À voir à Moscou (écrit le 21/07/2011)

Je suis à Moscou, j'ai du temps et une bonne connexion internet. Tous les ingrédients pour mettre des nouvelles en ligne. Il me manque juste le plus important de tout: des choses à raconter. Je vous ai déjà fait part de toutes mes surprises russes et je ne trouve rien de bien intéressant à vous dire sur Moscou. C'est une grande ville russe, avec tout ce qu'il y a de plus russe: de l'alcool, des cigarettes, des filles en talons aiguilles, des boutiques en sous-sol, des coupoles dorées et du cyrillique de partout. C'est aussi une capitale, avec toutes les caractéristiques d'une capitale: grosses cylindrées, messieurs en costard et dame en tailleur et bâtiments pompeux. C'est enfin une ville touristique, avec (dites-le avec moi) tout ce qu'il y a de plus touristique: des monuments, des bus à touristes, des hôtels et des magasins de souvenirs. Comme j'ai débarqué ici sans savoir grand chose de la ville, j'ai fait une petite recherche sur internet où je suis tombé sur un article intitulé «À voir à Moscou», article dans lequel l'auteur disait que trois jours suffisaient pour visiter la capitale russe. Je vous confirme que c'est vrai. Une fois que vous avez vu la Place Rouge et ses alentours ainsi que quelques parcs, vous avez tout vu. Le reste de la ville n'a rien d'extraordinaire (surtout après deux mois et demi passés dans le pays).

En arrivant à Moscou j'étais déjà rentré dans une boutique, dans une église orthodoxe, dans une mosquée, dans une université... Mais il y a une chose que je n'avais pas encore faite et que je n'aurais pas faite si je n'avais pas été avec Dacha, c'est d'aller au Mc Donalds. Dacha, c'est la fille de Slava, un cycliste russe ami de mes parents chez qui je loge à Moscou. Infirmière dans l'hôpital pour enfants de Moscou, elle travaille huit jours par mois. Lorsque je dis «jour», c'est vraiment «jour», 24h non stop! Il y a trois jours elle travaillait, il y a deux jours elle se reposait et hier elle m'a accompagné en ville pour me montrer un magasin de sport (un magasin au top du top, mais planqué dans un sous-sol d'immeuble à tel point que vous passez devant sans le voir!), l'ancienne exposition universelle, le parc de la victoire et le Mc Donalds.

Il me semble vous avoir déjà dit que les Russes sont très méfiants à l'égard des supermarchés, ces grandes enseignes qui vendent des produits bourrés de conservateurs et d'OGM. Je vous ai aussi déjà raconté l'antipathie qu'ont les Russes vis à vis des Américains. Les conséquences de tout ça, c'est que les supermarchés sont très souvent vides et peu de Russes ont envie d'aller passer leurs vacances aux US et encore plus rares sont les gens qui parlent Anglais (la langue des Américains, mais vous vous rendez compte un peu!?!). Sachant cela, si je vous pose la question «est-ce que les Russes vont chez Mc Donalds?», vous allez me répondre «non». Réponse tout à fait logique, mais totalement fausse. J'ai découvert ça hier: les Russes se ruent chez Mc Donalds.

À l'heure actuelle, il n'y a rien de plus tendance que d'être assis à la terrasse de Ronald, ou de se promener dans la rue avec à la main un sac en papier estampillé du célèbre M jaune et c'est vrai pour tout le monde. Depuis les adolescents qui viennent entre copains, jusqu'aux hommes d'affaires qui sont attablés en costard, en passant par le couple qui vient en amoureux et ceux qui débarquent en famille.

Pourtant, Mc Do n'a fait aucun effort pour adapter son système à la Russie. Tout est exactement identique à ce que vous pouvez trouver aux US (et en France, d'ailleurs): photos des sandwiches au-dessus du comptoir, cuisines à demi apparentes derrière, tables minuscules, tabourets peu confortables et noms anglais. Il y a des frimes automobiles américaines comme Chevrolet, pour ne citer que celle-ci, qui, pour séduire, la clientèle russe, ont changé le nom de leurs voitures pour leur donner une consonance plus slave. Je pensais que le succès de Mc Do venait peut-être de là. Mais les burgers s'appellent toujours Big Mac, Double Cheese Machin Chose ou Chicken Bidule, ils sont toujours aussi gras et indigestes et transforment les clients en bibendoms... Alors pourquoi les Russes sont-ils aussi friands de ce fast food? Cela reste un mystère pour moi.

 


Le 366ème jour (écrit le 19/07/2011)

Voilà un an, jour pour jour, que j'ai quitté Marseille. Un an que je suis sur la route. Un an que chaque jour m'apporte son lot de surprises, de rencontres, de problèmes et d'émerveillement. Mais je dois aussi avouer que ça fait un an que je souffre sur le vélo.

J'aime pédaler. J'aime entendre le bruit des pneus sur l'asphalte et le cliquetis de la roue libre. Mais depuis un an, parce que je tourne dans le sens contraire des vents dominants, je n'ai eu que très peu de plaisir sur le vélo. La plus grande partie du temps, j'ai lutté contre le vent de face plus que je n'ai pédalé. En plus du sale vent, la Russie a ajouté les mauvaises routes et les camions. Bien souvent, je me suis demandé pourquoi est-ce que je continuais. Il aurait été tellement plus simple de prendre un train ou un bus et de changer d'itinéraire. Mais je suis têtu, tenace, orgueilleux et lorsque j'ai commencé quelque chose, je le fais jusqu'au bout, quelles que soient les difficultés qui se présentent. Sur le moment, ça fait mal et c'est moralement difficile. Certains vont peut-être penser que je suis un peu fou, mais je crois vraiment que ce sont ces moments de souffrance qui rendent cette aventure aussi belle.

Le bruit du vent dans les chardons marocains n'aurait pas été aussi beau si je n'avais pas dû lutter contre le vent de face. Les paysages de la Carreterra Austral auraient été plus pâles si je n'avais pas enduré tout ce ripio. La vue depuis le col Abra del Acay n'aurait pas été aussi surprenante si je n'avais pas autant souffert pour y arriver. Je n'aurais pas apprécié le calme de la Laguna Ruta de la même façon si je n'avais pas dû pousser mon vélo dans du sable pendant plusieurs jours. Et la vue de la cathédrale Saint Basile sur la Place Rouge, n'aurait pas eu le même effet sur moi si je n'avais pas pédalé tous ces kilomètres de routes russes.

Maintenant que je suis à Moscou, la frontière avec l'Europe n'est plus qu'à quelques 700kms et j'ai presque l'impression d'être arrivé. Pourtant il me reste encore à peu près 4000kms jusqu'à Marseille et je sais que je vais encore souffrir. Le vent ne va pas me laisser passer comme ça, il se pourrait bien que la pluie s'invite de temps en temps et, avec mon matériel qui commence à avoir de l'âge, je ne suis pas à l'abri d'une casse. Il y a fort à parier que je vais encore avoir beaucoup de jours où je vais me demander ce que je fabrique sur un vélo.

Mais je n'en suis pas encore là. Pour le moment, je suis allongé dans l'herbe, à deux pas du Kremlin, avec une vue imprenable sur les coupoles de la basilique Saint Basil. Les bus de touristes se succèdent les uns après les autres et quelques péniches passent sur la rivière Mockva. Tout en regardant la vie qui s'écoule doucement sur la Place Rouge, je repense à tout ce que ces 366 jours de voyage m'ont apporté et je me prends à rêver des surprises que les deux derniers mois de route me réservent. Ne dit-on pas que l'on garde le meilleur pour la fin? Alors...

 


Typiquement russes (écrit le 17/07/2011)

Les filles en talons aiguilles, minijupe et décolleté à soutien-gorge apparent dans les grandes villes.

Les routes nationales aux allures de chemins communaux.

Les mamies avec leur foulard sur la tête dans les campagnes.

Éplucher les bananes à l'envers.

Les entrées de magasins cachées (comme pour qu'on ne les voit pas).

Les vieilles Lada.

La répartition dans le couple telle que Madame fait tout, Monsieur ne fait rien (hormis regarder la télé en fumant ses clopes et en buvant sa vodka).

La datcha avec le bania.

Boire du thé à toute heure.

Les semi-remorques «classiques» qui transportent des voitures.

Les vitrines de Vodka.

Les grosses cheminées d'usines au milieu des villes.

Les gros chiens qui aboient et montrent les crocs devant les épiceries.

Les travaux routiers qui créent des bouchons de plusieurs kilomètres.

Monsieur, assis devant à gauche, conduit. Madame, assise derrière à droite, se fait conduire.

La cuisine à base de légumes de la datcha.

La méfiance à l'égard des inconnus et surtout des étrangers.

Les véhicules qui s'arrêtent pour laisser les piétons traverser la chaussée.

Les gens qui se croient encore au temps de la guerre froide et considèrent les USA comme des ennemis.

Offrir du thé à un invité (et non de la vodka!).

La caissière qui continue de taper son texto alors que vous êtes là avec vos produits.

Les véhicules arrêtés un peu partout le long des routes avec le capot ouvert.

Ne pas tenir la porte aux autres à l'entrée d'un magasin.

Les stations services situées à une centaine de mètres de la route.

La méfiance à l'égard des super marchés (trop de conservateurs et d'OGM!).

Les vieilles voitures avec un GPS sur le tableau de bord.

Les trois questions des gars de bord de route: Tu veux boire? Tu veux fumer? Tu veux une fille? (toujours dans cet ordre là).

Doubler par la droite en roulant dans le bas côté.

La glace comme petit plaisir dominical.

Les transports en commun qui ressemblent à des engins de chantier.

L'autorisation de faire du feu n'importe où.

Les voitures de police fictives le long des routes.

Les vendeuses qui soupirent en vous servant.

Les gens qui vendent les produits de leur datcha le long des routes.

Les statues de Lénine.

La population d'un supermarché telle que: 20 vendeuses, 10 agents de sécurité et 3 clients.

Les remorques de poids lourds «Wagner Obst und Gemüse», «Transport Dupont» et autres.

Les cafés de bord de route perdus au milieu de la forêt et les grands carrefours routiers dénués de tout.

Les remix techno et la popsa.

Les cheminées rouges et blanches disséminées un peu partout.

Les maisons en bois aux fenêtres colorées.

Les églises orthodoxes et leurs coupoles dorées.

Les «biscuits chien» vendus au poids.

Je suis sûr que j'en oublie, mais voilà une petite liste de choses typiquement russes.

 


2x2 voies (écrit le 15/07/2011)

Toutes les cartes sont accompagnées d'une légende. Mais chaque carte est différente et il faut un laps de temps pour s'habituer à chacune. Après plus de deux mois en Russie, toujours avec la même carte, je crois que je peux dire que je suis devenu un spécialiste de la carte. Je sais que les traits gris sont des traces et non pas des routes, que dans les points jaunes je pourrai trouver une petite épicerie et qu'il me faudra attendre un point rouge pour rencontrer un vrai supermarché. Je sais aussi que le gros trait rouge/jaune/rouge est une deux fois deux voies à chaussées séparées.

D'ordinaire, les 2x2 voies à chaussées séparées sont les pires routes que le cyclo puisse emprunter. Ce sont des voies rapides avec beaucoup de circulation et pas grand chose à voir. Mais en Russie, ce sont les meilleures routes pour pédaler et je m'en vais vous dire pourquoi.

Premièrement, comme ce sont des chaussées séparées, ça veut dire que vous ne risquez pas de voir arrivez en face de vous une file de voitures pressées de doubler un camion. Deuxièmement, toujours parce que c'est une chaussée séparée, les véhicules arrivant en sens inverse sont assez loin pour que vous ne ressentiez pas le déplacement d'air qu'ils créent. Troisièmement, le trafic russe n'est généralement pas assez dense pour occuper les deux voies tout le temps. De fait, il est très facile, pour les véhicules circulant dans le même sens que vous, de se déporter pour vous dépasser. Quatrièmement, parce que les 2x2 voies à chaussées séparées sont dans l'ensemble des routes récentes, l'enrobé est très correcte. Cinquièmement, toujours parce que ce sont des chaussées plutôt récentes, il y a très souvent une petite bande d'asphalte au-delà de la ligne blanche. Ce n'est certes pas un vrai bas-côté, mais ça permet tout de même de se mettre un peu à côté. Enfin, comme ce sont des routes assez larges, les véhicules roulent vite et vous bénéficier donc du déplacement d'air qu'ils créent.

Maintenant que vous savez tout ça, si je vous dis que j'ai eu un trait rouge/jaune/rouge continu entre Nijni Novgorod et Moscou, vous devinerez facilement que ce tronçon a été un pur plaisir, ou tout au moins qu'il a été moins catastrophique que ce que j'ai pu endurer jusqu'à présent sur les routes russes. En effet, en approchant de Moscou, le trafic s'est fortement intensifié et, sur les cent derniers kilomètres menant à la capitale russe, c'était du pare choc contre pare choc, avec tout ce que cela induit de pollution et de bruit.

Je me suis fait la remarque il y a quelques jours comme quoi je ne m'arrêtais jamais très longtemps alors que j'en avais le temps. À la pause suivante, je me trouvais un bon abri bus (qui ne sentait pas l'urine, ce qui n'est pas facile à dégoter!) et je m'y suis installé avec pour objectif d'y passer une heure. Mais au bout d'un petit quart d'heure, je n'en pouvais plus. Non pas d'être assis à l'ombre, mais du bruit. Le bruit infernal et continu des moteurs et des remorques qui vient vous agresser les tympans et fait vibrer la structure en béton armé de l'abri bus. Du coup, maintenant, je fais toujours mes pauses à l'écart de la route, quitte à faire une centaine de mètres sur une piste en piètre état. Là, à l'ombre d'un bouleau, je peux reposer mes oreilles. L'inconvénient des bouleaux, c'est qu'il n'y a pas de banc pour poser ses fesses... Mais il y a des moustiques pour vous les piquer et, de fait, vous ne restez pas bien longtemps à vous reposer. Vivement que je retrouve l'Europe avec ses petites routes sans beaucoup de trafic et ses petits villages avec leurs places et leurs bancs.

 


Spoutnik Kstovo Vélo Club (écrit le 12/07/2011)

Le président du club de vélo de Kstovo, il s'appelle Kutusov. Je ne sais pas si ça vous dit quelque chose, mais personnellement, Kutuzov, ça a autant de signification que Duchnock! Sauf que, apparemment, Kutuzov, c'était un cycliste de très haut niveau au temps de l'URSS. Maintenant, il ne fait plus de compétition, mais il préside le club de la ville où nous nous rendons à pied.

Le club house du Spoutnik Kstovo Vélo Club, c'est un truc bien russe. En sous-sol d'un immeuble, vieux, sombre et humide, par lequel on accède par un escalier très étroit (super pratique pour amener son vélo n'est-ce pas). On aurait presque l'impression qu'il s'agit d'une organisation secrète! Les murs sont tapissés de photos et les étagères remplies de coupes. Un ou deux bustes émergent d'une mer de papiers sur une table où trône un ordinateur qui doit être le petit frère d'Eniac. Il y a quelques vélos dans un coin, des casques d'un autre âge, des vêtements aux couleurs passées. Dans un coin du bureau se trouve un frigo, un four micro ondes et une cafetière, tous «d'époque». Kutuzov me propose une tasse de thé en me demandant le diamètre de ma roue. «26 pouces». «Elementare», me répond-il. Puis, il me laisse quelques minutes avant de réapparaître avec une roue de 26 pouces. J'inspecte minutieusement la jante. Ce n'est pas du matériel neuf, mais ça devrait faire l'affaire. Je lui demande alors où se trouve l'atelier pour faire le changement. Je ne veux que la jante. Mon moyeu et mes rayons sont bons (et sans aucun doute meilleurs que ceux de la roue qu'il me présente). Il m'emmène donc dans une pièce un peu plus loin dans le sous-sol où sont entassés des cadres et des roues, des chaînes et des cassettes, des dérailleurs et des plateaux... Du matériel de récupération dont beaucoup de pièces seraient plus à leur place dans un musée que dans un atelier! On est loin des clubs de vélo européens et nord américains et de leur équipement au top de la technologie!

Kutuzov est en train de chercher les outils nécessaires au démontage de la roue lorsqu'un jeune d'une quinzaine d'années nous rejoint. Il lui tend ma roue et lui explique le travail à effectuer. Je suis bluffé qu'un «gamin» de 15ans soit capable de démonter (non, enfin ça, tout le monde peut le faire) puis remonter une roue. Mettre en place un rayonnage n'est pas à la portée de tous!

Dehors, le soleil brille et tout le monde vaque à ses occupations. Les dames reviennent du marché avec leurs cabas, les enfants jouent sur les balançoires, les hommes fument leurs clopes... Et moi j'attends que ma nouvelle roue soit prête. Mais après un laps de temps, je me dis que j'assisterais bien au montage de la nouvelle jante. Je redescends donc dans le sous-sol et j'arrive dans l'atelier où je retrouve le jeune mécano. Il a devant lui une jante, un moyeu, des rayons et une roue montée pour s'en inspirer. Je le regarde faire et je comprends très rapidement qu'il n'est en fait pas mécano du tout et qu'il n'a jamais monté de roue. Je reste là quelques minutes avant de lui dire de ne pas insister, qu'il vaut mieux laisser ça à un professionnel.

Avec le recul, je crois que, ce qui s'est passé, c'est que le Kutuzov en question voulait me donner une nouvelle roue. Or, je voulais seulement une nouvelle jante. Comme il ne savait pas monter une roue et qu'il ne voulait pas perdre la face (ce que je ne sais pas faire non plus, mais je l'assume pleinement), il a demandé à un jeune membre et le pauvre garçon n'a pas pu refuser le travail qu'on lui donnait.

Vous imaginez certainement que je n'étais pas très content de la tournure que prenaient les événements. On me dit de ne surtout pas m'inquiéter que c'est «elementare», je reste là à poiroter trois heures et, au final, je me rends compte que le gars ne sait pas faire plus que ce que je pourrais faire seul! Voyant que je suis un peu excédé, Kutuzov m'explique qu'il ne peut rien faire pour moi (ça il n'aurait pas pu me le dire avant?!?), mais qu'il sait où je peux faire réparer ma roue à Nijni Novgorod. Il me propose donc de monter une roue bancale sur mon vélo pour me permettre d'aller jusqu'à Nijni où je pourrai acheter une nouvelle jante et refaire monter ma roue chez un vrai cycle. Nijni Novgorod est une très grande ville russe (parmi les cinq plus grande) et trouver l'adresse qu'il m'indique risque d'être un peu compliqué. C'est alors que le «jeune mécano», qui connaît le cylce, se propose pour me guider.

Nous partons donc tous les deux et, en fin de compte, ma roue sera réparée avant la fin d'après-midi, assez tôt pour que je puisse aller planter ma tente à l'extérieur de la ville. Je ne suis pas prêt d'oublier Kutuzov et Kstovo. D'ailleurs, je ne risque pas de les oublier étant donné qu'ils ont inscrit sur mes sacoches un joli «Spoutnik Kstovo Vélo Club».

 


Serguey (écrit le 11/07/2011)

Hier, dans la descente qui mène à la petite ville de Listkovo, je ressens un à-coup dans le freinage de la roue avant, accompagné d'un sourd «tchac... tchac... tchac...», symptômes d'une boursouflure sur la jante. Je m'arrête pour inspecter la chose et, en effet, je constate que ma jante avant est légèrement déformée. Listkovo est une toute petite ville dans laquelle j'ai très peu de chance de trouver une nouvelle jante. Comme il est 16h et que je ne suis qu'à une petite centaine de kilomètres de Nijni Novgorod, je décide d'aller jusque là pour réparer. Mais après seulement quelques minutes, la jante s'ouvre un peu plus et vient frotter sur les patins. Qu'à cela ne tienne, je déserre le frein avant et je roule comme ça jusque vers 18h. Allongé dans ma tente, je passe en revue les lieux où je pourrais trouver de l'aide à Nijni: une université, un office du tourisme, un club de cyclisme, un cycle...

J'ai dormi à une soixantaine de kilomètres de Nijni. Pour arriver tôt dans la ville et pouvoir m'organiser pour réparer, je me lève à 5h et je prends la route à 6h. La roue est de plus en plus faible et je ne suis pas très rassuré par mon freinage (arrêter 130kg avec seulement un frein arrière, c'est pas top!), mais bon an mal an, je continue d'avancer. Quand tout à coup, au sommet d'une bosse, j'entends un grand bruit et je suis stoppé net. La jante vient de s'ouvrir complètement. La roue ne tourne plus dans la jante. Il est 6h30, je suis à 50km de Nijni et je me dis que je suis dans une belle galère parce que trouver un Russe qui va accepter de me conduire jusqu'à Nijni avec mon vélo ne va pas être une partie de rigolade.

Je mets donc Espéranto sur sa béquille. Je troque mon cuissard contre mon pantalon et mon tee-shirt sale contre un tee-shirt propre et je commence à faire signe aux véhicules. Seulement une dizaine de minutes après que j'ai commencé à faire du stop, un petit homme grassouillet d'une soixantaine d'années sort de je ne sais où et, me voyant sur le bord de la route avec mon vélo, vient me demander ce qu'il se passe. Je lui montre la blessure d'Espéranto et je lui explique que je veux aller jusqu'à Nijni pour acheter une nouvelle jante. On discute cinq minutes, puis il me tend la main en me disant «Serge» et me dit de ne pas m'inquiéter, qu'il va s'occuper de ça. Quelques minutes plus tard, un minibus de transport en commun arrive. Il explique mon problème au chauffeur qui lui répond qu'il ne voit pas d'inconvénient à me prendre avec mon vélo, mais qu'il faut demander aux passagers ce qu'ils en pensent. Serge fait le tour du véhicule, monte dans le bus et demande «il y a un Français qui fait un tour du monde et qui a un problème avec son vélo. Est-ce que vous êtes d'accord pour qu'il monte dans ce bus?». Personne n'acquiesce avec enthousiasme (je rappelle que nous sommes en Russie...), mais personne ne conteste non plus. Serge se retourne donc vers moi et me fait signe de monter. J'enlève les sacoches, je monte Espéranto dans le minibus et nous démarrons, direction Nijni.

En fait, le minibus ne va pas à Nijni Novgorod, mais seulement à Kstovo, qui est une petite ville de banlieue située à 30kms. Là, le chauffeur dépose tous les gens à leur arrêt, puis il nous conduit, Serge, Espéranto et moi, jusque devant un magasin de sport.

Un magasin de sport, c'est sympathique, mais je suis prêt à mettre ma main à couper qu'ils ne vendent pas de jante et qu'ils n'ont pas d'atelier. Je suis en train d'essayer de faire comprendre ça à Serge, lorsque le minibus refait son apparition. Sacha, le chauffeur, vient alors vers nous avec un petit post it sur lequel est inscrit un numéro de téléphone. C'est celui du Spoutnik Vélo Club de Ksotovo. Autant, je ne crois pas qu'un magasin de sport ait une jante pour moi, autant je me dis que je devrais trouver ça au club de vélo, ou, tout au moins, les membres pourront m'indiquer à coup sûr un cycle où je pourrai me procurer la pièce dont j'ai besoin. Serge téléphone donc au numéro indiqué par Sacha. Quelques minutes plus tard, le président du club débarque et me dit de le suivre jusqu'au siège du club. Je remercie Serge, qui part rejoindre son travail... La suite au prochain épisode.

 


L'orage du 9 juillet (écrit le 09/07/2011)

J'aime bien regarder passer les avions. J'essaie de deviner où ils vont et ça me fait rêver. Évidemment, avec la géodésie de la Terre, je ne dois pas souvent trouver la bonne destination. Mais quelle importance?!?

Dans le ciel russe, des avions il en passe quelques uns mais je n'ai pas trop le temps de les regarder. Puis, surtout, je suis déjà en voyage, alors je n'ai pas trop besoin de rêver. Mais aujourd'hui, je voulais absolument voir le vol d'Air France à destination de Paris. Pourquoi donc? Parce qu'il y avait à son bord Nico et toute la tribu de Pékin City. Histoire de pouvoir reconnaître le bon appareil, j'avais demandé à Manon de dire au pilote de faire quelques loopings lors du survol du tronçon Kazan-Nijni Novgorod. Je ne sais pas si ça a été fait, mais, en tous cas, je n'ai pas vu l'avion, faute à un bel orage.

Pourtant rien ne laissait présager un tel déluge. Le ciel était tout bleu et un grand soleil brillait bien fort. Comme j'étais bien dans les temps (8 jours pour faire 800kms, c'est pas trop violent), je me suis octroyé une bonne pause entre 12h30 et 13h30. Puis j'ai repris la route en regardant les bosses et les trous, mais aussi le ciel, le passage du vol étant prévu aux alentours de 15h30/16h. Mais vers 14h le ciel a commencé à se charger en nuages. Mais pas les nuages que dessinent les enfants, gros, blancs et un peu cotonneux. Non, d'énormes nuages noirs, tous rangés en ordre de bataille. En quelques minutes, on est passé du jour à la nuit et j'ai compris qu'il allait falloir trouver un abri rapidement si je ne voulais pas prendre une douche. Par chance, il y avait un abri bus. Je m'y suis arrêté. Il était 14h15.

