'étranger, ils étaient allés faire un petit tour en Uruguay afin de faire prolonger leur visa... Petite magouille que tout le monde fait, je vous expliquerai plus tard si l'occasion se présente. Mais si cela vous empêche de dormir et que vous voulez absolument savoir tout de suite, envoyez moi un mail, je répondrai dès que possible. Parenthèse close).

J'ai débarqué à Buenos Aires, ville morte et pour cause, c'était jour férié. Personne dans les rues, pas de circulation. Ambiance tranquillo, roayl pour le vélo. Je n'ai pas eu de mal à trouver la Avenida Independencia, par contre ça a été un peu difficile de se faire ouvrir, la faute à une sonnette récalcitrante. Ben oui, un jour chaumé, c'est un jour chaumé par tout le monde, même par les sonnettes.

Le lendemain, je me suis lancé à la découverte de la ville. Des voitures, des camions, des gens dans la rue... Ambiance citadine normale... Jusqu'à ce que j'arrive sur l'Avenida de Mayo. Là, des policiers de partout, des banderoles dans tous les sens, des drapeaux argentins à n'en plus pouvoir, des gens qui crient, d'autres qui pleurent, d'autres qui taguent, d'autres qui placardent des affiches sur lesquelles je lis un truc du style «Nestor con el perron, Cristina con je ne sais pas trop quoi». Je ne comprends pas trop ce qui se passe et comme je ne veux pas froisser les gens, je ne demande pas quelle est la raison de ce mouvement. Je me contente tout juste de regarder et de prendre quelques photos. D'ailleurs je ne suis pas le seul à prendre des photos. Il y a même la télé qui est là. Ça doit être un truc important!

Récemment j'ai reçu un mail de ma sœur qui me disait que c'est le gros foutoir (apparemment, il n'y a pas d'autre terme pour qualifier la situation) à Marseille à cause des grèves. En voyant tous ces gens, je me dis que c'est la même chose ici et que Buenos Aires est vraiment une ville de fous. Un jour c'est férié et c'est désert. Le lendemain, il font la grève et c'est le gros boxon... Qu'est-ce qui m'attend le jour suivant?! En rentant à la colloc (oui, parce que je vis dans une colloc de presque 25 personnes, c'est à l'échelle de la ville!) je demande ce qui se passe dans la rue. Et c'est là que j'apprends que l'ancien président, Nestor Kirchner, dont je n'avais jamais entendu parler, est mort la veille. Ahhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhh, c'était donc ça tous ces gens! En bon Français, je pensais que c'était une manif. N'empêche qu'ils devaient vraiment y tenir à leur président les Argentins pour que sa mort les mette dans un état pareil. Très sincèrement, je ne pense pas que le décès de notre très cher Petit Nicolas soulève des mouvements d'une telle ampleur. Enfin, on verra bien...

Si on résume, le 27, férié, personne dans les rues. Le 28, rues barrées pour cause de décès présidentiel. A partir du 29, tout reprend normalement... Et c'est le gros foutoir: des voitures, des camions, des bus, des motos, des vélos, des piétons, des klaxons, des cris, des marteaux piqueurs... Et pas grand chose à voir. Vivement que je reprenne la route!

 

 

La peur du vélo (écrit le 29/10/2010)

Il faut croire que je fais peur aux gens... Ou plutôt, il faut croire qu'Espéranto fait peur aux gens... A moins que ce soit notre association qui soit effrayante. C'est vrai quoi, lorsque je suis tout seul, je peux aborder les gens facilement. Lorsqu'Espéranto est seul, il se fait rapidement entouré de curieux. Mais lorsque nous sommes tous les deux ensemble, alors là, tout le monde nous fuit!

J'ai passé ces deux derniers jours à vadrouiller dans Buenos Aires. Dégoter des cartouches de gaz, un pneu et une aiguille à coudre dans une aussi grande ville relève du jeu de piste lorsque vous ne connaissez pas. Et si le plan dont je dispose fait apparaître le nom des rues, il ne dit rien quant aux emplacements des différents commerces. Du coup, il a fallu que je demande mon chemin plus d'une fois et la chose la plus surprenante est que personne n'a jamais refusé de m'informer.

Je commence à avoir l'habitude d'aller à la pêche aux renseignements. Les cartes dont je dispose pour l'Amérique du Sud ressemblent plus à des plans qu'à autre chose. Pour tout vous dire, j'en ai certaines sur lesquelles il n'y a pas le kilométrage. Les prochains mois vont être sport et il va falloir que je m'informe auprès des gens assez souvent je pense. Mais je commence à m'égarer. Où en étais-je déjà?... Ah oui, que j'ai l'habitude d'accoster les gens lorsque je suis à vélo. J'arrive toujours avec un grand sourire. J'enlève mes lunettes de soleil et je commence par m'excuser de ne pas bien parler Espagnol. Je dois être honnête, dans la majorité des cas, les gens tendent l'oreille et réponde à ma question (pas toujours de façon très claire et juste, mais ils répondent). Mais il y a aussi des cas où la personne me répond «no entiendo». Parfois j'ai même droit au «no entendio» avant d'avoir commencer à parler. Le gars me voit arriver à vélo, bronzé, pas très propre et mal rasé et il sait, avant même que j'ouvre la bouche, qu'il ne va pas comprendre ce que je vais lui dire. Dans ce genre de situation, il me prend des envies d'insultes que j'ai du mal à canaliser.

Cela ne m'est jamais arrivé en Afrique. Là-bas, j'étais propre (en comparaison), blanc, avec un beau vélo... Bref, j'étais un porte-monnaie ambulant et les gens se pressaient pour me renseigner et me demander «Z'avez pas un dirham M'sieur?» ou «Une p'tite cigarette M'sieur?». Mais en Europe, puis au Brésil et en Argentine, c'est tout l'opposé. Je suis à vélo, ce qui veut dire que je n'ai pas d'argent (sinon j'aurais une voiture et je ne me ferais pas suer sur un vélo). Je suis pas très propre, ce qui veut dire que je ne me lave pas. Je n'ai pas de maison, donc je suis un vagabond. J'ai un accent étranger, donc je suis dangereux... Bref, les gens m'évitent et il est parfois difficile d'avoir un renseignement, ou même de se faire prendre en photo! - «Perdone, es possible por usted de tomar una photo de mi por favor?» (ce n'est sûrement pas du bon Espagnol, mais je pense que c'est compréhensible). - «No.». Sympa. Mais ça, c'est lorsque je suis avec Espéranto.

Lorsque je suis avec mon sac à dos, je n'ai aucun problème à me faire indiquer un magasin ou une rue. Pas de difficulté non plus pour me faire prendre en photo. Ça m'est même arrivé, en haut du Pain de Sucre de Rio, qu'une fille me demande de prendre une photo avec moi (je vous jure que c'est pas des blagues)! Je suis certain que j'aurais été avec le vélo, ça ne serait pas arrivé, surtout dans une grande ville touristique comme Rio!

C'est vrai que certaines personnes à vélo sont des vagabonds. Mais il ne me semble pas que j'ai l'air d'un clochard sur mon vélo. Je porte un cuissard et j'utilise des pédales automatiques, non pas des guenilles. J'ai un beau vélo (bon, d'accord, là il faut connaître un peu pour le voir). J'ai six sacoches bien faites, pas des trucs qui dépassent dans tous les sens, qui ballottent à n'en plus pouvoir et qui s'effondrent au moindre trou. Bref, je suis un voyageur à vélo, non pas un délinquant ou un je ne sais pas quoi.

Quelques fois, les gens me demandent d'où je viens, où je vais, depuis quand, comment... Puis viennent les questions du type «As-tu une famille?». Rien que le fait que je réponde positivement semble rassurer les gens. Puis il me demandent si je suis marié ou si j'ai une copine. Là, c'est mauvaise pioche pour moi, puisque la réponse est négative. Puis on me demande si je fais autre chose que du vélo. Avant je disais que j'étais étudiant. Mais je me suis rendu compte que le fait de dire que je suis ingénieur rassure plus les gens... Et les intrigue aussi beaucoup. «Ingeniero???». En gros, le processus est toujours le même. 1/ Les gens sont très méfiants et restent loin de moi. Ils jettent de petits coups d'œil furtifs vers Espéranto, comme pour s'assurer qu'il ne va pas leur sauter dessus. C'est la peur du vélo. 2/ Ils posent des questions sur le voyage et se rendent compte que c'est un véritable projet, non pas un truc à la wannagainbistoofly. Ils se rapprochent et commencent à admirer Espéranto. 3/ Ils m'interrogent sur ma famille et mon travail. A partir de là, la confiance est établie et la peur du vélo disparaît.

 

 

Presque parfait (écrit le 26/10/2010)

Je suis entré en Uruguay le 21 octobre au petit matin. Route quasi déserte, petits villages, vent de dos... Des conditions idéales pour le vélo. Après 92 jours de voyage, c'était la première fois que tout était aussi parfait. J'étais tellement content que je devais m'obliger à faire des pauses. Sans quoi, j'aurais pédalé à fond les ballons jusqu'à n'en plus pouvoir. Si ça se trouve, j'aurais avalé les 600kms d'Uruguay en 2 jours! Malheureusement, les conditions parfaites n'ont pas duré. Rapidement l'enrobé s'est dégradé et, pire que ça, le vent de face s'est levé. Je n'avais jamais vu un changement de temps aussi rapide en plaine.

En quelques minutes, le ciel a tourné au gris et le vent s'est levé. Pas un petite soufflette, un vrai vent du sud aussi puissant que le mistral marseillais. Le pédalage, jusque là si facile et agréable est devenu un vrai calvaire. De 25km/h je suis passé à 10. La difficulté à avancer était telle que j'en oubliais les paysages qui m'entouraient. Mon champ de vision était réduit à ce long ruban d'asphalte déglinguée qui s'étalait devant et ma seule obsession était d'avancer, coûte que coûte. J'ai tenu le coup quelque temps puis je me suis arrêté, j'ai demandé à une ferme si je pouvais planter la tente à côté (par chance, la réponse a été positive dès le premier essai!), je me suis enfilé un bon repas et je me suis mis dans le duvet. Le lendemain (et tous les jours suivants), il y avait toujours autant de vent, alors je me suis adapté.

Le vent c'est difficile parce qu'on fait des écarts de fou et qu'on n'avance pas. Mais c'est encore pire si on essaie d'aller vite. Ce que j'ai retenu de ce début de voyage venté (oui, parce que vous aurez remarqué que j'ai beaucoup de vent de face), c'est qu'il faut accepter d'aller lentement (et de pédaler dans les descentes... Et ça j'ai encore du mal à m'y faire). Comme cela, on sort la tête du guidon et on recommence à admirer le paysage. Là où ça devient vraiment dur, c'est lorsque, en plus du vent, il faut lutter contre la faim, la soif, ou les camions.

En Uruguay, il y avait du vent mais il n'y avait pas de camions (et pas beaucoup de voitures) et les paysages étaient superbes. En plus de ça, la route n'était pas toujours terrible, ce qui fait que, même avec des conditions parfaites il n'aurait pas été possible de rouler vite. Enfin, chose qui ne m'était pas arrivée depuis un moment, il était possible de boire l'eau du robinet (donc facilité à se ravitailler). Bref, il y avait un fort vent, mais comme tout le reste était parfait, c'était tout à fait pédalable et je me suis bien plu en Uruguay. Comme qui dirait, c'était presque parfait.

 

 

Surprise gantée (écrit le 25/10/2010)

Je n'aime pas être sale. Ma grand-mère maternelle (Bonjour Mamie!) pourra confirmer mes dires: ça ne date pas de hier. Déjà tout petit je m'essuyais la bouche après chaque cuillerée, je ne m'écrivais pas sur les mains et je ne faisais pas de tâches sur mes vêtements. S'il est possible de rester propre dans la vie de tous les jours, cela est impossible lorsque l'on voyage à vélo. Un portage de vélo et le pantalon a du cambouis. Une seule utilisation de la polaire comme oreiller et elle est toute grise. Quelques kilomètres de piste et tout est poussiéreux... En temps normal, cela me dérangerait fortement. Mais en temps que cyclo, cela ne m'incommode pas le moins du monde! Cela dit, il faut bien de temps en temps faire la lessive.