Il ne pleuvait pas et j'avais un peu l'air d'un stroumpf, à scruter le ciel comme ça. Puis de grosses gouttes ont commencé à tomber et le vent s'est levé. Il y a eu deux ou trois coups de tonnerre et ça s'est mis à tomber très très fort et je dois dire que j'étais bien content d'être à l'abri.

L'orage a duré 45mn. 45mn d'un orage extrêmement violent. Lorsque j'ai repris la route, vers 15h15, la route était jonchée de feuilles et de branches. Il ne pleuvait plus, mais le ciel était encore bien chargé et il a fallu attendre 18h pour enfin revoir le soleil. En bref, il a fait mauvais juste au moment où le vol Pékin-Paris devait passer au-dessus de ma tête. Nico, c'est quand que tu rentres à Pékin? (histoire que je me prépare mentalement).

 


Les gendarmes de Kazan (écrit le 08/07/2011)

Pour quitter Kazan, j'avais deux solutions pour rejoindre la M7. La première, la plus simple, était de suivre les flèches «MOSKBA» (ce qui me faisait un détour d'environ 10kms). La seconde était d'y aller «au feeling» pour attraper la petite route qui conduisait à Ioudino et retrouver la M7. Évidemment, c'est la seconde solution que j'ai choisi. Tout s'est bien passé jusqu'à ce que j'arrive à un rond point sans indication. Pourtant, d'après ma carte, j'étais à seulement 2kms de la grande route menant à Moscou et je m'attendais à trouver un panneau confirmant ma route. Faute de quoi, j'ai décidé de questionner quelqu'un. À proximité du rond point il y avait une station service, un garagiste, un abri bus et une brigade de police. Va pour les policiers!

Je m'avance donc vers le 4x4 où je pose ma question habituelle: «bonjour, est-ce que vous parlez Français? Franssuski?». Réponse habitelle «Niet». Je passe donc à l'étape suivante «Engliski?». «Niet». Je dois avouer que je récolte presque toujours les mêmes réponses et vous allez donc me demander: «alors pourquoi demander?!». Tout simplement parce que ça me permet de jauger un peu mes interlocuteurs. Une personne qui me répond «Niet» sans même me regarder, je ne vais pas plus loin, je passe mon chemin. Mais une personne qui me dit «Niet» avec le sourire, alors je continue. Les policiers, après leur second «Niet», ils m'ont demandé «Touriste?». J'ai répondu «Da» et j'ai compris qu'ils allaient m'aider. Le seul problème, c'est qu'ils voulaient tellement bien faire qu'ils ont commencé à m'embarquer dans un truc pas possible.

Ma question était simple: est-ce que la route là-bas mène à la M7. À la place de me donner une réponse claire, nette et précise, ils m'ont dit de les suivre. Et me voilà donc parti à suivre le 4x4 de la police. Pourquoi pas. Sauf que la voiture a pris la direction plein est, à l'opposée de celle qui était la mienne et j'ai rapidement compris que les deux rigolos allaient me conduire vers l'itinéraire fléché, donc un détour d'une dizaine de kilomètres. Une dizaine de kilomètres alors que nous sommes à 2kms de la route!!! Je ralentis. La voiture s'arrête, les deux officiers sortent et viennent vers moi (aussitôt, comme dans un film, tous les passants s'arrêtent et tournent la tête vers notre petit groupe). Je présente donc ma carte aux collègues de De Funès et je leur explique que je ne veux pas faire tout ce détour, mais juste rejoindre la M7. Et les voilà qui m'expliquent que ce n'est pas possible, que la seule route pour aller à Moscou est celle où ils me conduisent, que, eux, sont d'ici et connaissent la route et patati et patata... Mais sur ma carte il y a une route et je veux cette route, pas une autre!

En fin de compte, ils finissent par me dire qu'il n'y a pas d'asphalte sur la route qui m'intéresse, mais qu'ils acceptent de m'y conduire. Pas d'asphalte sur 2kms, j'ai vu pire!!! Nous faisons donc demi tour, nous repassons devant le rond point et nous nous engageons sur la route qui me semblait être la bonne. Après quelques centaines de mètres le véhicule s'arrête sous un pont, pont sur lequel passe la M7. Je comprends alors pourquoi les voitures doivent faire un détour de plusieurs kilomètres pour accéder à la M7.

Mes deux amis descendent de leur voiture et me montre la route en m'expliquant que c'est la route qui va à Moscou. Je les remercie, en leur disant que je vais monter le vélo. Les escaliers sont un obstacle pour les voitures, mais pas pour les vélos! Mais avant même que j'ai déchargé Espéranto, ils me font comprendre qu'ils vont m'aider, mais que, avant cela, il faut prendre un peu de repos. Ils me présentent une tasse de thé et nous commençons à faire causette. C'est à ce moment qu'ils remarquent mes sacoches avec, inscrit «KA3AH», Kazan en cyrillique. Mes deux acolytes sont enchantés de voir le nom de leur ville écrit dans leur alphabet. Une fois de plus, ma décoration produit son effet! Immédiatement, ils me demandent de me prendre en photo. Puis ils me proposent de me prendre, moi, avec mon appareil, au volant du véhicule, avec la kalachnikov en bandoulière. J'accepte de monter sur le siège conducteurt le temps d'un clicher, mais je refuse la kalachnikov. Un engin pareil, inventé par des trous du c** et servant à faire des trous de balles, non merci.

Une fois le «shooting» terminé, nous montons tout mon matos sur le pont puis nous nous disons «au revoir». Mais avant que je donne mon premier coup de pédale, mes amis policiers me font une recommandation «foto machine, internet niet». Vous l'aurez compris, la photo où je suis au volant de la voiture, interdiction de la mettre sur internet parce que sinon, les gendarmes de Kazan, ils vont avoir des ennuis!

 


Kazan la magnifique (écrit le 07/07/2011)

Kazan, c'est comme Omsk. Je n'avais pas prévu d'y faire un arrêt, mais la tournure des événements à fait que je m'y suis arrêté deux jours et, le moins qu'on puisse dire, c'est que je ne regrette pas cette pause. Non pas parce que j'ai rencontré de chouettes personnes comme par exemple à Omsk ou à Oufa, mais parce que le centre ville de Kazan est vraiment très beau. Des bâtiments anciens très bien rénovés, la Volga, une grande rue piétonne, son Kremlin, sa mosquée... Vraiment, ça vaut le coup d'œil! Il paraît aussi qu'il y a le musée de l'Hermitage qui est pas mal, mais ce n'est pas trop mon truc. Je préfère regarder passer les gens assis sur un banc avec une glace plutôt que de déambuler dans les galeries d'un musée. La vraie Russie de 2011, elle est dans la rue (et sur les routes, malheureusement), pas dans les musées.

En parlant de ça, il y a un truc qui est typiquement russe, ce sont les cheminées rouges et blanches. Elles sont de partout et surtout là où on ne voudrait pas qu'elles soient, juste au bord d'un lac magnifique, devant un paysage somptueux ou derrière un superbe bâtiment.

Hier je me promenais autour du Kremlin, LE coin touristique de la ville avec tous ses beaux bâtiments, ses belles statues et ses jardins. Le genre d'endroit où tous les groupes de touristes et tous les amoureux viennent promener et immortaliser leur séjour dans la capitale tatare. Il y a juste une chose à laquelle il faut bien faire attention lorsque l'on prend une photo, c'est de faire en sorte que les cheminées qui parsèment la ville soient hors du cadre de la photo. Après, c'est vrai que ça dépend de ce que l'on veut montrer au travers du cliché. Mais si c'est pour le faire encadrer et l'offrir à GrandPapa et GrandMaman, il me semble que c'est mieux sans la cheminée. C'est pour ça que ça me faisait un peu sourire de voir le photographe professionnel demander aux deux mariés de se décaler un peu vers la droite... un peu plus... un peu moins... de pencher légèrement la tête... de se donner la main... Pour les prendre en photo devant la grande mosquée avec, juste derrière... Une cheminée rouge et blanche!

Remarquez, après je ne sais pas. Peut-être que ces cheminées sont la fierté des Russes. Après tout, elles sont un peu le symbole de l'industrie... Je me rappelle Clément, à Akademgorodok, qui me disait qu'on s'habitue à ces cheminées et qu'on finit par les accepter comme faisant partie du paysage. En même temps, c'est bien là la seule chose à faire.

Mais cheminées ou pas cheminées, il faut avouer que Kazan est très belle.

 

 

Deux jours de presque bonheur (écrit le 05/07/2011)

En Amérique du Sud, j'ai rencontré je ne sais pas combien de cyclistes. Depuis que j'ai quitté Pékin, je n'ai croisé que quatre hurluberlus à vélo. Il faut dire que pédaler dans ces contrées n'est pas de tout repos. Je pense que vous avez compris à mes articles qu'entre la météo capricieuse, les gens pas toujours très sympathiques, les moustiques, la circulation et l'état déplorable des routes, ce n'est pas rose tous les jours. Je dirais même que c'est bien souvent très noir. Lorsque, dès 8h du matin vous êtes confronté à un fort vent de face sur une chaussée défoncée avec des files de camions, vous n'avez qu'une seule envie, c'est de tout arrêter. Malheureusement, pour arrêter, il faut être arrivé. Et la ligne d'arrivée, elle à Marseille, dans 4500kms. En attendant, il faut faire avec les moyens du bord. Serrer les dents pour encaisser les à coups et croiser les doigts pour ne pas se faire renverser par un poids lourds.

Le problème, c'est qu'à force de serrer les dents et de croiser les doigts, vous attraper mal à la mâchoire et vous avez des crampes dans les doigts. Donc pour reposer tout ça, il y a l'option «route secondaire». Vu l'état du réseau routier principal, j'avais très peur du réseau secondaire (quasi inexistant, soit dit en passant). Mais j'ai croisé un cycliste russe qui m'a certifié qu'il était possible de prendre une petite route de campagne parallèle à la grande M7 entre Mamadish et Kazan, ajoutant qu'il n'y avait pas de circulation et que l'enrobé était excellent. J'ai donc suivi son conseil et je suis sorti de la route principale au niveau de Mamadish.

Je me suis alors retrouvé sur une petite route de campagne avec un asphalte très correct (excellent, même, dans le référentiel russe) et pas de circulation. Des champs de chaque côté, l'odeur de l'herbe fraîchement coupée, le chant des oiseaux dans les arbres... C'était le paradis. Mais tout à coup, plus d'asphalte! La piste dure quelques centaines de mètres puis l'asphalte revient. Ouf. Mais quelques kilomètres plus loin, la terre fait son retour et je me dis que je vais avoir droit à une alternance route/piste. Malheureusement, ce coup ci l'asphalte ne revient pas. Les kilomètres défilent et la piste devient de plus en plus mauvaise et je commence à maudire ce Russe et ses conseils. La seule chose qui m'intrigue et qui donne un petit espoir, c'est que les quelques voitures que je croise ne sont pas poussiéreuses.

Lorsque j'étais en Amérique du Sud, de la piste, j'en ai mangé. Et toutes les voitures qui circulaient sur ces voies étaient couvertes de poussière, ce qui n'est pas le cas des véhicules russes. Je me dis donc que le goudron ne doit pas être très loin. En effet, après une quarantaine de kilomètres, je retrouve l'asphalte... Et je ne le quitterai plus jusqu'à Kazan.

Par rapport à la grande route, j'aurais fait une quinzaine de kilomètres en plus, dont 40kms de très mauvaise piste, mais j'aurais aussi roulé 120kms sur une route à très faible circulation. Soit presque deux jours de tranquillité, sans camions. De quoi reprendre goût au voyage à vélo et faire remonter un peu la Russie dans mon estime.

Je renouvellerai volontiers cette expérience sur le reste de mon parcours russe. Mais je viens de consulter mes cartes et je dois me rendre à l'évidence: le réseau routier russe n'est pas assez dense et je vais devoir rester sur la grande route, dans un premier temps jusqu'à Moscou, puis, ensuite, jusqu'à la frontière européenne. Encore 1500kms de route dégueulasse à forte circulation... J'ai comme l'impression qu'en trois mois de pédalage à travers la Russie, je n'aurai eu que deux jours de presque bonheur (je ne parle évidemment là que des jours roulés).

 

 

Désespérant (écrit le 04/07/2011)

Les jours passent, les kilomètres défilent, les paysages évoluent... Mais la direction du vent reste la même. Ce n'est plus démoralisant, c'est carrément désespérant...

 

 

Chacun son tour (écrit le 02/07/2011)

Je n'ai pas internet pour confirmer, mais je pense que le Tour de France a débuté hier. C'est donc reparti pour trois semaines de sport. Les coureurs vont lancer des sprints intermédiaires, faire des échappées, gravir des cols, réaliser des coups de bordure, aller chercher des bidons et des renseignements à leur voiture, ramener dans le peloton leur leader qui a crevé... Dopés ou pas, il n'y a pas à chipoter, le Tour de France, c'est du sport. Mais c'est du sport seulement entre la ligne de départ et la ligne d'arrivée. Après ça, le Tour de France, c'est du tout confort. Après l'étape du jour, les coureurs laissent leur vélo à un mécano qui va effectuer tout l'entretien. Pendant ce temps, ils vont monter dans leur grand bus tout aménagé pour prendre une bonne douche avant d'être conduit à leur hôtel. Là, ils prendront possession de leur chambre puis iront se faire masser avant de se mettre les pieds sous la table. Ils termineront la journée allongés sur leur lit en regardant le résumé de l'étape au journal télévisé.

Le voyage à vélo, c'est pas ça du tout. Évidemment, il n'y a ni sprint intermédiaire ni leader à ramener dans le gruppetto. Mais il n'y a pas non plus de mécano, de masseur et d'hôtel tout confort. Une fois l'étape terminée (c'est à dire une fois que vous en avez marre des bosses, des trous, des ornières, des camions et du vent de face), commence l'opération nuitée. Il ne me semble pas vous avoir déjà décrit en détails une «opération nuitée». Je vais donc tout de suite rectifier cela.

Nous sommes le 2 juillet, il a fait une chaleur d'enfer avec un bon petit vent de face bien désagréable. Vous avez passé votre journée à éviter les camions, les bosses et les trous. Comme vous êtes prévoyant, vous avez fait le plein d'eau et vous êtes donc prêt à trouver un coin pour la nuit. Sur la droite de la route part un chemin champêtre. D'un côté il y a un champ, de l'autre c'est la forêt. L'endroit est calme. Il y a seulement quelques traces de tracteurs au sol. Vous décidez de vous engager. Vous roulez quelques centaines de mètres sur ce chemin afin de vous éloigner de la grande route. Vient alors le moment de rentrer dans la forêt. Rentrer dans la forêt, c'est pénétrer en territoire moustique. Il fait 30°C et le soleil est encore très haut dans le ciel (il fait jour de 5h à 23h sous ces latitudes), mais vous enfilez votre pantalon, votre K-Way, vos gants et votre moustiquaire de tête puis vous sortez de la piste.

Si la piste est pire que la route, le «hors piste» est encore pire que la piste et vous devez donc poussez votre gros vélo dans de hautes herbes qui cachent les ornières laissées par les tracteurs (une claque sur la cuisse droite pour enlever un moustique). PAFFF! La roue avant se retrouve plantée dans une ornière (une claque sur la main gauche). Vous soulevez pour la faire (un moulinet devant la figure) passer (une tape sur la cheville gauche). Puis vous soulevez la roue arrière (vous vous frottez la jambe droite avec la jambe gauche). Voilà maintenant que c'est un tronc (une tape dans le bas du dos) qui est en travers. Vous portez votre vélo pour passer l'obstacle puis vous (un grand souffle sur vos mains) continuez à pousser pour vous enfoncer un peu plus (tape sur la poitrine) dans la forêt. Complètement trempé, vous parvenez enfin à un endroit à peu près plat et dénué de végétaux à épines (une pincette pour écraser le sale moustique qui a réussi à rentrer dans la moustiquaire).

Vous déchargez donc les sacoches, mettez le vélo contre un arbre et commencez (tape sur les mains) à monter la tente. La tente, ça fait un an que vous la montez et vous la connaissez par cœur (claque sur l'épaule droite). En deux minutes, elle est montée (claque sur l'épaule droite). Vous dégoulinez. Rapidement, vous sortez ce dont vous avez besoin avant de ranger les sacoches dans l'abside puis vous vous engouffrez dans la tente où vous vous déshabillez. Tout est trempé de chez trempé. De grosses gouttes de sueur dégoulinent sur votre front, le long de vos tempes et dans votre dos, exactement comme lorsque vous sortez de la douche. Dans un dernier effort, vous mettez un peu d'ordre dans la tente, puis vous vous étendez à même le tapis de sol en attendant que la sudation stoppe (claque sur la cheville, hé oui, il y a toujours un moustique qui arrive à se faufiler dans la tente) de manger un morceau et de vous endormir en rêvant d'une bonne douche, d'un massage, d'un gros plat de pâtes et d'un lit douillet. Un luxe que vous apprécierez d'autant plus après avoir vécu «à la dure» pendant quelques jours.

 

 

In the rope I trust (écrit le 30/06/2011)

Je suis arrivé à Oufa détrempé. Quatre jours de pluie sur cinq jours de route, avec en bonus du brouillard et du froid. La traversée de l'Oural avait été épique et j'aspirais à un peu de repos, mais surtout beaucoup de soleil et de chaleur pendant mon séjour à Oufa. Se reposer, ça veut dire bien manger, bien dormir, voir des gens et faire autre chose que du vélo. Mon séjour dans la capitale du Bachkortostan avait été organisé par l'équipe des professeurs de Français de la ville. Et ce que l'on peut dire, c'est que les propositions d'activités ne manquaient pas: visite de la ville par des étudiantes en Français, promenade en bateau sur la rivière Bélaïa, dégustation de plats locaux, tour des monuments remarquables en voiture, partie de volley, interview de la télé, escalade... J'ai donc passé une après-midi avec deux étudiantes en Français, à visiter la ville, mais aussi à parler des conditions de vie en Russie. Un dialogue très intéressant. Je suis aussi allé goûter les blinis et le tvorok avec Gouzel et Natalia, deux professeurs de Français et j'ai rendu visite à la statue de Salawat Yulayev (Bashkir héros national) avant de visiter une mosquée et une église orthodoxe en compagnie de Milena. Toutes ces visites et ces rencontres étaient vraiment très chouettes. Mais je crois que ce que j'ai préféré, c'était les deux jours d'escalade proposés par Lilia et Iekaterina. Pour ce qui concerne le voyage à vélo et la randonnée, je commence à avoir un peu d'expérience. En revanche, je ne connais pas grand chose à l'escalade. Je crois que dans toute ma petite vie, je n'ai dû grimper que deux ou trois fois. Alors, évidemment, lorsque Lilia m'a dit qu'elle emmenait ses enfants pour initiation à la grimpe, j'ai suivi. C'est ainsi que, par un magnifique après-midi d'été, je me suis retrouvé au pied du mur avec Éric, Leisan et Olga, respectivement âgés de 10, 8 et 6 ans, mais tous hauts comme trois pommes. J'avais l'air fin avec mon mètre quatre vingt dix et mes 25 ans! Mais croyez-moi si vous le voulez, je me suis amusé comme un petit fou. D'abord parce que grimper, c'est vachement marrant et puis parce que, entre deux voies, on jouait à trappe trappe avec les enfants et c'était terrible! Je souhaite d'ailleurs passer un petit message personnel à Olga: je crois bien que c'est moi qui ai gagné parce que je t'ai touché plus de fois que toi (Lilia, tu passeras le message!). Ça, c'était le premier jour, en salle. Comme l'expérience indoor m'avait bien plu, Iekaterina, la grande chef de l'escalade, m'a proposé de me joindre à son groupe pour aller grimper le lendemain en falaise. C'est comme ça que je me suis retrouvé à 8h du matin, dans un minibus typiquement russe, avec une dizaine d'étudiants de la fac de sport. Après deux heures de bus et une petite heure de marche, nous sommes arrivés au pied d'une falaise d'une trentaine de mètres. Artem est allé mettre les cordes en place, nous nous sommes équipés puis on a commencé à grimper. Évidemment, tout le monde ne peut pas escalader en même temps. Mais contrairement à ce que je pensais, on ne s'ennuie pas en attendant son tour. On peut prendre des photos, discuter avec, regarder comment se débrouille ceux qui sont sur la paroi... En fait, j'ai trouvé que l'escalade est une activité très sociale et je dois dire que j'ai beaucoup apprécié cet aspect, surtout après tous ces kilomètres parcourus en solitaire. Mais l'escalade est aussi un sport... Et un sport complètement différent du vélo. Depuis bientôt un an, je pédale. Mes muscles, mes tendons, mes ligaments... Tout mon corps est adapté à cette seule activité et le moins que l'on puisse dire, c'est que pour mes bras et mes épaules, le changement d'activité a été assez douloureux. Entre tenir un cintre et attraper des prises situées un mètre au-dessus de votre tête, il y a un monde! D'ailleurs, il y a eu quelques fois où mes bras ont dit «non, on ne peut pas» et je me suis trouvé suspendu au bout de la corde. Ça, c'est la grande différence entre le vélo et l'escalade (si vous n'êtes pas premier de cordée): en vélo, si vous tombez, vous tombez. En escalade, si vous tombez, vous êtes rattrapé par la corde. Depuis ma petite virée sur les falaises de Acha avec Lilia, Iekaterina, Artem et les autres, je voue un culte sans faille à la corde. Je me demande d'ailleurs si, au milieu de tous les noms qui sont inscrits sur mes sacoches je ne vais pas rajouter un petit «In the rope I trust».

 

 

Le code Rousseautov (écrit le 26/06/2011)

J'ai quitté Marseille le 18 juillet 2010 et, dans ma tête, depuis que je suis parti, c'est juillet. Autrement dit, vous venez tous de passer une année complète de vacances à la plage. Vous ne vous en étiez pas rendu compte?! En tout cas, si ce n'est pas vrai, vous allez très bientôt être de nouveau eu juillet et donc, pour beaucoup, en vacances.

L'été, c'est la saison des fraises dans les jardins, des glaces chez les marchands et des quizz à deux roubles cinquante (je vous laisse faire la conversion en euro) dans les magazines. Mais si vous n'êtes pas tentés par «testez votre connaissance de la composition de l'équipe de France de football en 1984» ou «êtes-vous en phase avec votre moitié» (ce que je comprends tout à fait), vous pouvez néanmoins faire le quizz que je vous propose.

Il ne s'agit en fait pas d'un quizz, mais du code Rousseautov, le code Rousseau russe. Vous êtes prêts? Alors c'est parti!

 

1/ Vous êtes sur une ligne droite de 10kms. Personne ne vient en face de vous. Pour doubler un vélo vous:

            A: ralentissez avant de vous déportez de 1,5m

            B: vous continuez d'accélérer et le dépasser sans faire d'écart

            C: ralentissez, actionnez votre clignotant et vous déportez de 1,5m

 

2/ Lors d'une pause, vous buvez:

            A: de l'eau

            B: des jus

            C: de la vodka et de la bière

 

3/ Vous êtes engagés sur un giratoire lorsqu'un camion se présente pour entrer sur l'anneau:

            A: vous continuez

            B: vous vous décalez pour lui permettre de passer

            C: vous vous arrêtez pour le laisser passer

 

4/ Dans l'ordre, vous devez éviter:

            A: les véhicules arrivant en sens inverse, les trous, le vélo

            B: les trous, les véhicules arrivant en sens inverse, le vélo

            C: le vélo, les véhicules arrivant en sens inverse, les trous

 

5/ Vous êtes le dernier d'une file de 12 véhicules. A l'entrée d'un virage vous:

            A: déboitez pour remonter toute la file

            B: actionnez vos warnings afin de prévenir les automobilistes suivants

            C: restez à votre place

 

6/ Sur la route, le véhicule prioritaire est:

            A: le plus gros

            B: le plus récent

            C: le plus beau

 

7/ Vous suivez un camion sur une route très étroite alors qu'un vélo arrive en sens inverse:

            A: vous ralentissez afin de rester loin du poids lourd

            B: vous doublez

            C: vous attendez de croiser le vélo avant de doubler

 

8/ Que signifie la ligne blanche continue au milieu de la chaussée:

            A: interdiction de doubler

            B: enrobé frais

            C: le milieu de la route

 

9/ Vous circulez sur une route en travaux où des hommes et des machines sont à l'œuvre:

            A: vous continuer d'accélérer sans changer de trajectoire

            B: vous ralentissez

            C: vous vous déportez légèrement pour garantir la sécurité des travailleurs

 

10/ Des piétions attendent à un passage clouté

            A: vous passez

            B: vous vous arrêter pour les laisser passer

            C: vous ralentissez pour voir s'ils s'engagent ou pas

 

REPONSES:

 

1/ B

Faire un écart demande de légèrement tourner le volant, ce qui, à la longue, peut entraîner des tendinites. Un vélo ne mérite pas de prendre ce risque.