Laver les vêtements n'est pas quelque chose de compliqué. De l'eau, du savon et des vêtements sales (oui, parce que s'il n'y a pas de vêtements sales, ben ça sert à rien!) et comme le faisait si bien Elie Kakoue, «you wash it, you wash it, you wash it, three times... End it smells like a flower!». Bon, dans mon cas, ça smells pas like a flower, mais plutôt like le savon de Marseille. Certains vont dire que je suis chauvin, mais tout de même, vous avouerez que le savon de Marseille, pour laver les vêtements, c'est vachement bien: ça mousse bien, ça décrasse bien et une fois les habits secs, ça sent bon... Mais ça ne sent pas la lessive.

Tous les matins, lorsque que vous vous habillez pour partir au travail (j'en connais pas beaucoup qui vont travailler à poils!) vous enfilez des vêtements propres. Jamais, je pense, vous vous êtes dit «Sacré nom de nom, comme ça sent bon la lessive!». En tous cas, moi, je ne me suis jamais dit ça, jusqu'à hier.

Les matins uruguayens sont frais, pour ne pas dire froids. Partir en cuissard est possible. Les jambes tournent et se réchauffent. Il fait frisquet au niveau des pieds, mais pas encore assez pour mettre les surchaussures. En revanche, le froid est beaucoup trop fort pour partir mains nues. Du coup, j'ai sorti, pour la première fois du voyage mes gants polaires. Après presque une année de repos, j'ai eu un peu de mal à les enfiler et j'ai donc eu recours aux dents pour faire en sorte que tous les doigts soient bien en place. Au contact de la polaire, mes mains se sont réchauffées. Mais la bonne surprise n'est pas venue du toucher mais de l'odorat.

En m'aidant des dents pour enfiler mes gants, j'ai senti l'odeur de la lessive. Mes gants sentaient bon le propre, mais plus que ça encore, ils sentaient bon la France, Marseille, la maison, ma famille, mes amis... Et ça m'a mis de bonne humeur de sentir ça. C'est drôle les effets qu'une odeur, d'ordinaire si banale, peut avoir. Du coup, histoire de m'en mettre plein les poumons, le soir même, je suis allé farfouiller dans mon sac d'habits pour voir s'il me restait des habits «propres de la maison». Mais je fus déçu du résultat de ma recherche. Depuis que je suis parti, il n'y a que deux choses que je n'ai pas encore portées: le bonnet sous casque (qui sent rien) et les gants en néoprène (qui puent le néoprène). Il n'y aura donc pas de nouvelle inhalation magique, ou du moins pas à cause de la lessive. Mais ce n'est pas pour autant que mon nez va pouvoir se mettre au repos. Des odeurs il y en a sans arrêt, des bonnes et des pas bonnes. Promis je vous écrirai un truc là-dessus prochainement. Mais pour le moment, je vais replonger mon pif dans mes gants. Autant en profiter avant que l'odeur s'évapore!

 

 

Champions du monde (écrit le 24/10/2010)

C'était comme ça au Brésil et c'est la même chose en Uruguay: les produits laitiers sont chers et même très chers en comparaison du reste, notamment de la viande. Pourtant, il y a des vaches plein les champs. Mais c'est vrai qu'en y regardant de plus près, bien souvent ce ne sont pas des vaches mais des taureaux et aux dernières nouvelles, les taureaux ne produisent pas de lait.

Ces derniers temps, j'ai pas mal dormi à côté de fermes. Impossible de faire autrement: tout est clôturé (même s'il n'y a pas de bétail, c'est barricadé comme une entrée de pénitencier, histoire d'être sûr que personne ne va venir piétiner l'herbe) mais il y a des maisons éparpillées de partout, ce qui fait que l'on est toujours observable. L'inconvénient de ce cas de figure, c'est qu'il faut trouver LA ferme qui nous acceptera (Espéranto et moi) pour la nuit. Le bon côté, c'est qu'on peut parler avec les gens et ça, c'est vraiment cool. C'est comme ça que j'ai appris que les Uruguayens, comme les Brésiliens et les Argentins, n'élèvent pas des bovins pour le lait mais pour la viande, qu'ils consomment à chaque repas. Mais, de ce que j'ai pu voir et sentir, la seule et unique façon de cuire de la viande, c'est le barbecue.

Lorsque je suis sur le vélo, je ne mange pas de viande. Impossible de la transporter. Difficile ensuite de la faire cuire. La «carne», comme on dit ici, est un repas de fête que je réserve pour mes pauses. Le soir, en général, c'est pain (toujours), fromage, dulce de leche, oranges, carottes... Mais pas de viande. «No carne?!?!?», s'étonnent les Uruguayens. «No carne». Ça, c'est un truc qui les épate. Peut-être encore plus que le fait que je sois Français ou que je voyage à bicyclette. Ne pas avoir de viande au repas est quelque chose qui leur semble tellement surhumain qu'une paire de fois, j'ai été invité à dîner et pendant tout le repas je me suis entendu dire «come, come, es la mejor carne del mundo!».

L'été dernier, en Afrique du Sud, c'est l'Espagne qui est devenue championne du monde de football. Un titre que convoitaient tous les pays qualifiés, mais encore plus le Brésil (5 fois lauréat), l'Argentine (ultra favorite) et l'Uruguay (demi-finaliste malheureux). Alors, ni les Brésiliens, ni les Argentins, ni les Uruguayens n'ont été couronnés champions du monde de football. Mais s'il y a un titre qui ne peut pas leur échapper (et ils sont tous les trois ex-æquo sur ce coup là), c'est celui de champions du monde du barbecue!

 

 

Silence, on roule (écrit le 24/10/2010)

Beaucoup de voyageurs à vélo partent avec un MP3 ou autres boîtes à musique moderne. J'ai choisi de ne pas emporter pareil instrument. Avec de la musique dans les oreilles, impossible d'entendre les véhicules arriver ou les gens vous saluer depuis le bord de la route. De plus, je trouve que les bruits font partie du voyage.

Il y a du bruit 24h/24h. Mais les sons diffèrent en fonction de l'heure et du lieu. On n'entend pas la même chose au petit matin, en pleine après-midi et au crépuscule. Puis les bruits sont différents en fonction des pays et des régions, comme le sont les paysages.

Certains bruits sont apaisants, comme le souffle du vent dans les chardons secs marocain ou dans les blés verts uruguayens, le bruit d'un tracteur qui laboure. D'autres sont inquiétants, je pense là aux cris qui sortent de la forêt vierge brésilienne ou aux aboiements des chiens qui sortent en courant des maisons. D'autres encore sont polluants, les moteurs des poids lourds pour ne pas les citer (je ne les aime pas eux, hein!). Et puis il y a les bruits fatigants, notamment le cris de ces oiseaux qui vivent le long des routes uruguayennes.

Je ne suis pas ornithologue, mais je trouve qu'ils ressemblent à des tourterelles. Sauf qu'ils n'émettent pas le même bruit.

Normalement, un chant d'oiseau est quelque chose d'harmonieux, de doux et de reposant. Mais les oiseaux dont je vous parle ne sifflent pas, ils crient (vraiment!!). En fait, s'il n'y en avait qu'un, ça irait. Mais ils sont des centaines de milliers, bien répartis le long de la route.

Les volatiles dont je veux parler sont de petits oiseaux qui vivent en couple, construisent leurs nids sur les panneaux de signalisation et les poteaux téléphoniques et se mettent à hurler comme des putois dès que vous approchez de leur logement. Les panneaux de signalisation, il n'y en a pas beaucoup en Uruguay. Mais des poteaux téléphoniques, ô pauvre! La ligne court le long de la route, ce qui doit faire environ un poteau tous les cent mètres, donc un nid (au moins, parce qu'il y a des poteaux HLM où logent deux couples). Les oiseaux pourraient communiquer entre eux et se prévenir les uns les autres «Ne vous inquiétez pas. Il y a un hurluberlu qui va passer devant chez vous sur une drôle de machine. Il n'est pas méchant. Inutile de piailler.». Mais rien du tout, ce qui fait que tous les cent mètres, il y en a deux qui se mettent en branle et commencent à hurler dès que j'arrive. Un poteau tous les cent mètres sur 130kms, je peux vous dire qu'à la fin de la journée, j'en ai plein les oreilles et j'ai une forte envie de leur crier de fermer leur gueu... Heu, pardon, leur bec. Mais à quoi bon, ils ne comprendraient pas et les cris risqueraient de redoubler d'intensité. Puis ces cris font partie de la route. En fait, les seuls qui doivent se taire lorsqu'ils sont sur la route, ce sont les cyclistes. De ce côté là, faire du vélo, c'est un peu comme faire du cinéma. Tourner les jambes, c'est comme tourner un film. A partir du moment où l'on est parti c'est, «Silence, on roule!».

 

 

Mondialisation frontalière (écrit le 22/10/2010)

Rio de Janeiro est au Brésil. Montevideo est en Uruguay. Mais qu'en est-il de Acegua? Sur ma carte brésilienne, Acegua est Brésilienne. Sur ma carte uruguayenne, Acegua est Uruguayenne. Comme je ne savais pas quoi en penser, je me suis renseigné auprès des Brésiliens. Réponse des intéressés: Acegua est une ville frontalière. Elle est à la fois brésilienne et uruguayenne. C'est ce que l'on appelle une twin-city, ou ville jumelle, pour les non anglophones. Les villes jumelles, normalement, il y en a une de chaque côté de la frontière et pour passer de l'une à l'autre, il faut passer la douane. A Acegua c'est différent. Je suis arrivé à Acegua en tout début d'après midi. Le Rio Grande do Sul est relaticvement plat, mais Acegua se trouve sur une petite butte qui vous chauffe le mollet comme il faut. Je passe donc les vitesses pour grimper vers la frontière. Mon idée est de dormir côté brésilien pour passer la frontière tôt le lendemain. En entrant dans Acegua, mon objectif est de trouver un petit hôtel pas cher. La route continue de monter. Un panneau indique le centre. Je m'engage. Pas grand monde dans les parages. Puis un second panneau: «Douana, 100mts». «Mince, alors! Aurais-je déjà passer le centre ville??». Quelques mètres plus loin, sur la gauche, une petite guérite avec un écriteau «Douana Fizcalizado» (ou un truc comme ça). Je ralentis, je scrute les alentours. Des poids lourds en stationnement et pas un douanier à l'horizon. Une voiture passe à fond de train en sens inverse. Je me dis que ça ne doit être un poste pour poids lourds. Je continue de grimper, quand soudain: Bienvenido a Uruguay. «Uruguay?? Quoi? Comment? Déjà? Je ne suis pas encore sorti du Brésil que déjà on me souhaite la bienvenue en Uruguay??». Je continue de grimper à droite et à gauche, des commerces, mais personne en vue. J'arrive finalement en haut de la butte où j'aperçois un bureau d'informations touristiques. C'est bien la première fois que je vois ce genre de service sur une frontière! Mais quoi de mieux pour me renseigner? Je gare Esperanto. Je pousse la porte de la boutique. Un gros monsieur se lève - «Buenos Dias!». - «Buenos Dias, j'aimerais savoir où je suis. Au Brésil ou en Uruguay?». - «Tu es en Uruguay mon petit. Bienvenu en Uruguay!». - «Ah, bon, d'accord, je suis en Uruguay. Mais où est la frontière?». Alors le gros monsieur m'invite à sortir avec lui. On sort. «Alors, tu vois, de ce côté de la rue, c'est l'Uruguay. De l'autre côté, c'est le Brésil. D'un côté on parle Espagnol et on paye en Pesos, de l'autre on parle Portugais et on paye en Real. Le terre plein central, c'est la frontière. Le poste de douane brésilien, c'est la petite maison qu'on voit là-bas en bas à droite de la route. Le poste frontière uruguayen, c'est la petite maison, là derrière.». Alors j'explique au gros monsieur que je suis passé devant la douane brésilienne et qu'il n'y avait personne et je lui fais remarquer qu'il n'y a personne non plus devant la douane uruguayenne et que les véhicules et les gens viennent et vont librement. Et mon interlocuteur alors de m'expliquer qu'ici ce ne sont pas les douaniers qui viennent chercher les gens, mais les gens qui vont chercher les douaniers. Chacun est libre de passer sans faire tamponner son passeport . Mais s'il se fait contrôler par la police par la suite, il risque d'avoir des problèmes. Personnellement, je ne veux pas avoir de démêler avec la police, qu'elle soit brésilienne ou uruguayenne. Du coup, je dévale la pente vers le poste brésilien où je trouve trois agents en train de surfer sur internet. C'est un peu comme dans les BDs de Lucky Luke: - «Hhé, Ramon, y'a un gringo qui veut un tampon, tu peux lui faire?». - «Non, vas-y toi, t'es plus près de l'encrier». Je finis par avoir mon tampon. J'enfourche à nouveau Espéranto. On remonte au poste frontière uruguayen et on fais tamponner le passeport. Officiellement, je suis en Uruguay. Il y a seulement deux hôtels à Acegua. Un côté brésilien et un côté uruguayen. Le problème, c'est que celui côté uruguayen n'ouvre qu'à partir de 18h (et il est 13h30). Je vais donc quémander une chambre côté brésilien (facile, il suffit de traverser la rue). On me refuse. Je dis que je suis Français et que... «Ah, vous n'êtes pas Uruguayen?». «Ben, non, pourquoi? J'ai une tête d'Uruguayen?». Comme par magie, il y a une chambre de libre! Je passerai donc la nuit à l'hôtel España. Un Français, qui est officiellement en Uruguay, mais qui passe la nuit dans un hôtel brésilien qui s'appelle España... Ça aurait été marrant un contrôle policier!

 

 

Magnifique Rio Grande do Sul (écrit le 21/10/2010)

Le Brésil avait bien commencé, avec un séjour à Rio inoubliable. Mais la route a ensuite été semée d'embûches, notamment à cause de la pluie et des camions. Puis il y a eu l'épisode du dentiste. Autant vous dire que le moral n'a pas toujours été au plus haut sur les routes brésiliennes. Pourtant le Brésil me plaisait. Mais je commençais à croire que je n'allais pas avoir l'occasion de l'admirer. Mais depuis quelques jours, le soleil est revenu et la douleur dentaire a disparu, ce qui me permet de profiter au maximum des magnifiques paysages qu'offre le Rio Grande do Sul. Lorsque l'on pense «Brésil», on pense «chaleur, plage de sable blanc et maillot de bain». Mais le Brésil n'est pas QUE ça. Le Brésil, c'est aussi d'immenses champs cultivés et de grandes étendues désertes où paissent, en semi liberté, vaches et chevaux. Ce sont des haras grandioses et des ranchs gigantesques. Ce sont d'énormes moissonneuses et des rancheros portant bottes et éperons. Le Rio Grande do Sul en est la preuve. Cette province frontalière de l'Uruguay est réputée dans tout le pays pour être le premier producteur de riz du Brésil. C'est aussi dans cet état que l'on trouve des haras de renom et certains des plus importants élevages bovins. Bref, l'arrière pays du Rio Grande do Sul, c'est la campagne et pour le vélo, c'est génial. En quittant Rio, j'ai suivi pendant très longtemps la côte. Souvent la chaussée peinait pour se frayer un chemin au milieu de la forêt vierge. Les habitations étaient peu nombreuses le long de la route. Il s'agissait de petites maisons de bois sans espace autour, forêt tropical oblige. Le seul endroit pour dormir était la ville où, faute de camping, je devais aller dans les pousadas, ces sortes d'auberges pas toujours très salubres où les affaires, trempées à cause de la pluie de la journée, n'arrivaient même pas à sécher pendant la nuit. Lorsque j'ai quitté la côte et que la route s'est élevée autour de 500m, ce sont les cultures de bananes qui ont fait leur apparition. Mais là encore, impossible de dormir sous la tente. Un champ de bananier n'est pas plat et les gens étaient très méfiants à mon égard. Donc là encore, pousadas. Puis la route a continué à s'élever pour tutoyer les 1000m et je suis arrivé au sud du pays, dans le Rio Grande do Sul. De charmantes petites maisons individuelles fleuries et entretenues, une vraie forêt (pas un monstre vert agressif comme la forêt vierge), des cultures, des vallées herbeuses, des gens accueillants... Si ce n'était pas quelques palmiers qui traînent à droite à gauche, je me serais cru en Allemagne ou en Autriche. D'autant plus que le teint des gens est étrangement clair par ici. Or vous savez (ou peut-être pas) que j'aime ces pays germanophones. En même temps, je dois dire que c'est dans le Rio Grande do Sul que j'ai réellement vu le soleil pour la première fois. Ajoutez à cela un ou deux jours de vent de dos et des routes peu fréquentées et vous comprendrez que je ne suis pas forcément très objectif. Mais tout de même, pour moi qui ne suis pas un fana de climat tropical et de forêt vierge, les grands espaces herbeux vallonnés du Rio Grande do Sul ont du bon. Et puis, c'est dans le Rio Grande do Sul que, pour la première fois, j'ai dormi sous la tente au Brésil. Puis les gens sont plus ouverts que dans les autres provinces que j'ai traversées. Lorsque je vais au supermarché, c'est très souvent que, plutôt que de faire mes courses, je passe mon temps à discuter. Et lorsque je demande l'autorisation pour dormir à côté de leur ferme, ils ont un moment d'hésitation (ce qui est normal vu ma tête, mon moyen de transport et mon accent), mais rapidement ils acceptent, comme les Germanophones. Mais ceci explique sans aucun doute cela: le Rio Grande do Sul est une ancienne colonie allemande! Voilà pourquoi je me sens si bien ici! Le parcours brésilien avait commencé dans le froid et sous la pluie. Il se termine chaudement et sous le soleil. J'ai beaucoup apprécié le Brésil, mais je dois dire que c'est le Rio Grande do Sul que j'ai préféré. Magnifique Rio Grande do Sul...

 

 

Camionneur va! (écrit le 19/10/2010)

Mon dernier titre était grossier et je ne me permets donc pas un nouveau titre argotique. J'étais pourtant bien tenté de mettre en entête «Putain » de camions» étant donné que d'autres l'ont fait avant moi, Renaud pour une de ces chansons, notamment. Et puis je ne sais pas s'il est possible de parler des camions sans être grossier. A ce propos, je tiens à préciser tout de suite que les lignes qui vont suivre pourraient heurter la sensibilité des (potentiels) chauffeurs de poids lourds qui seraient amener à consulter mon site. Encore que, pour ça, il faudrait qu'ils aient de la sensibilité et rien n'est moins sûr.

Je me suis déjà plaint des gros semi-remorques qui pullulent sur les routes brésiliennes. Mais je ne leur ai encore jamais consacrés un article. Ce sera chose faite à la fin de cet opus, parce qu'après une journée passée à se faire klaxonner par ces abrutis finis, j'ai besoin de me défouler. Espéranto m'ayant entendu pester toute la journée, je veux lui épargner ma colère et je me rabats donc sur le PC (et sur vous, mes très chers lecteurs!).

Depuis que je fais du vélo, les camions n'ont jamais été mes copains. Si tout est bon dans le cochon, rien n'est bon dans le camion! Qu'ils me doublent ou qu'ils me croisent, c'est une calamité.

Commençons par le dépassement. J'imagine que pour le permis poids lourds il y a un alinéa que stipule une distance minimale pour dépasser un vélo et j'ose penser qu'elle est supérieure à 20cm! Mais j'imagine déjà la réponse de ces trépanés du volant : «Non mais attends, gamin, tu crois qu'un camion double remorque se conduit comme un vélo? Tu rêves!». Je me doute bien que la prise en compte d'une remorque de 30m de long et 4m de large (gabarit rencontré sur les BR) nécessite quelques précautions. Mais vous avouerez qu'il faut un peu être déficient du cerveau pour ne pas faire un écart digne de ce nom lorsque vous conduisez sur une ligne droite de 80kms! Pour être sûr de ne pas avoir à faire un écart, certains de ces guignols de camionneurs klaxonnent alors qu'ils sont encore à plus de 50m derrière moi! Si je ne me pousse pas, ils maintiennent leur avertisseur sonore en position ON jusqu'à me coller au derrière. Pauvres TDC! Au tout début, lorsque les conditions le permettaient, j'ai essayé de rester sur la chaussée en pensant qu'ils allaient se déporter. Mais les chauffeurs de poids lourds doivent avoir un seul cerveau pour tous les membres de la profession et se déporter de plus de 50cm pour dépasser un vélo ne leur vient pas à l'esprit comme une évidence. Non, ils foncent tout droit. De toute façon, si collision il devait y avoir, ce n'est pas eux qui auraient le plus mal. Le plus dangereux dans l'histoire, c'est que les blaireaux de la conduite se suivent de tellement près que, même si dans mon rétroviseur je ne vois qu'un seul camion, il se peut qu'ils soient en fait trois ou quatre à la suite. Je n'ai pas tout à fait fini avec le dépassement, mais ce serait trop long de passer en revue tous les cas de figure. Je passe donc au cas où le poids lourd arrive en face.

Dans cette situation, le plus mauvais est le déplacement d'air créé par l'engin, qui cause une baisse de vitesse de 2km/h et fait voyager un peu sur la chaussée. Sur ce coup là, je l'avoue, les chauffeurs n'y sont pas pour grand chose. Sauf que ce cas de figure arrive surtout en descente et que, très souvent les camionneurs se mettent au point mort dès que la pente est négative et dévale à fond les ballons. Et puis il y a aussi les cas, au combien dangereux, du dépassement. J'arrive en sens inverse, le chauffeur me voit, mais il déboîte et double. Le pire, dans l'histoire, c'est qu'il klaxonne, fait des appels de phare et m'enguirlande au passage. C'est à se demander qui est-ce qui est en faute.

Enfin, voilà, quoi, les chauffeurs de poids, ce ne sont pas mes amis. En fait, ma haine envers eux est telle, que maintenant, à peine j'en vois un dans mon rétro que déjà je commence à maugréer et à l'insulter. Maintenant, je dois avouer que parfois ils doublent bien. Ce sont les exceptions qui confirment la règle. De la même façon que, si dans l'ensemble les voitures doublent bien, il y en a bien quelques unes qui viennent me chatouiller les mollets. E leur balancerai volontiers une liste (non exhaustive) telle que: abruti, trépané, fou furieux du volent, dégénéré mental, guignol, saltimbanque, apprenti chauffard... Mais ils roulent trop vite pour tout entendre. Du tout j'ai décidé de tout regrouper dans un seul terme et je me contente de crier «camionneur va!».

 


Chiens chiants (écrit le 18/10/2010)

Lorsque j'étais petit (certains vont continuer, «que je n'étais pas grand, je montrais mon...» Hum hum) j'avais une peur bleue des chiens. La seule vue d'un de ces canidés sur le trottoir me faisait passer sur la chaussée. Je me souviens d'ailleurs de quelques engueulades que je me suis pris parce que je passais sur la route sans regarder les voitures. Mais je ne pouvais pas regarder les voitures étant donné que toute mon attention se portait sur le chien.

Je vous rassure tout de suite, je n'ai plus peur des caniches à Mémés que l'on croise sur les trottoirs marseillais. Par contre je garde toujours un œil sur les gros dobermans et autres molosses utilisés par les agents de sécurité (surtout d'ailleurs lorsque le chien ne promène pas un agent de sécurité mais un quidam). Je reste aussi très vigilant vis à vis des chiens lorsque je cours et lorsque je suis à vélo.

Tout au long de ma route, il y a des animaux, comme les vaches, par exemple, qui se contentent de me regarder passer. Peut-être qu'elles m'admirent. Il y en a d'autres, les poules, pour ne pas les citer, qui fuient lorsque j'arrive. J'imagine que je leur fais peur. Puis il y en a une troisième catégorie, composée, en grande partie par les chiens, qui se mettent à m'acclamer et tentent de me suivre pour me croquer les mollets. La French food à la côte, même chez les toutous!

L'avantage des chiens, par rapport à d'autres animaux, c'est qu'il préviennent lorsqu'ils rappliquent. Lorsque j'entends aboyer, je me dis que les ennuis vont commencer. Mais pas toujours. Certains cabots sont attachés (ouf!), d'autres sont enfermés (re ouf!), d'autres sont en liberté (aïe aïe aïe!).

Ce qui est marrant avec ceux qui ne peuvent pas me courir, c'est que j'ai l'impression qu'ils oublient qu'ils sont attachés ou en fermés. Du coup, lorsqu'ils me voient arriver, ils démarrent au quart de tour, parcourent les 5 ou 6 mètres de mou qu'ils ont et arrrghhhhhhhhh, ils se retrouvent stoppés net ou bout de leur chaîne. Mais ce n'est pas pour autant qu'ils se calment, ils continuent d'aboyer et de tirer, comme s'ils croyaient qu'ils pouvaient l'arracher (j'espère pas!). Ceux qui sont enfermés, lorsqu'ils me voient, déboulent et viennent s'empaler sur la clôture (et bim!!) où ils continuent de hurler jusqu'à ce que je sois à plusieurs dizaines de mètres. Parfois, la distance entre leur niche et le grillage est tellement grande que le temps qu'ils arrivent à la limite de la propriété, je suis déjà loin. Du coup, ils ont couru pour rien, ils se sont pris la clôture en pleine poire pour rien et ils aboient pour rien. Les pauvres abrutis!