2/ C

L'eau peut être mauvaise si elle n'est pas traitée. Elle sert uniquement à laver les voitures et à arroser les plantes. Les jus sont très sucrés et sont destinés aux enfants. Les alcools désaltères et ne présentent aucun risque de tourista.

3/ C

Vous ne connaissez ni l'état du camion, ni l'état du chauffeur et le panneau «cédez le passage» qui fait face au camionneur est une simple décoration.

4/ B

Le vélo se poussera de toute façon. En fonction de la taille de votre véhicule, la voiture arrivant en face pourra aussi s'écarter pour vous laisser passer. En revanche, les trous, eux, resteront la où ils sont.

5/ A

Peut importe que vous ayez une visibilité nulle. S'il devait advenir qu'un véhicule arrive en sens inverse, vous pourrez toujours faire le forcing pour vous rabattre ou pour que l'autre mette une roue dans le bas côté.

6/ A

La réalité est ainsi: en cas de choc, c'est le plus gros qui gagne.

7/ B

Il n'y a qu'un vélo arrivant en sens inverse, donc c'est comme s'il n'y avait personne.

8/ C

Qu'elle soit continue ou en pointillés, la ligne blanche est là pour matérialiser le milieu de la chaussée, rien de plus.

9/ A

Inutile de ralentir pour quelques travailleurs originaires du Caucase. De toute façon ils n'ont qu'à pas se mettre au milieu.

10/ B

En hiver, par -50°C, les risques de gelure à l'attente d'un passage clouté sont très grands. Tous les automobilistes doivent s'arrêter pour laisser passer les piétons. Et cette habitude se garde même en été!

 

RESULTATS:

 

  • Entre 10 et 7 points

Bravo! Vous êtes prêts pour aller conduire en Russie. Je pense même que vous devriez faire rajouter un petit «atov» à la fin de votre nom avant d'émigrer au pays de Poutine!

 

  • Entre 6 et 4 points

Pas mal du tout. Vous avez les bases. Un petit stage de quelques jours en Russie et vous serez un as de la conduite russe.

 

  • Entre 3 et 0 points

Là, je ne peux rien pour vous, sinon vous dire que vous n'avez pas du tout une conduite adaptée à la Russie... Restez en Europe!

 

 

Téléphone Oufa (écrit le 24/06/2011)

Je suis parti sans téléphone portable. Alors il y a ceux qui ne sont pas trop contents, parce qu'ils aimeraient avoir des nouvelles plus souvent, comme mes parents. Il y a celle qui est ravie, parce qu'elle a récupéré mon appareil, ma petite sœur. Il y a enfin ceux qui sont stupéfaits, comme la plupart des gens que je croise. Un Européen sans portable!?! Incroyable!

Au lieu d'un téléphone portable, j'ai choisi de partir avec un petit notebook et, pour vous dire, je ne regrette pas mon choix. Grâce à mon petit ordinateur, je peux stocker mes photos, taper mes textes, accéder à internet... et mettre mon site à jour. Mais je dois bien avouer qu'il y a certaines situations dans lesquelles je serais bien content d'avoir un téléphone portable, notamment lorsque je dois retrouver quelqu'un.

Je dois arriver à Oufa dans deux jours. Afin de prévenir de mon arrivée, j'ai voulu téléphoner au contact que j'ai dans cette ville. Je suis donc entré dans un hôtel où je suis tombé sur une gentille dame qui m'a écouté avant de me dire qu'elle n'avait pas de téléphone (même si elle avait son portable à la main) mais que je devrais demander à la station service d'en face. Je suis donc allé à la station service en question où j'ai été accueilli par une dame souriante qui m'a écouté avant de me dire qu'elle n'avait pas de téléphone (même si elle avait un appareil sur son bureau) mais que je devrais demander au café situé un peu plus loin. Je suis donc allé au café en question où j'ai trouvé une fille sympathique qui m'a écouté avant de me dire qu'elle n'avait pas de téléphone (même si elle avait son portable posé derrière le comptoir) mais que je devrais demander au magasin situé au-dessus...

Sans doute trouvez vous que c'est long et laborieux pour trouver un téléphone et ça l'est. Mais je vous dirais franchement que, sur ce coup là, ça ne me dérangeait pas. Pourquoi? Tout simplement parce qu'à chaque fois que je demandais, même si les personnes ne me prêtaient pas leur téléphone, elles m'écoutaient et ne me répondaient pas un «niet!», avant même que j'ai terminé de poser ma question. Alors je ne sais pas si c'est parce que je suis en Europe (yeahhhhh!!), ou si ce sont les cheveux courts, ou bien le cuissard Russia, mais ça fait quand même bien plaisir d'avoir affaire à des gens et non pas à des rustres!

Bref, parenthèse close. J'en étais donc au café qui m'envoyait au magasin. Je suis donc monté au magasin où je suis tombé sur une brave dame qui m'a écouté avant de me faire un grand sourire en me disant «da»! Comme elle me demandait de l'argent, je lui donnais 100 roubles pour appeler, en lui expliquant que je lui donnerai plus si je devais lui donner plus. «Da». La dame a donc pris mon billet et le papier sur lequel j'avais noté le numéro de téléphone, puis elle a tapoté un truc sur sa machine avant de me tendre un petit papier en me disant «vot» (voilà). «Et le téléphone alors? J'en fais quoi moi de ce papier? Je l'envoie par pigeon voyageur? C'est quoi d'ailleurs ce papier??». C'est là que j'ai compris que le papier était en fait un reçu. Autrement dit, je venais de mettre 100 roubles sur le compte de mon contact à Oufa. J'ai dû faire une drôle de tête parce que tout de suite la dame a compris que ce n'était pas ça que je lui demandais. Je lui ai dit que ce n'était pas grave, 100 roubles, ce n'est pas la mer à boire. Mais je lui ai aussi dit que je voulais toujours téléphoner.

Comme nous étions en pleine conversation gestuelle (je vous laisse imaginer la scène), une jeune fille est sortie de l'arrière boutique. La dame lui a expliqué la situation et la fille, qui n'était pas bête (acheta des lunettes à l'élu de son cœur (Joe Dassin), peut-être, je ne sais pas) me prêta son téléphone, moyennant monnaie, évidemment.

Au final, ça a bien dû me prendre 30mn pour trouver un téléphone. Certes, si j'avais eu mon propre portable, ça aurait été plus rapide. Mais je n'aurais pas rencontré tous ces gens et je n'aurais pas eu cette histoire à vous raconter. Maintenant je peux écrire que je suis parti sans portable et qu'il y a ceux qui ne sont pas contents, celle qui est ravie, ceux qui sont étonnés... Et ceux qui s'en réjouissent, vous, mes lecteurs!

 

 

Espéranto parle Sacoche! (écrit le 21/06/2011)

C'est quelque chose qui m'a pris lorsque j'étais en Bolivie. Pendant que je poussais les 75kg de mon vélo dans du sable mou à plus de 4000m d'altitude, je me remémorais tout ce que j'avais déjà vu. L'Espagne, le Maroc, le Sénégal, le Brésil, l'Uruguay, l'Argentine, le Chili... Cala Puntal, Casablanca, Agadir, Dakar, Rio, Punta Arenas, Ushuaïa... Autant de lieux qui me rappelaient tellement de choses que j'ai eu envie d'écrire ces noms sur mes sacoches. En arrivant à La Paz, j'ai acheté un marqueur et j'ai commencé à «décorer» mes bagages en inscrivant les noms des pays et des villes où j'étais passé, mais aussi des personnes que j'avais croisées et de celles qui me manquent. Ainsi, lorsque je pédale la tête rentrée dans les épaules pour lutter contre le vent, je peux jeter un coup d'œil à mes sacoches et tout un tas de souvenirs me reviennent en mémoire. Mais ce que je n'avais pas prévu, c'est que la vision de tous ces noms soit un tel outil de communication.

Très souvent, les gens me voient un peu comme un vagabond. Je suis bronzé, pas rasé, mes habits sont sales et troués et je suis à vélo. Puis il regarde mon vélo de plus près et ils commencent à lire ce qui est écrit sur mes sacoches: Los Angeles, Dakar, Vancouver, Pékin... C'est alors l'étonnement le plus complet qu'il soit: «Tu es allé dans tous ces pays?!?». Comme je leur réponds par l'affirmatif, ils me demandent depuis combien de temps je suis sur la route, combien de kilomètres j'ai fait, où je vais maintenant, si je peux leur montrer des photos... Bref, ils réalisent que je suis en fait un voyageur et la communication est établie, grâce à l'aide d'Espéranto.

Ceci dit, ce n'est pas la majorité. Mais il y en a quand même quelques uns et c'est bien là le principal!

 

 

Trois toasts pour une bonne nuit (écrit le 21/06/2011)

En termes de cuisine russe, j'avais déjà testé le Kvac (soda dont la préparation se rapproche de la bière), l'akrochka (soupe froide faite à partir de kvac), le bortch (soupe chaude), les belachs (beignets à la viande), les ????? (chaussons à tout ce qu'on veut), la kompote (sirop de fruits), les agorzis (concombres marinés) et tout ce qui est konfeti (chocolats), képhyr, znejok et autres. Mes hôtes trouvaient cependant qu'il manquait à ma liste les pilminis et la vodka. Le repas de hier soir a donc été dédié au comblement de ce manque.

Les pilminis, ce sont des raviolis que l'on mange en les trempant dans une sauce composée d'un mélange de vinaigre et de jus de cuisson. La vodka... Bin, c'est la vodka. Elle accompagne le pilminis et se boit nature en une succession de trois toasts.

Le premier vœu est la santé parce que s'il y a une chose dont on a besoin et que l'on ne peut pas acheter, c'est la santé. Le second toast est porté à la chance, sans laquelle peu de choses sont réalisables. Le troisième et dernier verre va aux parents, personnes à qui l'on doit tout.

Je ne suis pas un grand spécialiste en alcool et c'était bien la première fois que je buvais de la vodka nature. Habituellement, lorsque l'on goûte une boisson, on la garde dans la bouche un petit peu pour que nos papilles puissent exprimer leur avis. J'ai voulu faire de même avec la vodka, ce qui s'est réduit à une désinfection complète de ma cavité buccale et une anesthésie temporaire de mes papilles. Je me suis donc empressé d'avaler tout ça et j'ai senti le contenu de mon verre parcourir mon œsophage avant de se perdre dans mon estomac. Mais bon, c'était pour la santé. Et la santé, ça n'a pas de prix.

Pour le deuxième verre, je ne me suis pas fait avoir et j'ai avalé mon verre «cul sec». Mes papilles m'en ont remercié, pas mon œsophage. Mais c'était pour la chance. Et la chance, pour aller au bout de mon voyage à vélo puis de mon voyage de la vie, j'en aurai besoin. Alors va pour ce second verre.

S'est présenté le troisième toast. Pour moi, ça tanguait déjà un peu et j'avais plus l'impression de me trouver sur bateau plutôt qu'au huitième étage d'un immeuble. Mais la tradition, c'est trois toasts, le troisième vœu étant, comme je vous l'ai déjà dit, pour les parents. J'ai donc pensé très fort à mes parents et j'ai vidé mon verre. Au deuxième verre, le bateau était encore au port. Mais avec le troisième toast, je me suis retrouvé en pleine mer. Heureusement, ce n'était pas un jour de tempête et on pouvait encore se promener sur le pont. Je suis peut-être un peu aventurier sur les bords pour ce qui est des sports terrestres, mais en ce qui concerne les sports nautiques, je préfère rester sagement dans les cordes. Je me suis donc contenté de ces trois toasts et c'était très bien.

Tout ce que je peux vousdire, c'est que, après le bania (et oui, c'était le même jour!), les trois toasts de vodka et les pilminis... Et bien j'ai passé une bonne nuit!!!

 

 

Tous à la datcha! (écrit le 21/06/2011)

Hier après-midi, avec Natalia, Anja, Serguey et Anastasia, nous sommes allés à la datcha de Tania. Ce que les Russes appellent la datcha, c'est un petit cabanon à l'écart de la ville où ils viennent chaque fin de semaine pour cultiver leur potager et faire quelques provisions pour l'hiver, mais aussi pour se reposer et profiter du bania. Nous, avec l'équipe de Natalia, on n'a pas trop jardiné, mais on a discuté et on a bien profité du bania. C'était génial!!

Le bania, c'est la salle de bain de la datcha. Par certains côtés, ça ressemble un peu au sauna. Tout est en bois à l'intérieur, il fait une chaleur d'enfer et on sue comme c'est pas possible même si l'on ne fait rien. En fait, ce qui fait la particularité du bania, c'est ce qu'on y fait à l'intérieur.

Moi, je suis allé au bania avec Serguey. On a commencé par se déshabiller complètement. Une fois qu'on a été tout nu (et tout bronzé... Enfin, tout nu, ça oui, mais tout bronzé, pas vraiment) on est rentré dans le four. Là, on s'est assis pour s'habituer un peu à la chaleur. Histoire d'embaumer un peu la pièce, Serguey a versé un peu de Kvac (je vous en reparlerai, ne vous inquiétez pas) sur les pierres puis il m'a dit de m'allonger sur le ventre pour passer au massage.

Le massage russe, c'est quelque chose de très simple. Vous prenez un bouquet de branches de bouleau dans chaque main et vous les utilisez, l'un après l'autre, pour taper sur la personne. Je ne vous cache pas que le premier coup surprend un peu et tous vos muscles se contractent. Mais petit à petit, vous vous habituez au rythme et vos muscles commencent à se laisser aller. Vous vous allongez ensuite sur le dos et le rituel reprend. Juste une petit précision pour vous, messieurs: lors que vous êtes allongés sur le dos, n'oubliez pas de protéger ce qui est à protéger, sans quoi vous pourriez avoir très très mal. Puis vous vous remettez à nouveau sur le ventre.

Pendant qu'il me «massait», Serguey m'expliquait que, en hiver, il faut ensuite sortir du bania quelques minutes et se rouler dans la neige avant de revenir. Manque de chance pour moi, nous sommes en juin et, même s'il ne fait pas très beau et pas très chaud, il ne neige pas. J'étais presque en train de m'endormir en écoutant Serguey lorsque tout à coup, je me suis pris un seau d'eau glacé sur tout le corps. J'allais demander ce qui venait de se passer lorsque Serguey m'a expliqué que, faute de neige, l'été on utilisait de l'eau glacée.

Après cette «douche» froide, on est encore resté un peu dans le bania pour se réchauffer, puis on s'est savonné un peu avant de nous rincer avec un grande bassine d'eau tiède et de sortir nous sécher pour laisser la place aux filles.

Une fois que l'on est passé par le bania, on n'a plus trop d'énergie pour faire grand chose et donc, généralement, on s'asseoit dans le canapé avec une tasse de thé et des petits biscuits et on discute. C'est ce que nous avons fait avant de rentrer à la maison pour la suite de la découverte des traditions russes. Mais pour ça, je vous laisse passer à l'article suivant.

 

 

L'Europe se rapproche (écrit le 20/06/2011)

Ulan Ude, c'était la Sibérie profonde. Idem pour Irkoutsk. En fait, j'ai l'impression que la Sibérie profonde a duré jusqu'à Omsk. En effet, c'est à partir de là que j'ai commencé à croiser de plus en plus de poids lourds européens. Évidemment, pas de français, d'espagnols ou d'italiens, mais des lettons à la pelle, quelques estoniens, un polonais. Je sens que je me rapproche de l'Europe et ça fait drôlement plaisir!!

Autre signe que je ne suis plus qu'à quelques kilomètres de l'espace Shengen: il commence à avoir des fast foods. Je ne suis pas un fan de Mc Do, KFC et Subway, mais je dois avouer que ce sont des établissements bien plaisants étant donné qu'ils mettent à disposition une connexion wifi. Je n'avais pas vu une seule de ces enseignes depuis Pékin. Mais en arrivant à Chelyabinsk, j'ai retrouvé le grand M jaune et les pubs pour le «one foot long». Alors je ne sais pas si c'est lié, mais c'est aussi à Chelyabinsk que j'ai vu les premiers (et premières) Russes un peu enveloppés. Alors évidemment, on n'en est pas au point de certains Américains ou Canadiens qui sont obligés de se déplacer en fauteuil roulant (Antoine, tu te souviens de cette fille au match des Canucks?!?). Mais quand même, dans les rues de Chélyabinsk, il y en a quelques uns qui ont un petit surplus pondéral.

Celles qui sont plus grosses aussi, ce sont les voitures. Plus ça va, moins il y a de vieilles ladas et plus je vois de grosses berlines toutes neuves. D'un côté ce n'est pas une bonne nouvelle pour moi parce que ça veut dire que ça roule de plus en plus vite sur les routes. Mais d'un autre côté, c'est mieux parce que la grande majorité de ces véhicule ont le volant à gauche. Et vous savez à quel point je n'aime pas les voitures qui ont le volant à droite!

Je ne suis donc pas encore géographiquement en Europe (encore environ 200kms avant de passer la ligne de partage de eaux entre Europe et Asie), mais je sens que ça se rapproche. En fait, j'ai un peu l'impression que dans le même temps que je vais vers l'ouest, l'Europe vient vers l'est et on est au point de rencontre. Donc, comme vous pouvez le voir, l'Europe a franchi l'Oural. Il va falloir que les livres de géographie soient mis à jour!

 

 

La concierge du RDC (écrit le 20/06/2011)

Voilà deux jours que je suis à Chélyabinsk et que je mène une vie de Russe. Je me couche à pas d'heure (la faute au soleil qui brille de 5h à 23h), je vais faire mes courses au petit supermarché d'à côté, je prends le bus et les petits minibus qui roulent à fond les ballons, je vais chez le coiffeur...

Le coiffeur, j'y suis allé une fois, je ne devrais pas y retourner de si tôt. Non pas que mon petit séjour entre les mains de la coiffeuse se soit mal passé, mais tout simplement parce que, avant de retourner chez le coiffeur, il faut attendre que ça repousse! Donc, la prochaine fois que je vais me faire faire un débrousaillage, ce sera en France et je pense que ça papotera plus! Vous êtes tous déjà allés chez le coiffeur en France?!? Le salon de coiffure du coin de la rue, c'est la plaque tournante de l'information locale. Si vous vous demandez qui est le nouveau locataire du troisième, à qui appartient la voiture rouge qui se gare toujours devant l'arrêt de bus ou qui est le jeune homme qui donne la main à la fille de Ginette depuis quelques semaines, vous savez que vous trouverez la réponse à votre question chez Ninou la coiffeuse. Mais en Russie, ce n'est pas en allant chez la coiffeuse que Petra saura si le marie de Julia l'a quittée ou pas! Chez le coiffeur russe, on ne parle pas.

Évidemment, la coiffeuse ne pouvait pas parler avec moi vu que mon vocabulaire est très restreint. Enfin elle aurait quand pu essayer. Mais ce qui m'a le plus étonné, c'est qu'à côté de moi il y avait une mamie qui se faisait faire la teinture, le brushing ou je ne sais pas trop quoi... Sans dire un mot! La coiffeuse coiffait, la cliente «clientait» et c'était tout. Pas le moindre échange verbal entre les deux parties!

Une, en revanche, qui a essayé de communiquer avec moi, c'est la concierge du bâtiment où je loge. Jusqu'à présent, j'étais toujours entré et sorti accompagné de quelqu'un. Mais aujourd'hui, je suis sorti avec Natalia puis je suis rentré seul. Bin je peux vous dire que mémé, elle n'a pas apprécié! À peine avais-je poussé la porte, qu'elle a commencé à me poser des questions. Inutile de vous dire que je ne comprenais rien. Je pensais que c'était gentil, qu'elle se disait «ah, il est enfin seul, je vais pouvoir lui demander d'où il vient, ce qu'il fait, jusqu'à quand...». Mais en fait les questions devaient plutôt ressembler à «qui êtes-vous? Que faîtes-vous ici? Où est la jeune fille qui est sortie avec vous? Où allez-vous? Répondez???». Au début, j'étais calme et poli, puis au bout d'un moment, j'en ai eu marre et je lui ai dit, en Français, qu'elle m'agaçait. Comme je me dirigeais vers l'ascenseur, elle m'a rattrapé pour me faire signer le registre des invités. Je ne suis pas sûr d'avoir bien complété les cases. Il se peut que je m'appelle Marseille, France et que je sois de nationalité Benoît. Mais ce n'est pas bien grave vu que la dame ne pouvait pas lire ce que j'écrivais!

Renaud chantait qu'au rez-de-chaussée de son HLM il y avait une barbouze qui surveillait les entrées. Que je sache le HLM dont il était question dans la chanson était en France et non pas en Russie. Mais il faut croire que les HLM se ressemblent un peu partout dans le monde. Sauf que je loge au huitième, chez Anja et Serguey, et que ça ne sent pas l'herbe et le patchouli comme chez Germaine...

(Si vous ne saisissez pas tout, écoutez la chanson de Renaud!)

 

 

Pot pourri (écrit le 18/06/2011)

Ouf, voilà, ça y est, je suis à Chelyabinsk. J'en ai terminé avec les 1700kms de plat horrible qui séparent Novossibirsk de l'Oural et je vais avoir droit à quelques jours de repos sans vent de face. Il ne s'est pas passé grand chose ces derniers jours: du vent, du plat, des routes assez mauvaises et de la circulation... Pas de quoi faire un article. À moins de tout condenser dans une sorte de pot pourri (aussi pourri que le vent de face!).

Je vais donc commencer par, devinez qui??... Le vent. Ce fichu vent d'ouest qui souffle à n'en plus pouvoir dans les immenses plaines russes qui s'étendent de Novossibirsk à Tchélyabinsk. En cours de géographie de je ne sais plus quelle classe, on nous avait dit que, dans l'hémisphère nord, les vents dominants venaient de l'ouest, alors que, dans l'hémisphère sud, ils venaient de l'est. Je ne vais pas dire que ça m'avait fait sourire, mais presque... Mais maintenant que je suis sur mon vélo, je peux vous dire que cette histoire de vent dominant ne me fait plus sourire du tout. D'ailleurs, je crois même que le vent de face est en partie la cause de mon désamour pour les Russes. Ou tout au moins pour les Russes que je croise lorsque je pédale. Parce que lorsque j'arrive dans une ville, que je pose mon vélo et que je n'ai plus besoin de me battre contre le vent, tout devient tout de suite mieux. Mais ceci dit, il faut quand même bien avouer qu'il y en a certains qui méritent des fessées. (Hophophop, ni vu ni connu, je passe au deuxième sujet de mon pot pourri.)

Parmi les affreux jojos à qui je dirais bien deux mots, il y a ce gars qui m'a doublé par la droite il y a quelques jours. Alors que je vous explique: je suis une route à l'enrobé typiquement russe (comprenez qu'il y a des bosses et des trous dans tous les sens), avec un vent de face du style force 7 avec avis de tempête. En face de moi, il y a une file de poids lourds qui arrive. Dans mon rétro, je vois un gros camion qui se présente. Je commence à serrer les fesses en me disant voyons voir ce qui va se passer. Mais le poids ralentit, ralentit, ralentit et se met à ma vitesse. Je me dis qu'il va attendre la fin de la file de véhicules venant en face pour me doubler. Mais la file est très longue et le chauffeur décide donc de me dépasser. Il se décale légèrement vers la gauche et me passe à environ 80cm de la sacoche. Vu qu'il roule doucement, je n'ai pas à subir l'effet du déplacement d'air. Par contre, avec une vitesse aussi lente, le temps de dépassement est très long et la remorque n'en finit plus. Comme un trou se présente je me demande s'il est préférable de «prendre» le trou ou de sortir dans le bas côté. C'est à ce moment là qu'une voiture déboule à peut-être 90kms/h sur le bas côté. Ça ne m'était encore jamais arrivé. Jamais un impatient n'avait emprunté le bas côté en terre pour doubler une file de véhicules. Imaginez que, juste à ce moment là, j'eus décidé de sortir de la route parce que je trouvais que le poids lourd était trop près de moi. Je me payais la voiture! Et là, ça faisait des choses pas jolies jolies. Si encore ça avait été une voiture qui faisait des bulles!

Je passe donc maintenant au troisième et dernier thème de cet article: les voitures à bulles. Je vous ai déjà dit que c'était Serguey, un prof de sport de Omsk, qui m'avait emmené en voiture chez le cycle pour réparer ma roue arrière. Ce que je ne vous ai pas dit ce que, sur le chemin du retour, on s'est arrêté au jardin d'enfant pour récupérer son fils, le petit Sacha, âgé de trois ans. Un vrai pitchoun avec les cheveux tout blond et les yeux bleus. Lorsqu'on est descendu de la voiture, Sacha a ouvert son sac en plastique pour en sortir ce bidule qui fait des bulles. Vous voyez de quoi je parle, une sorte de pot avec du liquide vaisselle et une sorte de paille. On souffle dans le rond au bout de la paille et ça fait des bulles. Sacha, il a soufflé deux ou trois fois puis il a fait le tour de la voiture pour vider le «liquide à bulles» dans le pot d'échappement de la Mitsubishi de son père. Serguey, il n'a pas trop apprécié la manip, mais, personnellement, j'ai adoré cette idée. Imaginez que des bulles s'échappent des pots d'échappement de tous les véhicules. Évidemment, dans ce monde là, les voitures seraient silencieuses et non polluantes. Elles rouleraient doucement, laissant entendre le bruit des bulles qui éclatent un peu plus haut... Malheureusement la réalité est toute autre. Mais je tiens quand même à remercier le petit Sacha pour ce moment de rêverie...

 

 

La gastinitsa pour camionneurs (écrit le 15/06/2011)

Ça faisait presque une semaine que je ne m'étais pas douché et ça commençait vraiment à me gratter un peu partout. Même Espéranto me disait que ça commençait à cocotter. En fait, les seuls que l'odeur ne répugnait pas, c'était les moustiques. Dommage! Pour prendre une douche en Russie, il n'y a pas quarante milles solutions: il faut aller dans une gastinitsa. Le problème, c'est que les gastinitsas, il n'y en n'a pas de partout. C'est le genre de truc bien russe comme il faut. Comprenez par là que, à l'intersection de deux grandes routes nationales, il n'y a rien du tout alors que, tout à coup, au milieu de nulle part, vous avez une immense gastinitsa toute neuve. Allez trouver la logique de tout ça! Mais il y a une constante là-dedans: il y a toujours des gastinitsas aux alentours des grandes villes. Il faut juste les trouver étant donné qu'elles ne sont pas très bien signalées, un peu comme si le propriétaire se disait «pourvu que personne ne vienne chez moi parce que sinon je vais avoir du travail». J'ai donc débarqué à Kurgan avec pour mission de trouver une gastinitsa. Chance pour moi, il y en avait deux ou trois à l'entrée de la ville. Malheureusement, ma sacoche provisions était vide. Je suis donc rentré dans la ville à la recherche d'un magasin. Je pensais que je n'aurais pas besoin d'aller bien loin. Dans mon référentiel européen bien américanisé, il y a toujours un grand centre commercial situé en périphérie de la ville. Sauf que Kurgan, c'est la Russie et, en Russie, en périphérie de la ville, il y a tous les garagistes et les magasins de pièces automobiles (et il y en a un paxon, preuve que la voiture tient une place d'importance ici!). J'ai donc dû aller loin dans la ville pour finalement dénicher un supermarché. Je vous laisse aller voir la photo du bâtiment, vous allez voir, ça vend du rêve! Bref, une fois que j'ai eu fait mes courses, j'ai pris la direction de la sortie de la ville. Mais pas la sortie par laquelle j'étais arrivé (vous me suivez?). Et, bien évidemment, de ce côté là de la ville, il n'y avait pas de gastinitsa. Mais il y avait un poste de police avec deux agents qui étaient là à se tourner les pouces. Par chance, l'un d'entre eux baragouinait trois mots d'anglais (yes, no, street, right, left). Assez pour m'indiquer une gastinitsa. À première vue, je dois dire que je n'étais pas très enthousiasmé par l'allure du truc. Pas plus que ce que l'accueil des gens qui tenaient ce bouiboui (une bonne femme peu délicate et un gars qui reniflait l'alcool et le tabac à des mètres à la ronde... En même temps, ils sont presque tous comme ça...). Mais la gastinitsa m'avait été conseillée par un flic. Et puis il fallait vraiment que je prenne une douche. J'ai donc payé les 900 roubles (à peu près 25€) et j'ai pris possession des lieux. Comme je rejoignais ma chambre après ma douche (il y a une video en ligne là dessus), j'ai croisé le gars qui m'a demandé si je voulais une fille. Je l'ai remercié. Ce n'est pas la première fois qu'on me fait une telle proposition. J'ai donc fait ma petite vie puis, à 21h, je me suis couché. Vers minuit, j'ai eu envie d'aller aux toilettes (hé ouais Sam, faut bien évacuer le pisse mémé!). Je suis donc sorti et, comme je ne voulais pas aller jusqu'aux sanitaires, j'ai entrepris de faire mon pipi derrière le bâtiment. Comme je faisais le tour du bâtiment, j'ai vu une femme qui se dirigeait vers le café attenant au bâtiment où j'avais ma chambre. Elle aussi m'a vu. Je me suis dit «mince, la proprio, je vais me faire taper sur les doigts». Quelques secondes plus tard on frappait à ma porte. «Et flûte!». Sachant qui était là et pour quelle raison, je vais ouvrir la porte et là, sur qui est-ce que je tombe?!? La proprio, accompagnée de cinq ou six filles, qui me dit avec tout le tact qui semblait la caractériser: «Sex? Roubles?». Je m'attendais à tomber sur elle, mais pas pour ça! Je lui réponds donc que «sex niet». Puis en jetant un coup d'œil à la cohorte qui la suivait, je fais une belle grimace. Je n'avais jamais vu de prostituées pour camionneurs, mais je peux vous dire que ce ne sont pas de fines fleurs! Alors je ne sais pas si c'est à cause de mon «niet» ou de ma grimace, mais la bonne femme est repartie en pestant, suivie par ses filles. J'imagine que toutes les gastinitsas ne sont pas comme celle-ci (j'espère!). Ce bouiboui où j'ai échoué était en fait un repère pour camionneurs avec tout ce que cela implique de douceur, de délicatesse, de bien-séance, de bon goût et de calme... C'est bien la dernière fois que je demande une adresse de gastinitsa à des flics!

 

 

Au bout du rouleau (écrit le 13/06/2011)

Je suis certain que vous avez tous déjà connu cette situation extrêmement embêtante, lorsque, étant sur le trône et venant le moment d'utiliser le petit rouleau de papier rose, vous vous apercevez que vous êtes au bout du rouleau. Pour ce qui est du réapprovisionnement en papier toilette, je n'ai aucun problème et je n'ai encore jamais dû faire face à ce genre de situation. En revanche, ce soir, je suis au bout du rouleau en termes de moral. Voilà six jours que j'ai quitté Omsk, voilà six jours que je me paie un vent de face d'enfer. Mais vraiment d'enfer. Le vent de face, je sais que je l'aurai jusqu'à la fin de mon voyage et que je dois faire avec. Alors je l'accepte. Mais il ne faut tout de même pas exagérer! Du vent plein ouest à 80kms/h non stop pendant six jours, vous avez vu ça où? (Bien joué à tous ceux qui ont répondu «en Sibérie»). Mais le pire de tout, dans cette histoire, c'est que ce vent de mer** est glacial. Moralité, nous sommes le 13 juin et je pédale encore avec les surchaussures, le collant, la veste... Et les gros gants de ski. J'en ai marre. Marre de devoir être habillé comme un esquimau en plein mois de juin, marre de devoir appuyer sur les pédales comme un forcené pour avancer de quelques clopinettes chaque heure... Et puis temps que j'y suis, je vous dirais aussi que j'en ai marre des moustiques et des taons, marre des outres à vodka qui conduisent n'importe comment, marre de l'enrobé déplorable de la M51... Mais plus que tout, j'en ai marre de ce vent de face monstrueux (ah bon, je vous l'ai déjà dit?) et je me demande ce qui me retient de balancer mon vélo et de mettre le feu à mes sacoches avant d'acheter un billet d'avion, de train ou de ce que vous voulez pour rentrer illico presto à Marseille. Non, mais c'est vrai, quoi à la fin! Est-ce utile de continuer si c'est pour tous les jours en baver autant? Ne serait-il pas plus raisonnable de tout arrêter? Peut-être. Le problème, c'est que je ne suis pas raisonnable et que, lorsque j'ai commencé quelque chose, je le fais jusqu'au bout. Et puis je me dis que, même si le vent défavorable continue de souffler, j'ai encore de belles choses à voir et de belles rencontres à faire. Donc, même si ce soir je suis au bout du rouleau, demain matin, j'entame un nouveau rouleau et, vent ou pas vent (mais plus certainement vent), je remonte en selle. (Il va tout de même falloir que je fasse un peu attention au réapprovisionnement parce qu'avec un rouleau par jour...).

 

PS: je vous mets une video du vent ci-dessous. J'en ai fait une chaque jour, mais je ne pense pas que ça vous intéresse de toutes les voir, surtout que, lorsque que vous en avez vu une, vous les avez toutes vues!

 

 

 

 

Embourbé (écrit le 11/06/2011)

Il y a des enfants que les éclairs et le tonnerre effraient. Je ne faisais pas partie de ceux-là. Je dois même dire que, étant petit, j'aimais bien, les nuits d'orage, regarder ma chambre qui s'illuminait quelques dixièmes de secondes avant que ne retentisse le tonnerre. J'aimais entendre le bruit des grosses gouttes de pluie sur le toit. Mais les choses ont bien changé et, depuis ma mésaventure dans la high Sierra Nevada il y a deux ans (ceux qui avaient suivi mes aventures aux US se souviennent certainement de ça), j'ai très peur de l'orage. Les éclairs me glacent le sang et le bruit du tonnerre me pétrifie. Vous vous doutez donc que je n'étais pas très rassuré hier soir lorsque le ciel s'est brusquement assombri et que le vent a commencé à secouer sérieusement les bouleaux sous lesquels j'avais planté ma tente. Puis, vers 23h, les éclairs ont commencé à zébrer le ciel, le tonnerre s'est mis à gronder et il a commencé à pleuvoir.

L'orage a duré jusqu'à 5h de matin. Évidemment, je n'ai pas fermé l'œil de la nuit. La peur de l'orage, mais aussi, le froid et les gouttières qui faisaient pleuvoir un peu partout dans la tente. Puis, lorsque à 5h le ciel s'est calmé, je me suis effondré de fatigue. Je me suis réveillé vers 9h30, certain que le soleil brillait et que j'étais prêt à partir. C'était le rêve que je venais de faire. Mais en réalité, le ciel était toujours aussi noir, tout était mouillé et rien n'était rangé. Je n'étais pas prêt de partir! Je me suis assis, j'ai pris ma carte et j'ai réfléchi aux deux solutions qui se proposaient à moi: rester dans la tente la journée ou partir. Mais comme je n'avais plus beaucoup de nourriture, plus du tout d'eau et que je ne savais pas si ce serait mieux le lendemain, j'ai décidé de lever le camp. À 10h 15 je commençais à pousser mon vélo pour rejoindre la route... Que je n'atteignais qu'à 11h, soit 45mn pour faire 700m.

La veille, lorsque j'avais quitté la route pour traverser un grand champ et m'installer sous les arbres, le sol était bien sec. Mais avec les pluies torrentielles de la nuit, la terre s'était transformée en une boue extrêmement collante dans laquelle je m'enfonçais de presque 5cm. Espéranto, lui aussi s'embourbait et, rapidement, la terre est venue s'accumuler sous les garde-boues. Impossible de pousser le vélo, il fallait porter.

Lorsque j'étais sur la Laguna Ruta, j'ai porté mon vélo à plusieurs reprises à cause du sable. Mais le sable, ça ne colle pas. On ne peut pas en dire autant de la boue! Une fois que j'ai eu rejoint la route, il m'a fallu dix bonnes minutes pour retirer la boue coincée sous les garde-boues, derrière les sacoches, dans le dérailleur et sous mes chaussures. Mais, en même temps que je décrottais mon matériel, je devais aussi faire la chasse à tous ces fichus moustiques qui me tournaient autour: une claque sur la jambe, un moulinet derrière l'oreille droite, une tape sur la joue... Et comme j'avais de la boue plein les mains, je ne vous raconte pas l'état dans lequel j'étais. Peut-être à mi-chemin entre le masque de beauté et la peinture de guerre sioux!

Une trentaine de kilomètres plus loin, j'ai eu la chance de tomber sur un station service avec une bonne femme sympa qui m'a ouvert ses toilettes pour que je me débarbouille. Je n'aurai gardé mon masque de beauté seulement quelques heures. Je ne sais pas si c'est suffisant pour que ça fasse effet. Mais si plus on garde la boue longtemps sur soi plus on est beau, alors Espéranto il va bientôt pouvoir concourir à Mister Bike Univers!

 

 

Les gitans (écrit le 10/06/2011)

Je venais tout juste de reprendre la route ce matin, lorsque j'ai aperçu, quelques centaines de mètres devant moi, un véhicule arrêté sur le bord de la route. Depuis ma selle, j'ai vu un homme arrêter le véhicule qui venait de me doubler. Mais la voiture ne s'est immobilisée que quelques secondes avant de repartir. En m'approchant, j'ai remarqué qu'il y avait en fait trois voitures. Comme je m'avançais, j'ai vu un petit garçon traverser la route. Sans doute voulait-il voir passer le vélo de plus près? Je n'étais maintenant plus qu'à une dizaine de mètres des véhicules. Il s'agissait de trois grosses berlines allemandes. L'une d'entre elles avait le capot ouvert et cinq hommes se tenaient autour des voitures. Ils ne regardaient pas le moteur, mais le petit garçon qui avait traversé. C'est alors que celui-ci m'a fait signe de m'arrêter.

Comme je freinais, je jetai un coup d'œil vers les voitures. Je remarquai que je n'avais pas à faire à des Russes, mais plutôt à des Kurdes ou des Turques ou quelque chose comme ça. Je ne peux pas dire que la vue de ce gamin me faisant signe de stopper en face de trois énormes cylindrées entourées de cinq hommes m'inspirait confiance, mais je me suis pourtant arrêté.

C'est alors que le gamin s'est avancé vers moi en me tendant la main. Comme je le saluais, il commença à débiter un truc en Russe en me tendant une bague. Je ne parle pas un mot de Russe, mais j'ai rapidement compris qu'il voulait que je lui achète sa breloque. Je lui répondis que je ne parlais pas Russe et que je ne comprenais pas. Puis un des hommes a traversé. «Salam Alekoum!». J'ai grandi dans le centre ville de Marseille et je peux vous certifier que ce gars n'était pas Maghrébin. C'était un gitan. D'ailleurs, il n'est pas allé plus loin que «Salam Alekoum» et a continué en Russe, me tendant à son tour la bague. «Vous venez d'où?». Comme je posais ma question, je me penchai pour voir les plaques des voitures. Deux bulgares et une... Française! Immatriculée dans le 94. Comprenant que j'étais Français, le gars appella un autre type et je me dis que j' allais enfin savoir ce qui leur était arrivé. «France!?! Mon ami! Toi sauver la vie de moi!». Malheureusement, le gars ne peut pas aligner deux mots de Français: «Toi, prends bague. Or. 20 euros. Route longue, essence, nourriture bébé». Le bébé en question, c'est le gamin de 6 ou 7 ans qui m'a fait stopper. Tu parles d'un bébé.

Mais avant de continuer, laissez-moi vous décrire cette bague. D'après ce brave homme, elle est en or massif (autant en or massif que ce que ma grand-mère est l'impératrice Eugénie!). Il ne s'agit pas d'un bijou délicat que vous passeriez au doigt de votre bien aimée en la demandant en mariage. Non, la bague que je me vois proposer d'acheter est un bidule énormissime sur lequel est gravé le signe $. Une vraie bague de parrain!

Pour résumer la situation, je suis au bord de la route avec à côté de moi deux hommes et un gamin de 7 ans qui veulent que je leur donne 20€ contre une bague soi disant en or massif. De l'autre côté de la chaussée, il y a trois énormes berlines allemandes et trois hommes qui nous observent. Il va falloir m'expliquer comment un mec qui ne parle pas Français peut posséder une aussi grosse voiture? Pourquoi est-ce que, pour cause de panne sèche, le véhicule a le capot ouvert? Puisqu'ils voyagent à trois véhicules, pourquoi l'une des voitures ne peut-elle pas faire 15kms pour aller chercher un bidon d'essence à la station service de Malinka, petit village situé à tout juste 13kms? Et si je donne 20€ à ces gars, que vont-ils en faire ici, au fin fond de la Russie?... Il y a, à mon goût, beaucoup trop de choses qui clochent et je décide de reprendre la route. J'explique à ces gens que je voyage avec mon vélo et que je n'ai pas d'argent et je me félicite d'avoir des trous dans mes chaussures, d'être sale avec le teint buriné et une barbe de 10 jours.

On m'a souvent dit de faire très attention car la Russie était un pays très dangereux. Ce sont les Russes, eux-mêmes, qui m'ont souvent fait ces recommandations. Or, même si ce sont des outres à vodka enfuminées, je n'ai jamais eu de problèmes avec les Russes et je n'ai pas l'impression que ce soient des gens très vils. En revanche, les gitans sont réputés pour être prêt à tout pour récupérer un peu d'argent et ont plutôt mauvaise réputation et je dois dire que j'ai été assez content de repartir. Je n'aime pas ce genre de situation: eux à six, moi seul; eux avec des voitures, moi à vélo... Je ne pense pas pour autant qu'il puisse arriver quelque chose tant que vous restez sur la route. Évidemment, s'ils vous invitent à les suivre dans leur voiture pour vous montrer quelque chose, il faut refuser. Mais tant que vous croisez ce genre de zigoteaux sur la route, vous êtes tranquille. Là où ça peut devenir un peu plus craignos, c'est si la voiture tombe en panne au niveau où vous êtes sorti de la route pour aller planter votre tente et qu'un des types, décidant d'aller aux toilettes dans les arbres, découvre votre campement. Alors là, ça peut mal tourner.

Une voiture qui tombe en panne juste à l'endroit où vous êtes sorti de la route, ça peut arriver. La probabilité est extrêmement faible, mais elle existe, donc pourquoi pas. Par contre, ce qu'il faut bien voir, c'est que, pour aller aux toilettes dans les arbres en Sibérie, il faut affronter une nuée de moustiques. Et ça, c'est très très dissuasif, même pour les gitans!

 

 

Ma bonne étoile (écrit le 06/06/2011)

Il y a des fois où je me dis que quelqu'un ne veut pas que j'arrive au bout de mon voyage. Il m'a flanqué le vent de face depuis le début, m'a donné une tourista d'enfer au Maroc, il m'a asséné cinq semaines de pluie au Brésil puis trois semaines de pluie aux USA. Il a mis sur mon chemin la neige dans les Andes, en Mongolie et en Russie et, régulièrement, il me me crée des crevaisons à répétitions et des problèmes techniques, le dernier en date étant arrivé aujourd'hui avec la rupture de l'axe de la roue arrière. Alors je ne sais pas qui est le petit malin qui s'amuse à ça, mais je tiens à lui dire que je ne suis pas prêt d'abandonner. Surtout que, s'il veut tout savoir, je crois aussi que j'ai une bonne étoile qui vieille sur moi.

Ça faisait quelques jours que ma roue arrière faisait beaucoup de bruit et je me disais «pourvu que j'arrive jusqu'à Omsk, pourvu que j'arrive jusqu'à Omsk». J'ai donc été bien soulagé cette après-midi en passant devant le panneau d'entrée de la ville. Sauf que Omsk, c'est une grande ville. Et pour trouver un cycle dans une grande ville russe, c'est pas de la tarte! J'étais en train de réfléchir aux différentes options qui s'ouvraient à moi lorsque j'ai lu sur un bâtiment «Université». L'endroit idéal pour trouver quelqu'un parlant Français ou Anglais et lui exposer mon problème. Je me suis donc présenté à l'accueil. Évidemment, le gars de la sécurité ne m'a pas reçu avec un grand sourire, mais il a tout de même accepté d'appeler quelqu'un baragouinant un peu la langue de Shakespeare.

Une dame blonde est arrivée: c'était Svetlana. Un peu sceptique au début, elle a vite compris que je n'étais pas un vagabond et que j'avais toute ma tête. Je lui ai montré mon problème. Elle a appelé «l'homme à tout faire» de l'université, qui a dit qu'il pouvait rien faire pour moi. Alors un jeune prof de sport est arrivé. C'était Serguey. Ils ont parlé un moment, puis elle a composé un numéro et m'a tendu son téléphone. Au bout des ondes j'ai eu Alona (je sais, ça fait du monde!) qui, dans un excellent Français, m'a expliqué que Serguey allait me conduire chez un «spécialiste» qui pourrait réparer mon vélo et que je n'avais pas de soucis à me faire pour passer la nuit à Omsk parce qu'elle avait un appartement pour me loger. Il était 15h.

En 3h, Serguey m'a conduit chez le spécialiste, puis à un magasin pour acheter la pièce de remplacement, avant de me ramener chez le spécialiste pour y laisser le moyeu. Ensuite, nous sommes allés voir la finale universitaire de volley (hé oui, Serguey joue au volley!) et à 20h30, on a retrouvé Alona qui m'a emmené dans un appartement qu'elle loue à Vadim et Sacha, deux Kazakhs venus faire leurs études ici.

Bref, j'ai débarqué à Omsk en me demandant comment j'allais faire réparer ma roue et où j'allais passer la nuit. En m'arrêtant à l'université et en rencontrant Svletana, tous mes problèmes ont été solutionnés en même temps. Mais le plus beau, c'est qu'en plus de ça, j'ai trouvé une chouette bande de copains! Je dois vraiment avoir une très très bonne étoile!

 

 

Anti-mousitque (écrit le 04/06/2011)

Arghhhhhhhh!! Je deviens fou. Tellement fou que je commence à croire que j'ai la sensation de me faire piquer même lorsque je ne me fais pas piquer. J'en peux plus de ces moustiques! Sur la route, ça va encore. Mais dès que je m'éloigne un peu du goudron pour aller chercher un coin pour dormir, c'est infernal. Ils arrivent par dizaines et piquent tous ce qu'ils peuvent. Je suis obligé de monter et démonter ma tente en pantalon, veste, gants et moustiquaire de tête. Le plus rageant dans tout ça, c'est que, en plus de me payer des suées monstres, je me fais quand même piquer. Ces satanés moustiques arrivent à rentrer dans les manches, à piquer à travers les gants et à se faufiler dans la moustiquaire. Rien n'y fait. Pas même le spray que j'ai acheté il y a quelques jours. Mais je me demande quand même s'il n'y aurait pas une solution pour échapper aux bestioles piquantes: boire et fumer.

Il y a quelques jours, j'étais en grande discussion avec trois camionneurs, des vrais camionneurs en marcel avec la clope à bouche et la bière à la main et j'étais assailli de toute part alors que eux n'étaient pas importunés. C'est alors que je me suis demandé si la cause de mes démêlés avec les moustiques n'étaient pas dûs à mon hygiène de vie. Je ne bois pas, je ne fume pas, je mange sainement et je fais beaucoup de sport. J'imagine que j'ai du sang «propre» et très riche en globules rouges. Les camionneurs, au contraire, boivent, fument, sont plutôt gras et passent leur journée assis sur leur siège. Ils doivent donc avoir pas mal d'alcool, de nicotine et cholestérol dans le sang et je pense que ces substances se retrouvent dans leur transpiration. Les moustiques doivent le sentir et préfèrent s'abstenir de cette nourriture de mauvaise qualité pour se rabattre sur mes mollets et mes bras.

Il ne s'agit là que d'une supposition et il faudrait l'étayer de quelques expériences. Vous m'excuserez, mais je ne suis pas prêt à passer une semaine assis dans un camion à fumer des clopes et à boire de la bière. D'un autre côté, je ne pense pas qu'un seul camionneur soit prêt à venir pédaler pendant une semaine en s'abstenant de toute consommation de cigarettes et d'alcool.

Je lance donc appel parmi vous, amis lecteurs: il y en auraient-ils qui seraient intéressés pour aider la science et s'adonner à l'étude du comportement des moustiques en venant passer un mois en Sibérie. Le protocole expérimental serait très simple 15 jours de vélo avec eau et nourriture saine suivis de 15 jours de camion avec cigarettes et alcool. Y a-t-il des volontaires?

 

 

Un petit coup d'aspiration (écrit le 03/06/2011)

Sur la carte, les 650kms entre Novossibirsk et Omsk sont plats. Dans la réalité, ils sont plats à en mourir. De longues lignes droites au milieu de marais infestés de moustiques, taons, mouches et autres bestioles volantes adeptes des piqûres. Pas le genre d'endroit où l'on aime s'attarder. Surtout que le plat, c'est pas le mieux.

Beaucoup de gens pensent que pédaler sur du plat, c'est facile. Je pense au contraire que c'est très difficile. Ça n'avance pas vite, on ne voit pas les paysages changer, ça fait mal aux fesses de toujours rester assis sur la selle et ça donne mal aux jambes de toujours garder la même cadence. Et si en plus vous êtes la proie d'une nuée d'insectes, alors c'est vraiment pas fun. La solution à tous ces problèmes, c'est d'arriver à prendre l'aspiration d'un véhicule.

Prendre l'aspiration, ça veut dire rouler juste derrière, à quelques dizaines de centimètres. Mais lorsque l'on est sur un vélo et encore plus sur un vélo chargé, on ne peut pas prendre l'aspiration de tous les véhicules. Va pour un tracteur ou un engin de chantier, mais pas question d'essayer de suivre une voiture ou un camion. Vous imaginez donc que j'ai été très content lorsque j'ai aperçu une niveleuse dans mon rétroviseur. J'ai un petit peu ralenti pour la laisser passer, puis je me suis mis juste derrière, à une soixantaine de centimètres de la roue de secours.