Là où je fais moins le malin, c'est lorsque ces sales bêtes sont en liberté. Sébastien et Noémie vont me dire «utilise le dazer!». Pour ceux qui ne connaissent pas, le dazer est un petit boîtier métallique qui envoie des ultrasons censés mettre en fuite les chiens. Premièrement, pour utiliser le dazer, il faut réagir vite, parce que les clebs courent comme des lapins (je préférerais d'ailleurs qu'ils courent après les lapins plutôt qu'après les cyclistes). Deuxièmement, pour avoir déjà essayé le dazer à quelques reprises, ce n'est pas sûr à 100%. Sur certains chiens ça marche. Sur d'autres, rien ne se passe. Les réactions ne sont pas fonction de la marque du chien, de son modèle ou de sa taille.

En fait, il semble que la meilleure chose à faire lorsqu'un chien déboule, c'est de s'arrêter et de lui faire face. Lorsque je m'arrête, je déclipse les pédales, ce qui fait un bruit métallique inhabituel pour eux, en criant. Là, la tendance s'inverse. Ce n'est plus moi qui ai peur du chien mais le chien qui a peur de moi et s'éloigne, la queue entre les jambes (pas de sous entendus svp).

S'arrêter en montée est une chose. C'est chiant (désolé) parce qu'après il faut repartir, mais ce n'est pas trop dur parce qu'on va doucement. S'arrêter en descente est beaucoup plus périlleux (et dangereux), à cause de la vitesse. Puis c'est tout aussi chiant parce que ça coupe tout l'élan.

Heureusement, il y a quelques spécimens qui sont intelligents. Ils se dressent sur leurs pattes à mon passage mais reste où ils sont et n'aboient que si je m'approche de leur territoire. Mais dans l'ensemble, lorsqu'on est à vélo, les chiens ne sont pas des amis. Se faire attaquer et aboyer à longueur de journée, c'est chiant!

 


Parachuté en plein Far West (écrit le 17/10/2010)

Samedi 16 octobre, après avoir traversé d'immenses champs de pommiers, j'arrive dans le village de Vacaria. A l'entrée de l'agglomération, un rond point avec une statue d'un gars à cheval brandissant un lasso. Je ne savais pas que j'étais au pays des cow boys. Mais pourquoi pas. Après tout, on trouve bien des imitations du Corcovado un peu partout, alors un cow boy, pourquoi pas. Un peu plus loin, je passe devant un supermarché «Supermercado Rodeo». Tiens, encore un qui se croit aux US. Juste en face, qu'est-ce que je ne vois pas: Boracharria El Rodeo!! Juste à côté, c'est un salon de coiffure qui fait référence au rodeo. Là, je commence à me dire qu'il y a un truc. Quoi, je ne sais pas, mais il y a quelque chose. Puis en arrivant à la sortie de la ville, j'aperçois un panneau: «Parque Rodeo». Ni une, ni deux, je m'enfile dans la voie terreuse. Ce n'est pas ma route, mais cela ne fait rien, je veux en savoir plus sur Vacaria et son rodeo.

De loin, on dirait une arène. Beaucoup de voitures garées autour, des haut-parleurs qui crachent des commentaires que je ne comprends pas et tout plein de gars à cheval, en train de faire tournicoter leur lasso. Dessous les arcades de l'arène, des gars sont en train de matraquer des vaches en poussant de grands cris (heureusement que les membres d'une association de protection des animaux ne sont pas là!). Je cherche un peu l'entrée et je me retrouve face à une file de plus de cent chevaux (avec leurs cavaliers) qui s'élancent les uns après les autres pour essayer d'attraper une vache.

Vous vous doutez bien qu'au milieu de tous ces cow-boys à cheval portant chapeau, chemise, blue jeans et bottes, moi, sur mon vélo, avec ma casquette, mon tee-shirt, mon cuissard et mes chaussures de vélo, je me fais rapidement remarquer. En moins de trente secondes je suis entouré de tout un tas de bonshommes aussi émerveillés par mon vélo que je le suis par leurs chevaux.

Avec les quatre mots d'Espagnol que je connais, les trois expressions de Portugais que j'ai appris et beaucoup de bonne volonté, je parviens à me faire expliquer le spectacle auquel je suis en train d'assister. Il ne s'agit pas d'une compétition, mais plutôt d'un rendez-vous que se donne tous les rancheros de la région chaque fin de semaine. Tous les samedis, c'est un village différent qui organise le rodéo. Le jeu est simple et tout le monde peut participer. Il suffit de venir avec son cheval et son lasso, de payer pour une vache et, top!, on ouvre la trappe et vous essayez d'attraper l'animal. Si vous échouez, ce n'est pas grave. Si vous réussissez, bravo, mais ce n'est pas pour autant que vous gagnez la bête, dommage, ça aurait rendu la chose plus intéressante!

Je suis resté une petite heure, les yeux grands ouverts, comme un gamins qui va au cirque pour la première fois. Lorsque vous allez au cirque, parfois, un clown vient vous chercher pour monter sur scène. Ben là, c'est pareil. Sauf que ce n'est pas un clown qui est venu me chercher, mais un cow boy brésilien et que ce n'était pas pour monter sur scène mais pour essayer le rodéo. Monter à cheval pour aller parcourir le domaine d'une fazenda, pourquoi pas. Mais pour courir après une vache sur 400m, non merci. D'autant plus qu'en termes de maniement du lasso, on ne peut pas dire que je sois très expérimenté et pour le coup, c'est moi qui serait passé pour un clown! J'ai donc refusé l'offre en expliquant que mon cheval à moi, c'était Espéranto et que je devais continuer ma route.

J'ai donc quitté l'arène, mais pas les vaches, les cow-boys et les chevaux étant donné que je les ai retrouvés (pas les mêmes, évidemment) au long de ma route pendant le reste de la journée et que j'ai même dormi chez eux. Vachement chouette le pays des cow-boys!

 


Le poste, c'est la base (écrit le 17/10/2010)

Il pleut. Tous les jours il pleut. Mais il ne pleut pas forcément tout le jour. Mais quoi qu'il en soit, le résultat est le même, à un moment ou à un autre je suis mouillé, j'ai froid, il est grand temps de s'arrêter et si j'ai bien calculé mon coup, je ne suis pas loin d'un poste de secours. Les grands axes brésiliens sont gérés par des entreprises privées. Elles ont à leur charge l'entretien de la chaussée (d'où les péages, mais pas pour moi qui suis à vélo, chouette!) et les interventions de secours.

Grosso modo, l'organisation est la même qu'elle que soit l'entreprise en charge du tronçon. Il y a des péages (mais moi, comme je suis à vélo, je ne paye pas, bon ça!!) et des postes de premiers secours. Ce qui est différent d'une boîte à l'autre, c'est la fréquence des installations et leur standing. Mais à chaque fois il y a, à côté du poste de secours, un endroit chauffé avec fauteuils où deux thermos de café et de thé bouillants sont à disposition des voyageurs.

Comme je vous l'ai déjà dit, la très grande majorité des véhicules circulant sur les routes sont des poids lourds. Si les chauffeurs urinent dans des bouteilles, ce n'est pas pour prendre le temps de s'arrêter boire un café au poste de secours. Le poste de secours, ils s'y rendent seulement lorsque l'ambulance vient les chercher parce qu'ils ont raté un virage ou qu'ils ont embouti une voiture. Du coup, il n'y a jamais personne qui vient prendre un café et je suis toujours tout seul à profiter de ces installations.

De temps en temps la personne en charge du local est là (parce que bien souvent il n'y a personne. Je pourrais partir avec l'ordinateur, le scanner et la télé que personne ne s'en apercevrait, ou du moins pas tout de suite). Lorsqu'il y a quelqu'un, je discute un chouilla avec mon Espagnol bancal. Au moment de partir, je n'oublie pas de remercier la personne et de lui demander à combien de kilomètres se trouvent le prochain poste, la base, comme ils l'appellent.

Depuis que j'ai trouvé cette combine, les postes sont devenus cruciaux pour moi. Je m'y arrête, je refais le plein d'eau, je prends des renseignements sur la suite de la route. Avec les petits biscuits à 0,50$R le paquet et les bananes, les postes, c'est la base!

 


Chez Thiago, le dentiste brésilien (écrit le 13/10/2010)

Dans les livres pour enfants il y a Au supermarché, A la plage, A l'école... Et je suis sûr que l'on peut trouver Chez le dentiste. Je sais bien que vous n'êtes plus des enfants, mais je vous propose tout de même l'opus Chez le dentiste. Mais je devrais préciser brésilien.

Ça fait dix ans que je ne vais chez le dentiste qu'une fois par an. Là j'y suis allé trois fois en moins de 24h. Et pas pour des bricoles. Autant vous dire que je ne faisais pas le malin en entrant dans son cabinet.

Ma première surprise a été son âge. Je n'ai pas osé le lui demander, mais il ne devait pas être beaucoup plus vieux que moi. Le bon côté des choses, c'est qu'il devait parler Anglais (dans ma tête, tous les jeunes parlent Anglais). Mais que neni, le jeune homme ne maîtrisait pas du tout la langue de Shakespeare. La communication a donc été difficile. Heureusement, le «Aïïïïïïïïïïïïïïïïïïïïïe!» est universel et les piqûres d'anesthésiants marchent pour tout le monde. Puis je dois avouer qu'entre le Français, le Portugais, l'Espagnol et l'Anglais, on parvient toujours à se comprendre.

Bref, donc une fois que je lui ai montré où je souffrais, il m'a fait entrer dans son cabinet. Je vous avouerai que ce n'était pas très engageant: il y avait encore des cheveux de la patiente précédente coincés dans l'appui-tête et de la bave ensanglantée dans le bidule pour cracher. Mais il a fait disparaître tout ça en moins de deux en me disant «sorry». Puis je me suis assis (ou plutôt allongé) et il m'a fait ouvrir la bouche pour constater les dégâts. J'ai compris qu'il y avait deux dents d'aspect pas terrible et qu'il me demandait ce que je préférais qu'il fasse: ouvrir une dent ou les deux? Je lui ai répondu que j'en avais pas grand chose à faire, ma seule volonté étant de ne plus souffrir et de pouvoir repartir. Alors il a décidé d'en ouvrir qu'une seule (oui, parce qu'on ouvre une dent comme on ouvre une huître!), celle qui lui paraissait la pire. Il s'est félicité de ce choix lorsqu'il a découvert une magnifique carie.

Comme je ne comprenais pas trop ce qu'il allait me trafiquer dans la bouche, je lui ai demandé de me faire un dessin. Un schéma vaut bien mieux qu'un long discours, surtout lorsque celui-ci est en Portugais. Une fois que j'ai eu approuvé sa méthode (mais que pouvais-je faire d'autre, couché, la bouche ouverte avec un trou dans une dent??), il a sorti tout son attirail. J'ai eu droit à une bonne douzaines d'injections d'anesthésiant (réparties sur deux visites) pour lui permettre de me dévitaliser la dent.

La dévitalisation, c'est un peu comme le BTP: on creuse, on enlève ce qui est mauvais dans les fondations de la dent et on finit en rebouchant le trou avec un petit ciment qui va bien. La différence, c'est que, dans le BTP, pour le ciment on a un camion toupie alors que le dentiste, lui, pour le ciment il a une coupelle minuscule... Puis aussi, quand on creuse en BTP, on fait ça dans la terre, sans faire de mal à personne. Enfin, en toute honnêteté, je dois reconnaître que je n'ai pas (trop) eu mal. Mais je ne peux pas dire pour autant que j'ai vraiment apprécié. Je crois que pendant les trois heures (cumulées) que je suis resté allongé à écouter la fraise, le schmilblick qui aspire et les vrilles qui font chercher le nerf (beurk) tous mes muscles ont été contractés. Une intervention de dentiste me donne plus de courbature qu'une journée de vélo!