À cet endroit là, il n'y a ni vent de face ni résistance à la pénétration dans l'air. Il suffit de faire tourner les jambes pour tenir la vitesse et ça avance tout seul. On peut même se payer le luxe de faire un peu de roue libre. Et croyez-moi que continuer de rouler à 25kms/h sans pédaler, sur du plat, avec un vélo de 55kg, c'est pas tous les jours que ça arrive! Ça, ce sont les bons côtés de l'aspiration. Mais il y a aussi de gros inconvénients à rouler derrière un véhicule.

Premièrement, il faut être très concentré. La roue avant est à quelques centimètres du pare choc arrière et il faut donc garder les yeux rivés sur le véhicule et être prêt à freiner à tout instant. Impossible de regarder le paysage. Impossible aussi d'entendre tous les bruits qui font partie du voyage, le seul son arrivant à nos oreilles étant le bruit du moteur. Enfin, si être dans l'aspiration d'un véhicule est bon pour vos fesses et vos jambes, c'est très néfaste pour vos poumons. Pédaler juste derrière une niveleuse, c'est respirer des gaz d'échappement!

J'ai roulé une petite heure derrière cette niveleuse. Une petite heure pour une grosse vingtaine de kilomètres. Plutôt pas mal comme rendement! Lorsqu'elle s'est finalement arrêtée sur le bord de la route, j'ai été un peu triste de la quitter et de me retrouver à 14kms/h assailli par les moustiques. Mais, d'un autre côté, j'ai eu le plaisir de respirer à nouveau de l'air pur et d'entendre ces bruits qui caractérisent les marais: canards prenant leur envol, vent dans les roseaux, clapotis de l'eau... L'aspiration, c'est comme le reste, c'est à consommer avec modération!

 

 

Journée à thème (écrit le 02/06/2011)

Il y a les soirées à thème: tout le monde en blanc, vive les légumes (paye ton déguisement de carotte!), apéro sportif... Aujourd'hui c'était «journée crevaisons». Mais pas journée crevaisons normales. Journée crevaisons merdiques.

L'étape avait pourtant bien commencée. J'avais quitté Akademgorodok sous un beau ciel bleu dans lequel brillait un grand soleil. En plus de ça, Marine était venue me dire au revoir avec un méga super hyper chouette cadeau: sa guimbarde (goubnaya garmochka pour ceux qui voudraient briller en société en faisant étale de leur connaissance en Russe).

Je me suis souvent plaint du vent de face. Mais en quittant Novossibirsk, j'avais le vent de dos. C'est incroyable comme on voit les choses différemment lorsque le vent nous est favorable. Le ciel est plus bleu, l'herbe plus verte, on répond par un geste amical aux automobilistes qui nous klaxonnent, on apprécie la danse du fait des arbres... Même les routes russes ont l'air moins mauvaises!

J'étais perdu dans mes pensées lorsque Pshiiiiiiit!!!! Crevaison. Il était 11h. Je m'arrête sur le bord de la route, je démonte, je constate les dégâts (entaille de 1cm dans la chambre), je change de chambre et je repars. Mais je ne repars pas l'esprit tranquille. En effet, j'ai crevé de la roue arrière, comme quelques jours auparavant à Kemerovo, mais je n'ai pas trouvé de saleté dans le pneu. Encore plus bizarre, il semble que la chambre ait été percée sur la jante. Enfin, comme il fait beau et que j'ai le vent dans le dos, je pédale. On verra pour les réparations plus tard. Mais à 13h: Pshiiiiiiit! Crevaison de la roue arrière.

Une nouvelle fois je m'arrête sur le bord de la route pour démonter la roue. Il me semble que le trou est au même endroit que précédemment. J'inspecte l'intérieur de la jante et je trouve un petit morceau d'alu coincé dans le fond de jante juste à l'endroit où j'ai percé. Je me dis qu'il doit être la cause de mes ennuis. Je le retire donc et je change de chambre à air avant de repartir. Pas le temps de réparer, il faut profiter un maximum du vent de dos. Mais une nouvelle fois, je ne repars pas très serein. J'ai crevé deux fois en deux heures et je n'ai plus de chambre à air de rechange. Je croise donc les doigts en espérant ne plus avoir à sortir ma trousse à outils. Mais vous le savez autant que moi: jamais deux sans trois. Et à 15h, pshiiiiiiiit! Crevaison de la roue arrière.

Je m'arrête, je démonte et je constate que le trou est à nouveau au même endroit. Pourtant il n'y a plus le petit éclat d'alu! Mais le fond de jante est abîmé à cet endroit là. Je suis à 80kms de Novossibirsk avec trois chambres éclatées et un fond de jante abîmé. Je suis bien tenté d'arrêter une voiture pour lui demander de me conduire à la prochaine grande ville, mais je ne suis pas certain qu'un véhicule daignera s'arrêter. Et puis prendre la voiture, ce n'est pas l'aventure! Je décide donc de tenter une ultime réparation. Je retire donc le fond de jante abîmé et je le remplace par de l'elastoplast. Jamais je n'aurais imaginé que la trousse à pharmacie servirait à Espéranto! Pour la chambre à air, je colle une rustine de moto trouvée dans le désert de Gobi. La rustine est très sale et en mauvais état et je doute fortement que ma réparation tienne le coup. Mais qui ne tente rien n'a rien. Alors je tente. Afin que la colle prenne bien, je reste une bonne demie heure debout le pied sur ma rustine. Je remonte ensuite la roue, je gonfle (pas trop pour ne pas tout faire sauter) et je repars.

Je dois avouer que j'ai très peur de me retrouver à plat. Sans arrêt je jette un coup d'œil à ma roue arrière pour voir comment elle va. Le pneu est tout dégonflé, mais elle tient le coup. Et elle tiendra le coup jusqu'au soir, pour ma plus grande satisfaction. Je ne suis pas trop un adepte des journées crevaisons.

 

 

Au beurk russe (écrit le 31/05/2011)

À l'INSA de Lyon il y a plusieurs restos. Pour ceux qui sont un peu pressés ou qui sont adeptes de la «junky food», il y a Le Prévert. Pour les étudiants qui aiment les pâtes et les pizzas, il y a L'Olivier. Pour les Insaliens qui préfèrent les grillades, il y a Le Grillon. Et puis pour tout ceux qui n'ont pas de chance, il y a le Castor et Pollux, plus connu sous le très célèbre nom de Beurk. Le point commun entre tous ces restaurants, c'est qu'au moment de la pause de midi, il y a un monde de fou. Ça commence dans la queue. Il y en a qui poussent, d'autres qui doublent, d'autres encore qui crient. Tout le monde veut rejoindre son copain qui est juste devant et, du coup, ça n'avance pas, ou tout au moins pas très vite. Mais vous arrivez toujours à accéder au présentoir. Vous passez ensuite devant le «juge»: «une entrée, un plat chaud, un fromage, un dessert, un pain. OK, vous êtes en règle, vous pouvez accéder à l'étape suivante». Et quelle étape! Une fois passé le tourniquet, vous entrez dans la grande salle de restauration où règne un brouhaha d'enfer, où, quelques fois, volent des petits pois et des carafes d'eau et où il est impossible, ou presque de trouver une place. Mais vous finissez toujours par dénicher une chaise. Lorsque vous avez terminé votre dégustation, (c'est vrai que le Beurk, c'est pas Bocuse, mais, très honnêtement, c'est quand même pas si infecte que certains le disent), vous accédez à la dernière étape du grand jeu de la pause de midi: poser votre plateau. Là encore, ça commence par une queue, avec toutes les entorses à la règle que vous pouvez imaginer. Mais, encore une fois, vous finissez toujours par arriver au tapis roulant qui se charge d'emporter votre plateau vers les bas fonds des cuisines où l'attendent Janine et Georgette, armées de leurs brosses. À l'université de Akademgorodok, il y a aussi des restos, mais c'est complètement différent. Pour commencer, il n'y a pas en Russie de plage horaire destinée à la pause de midi. Du coup, tout le monde ne mange pas en même temps (certains, même, n'ont pas le temps de manger!) et il n'y a pas de rush. Heureusement d'ailleurs, parce que le beurk russe n'est pas étudié pour les situations de rush! Pour choisir les plats, il y a un papier au début de la chaîne avec le nom des plats, leur composition et leur prix, ce qui veut dire que ça prend du temps pour tout lire, comparer... Ensuite, lorsque vous avez décidé ce que vous voulez, il faut attendre que la dame qui sert, qui est assise à un bout du self, vienne pour vous servir (avec la douceur typique des Russes que je vous ai déjà décrite). L'étape suivante est le paiement. Au beurk russe, il n'y a pas de carte, il faut payer en liquide, ce qui prend un peu de temps étant donné qu'il faut que la dame compte et affiche le montant sur son boulier, puis vous devez donner l'argent avant qu'elle ne vous rende la monnaie pour enfin accéder à la salle à manger. Contrairement au réfectoire de l'INSA, archi plein et bruyant, la cantine de Akademgorodok est vide et silencieuse. Tellement vide que vous hésitez entre les tables: près de la porte pour avoir le courant d'air, ou près de la fenêtre pour la vue sur la forêt, ou à côté des escaliers pour zyeuter les filles... Une autre chose assez drôle, c'est que les assiettes et les couverts des cantines russes sont les mêmes que ceux que vous pouvez trouver chez votre grand-mère. Les assiettes ont des motifs sur les bords et sont ébréchées et les couverts sont en argent avec tout plein de décors dans tous les sens. Lorsque vous avez fini de contempler vos outils (oui, parce que finir son assiette ne prend pas beaucoup de temps), vous allez poser votre plateau. Comme il n'y a personne au self, il n'y a pas de queue. Enfin presque parce que vue qu'il n'y a pas de tapis roulant, il faut attendre que la dame prenne le plateau de la personne devant vous pour poser le vôtre, ce qui peut prendre un peu de temps.

Taxi Genia (écrit le 26/05/2011)

Bon, je résume rapidement pour ceux qui auraient fait une pause depuis l'article précédent: je suis à Kémérovo, avec ma roue arrière à plat, impossible de réparer et sans chambre à air de rechange. Mais dans mon malheur, j'ai la chance de tomber sur Alëna, qui est la gérante du Café Frégate.

Les Russes sont peureux et distants. Alëna, c'est tout le contraire. Lorsque je rentre dans la salle de restaurant, en cuissard, les mains toutes dégueulasses, plutôt que de m'envoyer promener ou de partir en courant, elle me sourit et me demande si je viens pour manger. Je lui explique rapidement la situation à grand renfort de gestes et de grimaces. Elle comprend tout de suite et me dit «Schiass», ce qui veut dire «un moment». Pendant que je patiente avec Espéranto, je la vois s'activer au téléphone. Puis, au bout de quelques minutes, elle me tend l'appareil et je me trouve en liaison avec un gars qui parle Anglais et qui m'explique tout: Alëna a trouvé un cycle dans Kemerovo et elle me propose de me faire conduire par un ami jusqu'au magasin pendant qu'Espéranto restera au Café. Par contre il me demande une participation de 200 roubles pour le transport en voiture. No problem. Quelques minutes plus tard, je monte dans la Lada de Genia.

À peine a-t-on claqué les portières que Genia s'allume une cigarette et met le contact. Tout en regardant fixement son compteur de tours, il accélère une première fois VROUM. Puis une seconde fois VROUUM. Une troisième fois VROUUUM. Quatre fois, cinq fois, six fois... VROUUUUUUUUM. Ce qui est drôle, c'est qu'il tire sur sa clope juste au moment où il accélère. Comme s'il faisait corps avec sa voiture et que c'était le fait d'appuyer sur l'accélérateur qui injectait de la nicotine dans ses poumons. Une fois qu'il a eu estimé que la Lada était prête, il m'a regardé en me disant un truc qui sonnait un peu comme «elle tourne bien, hein?». Puis il a enclenché la première et on est parti.

Pour rejoindre le centre de Kemerovo depuis le café Frégate, la route est un peu cabossée. Le genre de route typiquement russe sur laquelle il vaut mieux ne pas dépasser les 60kms/h. Mais ça, Genia, il s'en fiche un peu et lui il conduit pied au plancher, à fond les ballons dans la descente, tout en me parlant de je ne sais pas trop quoi. Déjà en vélo, les descentes russes, ça secoue, mais lorsque vous êtes lancé à 90kms/h dans une vieille Lada aux amortisseurs déglingués, alors là, je ne vous raconte pas! Pour tout vous dire, j'étais pas trop rassuré. Puis j'ai vu une voiture un peu devant nous et je me suis dit «ouf, il va devoir ralentir». Surtout que je voyais l'entrée d'un virage arriver. Mais Genia continuait d'accélérer. Plus que 40m, je regarde la voiture de devant. Plus que 30m, je regarde Genia. Plus que 20m, je jette un coup d'œil au compteur (90kms/h encore!). Plus que 10m, je regarde Gen... Plus que quelques centimètres, je suis prêt à crier «attention!». Mais, là, dépassement à la Genia.

Le dépassement est un enchaînement de trois actions qui doivent réalisées avec rapidité et précision. Premièrement, petit coup de volant à gauche. Juste ce qu'il faut pour que l'avant droit de votre voiture passe à seulement quelques centimètres de l'arrière gauche du véhicule que vous voulez dépasser. Ensuite, petit coup d'œil à droite pour dévisager l'autre chauffeur. On termine avec un petit coup de volant à droite, juste ce qu'il faut pour éviter la collision avec les véhicules arrivant en face. Je tiens à indiquer à tous ceux qui seraient en instance de passer leur permis de conduire très prochainement que le dépassement à la Genia n'est pas quelque chose à faire le jour de l'examen.

Je pense que pour aller du café Frégate au centre de Kemerovo, il doit falloir une grosse demi-heure. Mais avec Genia, on a mis tout juste 20mn pour arriver au magasin que nous avait dégoté Alëna. On est rentré, Genia a expliqué ce dont j'avais besoin, la dame nous a sorti trois chambres à air. J'ai vérifié que le diamètre, la valve et la largeur étaient bonnes, j'ai payé et on est reparti. En 3mn l'affaire était pliée. Avec Genia, on ne traîne pas! On est remonté dans la Lada, Genia a de nouveau allumé une clope et il a fait vrombir son bolide avant d'enclencher la première et on est reparti, toujours aussi vite. On roulait à 70kms/h dans les rues de Kemerovo et, tout en klaxonnant les piétons et en doublant par la droite, Genia me racontait tout un tas de choses sur sa voiture qui marche tellement mieux que les nouvelles autos japonaises. En moins de 20mn on était de retour au café.

La fin de l'histoire, c'est que Alëna et toute son équipe m'ont apporté à manger, puis on a discuté, on a pris des photos, et on a regardé les cartes, il s'est mis à pleuvoir et, finalement, je suis resté dormir au café, au milieu des bocaux, des conserves et des condiments.

Le soir, avant de m'endormir, j'ai repensé à cette petite virée en Lada. Tout seul dans mon duvet je riais en revoyant Genia, droit comme un I faire ses dépassements et klaxonnant les piétons qui allaient traverser au moment où nous arrivions. Je repensais à ce passage clouté où, pour une raison inexplicable, il s'était arrêté pour laisser passer les gens avant de leur crier une sorte de «allez, magniez vous bande de petits cons, je suis pressé!». Il n'y a pas à dire, ce tour en Lada, c'était terrible! En fait, mon seul regret, c'est de ne pas avoir fait de video. La bande image de la conduite de Genia avec la bande son de «Taxi», ça aurait pu être très très marrant!

 

 

Kemerovo shity (écrit le 25/05/2011)

Je m'étais arrêté quelques jours à Irkoutsk et j'avais contourné Krasnoyarsk par le périphérique. Kemerovo était donc la première grande ville que je devais traverser. J'avais dormi à une vingtaine de kilomètres des premières habitations, histoire d'être tranquille pour la nuit et d'avoir du temps pour passer la ville le lendemain.

Je suis passé devant le panneau d'entrée de l'agglomération à 9h30. Sous le KEMEPOBO (hé oui, c'est du Russe) officiel figurait un tag CИTИ, qui veut dire «city». Après un mois dans le pays, j'arrive à presque tout lire. Mais je ne comprends pas grand chose. Sauf que, des fois, même si c'est écrit en cyrillique, c'est de l'anglais. Et, là, je comprends!

Bref, il est 9h30 lorsque je rentre dans Kemerovo City et j'ai la joie de trouver un panneau avec une liste de villes et un pseudo plan. Le début d'un fléchage à travers la ville. Je ne sais pas si c'est pour les étrangers ou pour les outres à vodka (c'est comme ça que j'appelle les Russes), mais chaque ville est associée à un numéro. HOBOCIБIRSK (Novossibirsk) a le numéro 2. Il faut donc que je suive les flèches menant vers «2». fort de cette information, je prends ma place dans le trafic (c'est une chanson de Cabrel ça, non?).

Tout se passe bien jusqu'à ce que j'arrive à un grand carrefour où les flèches donnent «2» à gauche. À gauche, ça veut dire plein sud. Or, je dois aller nord-ouest. Je suis bien tenté de continuer tout droit, ce qui me semble la bonne direction, mais puisque le fléchage dit «à gauche», je tourne à gauche et je continue à suivre les flèches jusqu'à la sortie de la ville que j'atteins à 10h30. Une heure pour traverser une grande ville, pas mal du tout! Je m'octroie donc une petite pause avec biscuits et képhir lorsque je vois un panneau indiquant Novossibirsk... De là où je viens. Je commence alors à douter, puis je me dis que le kilomètre 398 est régulièrement avant 345 et qu'il n'est donc pas impossible que le panneau soit faux. D'autant plus que la route sur laquelle je me trouve part plein ouest, ce qui est la direction que je dois prendre. Je termine donc mon goûter et je repars. Et là, après quelques centaines de mètres, surprise ô combien désagréable: la route fait un virage à 90° et part plein sud. Je comprends que je ne suis pas du tout où il faut et que je dois faire demi-tour.

Je rentre donc à nouveau dans la ville, mais, cette fois-ci, avec la ferme intention de me débrouiller tout seul.

S'orienter dans une ville n'est pas forcément quelque chose de facile. Mais les villes russes sont un peu comme les villes américaines dans ce sens qu'elles ont des grandes artères en angle droit, ce qui facilite bien les choses. Et, après deux ou trois interviews auprès de personnes daignant me répondre, j'arrive enfin à la sortie de la ville, la bonne. Dans l'histoire, j'ai perdu 50mn. 50mn dans une journée, c'est beaucoup. Mais, comme il faut toujours positiver, je me dis que 50mn sur tout un voyage, ce n'est pas grand chose. Et puis 50mn sur toute une vie, c'est presque rien. Mais tout de même, 50mn quoi! J'en suis là dans mes pensées quand Pffffff! Crevaison! Et mer... credi! Par chance (je positive, je positive...), je suis juste à côté d'un abri bus. Je décharge donc tout, je mets Espéranto à l'envers, je sors ma trousse premiers secours démontes pneus/rustines/colle, je m'installe sur le banc, je répare et je repars. Je viens à nouveau de perdre 30mn. 30mn dans une journée c'est beauc... Ah, oui, pardon, je vous l'ai déjà dit. Une peu plus loin, je vois un magasin. Après toutes mes péripéties, je me dis que je vais m'offrir un litre de yaourt avec quelques gâteaux au chocolat. Mais en sortant de l'épicerie, qu'est-ce que je ne vois pas???? Mon pneu arrière à plat. Didju!!!!! Mais, par chance (c'est que je suis très chanceux, n'est-ce pas?) il y a un bureau de poste avec quelques marches d'escaliers et un peu de pelouse. Je redécharge tout, je remets Espéranto à l'envers, je ressors ma trousse à outils, je rerépare et je rerepa... Pfffffffffffff! Tout à l'heure j'ai dit «mercredi», mais cette fois-ci merde quoi!!! Une nouvelle fois, je décharge tout, je mets Espéranto... Bref, vous avez compris. Mais je n'ai pas fini de gonfler que Pfffffff. Recrevaison. Là, je passe à «fuck!».

Ce que je ne vous ai pas dit, c'est que, deux jours avant, j'ai crevé, sous la pluie. Non pas une petite crevaison de pacotille, mais une vraie entaille de 1cm dans la chambre (vive les tessons de verre sur le bord des routes!). J'ai donc utilisé ma dernière chambre de rechange en me disant que j'attendrai Novossibirsk pour acheter de nouvelles chambres à air. Donc, à Kemerovo, je n'arrive pas à réparer et je n'ai pas de chambre de rechange. Dans tous les pays du monde, il y aurait eu quelqu'un qui se serait arrêté pour me demander si tout allait bien. Mais il faut croire que la Russie ne fait pas partie de tous les pays du monde. En fin de compte, j'ai tout rechargé et j'ai roulé à plat pendant 4 ou 5km avant d'avoir la chance (si si, dorénavant, appelez moi Lucky Benoît) d'arriver au Café Frégate. Je garde la suite pour l'article suivant.

 

 

Ça arrive! (écrit le 24/05/2011)

Je passe des journée sans parler à personne. D'abord parce que je ne parle pas Russe. Mais aussi parce que les Russes sont aussi accueillant et froid que leur pays en plein hiver, parce que, après avoir bataillé deux heures contre le vent, je n'ai pas envie de parler à personne et puis parce que, très souvent, il n'y a personne! À droite comme à gauche, des arbres, c'est tout. Mais aujourd'hui, j'ai croisé mes premiers touristes et, du coup, j'ai parlé!

J'étais tête baissé à lutter contre ce satané vent de face lorsque j'ai entendu un petit klaxon. J'ai levé la tête et j'ai vu une moto qui passait à ma hauteur avant de faire demi-tour pour revenir vers moi. Un aventurier sur deux roues, un copain! Mais derrière la moto, ce sont trois petits 4x4 qui se sont arrêtés et je me suis rapidement retrouvé entouré de 6 personnes. C'étaient trois couple de Suisses, qui avaient quitté les Alpes début mars. Mais le plus amusant dans l'histoire, c'est qu'ils étaient partis chacun de leur côté et ils se sont rencontrés sur la route, par hasard. Comme le courant passait bien et que leurs itinéraires coïncidaient, ils ont décidé de faire le chemin ensemble, tout au moins pour un moment. En effet, le premier couple (moto+voiture) fait un aller/retour Genève – Ulaan Baatar. Le second couple fait un Zurich – Vladivostok «et puis on verra». Le troisième couple veut aller jusqu'à Anadir pour ensuite continuer en Amérique du Sud, mais sans trop savoir comment passer de l'ouest de la Russie à l'Amérique du Sud (vous regardez sur une carte, ce n'est pas à côté et, à mon avis, ça ne doit pas être aussi simple qu'ils le pensent!). Le temps était pluvieux et froid, mais on est resté un bon quart d'heure tous les sept à discuter au bord de la route.

Le lendemain, rebelote, un coup de klaxon et ce sont deux motos qui font demi-tour pour venir me serrer la pince. Pas des Suisses, mais un couple de Hollandais avec deux énormes Harley. Là encore on est resté un bon moment à papoter sur le bas côté. Ils étaient marrants tous les deux, avec leurs deux énormes machins rutilants et tout brillants, avec leur équipement au top du top tout neuf, avec leurs deux GPS (chacun le leur, on ne sait jamais!) et avec leur peur de se faire attaquer! À côté d'eux, je faisais un peu clodo avec mes habits tout sales et tout troués, mon vélo crasseux et mes cheveux en pétard. Mais, moi, au moins, je n'ai pas peur de me faire attaquer. Puis il faut dire que, du pays, j'en ai vu, ce qui n'est pas forcément le cas des gens que je croise.

Enfin, je serais bien tenté de dire que ces deux rencontres sont l'annonce que la saison touristique est lancée. Je devrais commencer à croiser des Européens désireux d'aller découvrir les plaines mongoles et la grande muraille. Quelques chouettes petites rencontres en perspective!

 

 

Vent de face (écrit le 23/05/2011)

Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face. Vent de face...

Ah bon, vous aussi vous trouvez ça chiant et vous en avez marre?

 

 

Mazouté (écrit le 20/05/2011)

Parmi les joies du printemps, j'avais déjà fait l'expérience des moucherons et des moustiques. J'ai découvert cette après-midi le bonheur du goudron.

Voilà maintenant deux jours que le soleil brille et que le thermomètre passe au-dessus des 20°C dans l'après-midi. Je crois que cette fois-ci, c'est bon, c'est le printemps. Ou peut-être même l'été. Il paraît que la Sibérie ne connaît que deux saisons, l'hiver et l'été, l'été permettant de préparer l'hiver. En effet, depuis deux jours qu'il fait bon, je vois tout un tas de personnes s'activer aux abords des axes routiers. Il y a ceux qui repeignent les glissières de sécurité, ceux qui ramassent les ordures, ceux qui refont les lignes, ceux qui changent les panneaux... Et ceux qui refont l'enrobé. Ceux là, je les déteste!