Ça fait longtemps que je n'ai plus lu un bouquin pour enfants. Du coup, je ne sais pas si, dans ce genre de littérature, on explique qu'à la fin il faut payer. Dans tous les cas, moi j'ai payé mes 400$R (au moins, je n'aurai pas pris une assurance pour rien) et puis, surtout, j'ai demandé à prendre une photo avec Thiago le dentiste. C'était bien la première fois que je prenais une photo chez un dentiste, avec le dentiste! Mais comme l'a dit Thiago, «il y a un début à tout». C'est bien vrai. D'ailleurs je me demande si je ne vais pas écrire aux éditeurs de livres pour enfants pour leur dire de rajouter une ligne (ou une page s'ils le veulent) sur la photo de fin d'opération. A moins qu'ils acceptent de lancer une nouvelle série sur les dentistes internationaux. Le premier numéro serais: Chez Thiago le dentiste brésilien. Il y a un début à tout.

 

 

Une pause s'impose (écrit le 12/10/2010)

Je suis capable de manger tout et n'importe quoi à n'importe quelle heure de la journée, surtout lorsque je suis à vélo. La seule et unique chose qui m'empêche de manger pendant un moment, c'est le fait de me brosser les dents ou de mâcher un chewing gum. Une fois le goût de la chlorophylle en bouche, je ne peux plus rien avaler. Je suis d'ailleurs un fervent utilisateur de la brosse à dent. Passer quelques jours sans douche ne me dérange pas (surtout si je ne rencontre personne). En revanche il m'est impossible de me passer de brossage de dents. Lorsque je pars pour un jour ou deux, ma trousse de toilette comprend uniquement la brosse à dent et le dentifrice. Ainsi, même au Maroc, lorsque je manquais d'eau, je me brossais les dents. Au Sénégal, lorsque je suis allé passer quelques jours dans la brousse, je ne me suis pas douché, mais je me suis brossé les dents. Je pensais donc être à l'abri de toute carie (d'autant plus que ça doit faire plus de 10 ans que je vais chez le dentiste une fois par an pour une petite révision et un détartrage, point barre). Mais il semble que les caries aiment le voyage.

Je n'étais pas très en forme ces derniers jours. J'avais le nez bouché, la gorge irritée et, vous allez rire, des courbatures dans la mâchoire. Je mettais cela sur le compte de la pluie et de la crève qu'elle m'avait donné. Mais lundi, alors que je me mettais à courir pour échapper au froid (oui, parce que, à la nuit tombée, il pèle vraiment par ici), j'ai senti une vive pointe dans une dent. J'arrête de courir. Le mal s'arrête. Je repars, il revient. Je passe la nuit. Le lendemain, j'enfourche Espéranto pour reprendre la route. Douleur dans la dent. Au fil de la journée, la douleur se fait de plus en plus vive (sans compter que je fais une fixation là dessus). Vous me croirez si vous voulez, mais chaque irrégularité de la route crée une secousse qui me fait la sensation d'une pointe dans la gencive. Le soir venu, le seul fait de marcher me fait mal (aux dents!). La conclusion est sans appel, je dois aller voir un dentiste. Une pause s'impose.

Si un arrêt est nécessaire pour moi, il l'est aussi pour Espéranto. En bon vélo solidaire de son cycliste, Espéranto a lui aussi besoin de consulter un médecin. En effet, la roue arrière (celle qui avait un rayon cassée) présente un jeu au niveau de l'axe, ce qui nécessite des outils spéciaux pour démonter la roue libre et tout remettre d'aplomb. Et puis il y aussi cette entaille de 1cm de large dans le pneu.

Les pneus qui sont montés sur Espéranto sont des Schwalbe Marathon Plus. C'est ce qui se fait de plus robuste à l'heure actuelle. La pub dit que même une punaise ne peut transpercer le pneu. Je vous confirme que c'est la vérité, j'ai fait le test, involontairement. Par contre, il semble que les routes brésiliennes regorgent d'objets contondants face auxquels les Schwalbe ne peuvent rien. D'où l'entaille. Le problème de cette entaille, c'est que, lorsque je gonfle le pneu (et il faut bien gonfler pour supporter tout le poids du vélo), la chambre à air vient s'engouffrer dans le trou. Elle frotte alors sur le bitume et pfffffffff, c'est la crevaison! Tout ça pour vous dire que demain, moi, je vais chez le dentiste et, une fois que mon problème de dent est fixé, je m'occupe d'Espéranto. La journée va être chargée, mais la pause s'impose pour remettre tout le monde d'aplomb.

 

 

Perigoso (écrit le 8/10/2010)

Coucher sous la tente: perigoso. Laisser Espéranto tout seul devant le magasin: perigoso. Traverser les favelas de Santa Cruz: perigoso. Perigoso, perigoso, perigoso... Les Brésiliens n'ont que ce mot à la bouche. Pour ceux qui ne parlent ni portugais ni Espagnol (parce que c'est très proche), perigoso, ça veut dire dangereux. Jusqu'à maintenant, à aucun moment je me suis senti en insécurité. Après deux mois passés entre le Maroc et le Sénégal, les favelas brésiliennes ne sont pas si terribles que ça. Par contre c'est vrai que le moindre lotissement un peu cossu est ceinturé par une vraie muraille le long de laquelle on trouve des caméras de surveillance tous les 50m et l'entrée est gardée jour et nuit par un vigile. De même, en ville, les maison individuelles ont des grilles et des chaînes dans tous les sens. De vrais coffres forts. Je ne vous parle pas du dispositif de sécurité des entrepôts industriels le long des routes. On croirait une réserve d'ogives nucléaires! Bref, le Brésil est (paraît-il) très dangereux. De ce que j'en ai vu pour le moment, l'endroit le plus dangereux, c'est la route. Et ça, personne ne m'a dit que c'était perigoso!

Il y a quelques jours je vous ai fait un topo sur la route 101, qui ressemble à une nationale et je vous promettais de vous en dire plus sur la BR116. Alors voilà, la BR116, c'est une deux fois deux ou trois voies à chaussées séparées. Une autoroute. Le trafic est constitué à 97% de poids lourds. Les poids lourds brésiliens font entre 23 et 30m (c'est écrit derrière). Pour beaucoup d'entre eux, ce sont en fait des doubles semi remorques (2 remorques). Et ils roulent comme des dégénérés: 2m de distance entre deux camions qui se suivent, déboitement à la Schumacher pour dépasser celui de devant, point mort dans les descente... Pas étonnant de voir autant de machines renversées au bord de la route!

Bien souvent la BR116 possède un bas côté confortable dans le sens où il est assez large en comparaison des écarts que je fais suite au phénomène d'aspiration créé par les poids lourds. Le problème c'est lorsque cet espace disparaît. Là, je ne rigole plus du tout. Lorsqu'ils sont lancés à 100kms, les camions ne s'arrêtent pas. Du coup, c'est moi qui finit régulièrement dans le fossé. Après il faut remonter sur la route et se remettre en selle. Le moral, le physique et le vélo prennent chers (comme on dit) à chaque fois. Les poumons aussi. Certains poids lourds ont leur pot d'échappement en hauteur ou à gauche. Mais d'autre l'ont à 20cm du sol, à droite. Lorsqu'ils me dépassent, je prends un nuage noir dégueulasse en pleine face. A la fin de la journée, j'ai le visage, les jambes et les bras tout noir. On dirait que je sors de la mine. Je n'ose même pas imaginer la couleur de mes poumons après une journée sur la 116. Pour clôturer le tout, il y a le bruit. Les moteurs de poids lourds font un vacarme assourdissant. Une camion, ça va. Deux, ça passe. Trois, ça commence à bien faire. Mais une file interrompue de poids lourds, ça vous assomme littéralement.

Vous me direz, «tu as de la chance de ne pas avoir eu la pluie». Disons que j'ai longtemps eu cette chance. Jusqu'à hier, où il est tombé des cordes toute la journée. Déjà la pluie, c'est pas marrant. Mais lorsque vous vous trouvez sur une autoroute, sans bas côté, avec des camions à la queue leu leu... Ça devient vraiment craignos. Avec la vitesse et le vent, les gouttes vous fouettent le visage. Les camions créent d'énormes gerbes d'eau qui vous trempent complètement. Les trous disparaissent sous l'eau. C'est l'enfer! Pourquoi continuer dans ces conditions? Tout simplement parce qu'il n'y a rien d'autre à faire. De chaque côté de la route, c'est la forêt vierge. Il y a bien quelques stations services de temps en temps. Mais à part des pompes à essence, elles n'offrent pas grand chose. Alors il faut continuer, résister à la pluie, rester concentré et être très prudent.

Je ne sais pas ce que me réserve le Brésil pour la suite. J'aimerais bien avoir du beau temps et des routes plus calmes. Mais s'il n'était pas possible d'avoir les deux en même temps, alors je choisirais... Je choisirais... Je choisirais... En fait je ne veux pas avoir à choisir. Ils sont, l'un comme l'autre trop perigoso!

 

 

Logistique pluvieuse (écrit le 6/10/2010)

On me demande si je me suis beaucoup entraîné avant de partir. La réponse est oui et non à la fois. Non, parce que je n'ai pas suivi un programme spécifique d'entraînement physique comme on peut le faire lorsque l'on prépare une compétition. Oui, parce que je ne suis pas parti de rien, j'ai toujours fait beaucoup de sport. Oui, aussi, parce qu'avant de me lancer dans cette aventure d'une année, je suis déjà parti plusieurs fois quelques jours, seul ou avec mes parents. Et c'est bien là l'entraînement le plus important.

Je ne sais pas ce qu'en pensent les autres cyclos, mais, de mon point de vue, le plus difficile lorsqu'on voyage à vélo, ce n'est pas la journée (il suffit de pédaler et d'admirer le paysage), c'est le soir et la nuit, lorsqu'il faut trouver un endroit pour dormir, lorsqu'il faut monter la tente et gérer tout l'aspect logistique. Ça, ça demande de l'entraînement et de la pratique. Pour ce qui est de trouver un coin pour dormir, de monter la tente, de gérer la nourriture et l'eau, je commence à avoir l'habitude. Ce qui est nouveau au Brésil, c'est la gestion de la pluie.

J'ai débarqué à Rio le 21 septembre. Pendant la semaine que je suis resté dans la cité carioca, j'étais sur un nuage en compagnie de Paulo, Rosangela, Guilherme et Paulo Eduardo. Depuis que j'ai quitté Rio, je suis dans un nuage (nuance). Tous les jours il fait gris et il commence à pleuvoir en début d'après-midi (lorsqu'il ne commence pas à pleuvoir dès 9h). D'où la mise en place d'une logistique pluvieuse. Le but de la manœuvre est d'être le moins mouillé possible.

Il existe deux cas de figure. Les jours où la pluie arrive en début d'après-midi et les jours où il pleut dès le matin. Dans le premier cas, je roule un maximum avant le déluge. Dans le second cas, je roule sous la flotte (et je termine trempé). Ce qui est commun à ces deux situations, c'est que je ne peux pas faire de longues pauses pour ne pas trop me refroidir, les températures étant fraîches (entre 15°C et 17°C). Du coup, j'ai adapté mon régime alimentaire.

Je prends le petit déjeuné à 5h le matin: biscuits (0,50$R le paquet, on ne va pas s'en priver), pain de mie, dulce de leche (confiture de lait, quoi), bananes (elles ne sont pas chères, comme les mangues et les papayes, mais elles présentent l'avantage d'être faciles à manger), thé (1L). A chaque pause j'ai droit à un demi paquet de biscuits (il faut ce qu'il faut) une banane et deux tranches de pain de mie. Le soir c'est pain de mie (encore), saucisson, fromage, biscuits (je ne m'en lasse pas) bananes (toujours), dulce de leche (on en remet une couche, c'est le cas de le dire) et infusion (1L). Pour ce qui est de la boisson, je bois environ 3litres chaque jour (plus toute la pluie que je me prends sur la tête). L'eau du robinet n'est pas consommable directement. Heureusement pour moi, beaucoup de gens la filtre. Mais à chaque fois que j'entame un nouveau bidon j'ai peur de me retrouver avec une tourista du calibre de celle que j'ai contractée au Maroc. Pour le moment, tout va bien. Je croise les doigts. Puis sinon il reste l'option de l'eau minérale. Mais c'est encore un truc à faire exploser le budget ça.

Voilà ce qu'est mon quotidien brésilien d'un point de vue extra pédalage. En comparaison de ce que j'ai vécu jusqu'à présent, il y a toujours le problème de la nuit, celui de la nourriture, celui de l'eau, celui du budget... Mais il y a en plus le problème de la pluie. Tous les matins il faut se motiver pour remettre ses habits humides (lorsqu'ils ne sont pas trempés). Une choses est sûre, pour venir affronter les routes brésiliennes au printemps, il ne faut pas être une poule mouillée!