La technique d'asphaltage russe est très simple. Un camion avec une sorte de cuve pleine de goudron chaud passe sur la route en laissant goutter de son liquide visqueux. Là-dessus, des camions bennes viennent décharger de l'enrobé que des compacteurs se chargent de niveler. Je ne vais pas vous faire un exposé sur les trous, les bosses et les crevasses de l'asphalte initial qui se transmettent au nouvel enrobé, ça serait beaucoup trop long. Je vais juste vous expliquer pourquoi est-ce que je déteste les gars qui refont l'enrobé. Ce sera déjà pas mal.

Alors voilà, comme les guignols qui font le planning des travaux doivent être autant imbibés de vodka que ceux qui sont sur le terrain, ils refont les deux voies en même temps. Mais comme ils ne ferment pas la circulation, ils autorisent les voitures à rouler dans le goudron encore chaud. Les voitures, ça ne les dérangent pas beaucoup de rouler dans le goudron. C'est l'affaire de quelques graviers collés sur les pneus, pas de quoi en faire tout un plat. Mais les vélo, hein?!? Ils font comment les vélos???!!! Et bien je vais vous dire moi comment ils font les vélos!

Lorsqu'ils commencent à croiser des voitures qui roulent en faisant «pshiiiiiiiiiiiittt» et en laissant de grosses marques noires au sol, ils se disent que les ennuis ne vont pas tarder à arriver. Puis arrive le moment fatidique où la route se transforme en une grande flaque de goudron. À ce moment là, les vélos, ils décident de rouler sur le bas côté en terre/cailloux non compacté. Sauf que, en passant, les voitures envoient sur le bas côté des petit gravillons noirs et des galettes de goudron. Et c'est comme ça que, au bout de quelques mètres seulement, les vélos se retrouvent avec les pneus tout hérissés de graviers, morceaux de bois et autres cochonneries, ce qui leur donne l'allure d'avoir des pneus cloutés. Mais pas des pneus cloutés homologués. Plutôt le genre de pneus cloutés qu'aurait mis au point Gaston Lagaffe pour emmener Prunelle au bureau un jour de neige afin qu'il ne rate pas son rendez-vous avec Demaesmaker. Vous voyez le genre!!! Du coup, lorsque vous essayez de rouler avec vos pneus cloutés «made in Gaston», ça fait «tchlac troc, priiikc crackkk» et ça balance des cailloux dans tous les sens. Si bien qu'après quelques minutes vous en avez plein le cadre, la chaîne et les jambes. La meilleure solution serait d'attendre que le nouvel asphalte soit mis en place et sec. Mais ça risque de prendre un peu de temps. Et comme vous ne disposez que d'un visa de trois mois, vaille que vaille, vous continuez à pédaler.

Mais si toutes les bonnes choses ont une fin (ce qui est un peu triste), c'est aussi le cas pour toutes les situations merdiques (et ça c'est chouette!). Donc, après quelques kilomètres, vous retrouvez la route propre (mais avec toutes les bosses, les crevasses et les trous). Le dernier effort consiste à porter votre vélo pour le faire passer au-dessus de l'énorme flaque de goudron qui se trouve sur le bas côté. Oui, parce que ce que je ne vous ai pas dit, c'est que le mec qui conduit le camion plein de goudron visqueux ne milite pas chez Greenpeace et, lorsqu'il est arrivé au bout du linéaire à refaire, il se met sur le bas côté (là où vous roulez, je vous rappelle) et il ouvre les vannes pour vider le surplus de goudron qui se trouve encore dans sa benne! Sympa!

Bon, puis une fois que vous avez retrouvé là bonne vieille route pleine de trous, vous décrottez vos pneus avec ce que vous trouvez: pierres, branches, ferraille... Sauf que le goudron, ce n'est pas la boue et ça ne part pas comme ça. Et puis, évidemment, à un moment ou à un autre, vous vous en collez sur les mains. On a tous en tête l'image d'un cormoran complètement mazouté lors d'une marée noire. Et bien Espéranto, pendant quelques jours, il a ressemblé à ça!

 

 

Technique de vente (écrit le 19/05/2011)

A chaque fois que je vais dans un petit magasin c'est pareil: je tombe sur Ronchonne. Ronchonne, c'est la sœur de Ronchon, un des sept nains de Blanche Neige. Je ne le savais pas moi non plus, mais Ronchon est d'origine Russe et il a une sœur dans chaque magasin. Voici ce que ça donne lorsque je vais faire mes courses et que je dois passer commande à Ronchonne.

 

Elle: Vous avez besoin de quoi vous?

Moi: (En montrant du doigt) Du pain

Elle: Voilà! 15 roubles!

Moi: Je pourrais en avoir quatre s'il vous plaît?

Elle: Quatre?? Quatre pains??? Voilà, 45 roubles.

Moi: Est-ce que je pourrais avoir aussi ce morceau de fromage.

Elle: Voilà. C'est tout?!

Moi: Non, il me faudrait aussi six pommes.

Elle: Six pommes? Mais c'est pas possible, il va me vider mon magasin celui-là. Voilà, six pommes. C'est fini maintenant j'espère!

Moi: Non, je voudrais aussi 500g de chocolat.

Elle: 500g de chocolat. Non mais il veut ouvrir un magasin à côté ou quoi? Voilà vos 500g.

Moi: Bon, c'est tout. Mais comme vous êtes très aimable, je vais aussi vous demander du képhir, des bananes et des petits biscuits. Ça vous fera les pieds vieille peau!

Elle: Le képhir, les bananes et les biscuits. C'est terminé maintenant? Alors ça vous fera 505 roubles.

Moi: 500 roubles... Et 5 roubles... Le compte y est. Au revoir.

Elle: Hé bien dis donc, heureusement que tous les clients ne sont pas comme lui! On quintuplerait le chiffre d'affaire. Ou pire que ça, on serait obligé de s'agrandir!

(S'adressant au client suivant)

Bon, il vous faut quoi à vous?

Lui: Deux paquets de cigarettes et une grande bouteille de vodka.

Elle: Ahhhh, voilà! Ça c'est un vrai client!

 

Je ne comprends pas le Russe, mais à l'intonation de la voix, j'imagine que c'est quelque chose comme ça! Mais en y repensant, je me dis que c'est peut-être une technique de vente. Au Maroc, les vendeurs vous disent «Bijour mon ami, ça va bien, je te fais un prix spécialement pour toi parce que tu es mon ami». Au Sénégal, ils vous envoient des racoleurs directement dans la rue «Oh Toubab, t'as besoin de rien? Ça tombe bien, je connais un endroit où tu peux trouver ça! Suis moi!». En Russie, c'est la technique rustre «Si tu viens ici c'est que tu as besoin de quelque chose. Mais si tu as besoin de rien, c'est mieux». Sauf que moi, les Marocains, je leur disais merci et je m'en allais, les Sénégalais, je ne les suivais pas, mais les Russes, c'est tellement marrant de les voir faire la gueule lorsque je leur demande quelque chose que ça me pousse à toujours demander quelque chose en plus! (Et puis comme aucune Ronchonne ne parle Français, je me permets de placer quelque «non, pas ce chocolat, celui d'à côté, encore d'à côté, non d'avant... Mais c'est pas possible elle a pas l'électricité à tous les étages celle-là!», mais ça faut pas le dire parce que c'est pas très gentil).

 

 

Dernière neige? (écrit le 17/05/2011)

Tous les matins il faut tout ranger. Et tous les soirs il faut tout sortir. Alors pour gagner un peu de temps et économiser un peu d'énergie, j'essaie de sortir le moins possible pour avoir à ranger le moins possible. Puis je remplis mes sacoches de façon logique.

En quittant Irkoutsk, les prévisions météos étaient très bonnes (sauf pour le vent de face, mais ça je ne le dis plus, ça va de soi). Pas de neige ni de froid en vue. J'avais donc décidé de mettre mes gros gants de ski et mes surchaussures tout au fond de ma sacoche avant droite, autrement dit, à une place où je peux y accéder rapidement, mais pas trop.

Les trois premiers jours ont été estivaux. Ciel bleu, grand soleil, températures autour de 25°C au meilleur de la journée... Même si tous les matins je suis parti avec les gants en polaire et la veste, je les ai rapidement quittés. Durant ces trois jours, je me suis félicité de mon choix d'avoir rangé mes gros gants. Mais dame Nature est capricieuse et contrariante et, le quatrième jour, elle a décidé de faire baisser le thermomètre. J'ai donc roulé toute la journée en veste et en collant, mais toujours avec les gants en polaire et sans surchaussures. Je ne sais pas si c'est que ça ne lui a pas plu, mais, le cinquième jour, elle a sorti les grands moyens et je me suis réveillé le matin avec 1cm de neige, la tente givrée et les bidons gelés. Mais comme le soleil brillait dans le ciel, j'ai décidé de laisser mes gants et mes surchaussures au fond de leur sacoche.

Je ne vous cache pas que je me suis caillé le bout des doigts et des orteils. Mais j'ai continué en me disant «je vais bien finir par me réchauffer». Mais pas du tout. Le soleil, qui était si resplendissant le matin même, a fini par disparaître derrière de gros nuages qui sont devenus de plus en plus noirs et les températures ont chuté pour devenir négative. Je me suis donc arrêté pour partir en expédition au fond de ma sacoche pour aller récupérer mes surchaussures et mes gants (et par la même occasion, j'en ai profité pour attraper mon pantalon K-Way). Quelques minutes plus tard, j'avais droit à un espèce d'ouragan de neige comme j'en avais encore jamais eu!

Du vent, j'en ai eu. De la neige, j'en ai. Du froid, j'en ai eu. Mais là, ce qui m'est tombé dessus ce 17 mai, c'était du lourd! La tornade n'a pas duré bien longtemps. Dix minutes maximum. Mais cela a suffi pour recouvrir la route de 5cm de neige!

Puis, comme si de rien n'était, le soleil est ressorti et en quelques heures la petite couche de neige a fondu. Le lendemain, il n'y paraissait plus rien. Enfin, presque, parce que moi, j'avais toujours mes gros gants et mes surchaussures, au cas où ce ne fut pas la dernière neige!

 

 

No me moleste mosquito (écrit le 16/05/2011)

Ça faisait un petit moment que je l'attendais, mais je crois que cette fois-ci il est arrivé. Je veux parler du printemps. Voilà donc deux jours que j'ai ressorti mon cuissard et mon tee-shirt, ma crème solaire et ma casquette et je dois chercher l'ombre pour faire la pause. Quel plaisir! Un autre bon côté du printemps, c'est qu'il n'y a plus de neige dans les sous-bois, ce qui facilite bougrement les choses pour camper. Il suffit en effet de s'éloigner de la route de quelques centaines de mètre pour planter la tente. La seule chose à laquelle il faut bien penser avant de quitter la route, c'est de mettre un pantalon et un tee-shirt à manches longues à cause des moustiques.

Le premier soir après avoir quitté Irkoutsk, je me suis enfoncé dans le sous-bois en cuissard et en tee-shirt et je me suis fait piquer comme il faut. En quelques secondes, je me suis retrouvé assailli par une nuée de moustiques. Il en arrivait de partout, comme s'ils m'avaient attendu! En même temps, il faut bien avouer que les moustiques de la taïga ne doivent pas voir passer un cycliste français tous les jours et ils seraient bien bêtes de laisser passer l'occasion de goûter un peu de cuisine française! Du coup, ils doivent se passer l'info de bosquet en bosquet: «hé les gars, il y a un Frenchy en cuissard et tee-shirt qui doit passer par chez nous dans quelques jours, vous êtes invités au festin!». Mais, pas de chance pour les moustiques habitant à l'ouest de Biriusinsk: je ne quitte plus la route sans ranger mes jambes et mes bras et puis, si ça vole trop autour de moi, je me réfugie dans ma tente.

Je ne vous cache pas que ça me fait quand même un peu mal au cœur de devoir manger dans ma tente alors que le soleil brille. Surtout que sous la tente il fait une chaleur torride et, après avoir sué sur la route, je me passerais bien de suer sous la tente! Mais bon, à tout prendre, entre les moustiques ou le sauna, je prends le sauna. Mais dire que, depuis des semaines je devais manger sous la tente pour échapper à la neige et au froid. Maintenant qu'il fait beau et chaud, je dois encore manger sous la tente pour esquiver les moustiques! Je n'aurai donc jamais la paix!!!

 

Bienvenus chez les Rustres (écrit le 15/05/2011)

Un panneau au bord de la route, une dalle en béton, quatre pompes, une guérite... Je me dis que je vais bien pouvoir y trouver de l'eau. Je sors donc de la route, je descends du vélo et je mets Espéranto sur sa béquille. Je m'attends à ce que quelqu'un sorte de la guérite mais personne n'apparaît. Je me dirige donc vers ce qui semble être le devant de la boutique et je me retrouve face à une vitre teintée qui reflète mon image. Je n'ai pas souvent l'occasion de me voir et je suis un peu surpris de me voir tout bronzé avec les cheveux dans tous les sens. Mais je ne suis pas là pour me refaire une beauté, mais bien pour demander de l'eau. Comme rien ne se passe, je colle mes deux mains sur la vitre pour essayer de voir à l'intérieur. C'est alors qu'une voix de femme me crie quelque chose que je ne comprends pas. Je montre donc mes deux bidons en disant «voda», «eau» en Russe. La voix me demande alors «voda?». Je lui réponds «da».

Quelques secondes plus tard, j'entends le bruit d'un verrou s'ouvrir, puis d'un second, puis une petite trappe s'ouvre dans la porte en fer forgée. Je m'avance vers l'ouverture et j'aperçois une femme qui me fait signe de lui passer les bidons. Je les lui tends. Elle les prend puis referme la trappe et les deux verrous. Je reste donc là à attendre quelques minutes avant d'entendre le premier verrou, puis le second et enfin la trappe s'ouvrir. Une main apparaît alors tenant mes deux bidons. À peine les ai-je pris que la trappe et les deux verrous se referment. J'ai déjà vu accueil plus chaleureux!

Idem, lorsque je veux demander mon chemin, très souvent les gens font comme s'ils ne m'avaient pas vu. Ils continuent d'avancer, tout en accélérant le pas et en regardant fixement par terre. Mais je crois que le summum, c'est quand j'arrive dans un lotissement ou une cité et que je cherche une adresse précise. Je sais que je ne suis pas loin. Mais j'ai besoin que quelqu'un me donne le petit coup de pouce qui va faire que je vais aller où il faut. Je vois derrière les rideaux de toutes les fenêtres des gens qui m'épient. Mais aucun d'entres eux ne va ouvrir sa fenêtre pour me demander si je cherche quelque chose! On dirait que la peur règne dans ce pays. Personne ne parle à un étranger et toutes les maisons sont entourées d'une barricade de 2m de haut. Même les vendeurs ne sont pas souriants et semblent hésitant à vous vendre leurs produits. Bref, c'est la Rustrie, peuplée par des Rustres!

 

 

Magasin (écrit le 14/05/2011)

J'ai débarqué en Russie sans parler un mot de Russe et sans même être capable de déchiffrer quoi que ce soit. Mais après tout juste deux semaines dans le pays, je commence à étoffer mon vocabulaire et à retrouver les joies d'un gamin de sept ans qui, se promenant dans la rue, lit tout ce qu'il voit et éprouve joie et fierté lorsqu'il parvient à lire un écriteau.

Comme bien souvent, le premier mot que j'ai appris a été «supermarché». Malheureusement pour moi, il n'y a pas beaucoup de supermarchés en Russie, mais plutôt de petites épiceries que les Russes appellent «magasin» (prononcer «magasine»). Il y en a de partout et on y trouve presque tout ce que l'on veut. Je dis presque, parce que parfois il n'y a pas de fruits, ou plus de pain, ou très peu de yaourts. Mais il y a toujours de l'alcool et des cigarettes.

Contrairement aux bas côtés du nord de la Chine et de la Mongolie, les bords de routes russes ne sont pas envahis par les tessons de verre résultant des décès par défenestration de bouteilles d'alcools forts. Mais cela ne veut pas dire que les Russes ne boivent pas, croyez-moi! Il n'y a qu'a voir le présentoir de bouteilles dans les magasins. Sans exagérer, je pense qu' un quart des boutiques est réservé aux alcools et aux paquets de cigarettes.

Pour ceux qui ne connaissent pas, un magasin se présente toujours de la même façon: une grande pièce avec des vitrines et des étagères tout autour et une dame (ce sont toujours des dames) qui est là pour vous servir (mais pas pour vous sourire). Il faut donc demander ce que vous voulez, ou tout au moins le montrer si vous ne parlez pas Russe étant donné que, comme vous vous en doutez, les dames qui servent ne parlent pas Anglais et d'ailleurs, pour la plupart, elles n'ont jamais vu un étranger dans leur boutique. Or, un étranger à vélo, ça ne demande pas là même chose qu'un Russe. Mais alors pas du tout.

Là dernière fois, j'étais dans une boutique pour acheter mon goûter (comme les petits, il me faut mon goûter à 16h30). Devant moi il y avait trois gars bien russe (un peu rougeots, mal fagotés et qui reniflaient l'alcool et le tabac à des miles à la ronde). Le premier a acheté une bouteille et un paquet de cigarettes, le second a pris deux paquets de cigarettes et le dernier a demandé deux bouteilles d'alcool et un paquet de cigarettes. Est venu mon tour. La dame est restée où elle se trouvait, c'est dire devant les étagères pour alcoolos toxicos. Je lui ai donc fait signe de se diriger à l'auuuuuutre bout du magasin, où je lui ai pointé du doigt un paquet de biscuits et deux briques de Snejok, du yaourt liquide. Elle a pointé à son tour du doigt le yaourt et a semblé toute étonnée que je lui dise «da». On aurait dit que c'était la première fois qu'un gars de plus de 17ans achetait autre chose que de l'alcool ou des cigarettes! Je vous dis ça en riant, mais je ne dois pas être très loin de la vérité tellement ça pue de partout le tabac et l'alcool.

Vous vous souvenez que je suis allé à l'hôtel à Ulan Ude. Ça puait le mélange alcool/tabac dans les couloirs et les chambres que je ne vous dis que ça. Idem, il y a quelques jours, je suis allé retirer de l'argent à un distributeur automatique situé dans un sorte de cage en plexiglas. J'ai cru qu'il allait falloir que je sorte prendre une bouffée d'air tellement l'air était vicié à l'intérieur. Et il en est de même à chaque fois que je demande ma route à quelqu'un: je suis à deux doigts de mourir d'asphyxie tellement l'halène des Russes empeste l'alcool et le tabac.

Du temps des Romains, pour étouffer les rebellions et ainsi mieux régner l'empereur offrait au peuple du pain et des jeux. J'ai bien l'impression qu'en Russie, Poutine, Medvedev & Co. lui offre de l'alcool et du tabac!

 

 

 

Problème de temps (écrit le 12/05/2011)

La plupart des routes russes sont infâmes. En fait, on ne devrait pas dire que ce sont des routes, mais des pistes. Les Marocains ont pour eux l'objectivité. Ils parlent des «pistes» et des «pistes avec l'asphalte». Les Russes, eux, ont l'orgueil de parler de routes. Or, vous m'excuserez, mais un ruban d'asphalte parsemé de trous et de bosses et qui tourne régulièrement à la caillasse ou à la boue, à l'heure actuelle, ça ne s'appelle pas une route, mais une piste, ou alors il faut ajouter l'adjectif «défoncée» ou «antique» au mot «route».

Il est vrai que je préfère les nouvelles routes à l'enrobé bien fin. Mais un petit coup de vieille route de temps en temps ne fait pas de mal. Ça permet d'apprécier un bel asphalte. Mais il y a une chose qu'il faut bien comprendre, c'est que, sur une vieille route, il faut des vieilles voitures!

Je n'avais pas vu une Lada de tout mon voyage. Mais à peine ai-je eu passé la frontière russo – mongole que je me suis retrouvé au beau milieu de ces vieilles voitures typiquement soviétiques. Il faut bien avouer que le design des Lada ne rivalise pas avec celui de voitures actuelles. Mais, avec une vitesse de pointe de l'ordre de 70kms/h et le volant à gauche, elles ont elles le fait d'être parfaitement adaptées aux chaussées défoncées russes. Du coup, lorsque Monsieur Carottov, Petr de son prénom, s'en va passer le week-end à sa datcha avec sa femme Irma, il roule doucement, en évitant les trous et vous dépasse très correctement. Il est juste très surprenant de remarquer que Monsieur Carrotov a l'oreille collé à un téléphone portable dernier cri.

Le portable dernière génération, Messieurs Gazov et Petrolov, qui ont investi respectivement dans le gaz et le pétrole, l'ont aussi. Sauf que eux roulent dans des 4x4 tout neufs. Pas de problème de concordance temps à ce niveau là. Le problème avec Messieurs Gazov et Petrolov, c'est qu'ils roulent à 160kms/h sur les pistes asphaltées russes. Imaginez-vous sur une route datant d'avant hier (et même d'avant guerre!) et vous voyez arriver en face de vous un bolide lancé à 160kms/h avec, à ses commandes (volant à droite alors que infrastructures pour volant à gauche, je précise), un gars qui ne maîtrise pas tout à fait son véhicule. Comment est-ce que je peux dire ça? Tout simplement parce que Messieurs Gazov et Petrolov foncent tout droit sans éviter les trous et les bosses et que je peux voir le 4x4 qui tangue dans tous les sens!

Bon, puis au milieu des vieilles Lada et des nouveaux 4x4, il y a tout un tas de bus plus anciens les uns que les autres et desquels descendent bien souvent des adolescents qui rentrent de l'école. Et là encore j'assiste, du haut de ma selle, à des scènes qui semblent tout droit sorties d'un film du calibre de «Goodbye Lénine». Vous avez donc un minibus couvert de poussière qui s'arrête sur le bord d'une route défoncée dans un crissement de frein à réveiller un mort et vous voyez descendre le jeune Miroslav, casquette à l'envers qui écoute du rap US à l'aide d'enceintes branchées sur son MP3!

En fait, il y a en Russie, comme dans tous les pays en développement (désolé si j'égratigne votre ego, mais je pense que la Russie fait partie des pays en développement) un réel problème de concordance des temps. La technologie est celle d'aujourd'hui alors que les infrastructures et les habitudes sont celles de hier, un peu comme si, dans un récit au passé les actions étaient décrites au présent.

 

 

 

La petite lucarne (écrit le 10/05/2011)

J'ai reçu un mail hier d'une madame de la télé qui me disait, grosso modo: nous avons appris que vous faisiez un voyage à vélo et que vous étiez à Irkoustk et nous aimerions faire un reportage sur vous. Où puis-je vous contacter?». Vous imaginez ma surprise! La télé russe qui me contacte sur ma boîte mail pour faire un reportage sur ma poire! La CIA ne m'avait pas repéré lorsque j'étais aux US, mais le KGB n'a pas mis beaucoup de temps pour trouver ma trace! J'ai donc répondu à cette brave dame en lui donnant le numéro de téléphone des gens qui m'hébergent. Ce matin, je suis sorti faire un petit tour dans le quartier pour acheter un peu d'essence pour nettoyer Espéranto, mais aussi et surtout pour m'imprégner de l'ambiance de Irkoutsk. Je suis ensuite rentré à la maison où j'ai passé deux bonnes heures à bichonner ma monture. Puis j'ai fait mon sac pour partir à la recherche d'un cyber café, afin de mettre le site à jour. D'ailleurs, là que j'y suis, sachez que les cybers ne courent pas les rues en Sibérie et il se pourrait bien qu'il s'écoule beaucoup de temps entre deux mises à jour. Parenthèse close. J'étais donc prêt à partir lorsque le téléphone a sonné. C'était la télé russe qui disait «nous avons une équipe qui est en route vers chez vous. Ils seront là dans une heure pour faire un reportage sur vous. Merci de les attendre». Ils sont bien gentils à la télé russe, mais ils pourraient au moins prévenir à l'avance! J'ai donc reposé mon sac, j'ai enlevé mes deux vestes et ma polaire (oui, parce que même s'il ne neige plus, il caille quand même un peu) et j'ai attendu les journalistes. Une heure plus tard, un cameraman, un reporter et une traductrice ont débarqué. Rapidement, ils m'ont expliqué ce qu'ils attendaient de moi. Je leur ai sorti mes cartes, mes sacoches et mon vélo, on a fait quelques prises de vue à l'intérieur puis on s'est équipé et on est sorti faire quelques images à l'extérieur. En 30mn c'était plié et ils étaient repartis, en me disant de bien regarder la télé le soir même à 20h. Personnellement, je doutais un peu de voir ma tête sur le petit écran dans le journal télévisé de 20h. Lorsque j'étais à Dakar, j'avais été interviewé par un journal local et il leur avait fallu une semaine pour faire paraître l'article. Je pensais qu'il allait en être de même avec la télé russe. Mais pas du tout! Le 10 mai est l'anniversaire de la petite Lisa. Elle fêtait aujourd'hui ses 12ans et toute la famille était réunie à cette occasion. Cuisine russe, vin, vodka, gâteaux... Une chouette ambiance! Mais à 20h nous avons allumé le poste et tout le monde s'est tu pour écouter les titres. C'est alors que la charmante présentatrice nous a annoncé un reportage sur Benoît Ollier, un Franzsuss (un peu fêlé) qui voyage à vélo et se trouve à Irkoutsk!!! Sacré nom d'un chien, ce n'était donc pas une blague! Le reportage sur mon voyage a duré 2mn. L'image n'était pas très bonne et je n'ai pas compris ce qu'il se racontait sur mon cas, mais ce n'est pas bien grave. Ce qui était vraiment bien, c'était de voir l'émission avec toute la famille, dans cette joyeuse ambiance d'anniversaire. Vraiment une chouette soirée!