 

 

Rétro-cauchemar (écrit le 4/10/2010)

J'ai longtemps hésité à affubler Espéranto de ce petit équipement. Un rétroviseur? A quoi bon? Il suffit de se retourner pour savoir ce qui se passe derrière! Qui plus est, je ne trouvais pas de place sur le cintre pour mettre le petit miroir. Mais, sur les conseils de mon père, j'ai fini par acheter un petit rétroviseur. Après quelques essais de positionnement, j'ai trouvé celui qui me convenait. Et depuis, pour rien au monde je ne roulerais sans lui.

Il est vrai que, pour la sortie du dimanche, sur un vélo de course, un rétroviseur n'est pas forcément très utile. On roule vite et on choisit des routes tranquilles. Les quelques fois où l'on a besoin de savoir ce qui se passe derrière, on se retourne. En voyage, ce n'est pas la même histoire. Tout d'abord on n'est pas toujours sur des routes désertes (et il est très intéressant, et important, de savoir si ce qui arrive est une moto, une voiture ou un camion) et puis un vélo de voyage, ce n'est pas un vélo de course. La prise au vent des sacoches et le poids du vélo sont tels, que se retourner est un véritable numéro d'équilibriste. De fait, le rétroviseur se révèle être un outil très précieux.

Lorsque je suis sur la route, j'ai constamment un œil sur la route et un œil sur le rétroviseur. Un œil devant et un œil derrière. J'en ai tellement pris l'habitude que, même lorsque je ne suis plus sur le vélo, j'ai le réflexe de jeter un coup d'œil en bas à gauche. Je tiens à mon rétroviseur comme à la prunelle de mes yeux et sa perte est un vrai cauchemar.

En général, je ne me souviens pas au réveil, de ce dont j'ai rêvé. Pourtant il paraît que notre cerveau travaille à plein régime durant la nuit et que, toutes les nuits, il nous fait vivre des scénarios dignes de plus grands metteurs en scènes hollywoodiens. Ce qui est sûr, c'est qu'il y a quelques nuits, il m'a fait vivre un vrai film d'horreur. J'ai rêvé que j'avais perdu mon rétroviseur!

Sur mon guidon, il y a deux équipements qui attirent le regard des gens: le compteur et le rétroviseur. La différence entre les deux, c'est que le compteur, tout seul, il ne sert pas à grand chose. Qui plus est, il n'est pas facile à enlever si l'on ne connaît pas l'astuce. Le miroir, au contraire, est consommable immédiatement et peut être détaché très facilement. De tout ce qui se trouve sur Espéranto, c'est sans doute la chose la plus facile à prendre.

Pourtant, dans mon rêve, le rétroviseur n'avait pas été volé. Je l'avais perdu après avoir laissé le vélo contre un mur. Lorsque je gare Espéranto près d'un mur, si le guidon vient à tourner sous le poids des sacoches, le rétroviseur peut buter contre le mur et tourner... Voire tomber. Il en va de même lorsque je répare une crevaison et que je mets Espéranto à l'envers. Tout ce dont je me souviens de mon rêve, c'est que j'étais sur la route,il y avait un fort grondement derrière. Je jetais un coup d'œil dans mon rétroviseur et, oh malheur, il n'était plus là. Le temps de me retourner pour regarder en arrière, un gros camion me frôlait et je terminais dans le bas côté... Après je me suis réveillé.

Le lendemain matin, la première chose que j'ai faite en me levant, c'est de vérifier que mon rétroviseur était toujours là. La seconde, ça a été de trouver une solution pour installer un serflex sur le miroir de façon à être certain qu'il ne fiche pas le camp. C'est maintenant chose faite. Impossible d'enlever le miroir sans couper le collier en plastique. Donc, à partir de maintenant, plus de rêve de rétroviseur, ou du moins, plus de scénarios catastrophes vis à vis de la perte de mon petit miroir.

 

 

Sur la BR101 (écrit le 4/10/2010)

La BR 101, c'est la route, majoritairement côtière, qui relie Rio à Sao Paulo. Une grande route, mais pas une autoroute. Ça monte, ça descend, ça tourne dans tous les sens, ça traverse des villages. Bref, on pourrait apparenter ça à une nationale. En termes de trafic, c'est tout de même plus calme, avec pas trop de camions. Et puis il y a, très souvent, un bas côté confortable.

Confortable, ça veut dire de plus d'un mètre de large, avec un enrobé potable et sans cochonnerie (oui, parce que, en cas d'accident, les gars qui déblaient la route ne se foulent pas, ils foutent tout sur le bas côté. Et les morceaux de phares et de pare-brise, les pneus ils n'aiment pas trop). Le gros problème des bas côté brésiliens, c'est qu'ils ne sont pas au même niveau que la chaussée principale. Je ne sais pas pourquoi, mais la bande de roulement destinée aux véhicules est 5 à 10cm plus hautes que le bas côté. De fait, chaque fois qu'il y a un éboulement (c'est à dire très souvent), il faut «monter » sur la route, puis «descendre» sur le bas côté. Même chose pour lorsqu'une route rejoint la 101, les chaussées étant au même niveau. On remet ça à tous les arrêts de bus (et Dieu sait comme il sont nombreux). Le cinéma recommence au passage de tous les travaux. Les chantiers actuels sont la remise en état des dégâts causés par les fortes pluies de mars dernier, ça commence à faire, mais, il faut avouer que le travail à accomplir est titanesque. C'est comme tout, les éboulements et autres destructions causées par la pluie sont à l'échelle du pays. Et puis il y a aussi tous les véhicules en panne, qui sont stationnés sur le bord de la route et qu'il faut éviter. Tous ces allers et venues entre le bas côté et la chaussée, ce n'est bon, ni pour les roues d'Espéranto, ni pour mes fesses, ni pour ma sécurité. En effet, afin de ne pas tout casser, passer du bas côté à la chaussée nécessite de quasiment s'arrêter. En montée ou sur du plat, je ne vais pas trop vite et l'opération est donc possible. Vous imaginez bien que je maugrée tout de même un peu. Mais en descente, bien que je ne fasse pas des pointes à 100km/h comme les fous furieux du Tour de France, je tourne tout de même autour des 50km/h. A cette vitesse, il m'est impossible (et je dis bien, impossible) d'arrêter instantanément les 115kg de notre équipage (ben oui, 42kg pour Espéranto, 73kg pour moi). La seule solution dans les descente est donc de rester sur la chaussée principale. Dans le cas des montées et du plat, une seconde alternative peut être de quitter le bas côté par la droite, pour faire un petit coup de hors piste.

Cette technique évite «la marche» créée par la chaussée, mais implique d'autres dangers comme le bain de boue, la collision avec une poule ou l'encastrage dans une poubelle. Les poubelles brésiliennes sont caractéristiques. Elles sont constituées d'un pieu d'environ un mètre de haut sur lequel repose une sorte de cage dans laquelle on met ça poubelle (cf. photo pour ceux que la description ne satisferait pas). On en voit en bois, en béton, en ferraille. Certaines sont luxueuses, d'autres sont artistiques, d'autres sont faites à la sauve qui peut. Je me demande quelle est la raison d'un tel dispositif. En fait, le seul avantage que je lui trouve, c'est que les employés qui ramassent les ordures n'ont pas besoin de se baisser pour ramasser le sac. Sorti de ça, la cage supérieure n'étant pas fermée, les bêtes peuvent grimper pour venir festoyer dans les ordures. J'observe à longueur de journée les sacs éventrés par les chiens, les chats et les oiseaux charognards (des engins noirs énormes répugnants à voir). C'est dommage que le pied de beaucoup de poubelles soit souillé de déchets, parce que, dans l'ensemble, le bord des routes est assez propre. Ça change de l'Afrique!

Je crois que vous savez tout sur les bas côtés et les poubelles brésiliennes du bord de la route BR101. Demain, je quitte la BR 101 pour la BR 116. S'il y a du changement, promis je vous en fais part!

 

 

 

Maresias – Guarujà, 105,95kms dantesques (écrit le 3/10/2010)

Dimanche 3 octobre, 15h. Je suis à Guarujà, confortablement installé au quatrième étage d'un immeuble situé à quelques encablures de la plage. Espéranto est au garage, les affaires sont étendues, mon bol d'infusion fume, je me laisse aller en contemplant la pluie qui tombe. J'en oublierais presque les quelques cent kilomètres que je viens d'avaler.

La météo pour aujourd'hui n'était pas bonne: pluie toute la journée. Les prévisions ont été confirmées dès mon réveil, à 5h (je précise pour ceux qui pourraient s'imaginer que je fais la grasse matinée). Mais à 6h, il ne pleuvait plus et comme je savais que j'avais un endroit sûr et sec pour la nuit (un grand merci à Rosangela), je suis parti. A 6h15 la pluie reprenait.

Je n'avais pas trouvé de carte routière précise du Brésil en France et je pensais trouver ça à Rio. Mais après avoir écumé toutes les librairies de la ville, je me suis résigné à partir avec une carte sommaire. En fait, c'est plutôt un plan. Ajoutez à cela que les panneaux routiers sont quasi inexistants et vous comprendrez que je découvre la route au fur et à mesure. Cela est d'autant plus vrai que la plus grande partie de mon chemin entre Rio et Guarujà s'est fait dans la forêt vierge. De fait, il est impossible de voir ce qui m'attend pour la suite. Faute de visibilité, on peut utiliser une ruse de vieux sioux qui consiste à écouter le bruit des moteurs. Mais une fois de plus, la végétation est tellement dense qu'elle capture tous les bruits anthropiques pour ne renvoyer que des bruits naturels: chants d'oiseaux, craquements de branches, vent dans les feuilles...

Si je vous raconte tout ça, c'est parce que la journée d'aujourd'hui a débuté par une côte monstrueuse et inattendue de 3,5kms juste après la sortie de Maresias. Je n'ai aucun moyen de connaître le pourcentage des différents murs qui jalonne ce «col», mais on ne doit pas être loin des 15%, voire plus. C'est bien simple, il m'a fallu 40mn pour gravir les 3,5kms. Comme la pluie s'était invitée, je suis arrivé en haut complètement trempé et avec une transmission qui fait du bruit. La descente était du même acabit que la montée. Évidemment, il ne m'a pas fallu 40mn pour descendre. Mais ça tout de même pris quelques minutes pour arriver en bas, prudence oblige. Fort pourcentage, virages serrés et pluie forment un cocktail explosif, ou plutôt glissant.

La suite de l'étape s'est faite sous la pluie et dans le froid (16°C), à éviter les flaques, à écouter les craquements de mon pédalier et à anticiper afin d'éviter tout freinage, mes patins étant morts.

Voilà tout. Je suis arrivé trempé jusqu'aux os à Guarujà, avec un vélo qui ne freine plus (mais alors plus du tout) et une transmission qui craque. Les prévisions météos pour demain sont tout aussi déplorables que celles d'aujourd'hui et je ne sais pas ce que je vais faire. Ce qui est sûr, c'est qu'il faut absolument que je m'occupe d'Esperanto avant de reprendre la route. Mais je vous avouerai franchement qu'après plus de cent kilomètres de pluie, je n'ai pas envie d'aller mettre mes mains dans le cambouis. Pour le moment, je me laisse aller au confort d'un appartement chaud et douillet et d'un canapé moelleux. Je me la joue forêt vierge: on verra bien ce qui arrivera ensuite!

 

 

 

Votez Petrobras (écrit le 2/10/2010)

Je ne me tiens pas trop au courant de l'actualité, non pas que je m'en fiche, mais tout simplement parce que je n'ai pas de télé dans mes sacoches, pas de connexion internet à volonté et aucune connaissance en Portugais. Heureusement pour moi, il y a les photos des unes des journaux et les affiches électorales. Du coup je sais que Petrobras a fait «péter le bénéf» (veuillez me passer l'expression) cette année et que ce sont les élections présidentielles demain. Le point commun entre ces deux événements, c'est qu'ils sont omniprésents le long de ma route.