 

 

Un panorama à 70kms (écrit le 09/05/2011)

En France, en souvenir de la fin de la seconde guerre mondiale (une belle bêtise que l'on serait bien intelligent de ne jamais renouveler), le 8 mai est férié. En Russie, c'est le 9 qui est chaumé. Sans doute est ce parce que, à l'époque, Staline avait signé l'armistice un jour après. Remarquez, cette année les Russes peuvent le remercier: le 8 était un dimanche (pas de chance pour vous!), mais le 9 était un lundi (donc week end de trois jours pour les Russes!).

Un jour férié, c'est toujours bien. Mais c'est encore mieux s'il fait beau. Et, pour le coup, le 9 mai a été une journée exceptionnelle: grand soleil, bonne température, peu de vent. Une journée à aller faire un tour à Listvianka.

Listvianka, est un petit village très touristique situé sur la rive du lac Baïkal au niveau de l'embouchure de la rivière Angara, à 70kms au sud de Irkoutsk. On y trouve quelques maisons, mais surtout beaucoup d'hôtels, de magasins de souvenirs, de cyber cafés et... De touristes! Mais, très honnêtement, je comprends pourquoi parce que cet endroit est vraiment magnifique.

Imaginez vous un grand ciel bleu, un beau soleil, le lac Baïkal bleu/vert, les montagnes enneigées au fond... Le bruit des vaguellettes qui viennent s'échouer sur les galets, quelques oiseaux qui sifflotent, des gens qui parlent russe tout autour... Et quelques omouls à déguster... L'omoule est un poisson du lac Baïkal que l'on peut consommer séché ou fumé et, croyez-moi, c'est pas mauvais!

En fait, aller manger quelques omouls à Listvianka pour les habitants de Irkoutsk c'est un peu comme aller prendre un verre à Cassis pour les Marseillais. La différence, c'est que Marseille – Cassis, ça fait 20kms alors qu'il y a 70kms entre Irkoutsk et Listvianka. Mais 70kms, à l'échelle de la Russie, ce n'est rien du tout! Et puis lorsque l'on est là, face au Baïkal, on se dit que 70kms pour ça, ça vaut le coup!

 

 

Printemps sibérien (écrit le 08/05/2011)

Le printemps est, par définition, la saison où la nature se réveille. Depuis quelques semaines, j'évoluais dans un décor blanc, vide et immobile. Les arbres étaient recouverts de neige et de glace, aucun insecte ne s'activait au sol et pas une mouche ne venait m'embêter lorsque je pédalais. On aurait dit que tout était mort.

Cela fait maintenant quatre jours que le soleil resplendit à nouveau dans le ciel et que je n'ai plus vu le moindre petit flocon. Durant la journée, les températures montent un peu et font se réveiller la nature. En fait tout n'était pas mort, tout dormait.

Petit à petit, le mouvement revient dans le paysage. Sur les portions de sol sans neige apparaissent les premières fourmis, au-dessus des buissons se mettent à voler les premiers insectes et sur les arbres apparaissent les premières feuilles. Avec un peu de patience, on pourrait presque les voir grandir à vue d'œil tellement ça va vite! Une autre chose qui est très rapide et qui personnalise vraiment ce réveil, ce sont les arbres qui se redressent.

L'hiver sibérien est à la fois très vigoureux et très long. Les arbres sont donc recouverts de neige et de glace et leurs branches plient sous leur poids. Mais avec les premiers rayons de soleil du mois de mai, la glace fond et la neige tombe des branches, les faisant se redresser tout d'un coup. On a vraiment l'impression de voir quelqu'un qui, se réveillant en sursaut, s'assiérait sur son lit pour prendre le temps de se frotter les yeux et de bailler avant d'entamer sa journée. La journée de la nature sibérienne dure tout juste quatre mois et il n'y a pas de temps à perdre! Les arbres croissent, l'herbe verdit, les animaux font leurs réserves, les nuages se regardent dans le lac Baïkal dégelé, les Russes retapent leurs maisons... Et moi je pédale. C'est tellement mieux sous le soleil!

 

 

Le mystère des pièces (écrit le 07/05/2011)

Je ne comprends rien au Russe. Du coup, lorsque l'on m'aborde, je réponds un peu n'importe quoi et, presque toujours, je me contente de montrer le petit écusson sur ma sacoche de guidon sur lequel se trouve le drapeau français surmonté de FRANCE. Presque à chaque fois mon interlocuteur s'exclame: «Franzsuss!!!». Puis il enchaîne par un «Pariche!!».

C'est vrai que je ne suis pas bien riche. Je suis sale, mal rasé, bronzé et tout ce que je possède se résume à mon vélo et mes quatre sacoches. Mais ce n'est pas une raison pour crier à tue-tête que je ne suis pas riche! Suis-je plus pauvre que le Russe moyen? Je l'ai cru un moment, toutes les routes russes étant bordées de pièces de monnaie!

Dans tous les pays que j'ai traversés jusqu'à présent, trouver une pièce était quelque chose de rare. Dans beaucoup de pays, la pièce qui tombe de votre poche n'a même pas le temps de toucher le sol qu'un gamin l'a déjà attrapée. Il y a même des endroits où la pièce n'a pas besoin de tomber de votre poche pour être récupérée par quelqu'un. Dans ce genre de lieu tels que les marchés, par exemple, si vous ne faites pas attention à votre porte monnaie, il disparaît sans que vous ne vous en rendiez compte. Un vrai tour de magie à vos dépens!

Mais sur les routes russes, les pièces ne tombent pas des poches des gens par mégarde, elles sont tout simplement volontairement jetées par la fenêtre. À croire que les Russes croulent sous les roubles! Je commençais vraiment à me poser des questions. Mon problème, c'est que je ne parle pas Russe. Mon vocabulaire actuel se résume à «oui», «non», «bonjour», «merci», «salut» et «comment t'appelles-tu? Je m'appelle...» (très très utile vous remarquerez!). Pas de quoi donc interroger quelqu'un sur le jeté de pièces et, surtout, comprendre son explication. Heureusement pour moi, je connais des Russes qui ont un fort accent marseillais et qui ont eu la délicatesse de m'éclairer un peu sur ce point. (Au passage, un petit coucou à Tania, Éric et toute la petit famille!).

Je vous ai déjà parlé du chamanisme mongol et des petits foulards qui flottent un peu partout dans les cols. Et bien le jeté de pièces a la même origine. En fait, la Russie n'est pas un pays, mais une fédération de pays (d'ailleurs, sur mon visa c'est écrit Fédération de Russie!) et, entre la frontière mongole et Irkoutsk, c'est la Boratie (alors, pour l'orthographe, il faudra peut-être que je repasse...) et les Borates sont de religion chamaniste. Ils communiquent donc avec les esprits, veulent garder l'énergie de la Terre et tout ce que je vous ai déjà raconté. La différence avec les Mongols, c'est qu'ils n'attachent pas de petits foulards en haut des cols, mais jettent des pièces en faisant le vœu de revenir à cet endroit. J'espère seulement que les esprits ne sont pas trop regardant sur la valeur des pièces qui leur sont offertes, parce que, dans l'ensemble, il s'agit de petites monnaies. Je n'ai encore jamais vu de pièces de dix roubles traîner sur la chaussée! En fait les Russes sont comme moi: ils ne sont pas riches. Du coup, je crois que le prochain qui m'aborde, je lui dis «pas riche!». Et il y a fort à parier qu'il va me répondre «Franzsuss!». Une vraie pièce... de théâtre!

 


Montagnes Russes (écrit le 06/05/2011)

Je m'imaginais la Russie boisée, sans vent et plate. Pour le «boisée», je ne m'étais pas trompé. En revanche pour ce qui est de «sans vent» et «plate», alors là, je m'étais mis le doigt dans l'œil. Et bien comme il faut.

La Patagonie est réputée pour son vent très fort et constant tout au long de l'année. Lorsque l'on va faire un tour dans le grand sud argentin, il ne faut pas longtemps pour constater que le vent n'est pas une légende dans ce secteur. Mais on comprend aisément pourquoi: entre Ushuaïa et Buenos Aires, c'est tout plat. Mais vraiment plat de chez plat. Pas une montagne, pas même ou colline ou une butte. Pas un arbre. Rien. Du coup, il y a vent d'enfer.

Dans le désert de Gobi, j'ai, là aussi, eu droit à un très fort souffle. Or le Gobi n'est pas forcément connu pour ses vents. Mais je me suis retrouvé dans le désert durant la saison des tempêtes de sable (hé oui, pas facile d'être toujours au bon endroit au bon moment!) et j'ai donc mangé un peu de sable. Mais par certains côtés le désert de Gobi est un peu comme la Patagonie: presque plat et totalement pelé. Le vent peut s'en donner à cœur joie.

J'ai en revanche beaucoup plus de mal à comprendre comment est-ce que ça souffler comme ça en Russie, pays dont le territoire est recouvert d'arbres immenses. Comment le vent parvient-t-il à rentrer dans les arbres et à suivre la route pour venir me frapper en pleine face?!? cela reste un mystère pour moi. Mystère d'autant plus grand que, contrairement à ce à quoi je m'attendais, la Russie n'est pas plate, où tout au moins le morceau de Russie que j'ai parcouru jusqu'à présent.

Depuis que j'ai passé la frontière russo-mongole, je passe mon temps à faire le yoyo. Je monte, je descends, je monte, je descends, je monte, je descends, je monte... Ce ne sont jamais de grosses côtes (ça varie entre 200m et 3000m), mais ce sont toujours de forts pourcentages (entre 5% et 14%). en fait, ça ressemble un peu à cette attraction que l'on trouve dans toutes les fêtes foraines et que l'on appelle «grand huit», «roller coaster» ou... «Montagnes russes»! (les loopings en moins, grand merci!).

Les montagnes russes, c'est toujours pareil. En bas de la côte, il y a le petit panneau qui fait bien plaisir: «600m 14%». Déjà, rien que la vue de cette information vous donne des crampes dans les mollets. Mais bon, c'est un passage obligé sur la route de la maison, alors vous passez le petit plateau et vous vous lancez dans l'ascension. Après 8mn d'effort (8mn pour 600m, ça va pas vite!) vous atteignez le sommet de la côte où vous attend un autre petit panneau: «750m 9%). Mais, là, c'est de la descente. Donc, même si vous avez le vent de face, vous pouvez un peu vous reposer les mollets. Dans la descente, ce n'est pas le cycliste qui souffre, c'est le vélo!

L'enrobé russe ne date pas d'hier. Ce n'est que bosses, trous, crevasses et autres. Du coup, dans la descente, il faut bien regarder où on met les pneus. Mais même avec ça, vous êtes obligés de passer dans des trous et, à chaque fois, le vélo gémit.

Espéranto commence à avoir de la bouteille. Des routes et des pistes il en a vues! L'inconvénient, c'est qu'il commence, aussi à donner des signes de fatigue. Dernier pépin en date, le porte-bagages avant a lâché.

Vous vous souvenez que j'avais eu quelques soucis avec mon porte-bagages avant en quittant Pékin (lors du premier départ). Après entretien avec mon ingénieur maintenance (merci Nicol!), j'avais décidé de légèrement incliner les sacoches, tout en sachant que, ni les porte-bagages, ni la fourche, n'étaient fait pour cette position. Résultat des courses, après 500kms de Gobi et 700kms de pistes, pardon, routes russes, les pas de vis du porte-bagages avant ont tous lâché. J'ai donc bidouillé un système à grands renforts de serreflex. J'attends de voir ce que ça va donner avec le temps. Dans tous les cas, il me reste, dans ma boîte à Mac Giver, encore un peu de fil de fer (merci encore Nico!), au cas où. J'espère bien qu'avec ces bandages, Espéranto arrivera à bout des montagnes russes!

 


Tempête à Ulan Ude (écrit le 04/05/2011)

Le vent, je commence à en avoir plus que ras le bol. Surtout lorsqu'il se met à souffler avec une force terrible et qu'il vient accompagner de grêle, de neige ou de sable. J'écris cet article depuis un petit hôtel de bord de route où je me suis réfugié, juste à la sortie de Ulan Ude. Mon étape d'aujourd'hui aura été courte: 5h, 50kms.

Les mauvaises nouvelles ont commencé dès le réveil avec le douloureux constat que la neige était tombée durant la nuit et continuait à s'accumuler sur la route. Voir des flocons dès le matin n'est pas la chose qui me réjouit le plus, mais je commence à avoir l'habitude. Je me suis donc équipé en conséquence: 2 paires de chaussettes, chaussures et sur-chaussures, cuissard, collant et pantalon K-Way et cinq couches pour le haut auxquels s'ajoutent, évidemment, le bonnet et les gants. Puis j'ai plié ma tente encore toute durcie par le gel et je me suis mis en route.

Comme chaque jour, les premiers kilomètres ont été très froid. Mais, contrairement à ce qui se passe habituellement, je ne me suis pas réchauffé, la faute à un vent de face (made in Russia, SVP) glacial et très fort. Finalement, les flocons ont cessé, le soleil a sorti le bout de son nez (ou plutôt le bout de ses rayons) et je me suis dit que j'allais pouvoir enfin me réchauffer. Sauf que le vent a encore forci (je n'aurais pas cru que c'était possible, mais si!) et que le coach météo a effectué un changement stratégique en remplaçant la neige... Par le sable!

L'avantage du sable par rapport à la neige, c'est qu'il n'est pas froid. Le gros inconvénient, c'est qu'une grosse bourrasque de sable et de graviers dans la figure, ça fait mal. Ceci dit, je ne me suis pas découragé et j'ai continué mon chemin. Pas pour bien longtemps.

Le vélo est moins rapide que la voiture. C'est normal. Mais le vélo est plus rapide que la marche à pieds. Du coup, lorsque j'ai vu que les piétons de Ulan Ude étaient plus rapide que moi, je me suis dit qu'il y a avait un petit souci. Comme il était 12h30, que j'avais à peine fait 50kms depuis mon départ, que je n'arrivais plus à dépasser les 7kms/h, qu'avec le vent je commençais à faire des écarts de plus de 2m et qu'il y avait de plus en plus de circulation, je me suis dit qu'il était sans doute préférable d'en rester là pour aujourd'hui et j'ai visé le premier bâtiment qui s'affichait comme étant un hôtel.

Je dispose donc de quatre murs et d'un toit, je fais sécher tout mon bazar et je regarde passer le sable par la fenêtre tout en écoutant la tôle du toit d'à côté qui fait un vacarme d'enfer sous l'effet du vent. En temps normal, ce bruit m'aurait peut-être agacé. Mais, là, je dois dire que c'est plutôt un plaisir d'entendre le vent se déchaîner alors que je suis à l'abri (et Espéranto aussi). Le seul point négatif, c'est que, avec le vent d'enfer qui souffle en ce moment, il n'y a plus de courant dans toute la ville. Or, sans courant, je ne peux pas recharger mes batteries de PC et d'appareil photos, je ne peux pas non plus me doucher (une douche froide après 50kms dans la neige, le vent et le froid, non merci!) et je ne peux pas, aussi, mettre le chauffage. Enfin, ce n'est pas trop grave. Le plus important, c'est que demain le vent soit tombé et que je puisse repartir pour aller planter ma tente un peu plus loin.

 


Russie! (écrit le 02/05/2011)

Je résume rapidement la situation pour ceux qui auraient pris une pause depuis l'article précédent: après bien des péripéties, j'ai finalement reçu mon tampon de sortie mongole et je me dirige à présent vers le poste de douane russe.

Depuis que j'ai quitté Pékin, je n'ai vu que des gens aux yeux bridés et aux cheveux noirs et raides. Mais la première Russe que je vois est définitivement... Russe! À peu près 1,80m, blonde comme les blés et les yeux aussi bleus qu'un ciel de printemps. Par contre elle n'est pas là pour rire et elle me demande, d'un ton autoritaire... Mon passeport! C'est un peu une obsession chez les douaniers que de demander le passeport. Je me demande si, après quelques années de service, ils n'ont pas quelques problèmes avec ça: «Papa, papa, je peux aller jouer dehors avec mon copain?» «Passeport!»... Bref, je lui donne mon passeport, elle l'ouvre et me dit «France», puis me fait signe de passer. La normalité quoi!

J'arrive devant une deuxième guérite où la sœur de la première douanière me reçoit. Évidemment, elle me demande mon passeport, me demande si je suis Français puis elle me fait remplir un formulaire avant de me mettre mon tampon et de m'envoyer à l'étape suivante: l'inspection des bagages. Je laisse donc Espéranto dehors, je rentre dans la petite baraque qu'on m'a indiqué et je me retrouve face à la troisième sœur (c'est pas possible!! Elles sont toutes comme ça ici?). À ce moment là, j'ai presque envie de lui dire «Passeport?». Mais c'est un coup à ce qu'elle me réponde «Goulag!». En règle général, on ne rigole pas avec les douaniers ou les douanières. Du coup, je préfère me taire et je fais bien parce qu'elle me dit «Dokument!». Une fois qu'elle a constaté que j'avais mon tampon d'entrée et que c'était bien moi sur la photo, elle me demande si j'ai en ma possession des armes ou de la drogue.

Je ne sais pas pourquoi est-ce que tous les douaniers posent cette question. S'imaginent-ils que quelqu'un va répondre «oui, bien sûr, je ne voyage jamais sans une kalachnikov, deux M16 et quelques grenades. Mais soyez certain que je ne les utilise pas sans avoir fumé un gros pétard ou pris quelques grammes d'héroïne!». En tout cas, à chaque fois qu'on me pose cette question, je ne peux pas m'empêcher de sourire. Habituellement les douaniers restent stoïques même devant mon air hilare. Mais apparemment la douanière russe à qui j'ai à faire n'est pas encore très aguerrie parce qu'elle me rend mon sourire. J'ai presque l'impression qu'elle me dit «oui, je sais, c'est débile, mais c'est la procédure».

Nous sortons ensuite pour qu'elle inspecte mes sacoches. Elle me dit d'ouvrir la sacoche arrière gauche. Comme je m'exécute, elle me demande ce qu'elle contient Là encore, j'aurais bien aimé lui dire «mais ça vous regarde? Vous êtes bien curieuse!», mais je ne suis pas trop tenté par une expérience de construction de route dans le grand nord sibérien en plein hiver. Je commence donc mon énumération: sleeping bag, water... Elle m'interrompt et me dit «OK, you can go». Je ne me le fais dire deux fois. Je boucle ma sacoche, j'enfourche mon destrier et je rentre en Russie. La prochaine frontière que je passe, c'est pour rentrer en Europe, dans trois mois.

 


Jugement frontalier (écrit le 02/05/2011)

«Passeport!». C'est comme ça que ça a commencé. Je suis arrivé devant une petite guérite et je n'avais pas encore posé le pied par terre que l'officier mongol m'a demandé mon passeport. Je lui ai donc tendu le petit carnet, il l'a ouvert, m'a dit «France» (bin oui, c'est marqué dessus!) et me l'a rendu en me faisant signe de passer. Quelques dizaines de mètres plus loin, je suis arrivé devant une autre petite guérite. «Passeport!». Je ressors donc mon document, l'officier l'ouvre et me dit «France» (non, sans blague!). Puis il me rend mon carnet et me fait signe de passer. Je refais quelques dizaines de mètres et j'arrive sur un grand parking où un officier me fait arrêter et me dit, vous allez rire: «passeport». À nouveau je ressors mon passeport, je lui tends, il le prend, l'ouvre et me dit, dites-le avec moi: «France»! Puis il me fait signe de rentrer dans le bâtiment situé juste derrière. Je lui demande si je laisse mon vélo ici. Oui. Si je dois prendre mes sacoches. Non. Je laisse donc Espéranto seul sur le parking et je me dirige vers la porte d'entrée. Avant de pénétrer dans le bâtiment, je jette un petit coup d'œil au vélo: il est entouré d'au moins 6 gars qui bidouillent le compteur, essayent de lire ce qui est écrit sur mes sacoches et se regardent dans le rétroviseur. Espéranto est la star du parking!

Lorsque je rentre dans le hall de la douane mongole, il ne me faut que quelques secondes pour comprendre que ça va être très long et très embêtant. Il y a trois ou quatre «aquariums» tout autour de la pièce et, au centre, dans une queue on ne peut plus désordonnée, une bonne vingtaine de personnes. Comme personne ne me dit rien et que je ne comprends pas le cyrillique, je prends ma place dans la file d'attente. Je ne suis pas là depuis plus d'une minute qu'un couple débarque, me bouscule et passe devant tout le monde, sans que personne ne dise rien. Quelques secondes plus tard, ce sont trois olibrius qui font de même. Je comprends alors que la file dans laquelle je suis ne concerne que les gens qui ont des bagages. Or, j'ai laissé mes sacoches sur le vélo, donc je n'ai pas de bagages (je n'ai toujours pas compris la logique du truc, si vous y comprenez quelque chose, faites-moi signe!) et je double tout le monde.

Je suis donc maintenant devant un portique du style de ceux que l'on trouve aux aéroports, sauf que là, le portique il ne sert à rien parce qu'on peut passer avec tout le métal qu'on veut (j'ai ma sacoche de guidon sous le bras avec son armature en alu et à l'intérieur, en autre, mon couteau, ma cuillère et ma fourchette). L'employée me fait signe d'avancer et me dit... «passeport aegfagd oli ldtgzdg». Alors autant, passeport j'ai compris et je m'y attendais, autant la suite, c'est un peu du charabia et je lui explique, en Français, que je n'ai rien compris. Elle me montre donc un formulaire et me fait signe de faire demi-tour. Je m'exécute, tout en pestant. Il me faut donc maintenant trouver le formulaire. Je vais à l'aquarium le plus proche de l'entrée (celui où, d'après moi, j'ai le plus de chance de trouver le formulaire). Derrière le plexiglas, il y a un gars et une fille, en uniforme, qui sont en pleine discussion. Je ne sais pas s'ils en sont au stade «ça te dirait un resto et un ciné ce soir» ou plutôt à «t'as pensé à éplucher les pommes de terre et à nourrir les cochons ce matin?», mais, ce qui est sûr, c'est qu'ils sont beaucoup trop occupés pour me remarquer. Je jette un coup d'œil rapide sur le bureau, pas le moindre formulaire en vue. Je passe donc au second guichet, qui est vide (j'imagine que c'est un des deux qui est dans l'aquarium numéro un qui devrait, normalement être là), sans plus de succès. Je termine donc par le bureau le plus éloigné de l'entrée, celui auquel on accède en demandant pardon aux personnes de la file d'attente et c'est là que je vois... Les formulaires. Après quelques péripéties (oui, parce que si je vous raconte tout dans le détail, ça va prendre encore une heure) j'obtiens mon formulaire, le remplis et je me présente à nouveau au portique. Manque de chance pour moi, le gars qui me précède dans la file a deux petits bouddhas dorés dans son sac, ce qui ne plaît pas à la dame du coup elle lui fait vider son sac et ça prend un temps fou. Entre temps, il y a deux gars qui passent sans donner leur formulaire, personne ne dit rien. Finalement, je passe le portique, je donne mon formulaire (que la dame ne lit même pas!) et j'accède à la queue suivante où une personne arrive et me dit «passeport». Même cinéma, elle l'ouvre, me dit «France» et me le rend.

Une fois que j'ai assez attendu, on me dit d'avancer vers un petit guichet. L'employée me demande mon passeport, me dit France... Et me montre un formulaire de départ. Comme je ne l'ai pas (personne ne me l'a donné celui-là!!!) elle m'en donne un exemplaire et me fait signe de ressortir. Je remplis donc ce nouveau formulaire puis je me présente à nouveau devant la madame. Elle prend mon passeport, mon formulaire, les compare, les tourne dans tous les sens puis, regardant ma tête et la photo de mon passeport, elle finit par me mettre le coup de tampon tant espéré. Je viens de passer le jugement frontalier.

 


Bleu, jaune, vert, rouge et blanc (écrit le 01/05/2011)

Les couleurs qui font l'objet de ce post ne sont pas les couleurs nationales de la Mongolie. Le drapeau mongole, que j'ai découvert il y a quelques jours, est constitué de trois bandes verticales, deux rouges en cadrant une bleue avec un bidule doré dans la première bande rouge (d'ailleurs il va falloir que je me renseigne sur la signification de ce symbole doré).

En fait, depuis que j'ai passé la frontière mongole, les bords de routes sont parsemés de petites écharpes nouées un peu partout. La grande majorité d'entre elles sont bleues, mais on voit aussi des jaunes, des vertes, des rouges et des blanches. Ces bouts de tissus se retrouvent dans les arbres, sur les bornes, sur les panneaux directionnels, sur les rambardes des ponts... et sur de petits tas de cailloux érigés sur les points hauts.