Lors de mes premiers tours au Brésil, j'avais remarqué de nombreux pétroliers qui mouillaient à quelques miles marins de la Costa Verde. La Costa Verde, c'est la côte au sud de Rio, un peu comme la Côte Bleue est à l'ouest de Marseille (toute échelle gardée puisque la Côté Bleue est à quelques kilomètres de Marseille alors que la Costa Verde est à près de cent kilomètres de Rio). En voyant ces grosses cuves flottantes, je me disais que les capitaines avaient de drôlement bonnes idées de profiter de leur service pour venir passer quelques jours à admirer la forêt primaire qui tombe dans l'océan. J'imaginais (presque) tout l'équipage, en slip de bain, en train de faire bronzette sur le pont. Puis hier, au détour d'un virage, je suis tombé sur un terminal pétrolier. A près de 180kms de Rio, perdu au milieu de la forêt primaire, entre deux plages de sable blanc parsemées de cocotiers, un port, des bureaux tout neuf, des cuves énormes... Petrobras! J'ai donc compris que tous les pétroliers que je voyais étaient en attente de venir décharger leur cargaison au terminal. Honnêtement, je pense que, lorsqu'on est marin, il y a pire comme endroit pour attendre deux ou trois jours! Outre ce terminal, Petrobras est représenté tout au long des routes par ses innombrables stations services. Heureusement, il n'y a pas que des stations services le long des routes, il y aussi des affiches électorales, des drapeaux électoraux, des tracts électoraux... Et tout plein de voitures qui se baladent avec d'énormes enceintes qui crachent les discours politiques des différents candidats. Je ne comprends rien du tout à leur baratin. Tout ce que je sais, c'est que je n'aime pas du tout lorsque je traverse une ville et qu'une «voiture sono» vient se flanquer derrière moi parce que je me fais encore plus remarquer. J'espère seulement que les gens ne pensent pas que je suis un des candidats et que je ne fais pas partie de la caravane publicitaire!

Cette petite remarque peut faire sourire, mais il y a tellement de bonshommes en photo et tellement de porteurs de drapeau, de convois de voitures, camions ou motos, tous décorés aux couleurs du candidat, que j'ai l'impression que tout le monde est mobilisé, soit en temps que candidat, soit en temps que recruteur.

Ce qui est sûr, c'est que Lula se laisse volontiers prendre en photo avec le logo de Petrobras en fond et que les candidats aiment à s'afficher en présence du président actuel. En fin de compte, celui que l'on voit le plus, c'est celui qui ne se présente pas et on ne sait plus quoi penser et quoi voter. Un conseil? Votez Petrobras!

 

 

Flics et flaques (écrit le 1/10/2010)

Je n'ai, à la base, rien contre les policiers. Mais je dois tout de même dire que chaque fois que j'ai à faire à un flic, je les trouve idiots et initéressants.

En France, les seuls contacts que j'ai eu avec ceux que l'on appelle les poulets (les Américains disent ducks, canards, on reste dans les noms d'oiseaux) ont été pour faire procuration à mes parents lors des élections. A chaque fois, j'ai eu l'impression de faire ch.. le gars derrière le bureau. A chaque fois on m'a tendu un formulaire à remplir, sans rien me demander de plus: - «Vous ne voulez pas une pièce d'identité?». - «Non, non, on vous fait confiance.». Si tous les bureaux de police fonctionnent de cette façon, vous pouvez faire procuration au nom de toutes les personnes que vous voulez... Pour vous!

Lorsque j'étais au Maroc, je suis allé trois fois à la Gendarmerie Royale. La première, c'était pour demander si je pouvais passer la nuit dans l'enceinte du commissariat étant donné que j'étais dans une zone urbaine sans campings, ni hôtels, ni grandes propriétés. J'étais tombé sur un gros qui était en train de plumer le figuier situé dans la cours de la gendarmerie. Sans même m'écouter, il m'avait sèchement demandé de quitter les lieux. Je m'étais exécuté, sans mot dire. Mais je lui aurais bien lancé un «Plutôt que de te goinfrer de figues, tu ferais mieux de manger des carottes. Il paraît que ça rend aimable!». Mais ça m'aurait attiré des ennuis. Donc je suis parti et, pour votre information, j'ai terminé sur la pelouse d'une station service. Deuxième contact avec la Gendarmerie Royale marocaine, lorsque j'étais malade, pour demander où était l'hôtel le plus proche. Le bâtiment était désert. Puis une porte s'était ouverte et un gars était sorti, complètement endormi et j'avais pu apercevoir son lit dans le fond du bureau. Vraisemblablement, je le réveillais à 8h du matin. Troisième rencontre, après le caillassage de l'avant dernier jour. Le commissariat était désert.

Au Brésil, il y a des bureaux de «Rodoviaria Police» assez régulièrement au bord des routes et tous présentent la particularité d'avoir un grand auvent (pour protéger les voitures de service). Comme j'arrivais à proximité d'un de ces check point, la pluie s'est fait plus forte. Je me suis donc réfugié sous le auvent des policiers (avec passage dans une énorme flaque au passage). Deux spécimens sont sortis de leur trou et ont commencé à me parler en Portugais. Ils ont rapidement compris que je ne parlais pas (ils ne sont pas complètement débiles). Ils ont ensuite continué à blaguer sur mon compte, me jetant de petits coups d'œil furtif. Puis l'un d'eux s'est avancé vers moi et a pointé une sacoche du bout du doigt en me disant «see». Je lui fais comprendre que tout est emballé contre la pluie et que je ne veux pas tout sortir pour lui. Il n'insiste pas. Il me demande alors «where you?». J'imagine que ça veut dire «Where are you from» et je lui réponds France en lui montrant le petit écusson qui décore ma sacoche avant. Il poursuit, toujours aussi loquace «passeport». Encore une fois, je ne veux pas tout sortir et je lui réponds «yes» en lui montrant ma sacoche de guidon, qui renferme le précieux document. Son collègue lui demande quelque chose en Portugais, ils éclatent de rire. Moi, je décide de déguerpir, à choisir entre les flaques et les flics, je choisis les flaques!

Le soir, en ouvrant mes sacoches, je me rends compte que tout est trempé. En passant dans les flaques, l'eau a contourné la housse de protection et a réussi à pénétrer dans les sacoches. Heureusement, toutes les affaires sont dans des sacs plastiques. Rien n'est mouillé.

Bref, il est préférable d'éviter les flics et les flaques. Mais à tout prendre, mieux vaut choisir les flaques que les flics.

 

 

C'est la rentrée (écrit le 30/09/2010)

Tout d'abord je voudrais présenter mes excuses à tous ceux qui attendaient avec impatience mon histoire de fesses étant donné que le problème tant attendu n'a pas eu lieu, la faute au mitosyl, cette crème super grasse que l'on met sur les fesses des bébés... Et dont je me badigeonne le nez tous les soirs pour essayer de reformer ma peau... Ce qui fait que j'ai la figure qui sent comme les fesses des bébés, idéal pour draguer en boîte. Mais, heureusement, je n'ai pas beaucoup l'occasion d'aller traîner en boîte. Où en étais-je?... Ah oui, au mitosyl. J'ai tartiné le dessous de ma selle avec du mitosyl, ce qui a eu pour effet d'assouplir le cuir et résultat des comptes, je n'ai pas eu mal aux fesses. Chouette pour moi, dommage pour vous, parce que ça aurait pu faire un bon article classé X! Faute de récit interdit au moins de 10ans, je vous fais un article qui cause des moins de dix puisque je vais vous parler (un peu) de l'école!

Pour les petits Français, la rentrée a eu lieu début septembre. Mais pour certains universitaires, le retour sur les bancs de l'école ne fait que récemment. Je pense évidemment à tous les copains qui vont entamer leur dernière année sur le campus de la Doua. Au Brésil, il n'est pas question de rentrée, les saisons étant inversées (je ne vous apprends rien tout de même!?). En fait, les deux seuls qui ont fait leur rentrée récemment, c'est Espéranto et moi. Après presque trois semaines d'arrêt nous sommes de retour sur la route.

Quand on va à l'école, chaque année est semblable à la précédente et pourtant chaque rentrée est un peu stressante. Il faut reprendre ses marques (ou trouver ses marques si on passe de la primaire au collège, par exemple). Puis on fait la connaissance de nouveaux camarades de classes, de nouveaux locaux. Mais rapidement on prend ses petites habitudes et tout redevient «normal». Aussi bizarre que cela puisse paraître, c'est la même chose sur le vélo et en partant de Rio, j'ai un peu eu l'impression de passer au CP. Changement de type de conduite, changement de boutiques, changement de climat, changement d'us et coutumes... Bref, tout est pareil (il y a des voitures, il faut manger, dormir et faire attention...) mais tout est différent (les voitures sont moins déglinguées, les routes sont potables, la terre est rouge...).

Mes premières impressions sur les routes brésiliennes, c'est qu'il faut être très très très prudent dans les descentes et ne pas se laisser tenter par la vitesse. En effet, à tout moment un trou peut surgir devant vous. Et si ce n'est pas un trou, c'est un camion arrêté sur le bas côté ou un éboulement. A ce propos, en deux jours de route, j'ai vu plus d'éboulements qu'en deux mois de voyage! Il faut dire que le climat est très humide ici, ce qui me déplaît fortement. Il semble que ce soit la topographie du site qui soit la cause de ce désagrément. Lorsque je suis sur la route, à ma gauche se trouve l'océan Atlantique, grosse masse d'eau froide, et à ma droite se dresse des montagnes de plusieurs centaines de mètres de hauteur. Résultat, lorsque l'eau de l'océan s'évapore, elle monte, se refroidit et forme des nuages qui viennent s'agglutiner sur les montagnes. D'où le brouillard et les pluies. D'ailleurs, la végétation dans laquelle j'évolue est luxuriante. De temps en temps je m'arrête pour écouter les bruits qui sortent de là-dedans. Franchement, ça fait peur! J'imagine tous les serpents immenses, les grands singes et les bêtes féroces qui doivent se disputer au milieu des lianes, des fougères géantes et des troncs monstrueux... Je n'irais (et je n'irai) pas y mettre ma tente! D'ailleurs il n'y a pas beaucoup d'endroits pour mettre la tente par ici. La mer, pas possible. La forêt vierge, je ne m'y risquerais pas. Les jardins des maisons, il n'y en a pas. Les campings, c'est pas courant. Bon, puis dans les trucs à faire tous les jours, il y a les courses, le séchage des vêtements et la recherche de l'eau (parce qu'au Brésil aussi, il est fortement déconseillé de boire l'eau du robinet et je ne veux pas renouveler mon expérience marocaine. Bref, c'est la rentrée.

 

 

Faux départ (écrit le 28/09/2010)

Dans mon programme initial, j'avais prévu de quitter Rio le 26. C'est toujours bien de quitter une grande ville un dimanche matin parce qu'il n'y a pas grand monde dans les rues. Par contre, c'est vrai que pour demander un renseignement, c'est pas terrible. Mais je préfère ça plutôt que de me retrouver «stuck in the traffic» avec Espéranto. Mais voilà, on ne fait pas toujours comme on veut. Histoire de mieux connaître la ville et de récupérer parfaitement de ma grippe, j'avais décidé de partir deux jours plus tard, le 28. C'était sans compter sur la pluie.

Depuis que je suis parti de Marseille (70 jours, déjà), j'ai vu la pluie à deux reprises. La première fois au Maroc. Ce jour là j'étais couché au fond de mon lit avec un mal de ventre monstrueux, donc j'étais assez content qu'il pleuve. La seconde fois, ce matin, par la fenêtre de mes hôtes cariocas. Là, je m'en serais bien passé. Non, mais c'est vrai quoi! Pourquoi est-ce qu'elle se décide à tomber le jour où je compte quitter Rio, celle-là? Elle peut pas aller voir ailleurs si j'y suis?

Depuis que je suis arrivé au Brésil, ce n'est pas le grand beau temps. Il faut dire que c'est la fin de l'hiver ici, alors les températures ne sont pas toujours très élevées (surtout en comparaison des 50°C marocains) et les nuages sont souvent de la partie. D'ailleurs je n'ai encore pas vu le ciel totalement bleu ici. Mais la pluie et le brouillard comme ce matin, non plus.

Évidemment, vous savez comment c'est dans ces cas là. Partir ou pas partir? Les sacoches étaient bouclées, Espéranto était prêt. Moi aussi. Nous étions décidés à décoller. Hier soir j'étais allé faire un petit tour sous les nuages pour voir comment rejoindre Copacabana (ça fait rêver Copacabana, non?) depuis Flamengo. J'avais fait un dernier au revoir au Pain de Sucre et au Corcovado. J'en avais aussi profité pour faire les derniers réglages d'Espéranto... Et pour me rendre compte que j'allais avoir très mal aux fesses ces prochains jours (il y a des chances pour que le prochain article soit un truc de fesses). Bref, j'étais prêt physiquement et mentalement à affronter la pluie.

Mais nos hôtes nous ont raisonnés et nous avons finalement décidé d'attendre un jour de plus. Bon, puis c'est vrai aussi qu'on n'est pas si mal que ça ici :-). Il va pourtant bien falloir partir et demain sera le jour J. C'est décidé, qu'il pleuve (fort probable), qu'il vente (il y a des chances) ou qu'il neige (beaucoup moins probable), je pars. Il n'y aura pas d'autre faux départ!

 


Deux jours à tuer (écrit le 26/09/2010)

Je ne suis pas très cinéphile. D'abord parce que je préfère aller gambader plutôt que de rester devant un écran (oui, je suis comme la chèvre de Gad El Maleh, j'aime le gambadage). Ensuite parce que je trouve toujours quelque chose de plus important à faire que de regarder un film. Et puis parce que je ne peux pas m'empêcher de pleurer comme une madeleine devant la moindre scène triste un peu émotionnelle (pourtant, je vous jure que j'essaie de me retenir, mais pas moyen...). Par contre, lorsque je commence à regarder un film, je suis incapable de m'arrêter au milieu. Hier soir, j'ai regardé le début de Deux jours à tuer, film français de ?? qui passait sur TV5 Monde et je suis resté jusqu'à la fin.

Deux jour à tuer, c'est l'histoire d'un mec (ça commence comme la blague de Coluche, c'est l'histoire d'un mec...) qui est atteint d'un cancer et qui apprend qu'il ne lui reste que très peu de temps à vivre. Comme je vous l'ai déjà dit, je ne suis pas très calé en films, mais j'ai trouvé celui-ci très bien (et très triste). Pour faire vite, la morale du film est qu'il faut profiter pleinement de la vie parce qu'on ne sait pas quand est-ce qu'on va mourir.

Alors, je tiens à vous rassurer tout de suite, je ne suis pas en phase terminale d'un cancer et je ne compte pas quitter notre monde de si tôt (ouais, je vais encore vous enquiquiner pendant un moment). Mais je suis tout à fait d'accord avec le fait qu'il faille profiter de chaque instant pour ne rien regretter.

On me demande souvent pourquoi est-ce que je suis parti. Pourquoi au bout du monde. Pourquoi tout seul. Pourquoi ce parcours. Pourquoi après les études. Pourquoi à vélo. Pourquoi, pourquoi, pourquoi... Je dois avouer que je suis embarrassé pour amener une réponse précise à toutes ces questions. Il y a tellement de raisons, toutes dépendantes les unes des autres. Mais je crois que la raison majeure, celle dont découle toutes les autres, c'est que j'avais envie de faire ce voyage pour pouvoir profiter de la vie et m'ouvrir au monde. Je ne pense pas que l'on puisse dire que ce soit courageux. Mais c'est pourtant ce que je m'entends dire régulièrement. Au contraire, partir une année à vélo autour du monde est, par certains côtés, lâche et égoïste. On quitte notre famille et nos amis (qui s'inquiètent pour nous) pour assouvir un désir purement personnel. On fuit nos obligations sociales pour vivre en nomade. Lorsque j'ai appris à un de mes très bons copains que je partais en voyage pour une année à vélo, il m'a félicité pour mon courage et mon initiative, ajoutant que, lui, commençait aussi une nouvelle aventure, mais une aventure beaucoup moins courageuse: il se mariait. Honnêtement, je trouve que l'acte de mariage est quelque chose de beaucoup plus brave que le fait de partir en voyage. En épousant quelqu'un, on se dévoue corps et âme pour cette personne. On accepte d'affronter, main dans la main, le bon comme le mauvais et ce, pour le reste de notre vie. Ça c'est courageux.

Il me reste encore un peu plus de onze mois de voyage. Un peu plus de onze mois pour apprendre à connaître le monde et à me connaître. Un peu plus de onze mois pour profiter de ce que nous offre la planète Terre. Un peu plus de onze mois pour acquérir le courage et la maturité nécessaire pour mener une vie familiale et professionnelle pleine. Tout ça pour vous dire que je vais vous laisser pour aller promener en ville. Je ne sais pas quand est-ce que je reviendrai à Rio. La seule chose dont je suis sûr, c'est que j'y suis!

 


Rio, Riiooooo, Riiiiiiiiiiiiiioooooooooooo (écrit le 25/09/2010)

A chaque changement de pays j'ai l'impression de m'éloigner de mes parents (allez-y, allez-y, moquez-vous), de mes sœurs, de ma famille, de mes amis... En embarquant pour Rio j'ai vraiment ressenti ce sentiment bizarre qui mêle la joie et le stress. Dakar - Madrid, c'est quatre heures de vol. Madrid – Rio, c'est dix heures. Ce n'est pas la même chose. Qui plus est, j'ai quitté Dakar avec une bonne grippe (je tiens à vous rassurer, je suis toujours vivant, ce n'était pas le palud). Heureusement pour moi, Rio est une ville européenne.

Vous vous souvenez qu'il est impossible de se trimbaler dans les rues de Dakar sans être alpagué toutes les 5 secondes par un gars qui veut vous vendre tout un tas de trucs dont vous n'avez pas besoin. De fait, il est impossible de trouver un coin, dans tout Dakar, pour s'asseoir et pique niquer tranquille (enfin, si, il y a le Centre Culturel Français et quelques clubs huppés). A Rio, c'est comme en Europe. Il faut faire attention à ne pas exhiber ses sous et son appareil photos, mais on peut se promener dans les rues et admirer la ville en toute tranquillité. Je ne vous cache pas que j'apprécie mes petits gueuletons au bord de la baie de Urca (quartier de Rio) avec vue sur le Corcovado!

Autre ressemblance avec l'Europe: les prix sont affichés. Par contre, j'ai passé tellement de temps en Afrique que j'ai gardé l'habitude de me faire arnaquer et, par conséquent, de toujours négocier les prix. Les vendeurs brésiliens n'apprécient pas!

Le point négatif de cette ressemblance européenne, c'est que la vie est presque aussi chère qu'en France. Téléphérique pour monter au Pain de Sucre, 44 reals. Train pour le Corcovado, 36 reals. Cartouche de gaz 240g, 20 reals. Guidoline, 30 reals. Carte postale, 2 reals... Le taux de change actuel est de 2,4 reals pour 1 euro. Bref, on se fait facilement plumer.

Mais il existe quand même une ressemblance entre le Brésil et le Sénégal. C'est la culture du sport. A Rio, comme à Dakar, les gens se lèvent alors qu'il fait encore nuit pour aller faire leur jogging et leur musculation avant d'aller travailler (oui, parce que, ici, les gens travaillent pour de vrai). Dans la famille qui m'accueille (que je tiens à remercier plus que chaleureusement, au passage), je suis le dernier levé. Moi, je sors de mon lit, eux, sortent de la douche après 1h30 de vélo, 1h de jogging ou 1h de surf.

Il y a d'ailleurs un mystère que je n'ai pas encore réussi à élucider (mais ça ne fait que quelques jours que je suis ici): pourquoi y a-t-il autant de gros. C'est vrai, quoi. Ils ont plein de fruits super bons et très sains (papayes, goyaves, bananes, mangues), ils font du sport à «donf», il y a des plages magnifiques à tous les coins de rue, des collines partout dans la ville et le climat est génial. Bref, toutes les conditions sont réunies pour avoir la ligne. Un élément de réponse peut-être la taille des Brésiliens, qui sont plutôt petits. Du haut de mon mètre quatre vingt dix, je domine souvent la situation. Par contre, pour dominer la ville de Rio, il faut monter là-haut (hé hé Pascal, j'ai réussi à la placer!).

Là-haut c'est soit au Pain de Sucre, soit au Corcovado. Par contre, c'est mieux de choisir un jour de beau temps (surtout vu le prix que ça coûte). Personnellement, je n'ai pas trop eu de chance avec la météo étant donné que j'ai fait ces deux sites dans la brume (mais j'ai quand même eu droit à quelques éclaircies, puis voir passer les nuages au-dessus de la ville, c'est pas moche non plus!).

Voilà, je crois que vous avez compris que j'apprécie énormément Rio. Je ne serai jamais Dakarois. Mais Carioca, pourquoi pas!

 


Surprises, surprises (écrit le 22/09/2010)

Ça y est, j'ai changé de continent et je suis à Rio! Une fois de plus, l'embarquement d'Espéranto dans l'avion n'a pas été une mince affaire. Et si la RAM a fait fort, IBERIA n'a pas démérité. Tout s'est bien passé jusqu'au moment de l'embarquement où on m'a dit «vous ne pouvez pas embarquer, votre bagage ne passe pas aux rayons X». La suite, c'est 30mn d'allers et retours dans le sous-sol de l'aéroport de Dakar et des discussions parfois musclées. Mais en fin de compte, on est tous les deux montés et on est tous les deux arrivés à Rio. Donc place à l'Amérique du Sud pour cinq mois. Au programme, le Brésil puis l'Uruguay, l'Argentine, le Chili, la Bolivie et enfin le Pérou. Enfin, c'est ce qui est prévu, enfin, si je n'ai pas de mauvaises surprises et que tout se passe bien. Parce que jusqu'à présent, en termes de surprises, j'ai été servi. La dernière en date? Cette après-midi, lors du déballage d'Espéranto.

Je ne compte pas quitter Rio tout de suite. D'autant plus que j'ai ramené de Dakar une bonne grippe accompagnée d'une bonne diarrhée (alors, palud ou pas palud?). Tout ça pour vous dire que je n'étais pas obligé de déballer Espéranto tout de suite. Mais je me suis dit qu'après une semaine au fond de son carton, il devait commencer à trouver le temps long et, moi, je m'ennuyais de ne pas le voir. Donc entre un cachet et deux mouchages, j'ai pris mon courage à deux mains (et non à demain) pour le délivrer. Deux grosses surprises (et pas des bonnes) m'attendaient. First one: le bout de polystyrène qui avait été placé sur la potence a glissé pendant le transport. Les vis de serrage se sont retrouvées directement sur le carton. Pendant le voyage, ça a dû frotter comme il faut et résultat de tout ça, la potence a été limée. Ce n'est pas trop grave. J'ai gagné 3g de poids. Seconde surprises, très mauvaise, celle la, ma superbe selle en cuir Brooks (ceux qui disent que c'est une vieillerie ne connaissent rien au vélo, parce qu'une selle comme ça, c'est un fauteuil, alors que les selles en gel des vélo'v, c'est pire que des lits de clous pour fakirs et mes fesses peuvent en témoigner après avoir testé les deux). L'explication, c'est que le vélo a été nettoyé à grande eau juste avant d'être emballé (je précise que ce n'est pas un plan à moi, ça). Vous comprenez bien que du cuir humide laissé dans du plastique pendant une semaine, c'est pas top. Enfin, un petit coup de cirage et c'est presque bon.

Sinon, en plus de la grippe, de la potence limée et de la selle moisie (comme si tout cela ne suffisait pas), l'écran de mon compteur s'est éteint. J'ai essayé de le rallumer gentiment, en appuyant sur les boutons, puis de façon un peu plus persuasive, en pressant l'écran. Comme rien n'y faisait, je l'ai cogné par terre et en fin de compte je l'ai insulté (évidemment, ça n'a pas fait avancer le schmilblick, mais vous savez comment c'est lorsque l'on est énervé). Au bout du bout, j'ai retiré la pile et il est reparti. Le truc qui m'agace le plus, c'est que j'ai perdu le kilométrage cumulé. Je l'ai toujours sur mon carnet, mais pas sur mon compteur. Je n'aurai pas la joie de prendre la photo 10000kms dans quelques semaines.

A part ça? Ben à part ça, depuis que je suis arrivé, il y a du vent sur Rio (il paraît qu'il n'y a jamais de vent à Rio). Mais, là, je sais que c'est moi qui l'ai apporté avec moi. Il y a aussi une dépression qui est annoncée pour la fin de la semaine (ce serait vraiment la guigne de partir sous la pluie). Puis j'ai la crève. Mais ça, ce n'est pas une surprise parce que, tous les mois de septembre, j'en prends pour 10 jours de crève. De Marseille elle m'a suivi à Lyon (tu te lèves et tu confirmes, n'est-ce pas Raph?). Puis à Chicago. Je pensais pouvoir la semer en partant à vélo. Mais elle m'a rattrapé. Félicitation Madame la Grippe.