Solongo, qui m'a hébergé durant les deux jours que j'ai passé à Ulaan Baatar, m'a expliqué que les Mongols étaient chamanistes. Ils peuvent donc entrer directement en contact avec les esprits de leurs ancêtres qui sont au ciel. Pour cela, ils doivent passer par un chaman, c'est à dire quelqu'un qui a le pouvoir de rentrer en transe et de communiquer avec les esprits.

Si je vous raconte ça, c'est pour que vous compreniez que le ciel est un élément important de la culture mongole. Or, il est représenté par le bleu. C'est donc pour cela que la grande majorité des foulards que l'on voit au bord des routes... sont bleus!

Passons maintenant aux petits tas de pierres. D'après le chamanisme mongol, la Terre contient une très grande quantité d'énergie, énergie qui a tendance à vouloir s'échapper. Or, par où peut-elle s'échapper? Par les points hauts, qui sont comme la poussée de l'énergie interne de la Terre. Du coup, pour garder cette énergie, les Mongols construisent des petits tas de pierres sur les points hauts afin de créer des «bouchons». Ils y nouent ensuite des rubans bleus pour remercier les esprits. Remercier de quoi? Remercier de tout! Les rubans bleus sont comme des cadeaux et il n'y a pas besoin d'une raison spéciale pour faire un cadeau à quelqu'un!

Malheureusement, la culture chamanique mongole a tendance à se perdre au profit du bouddhisme. C'est pour cette raison que l'on trouve aujourd'hui des petits tas de pierres aussi à des endroits qui ne sont pas des points hauts et que les foulards bleus sont parfois accompagnés de rubans d'autres couleurs.

Le bleu représente donc le ciel. Mais qu'en est-il des autres couleurs? Comme je voulais en savoir plus sur ce sujet, je me suis rendu dans un temple bouddhiste. Vous en douter sûrement, le prêtre que j'ai vu ne parlait pas un mot d'Anglais et mon seul vocabulaire mongol se résume à «bonjour», «au revoir» et «merci», donc pas de quoi tenir une conversation. Mais comme vous le savez, avec un stylo, une feuille et quelques grimaces, on peut toujours comprendre et se faire comprendre. J'ai donc compris (et appris) que le jaune symbolise le soleil, le vert représente la terre, le feu se retrouve dans le rouge et le blanc est l'âme.

J'ai donc acheté trois petites écharpes. Une bleue, parce que c'est la couleur initiale, une verte, parce que j'aime notre planète si belle et si fragile à la fois et une jaune, parce que le soleil est un élément tellement important à mon moral. Je n'ai rien contre le feu et l'âme. Mais j'ai choisi le bleu, le vert et le jaune. Un grand soleil qui resplendit dans un ciel bien bleu au-dessus d'une herbe bien verte, c'est un paysage que j'aime bien. Maintenant je n'ai plus qu'à trouver trois sommets pour aller nouer mes petits foulards. Oui, parce que je ne trouve pas qu'un bord de route soit le meilleur endroit pour un petit ruban coloré. La vue est tellement plus belle depuis le sommet d'une montagne!

 


Journée noire (écrit le 30/04/2011)

Voilà quatre heures que j'ai quitté Ulaan Baatar et je n'ai fait que 38kms. Il fait une température polaire (-10°C), un vent glacial me scotche à la route, mon visage me brûle, mes mains et mes pieds sont gelés et mes lèvres sont complètement paralysées par le froid. En plus de ça, le goudron est très mauvais et les voitures défilent les unes après les autres en me klaxonnant. Pour parachever le tout, j'ai le cœur gros, une boule dans le ventre et la tête pleine de doutes... Bref, c'est pas la joie. J'en ai marre. Marre du vent de face, marre du froid, marre d'attendre le mois d'août, marre de ce goudron, marre des klaxons, marre, marre, marre... Et voilà que je sens arriver les larmes!

Pleurer ce n'est pas viril. Pleurer, c'est pour les enfants et les chochottes. Pas pour les hommes! Les hommes, les vrais, ils savent dissimuler leurs sentiments et retenir leurs larmes. Ils savent rester droits et dignes en toutes circonstances. Mais il faut croire que je ne suis pas un homme étant donné que je ne sais pas dissimuler mes sentiments et que je ne peux pas retenir mes pleurs. La preuve? C'est que, tout à coup, c'est l'explosion. Je fonds en larmes. À tel point que je ne vois plus rien et que je suis obligé de m'arrêter sur le bas côté. Je me recroqueville sur moi-même, les coudes sur le guidon et la tête sur la sacoche. Je ne pense à rien, je pleure, c'est tout.

Je ne sais pas ce que j'aurais été prêt à donner à ce moment là pour que quelqu'un me prenne dans ses bras. N'importe qui. Mes parents, mes sœurs, un copain, une copine, un gars qui passait par là en voiture... N'importe qui, mais quelqu'un qui m'apporterait un peu de réconfort, de chaleur humaine et d'amour. Est-ce que les Beatles étaient dans ce genre de situation lorsqu'ils ont écrit All you need is love? Je n'en ai pas la moindre idée. Mais en tout cas, c'est exactement ce dont j'avais besoin lorsque j'étais là, couché sur mon vélo, les deux roues dans la neige, au milieu d'un vent glacial. Malheureusement pour moi, mes parents et mes amis sont tous à des milliers de kilomètres et les automobilistes n'ont pas grand chose à faire d'un cycliste arrêté sur le bord de la route. J'étais seul face au vent, seul dans le froid, seul sur la route, seul dans ma galère... Et il allait donc falloir que je me sorte seul de là.

Mais le corps est quand même bien fait parce que, au bout de quelques minutes, les larmes ont fini par s'arrêter. Sans doute était-ce parce que j'étais arrivé à bout de mon stock! Je me suis donc ressaisi, j'ai séché mes yeux, je me suis mouché un bon coup, j'ai pris une grande inspiration... Et je me suis remis en route, dans le vent, le froid et la neige.

Depuis que je suis parti, c'est la première fois que je craque comme ça. Se retrouver dans une telle situation n'est vraiment pas la chose la plus agréable que j'ai vécue durant ce voyage. Mais je suis certain que l'on sort grandi d'une telle expérience. En fait, le voyage à vélo c'est un peu comme la vie. Il y a des hauts et des bas et il faut savoir rebondir et gérer les transitions entre deux séquences. Ceci dit, j'espère bien que je n'aurai pas d'autres bas aussi bas que celui-ci. Les journées noires comme celles que je vous aie décrites ne sont pas celles qui sont les plus faciles à appréhender... Sauf, peut-être, si elles ont été prévues par Bison Futé!

 


Les 3 4x4 (écrit le 26/04/2011)

Fichu vent du nord de mer**! Voilà deux jours que j'ai retrouvé l'asphalte et voilà deux jours que je me coltine un vent de face force mistral marseillais. Et dire que ça devrait être comme ça jusqu'à Marseille... Je ne suis pas encore arrivé! Sincèrement, si c'était à refaire, je ferais exactement le même parcours, mais en sens inverse. Le seul bon point de revenir pas la Russie, c'est que je traverse l'Europe au retour. Plus de visa ni de billets d'avion... Je vous garantis que je vais prendre mon temps pour rentrer. Vivement le mois d'août! Voici, en résumé, ce qui se passait dans ma tête lorsque deux énormes 4x4 roulant comme des calus m'ont dépassé.

La Mongolie, ce n'est pas l'Amérique. Il y a quelques voitures, mais pas tant que ça. Puis, dans les campagnes, les véhicules sont souvent de vieux tacots tout rouillés qui n'avancent pas bien vite. Mais ces deux 4x4 étaient rutilants et tout neuf. Le genre de véhicules à bord desquels on trouve des gens qui considèrent les vélos comme des moins que rien. J'ai donc été étonné de les voir s'arrêter un peu plus loin et me faire signe de m'arrêter.

«Where are you from?»... Sacré nom d'une pipe!! Depuis presque deux semaines que j'ai quitté Pékin, c'est la première fois que quelqu'un s'adresse à moi en Anglais! Je jubile. Dans la première voiture, il y a deux gars. Dans la seconde, un gars et une fille. Ils me disent qu'ils reviennent du désert où ils sont allés contrôler l'avancement des travaux de la nouvelle route. On reste à discuter au bord de la route pendant dix bonnes minutes. Puis ils me disent qu'ils doivent repartir et m'offrent 2 bouteilles d'eau, 2 bouteilles d'ice tea et une petit figurine mongole en souvenir. Je vois les deux 4x4 s'éloigner au loin et je reprends ma route, à mon rythme. Le vent est toujours là, toujours aussi fort, mais le moral est remonté.

Malheureusement, au bout d'une petite heure, j'ai de nouveau l'impression de fournir des efforts démesurés pour avancer de quelques kilomètres. Il est 16h30 et je commence sérieusement à envisager de m'arrêter. Ras le bol du vent. C'est alors qu'un 4x4 tout neuf me double à toute vitesse et, vous allez rire, s'arrête un peu plus loin. Trois gars en descendent et me font signe de m'arrêter.

Lorsque j'arrive à la hauteur du véhicule un petit gros me lance un grand «Bonjour!!!». Je dois presque me pincer pour être sûr que je ne suis pas en train de dormir! Mais non, je suis bien en Mongolie, sur la route de Ulaan Baatar et j'ai devant moi un gars qui parle Français. Il me dit qu'il a aperçu le petit drapeau sur ma sacoche de guidon (est-ce possible lorsque l'on roule à une telle allure?) et qu'il connaît bien la France. Il m'apprend aussi qu'il revient du désert où il est allé contrôler l'avancement des travaux de la nouvelle route. Deux choses là-dessus. Premièrement, je me demande si ce ne sont pas les premiers 4x4 qui l'ont appelé pour lui dire qu'il y avait un cycliste français (super sympa;-) qui allait vers Ulaan Baatar. Deuxièmement, en cinq jours dans le désert, je n'ai pas vu la moindre personne travailler sur la nouvelle route, mais en quelques kilomètres, je viens de rencontrer 7 personnes qui contrôlent. Comme dirait Laurence de Pékin «cherchez l'erreur!».

Bref, on reste à discuter au bord de la route pendant quelques minutes, puis ils me disent qu'ils doivent repartir (vous avez l'impression d'avoir déjà lu ça? C'est normal!) et ils m'offrent 1L de jus d'orange et 6 sachets de poissons séchés. Je vois le 4x4 s'éloigner au loin et je reprends la route, à mon rythme... En attendant le prochain véhicule de contrôleurs! Mais je ne verrai plus personne de l'après-midi.

Le soir, c'est bien au chaud dans ma tente que je mangerai les poissons séchés en regardant ma petite figurine et en repensant à ces trois 4x4.

 

 

Restaurant Le Gobi (écrit le 25/04/2011)

 

Restaurant Le Gobi

 

 

Menu

 

 

 

Surfaces de roulement

 

Sable graveleux

Tôle ondulée

Boue collante

 

 

Accompagnements climatiques

 

Pluie glaciale

Grêle

Neige tenace

 

 

Carte des vents

 

Vent de face

Vent de ¾ face droite

Vent de ¾ face gauche

Vent de profil

Rafales force Patagonie

 

 

Suppléments:traces multiples, informations erronées

 


La piste aux étoiles (écrite le 24/04/2011)

J'ai déjà été invité pas mal de fois chez des gens. Je ne m'étais encore jamais enfui de chez quelqu'un. Mais il faut une première fois pour tout et, hier soir, je me suis enfuis d'une yourte empoisonnée.

Tout avait pourtant bien commencé. Deux jeunes sur une moto (un gars et une fille). Je les aide à désensabler leur véhicule, on discute un peu, ils m'invitent à passer la nuit dans leur yourte située à quelques centaines de mètres de l'endroit où nous nous trouvions. Arrivés devant la tente, ils me font rentrer. Elle me propose un bol de thé, lui me montre le tapis sur lequel je vais dormir. Je leur montre les photos de ma famille et je leur demande s'ils sont frère et sœur. Ils me répondent qu'ils sont mari et femme. Ils ont 23 ans et élève 50 chèvres et moutons. Je suis content d'être invité par de jeunes bergers et je les remercie pour leur accueil.

Puis, voyant mon appareil photos, le garçon me demande de le prendre en photo. Je cadre et je m'apprête à déclencher lorsqu'il sort en trombe et saute sur sa moto, droit comme un chef, le torse bombé. Je comprends qu'il veut que je le photographie sur sa machine. Je m'exécute et nous rerentrons dans la yourte. Aussitôt, il me demande à voir la photo. Je la lui montre, mais il ne semble pas satisfait. Je le lui sors et je comprends qu'il veut sa photo sur papier. Je lui explique donc par des dessins, que je dois rentrer en France pour faire imprimer son cliché, mais que, s'il me donne son adresse, je peux lui envoyer. Il me fait alors comprendre que ce n'est pas grave et me demande si j'ai de l'eau. Je lui réponds que oui, sur mon vélo. Nous sortons et, d'un ton autoritaire, m'ordonne de lui donner l'eau. Comme je fais mine de ne pas comprendre, il se précipite sur Espéranto et commence à ouvrir les sacoches.

Je veux bien être calme, gentil, diplomate, tout ce que vous voudrez, mais je n'accepte pas que l'on ouvre mes sacoches (surtout qu'il a choisi l'avant gauche, celle où j'ai mon ordinateur). Ni une ni deux, je le saisis par le col et, en le fusillant du regard, je lui dis (avec une grosse voix) de rester en arrière de mon vélo. Je rentre alors dans la yourte pour récupérer mes affaires et je ressors 30s secondes plus tard. Le type n'a pas bougé. En me voyant remettre ma sacoche de guidon en place, il comprend que je m'en vais. Il commence donc à s'excuser et sa femme sort de la yourte en me disant qu'elle va préparer le repas.

Je pourrais la jouer grand prince, pardonner le type et accepter de rester. Mais ce serait, je crois, un aveu de faiblesse, surtout que je serais, jusqu'au moment de partir, en territoire ennemi, obligé de me plier aux ordres de ce gars, ce dont je n'ai pas la moindre envie. Je reste donc sur ma position et j'envoie paître mon «hôte». Je ne parle pas le Mongol et lui ne comprend pas le Français, mais il n'y a pas besoin de traduction pour savoir que je suis en colère et qu'il faudra qu'il cherche une autre proie que moi!

C'est donc furax que, à 18h15, je remonte sur le vélo. Je roule 30mn histoire de m'éloigner de cette yourte et je décide d'établir mon campement à l'abri du vent, derrière un tas de sable servant à la construction de la nouvelle route qui traversera le désert de Gobi dans quelques années (ou peut-être jamais vue l'allure à laquelle avancent les travaux).

À l'heure actuelle, traverser le désert n'est pas chose aisée. Il y a des traces dans tous les sens, du sable à n'en plus pouvoir et de la tôle ondulée infâme. Mais l'absence de goudron à quand même du bon. Peu de véhicules et peu d'habitations. Des paysages purs et une voûte étoilée somptueuse. Bref, une vraie piste aux étoiles!

 

 

La yourte magique (écrit le 23/04/2011)

Il est 10h du matin, lorsque j'entame mon trentième kilomètre de la journée. Timing normal sur de la piste. Ce qui est plus gênant, c'est que, d'après ma carte et les renseignements que j'ai pu recueillir, j'aurais dû passer le petit village de Erdene il y a 10kms. Or, je n'ai rien vu du tout et, depuis le sommet de la colline où je me trouve, je n'aperçois pas la moindre maison à l'horizon. Ma sacoche de nourriture est vide, de même que mes bidons. Il est grand temps de trouver une petite boutique.

À quelques centaines de mètres de la piste se trouve une yourte. Une vraie yourte: blanche et crasseuse, avec un cheval et une moto garés devant. Je décide d'aller demander à ses occupants à combien de kilomètres se trouve Erdene. Par chance, juste au moment où j'arrive, une vieille dame tenant un enfant par la main se dirige vers la petite tente. Je m'avance. La dame ne me regarde même pas et rentre dans la yourte. Aussitôt, un homme sort (genre, magie magie, une dame et un enfant rentrent, abracadabra, un homme sort!) en me faisant un grand sourire et en me faisant signe de rentrer. J'accepte.

En pénétrant dans la tente, je retrouve la dame et l'enfant (mince, alors ce n'est pas une yourte magique!). L'enfant est une petite fille aux joues rougies par le froid. Elle me fait un grand sourire avant d'aller se cacher dans la robe de la dame. Cette dame que j'avais pris pour une vieillarde est en fait sa mère et doit avoir la trentaine. Je comprends que j'ai la chance de me retrouver chez des nomades Mongols.

Au centre de la yourte se trouve un poêle. De chaque côté est disposé un lit. Une petite commode trône face à la porte et des tapisseries sont étendues sur les murs. L'homme me fait asseoir sur un petit tabouret et la dame me tend un bol de «tsa», le thé mongol (eau+lait de chèvre+sel). Je leur demande à combien de kilomètre se trouve Erdene. 21kms. Je ne mourrai donc ni de soif, ni de faim. Mais le monsieur me fait comprendre que je ne peux pas partir comme ça et que je dois rester manger avec eux. Je dispose d'un visa russe d'une durée de trois mois. Or, la traversée de la Russie d'ouest en est fait environ 7500kms, ce qui veut dire que j'aurai vraiment besoin de trois mois (surtout avec ce put**n de vent de face). La raison voudrait donc que je reprenne la route (ou plutôt la piste) afin de rentrer en Russie le plus tôt possible. Mais la curiosité et la gentillesse de ces gens m'incitent à rester. J'accepte donc l'offre... Pour le repas de midi, Patril, la maman, fait revenir du riz dans du gras de chèvre avant de noyer le tout dans de l'eau bouillante et du lait de chèvre. Elle y ajoute enfin quelques os de cabris.

À force de gestes et de petits dessins, j'apprends que Kambolt (lui) et Patril (elle) vivent ici avec leur seule fille, Tchimbolor, âgée de quatre ans. Ils élèvent 60 chèvres et moutons. De temps en temps, ils tuent un animal et vont vendre sa viande et sa peau à Erdene. Avec l'argent ainsi récolté, ils achètent un peu de riz, un transistor, une brosse à dent ou un savon. Dehors, le vent se lève et la neige commence à tomber. Kambolt me conseille donc de passer la nuit avec lui et sa famille. Si à ma curiosité et à la gentillesse de cette famille vient s'ajouter le mauvais temps, alors je ne peux pas refuser!

Je passe l'après-midi à jouer avec Tchimbolor et à cuisiner avec Patril. Vers 17h, nous nous équipons pour aller «ranger» le bétail. Comme avec Félix au Chili, il faut séparer les chevreaux des chèvres. On attrape les petits par les pattes «béééééééé», «il n'y a pas de mais!». Une fois que tout le monde est parqué pour la nuit, on retourne se mettre au chaud dans la yourte. Un bon repas bien gras et tout le monde est prêt pour aller au dodo.

Le lendemain matin, le réveil est frisquet dans la yourte. Dehors, il fait un froid glacial, mais le soleil brille. Tchimbolor m'apporte ses jouets et Kambolt me propose de rester une journée de plus pour me faire monter à cheval. Je suis bien tenté. Mais il faut vraiment que je continue ma route. Je remercie donc mes hôtes et j'enfourche Espéranto en direction du nord. À plusieurs reprises je m'arrête pour me retourner vers la yourte de Kambolt, Patril et Tchimbolor. Une yourte magique...

 

 

Communication (écrit le 20/04/2011)

J'ai débarqué en Amérique du Sud sans parler l'Espagnol. Ce n'était d'ailleurs pas bien grave étant donné que j'ai passé mon premier mois au Brésil, pays dont la langue nationale est le Portugais! Mais par la suite, mes séjours en Argentine, au Chili, en Bolivie et au Pérou m'ont rapidement appris les bases de la langue de Don Quichotte. En même temps, il faut reconnaître que l'Espagnol est assez proche du Français, ce qui rend son apprentissage assez facile. L'histoire est toute autre avec le Chinois.

Le Chinois, ça ne se lit pas, ça ne s'écrit pas, ça ne se comprend pas et ça ne se parle pas. Ou tout du moins, pas en 3 semaines. Du coup, j'ai dû un peu rusé pour me faire comprendre et, très souvent, j'ai eu recours aux petits dictionnaires English/Chinese et Chinese/English de Nicolas. Le problème, c'est que, dans les campagnes, il y a beaucoup de gens qui ne voient pas bien et sont donc incapables de lire ce que je leur montrais. Du coup, je passais au mime ou au dessin. Et je dois dire que ça marche plutôt bien!

Pour les phrases habituelles du genre «où acheter de la nourriture ou de l'eau», «puis-je dormir ici», etc... J'utilisais la traduction de Manon (merci encore Manon!). Le problème c'est que les gens s'imaginaient que j'écrivais et que je lisais le Chinois et ils se mettaient donc à gribouiller tout un tas de trucs en vermicelles, persuadés que j'allais comprendre! Là encore, je devais recourir au mime ou au dessin.

Je ne sais pas si c'est quelque chose que l'on apprend dans les écoles de communication, mais le dessin et le mime sont d'excellents vecteurs de communication. Et si en plus ils sont teintés d'humour, alors c'est parfait pour établir le contact et gagner la confiance de quelqu'un. Combien de gens n'ai-je pas fait rire en mimant le maniement des baguettes avec deux stylos billes, ou en faisant des grimaces lorsqu'ils me proposaient de l'alcool?!? Combien de fois le schéma d'une tente à fait comprendre à mon interlocuteur que je voulais camper?!? Combien de fois un plan m'a sorti d'affaire alors que je n'avais rien compris aux explications qui m'avaient été données?!?

Ce soir, je suis en Mongolie. En passant la frontière, j'ai changé de pays, de culture, de langue... Et d'alphabet! Fini les idéogrammes, place au cyrillique à présent. Je pense que ce sera plus facile. Si ce n'est pas le même alphabet que celui que nous utilisons, c'est le même raisonnement: on assemble des lettres pour faire des syllabes et on accole les syllabes pour faire des mots. Mais je ne sais pas si c'est pour autant que la communication avec les gens va être plus facile. Les quelques personnes auxquelles j'ai eu affaire depuis que j'ai passé la frontière ne parlent pas Anglais et ne cherchent pas à comprendre ce que je cherche. Je vais voir si cette impression se confirme dans les prochains jours, mais si c'est le cas, je crois qu'il va falloir que le gouvernement mongol organise des cours massif de communication!

 

 

Chute fatale (écrit le 20/04/2011)

Il avait connu les températures glaciales de l'hiver québécois et la chaleur estivale du Maroc. Il m'avait accompagné durant toute mon année d'échange à Chicago. C'est lui qui avait été témoins de mes mésaventures dans le Grand Canyon et la High Sierra Nevada. C'était lui, encore, qui avait capturé Sarah suspendue dans le vide depuis le haut du Arrow Head Spire. Enfin, c'est lui qui, depuis le début de mon voyage, vous permettait de suivre mes aventures en images et en vidéos. Malheureusement, après presque quatre ans de bons et loyaux services, il a été victime d'une chute qui lui a coûté la vie. Je veux parler de mon appareil photos.

Il y a deux jours, j'ai établi mon campement au milieu de nulle part. J'étais un peu en hauteur. Un point de vue idéal pour admirer le coucher de soleil, le lever de lune, la voûte étoilée et le lever de soleil. Lorsque l'astre céleste est venu à se coucher, je n'ai pas résisté à la tentation de prendre une photo de mon ombre devant ce magnifique couché de soleil. J'ai donc pausé mon appareil sur une sacoche (afin qu'il soit un peu en hauteur), j'ai enclenché le timer, puis j'ai couru m'asseoir à côté de ma tente. L'appareil à déclenché avec le flash. Comme je ne voulais pas de flash, j'ai effectué le réglage nécessaire et j'ai remis l'appareil en place. Mais au moment où j'ai appuyé sur le déclencheur, l'appareil à vaciller et est tombé dans le sable.

Ce n'était pas la première fois que mon cher petit Pentax tombait. Des chutes, il en avait déjà vues et des pires que celle-ci. Mais c'est pourtant cette glissade de 20cm depuis ma sacoche qui lui aura coûté la vie. En effet, lorsque j'ai récupéré mon appareil, il était arrêté. Je l'ai remis en marche. Il a fait un bruit bizarre et s'est tout de suite éteint. J'ai renouvelé la manipulation. J'ai obtenu le même résultat. Le lendemain matin, j'ai de nouveau essayé de le refaire marcher (on ne sait jamais, après une bonne nuit de sommeil...). Sans succès. J'ai donc dû me résoudre à m'arrêter à Saihan Tal, la grande ville la plus proche, pour investir dans un nouvel appareil photos.

Saihan Tal, c'est l'avant dernière ville avant la frontière avec la Mongolie. Autant dire que ce n'est pas l'endroit rêvé pour acheter du matériel audio-visuel. Par chance, j'ai trouvé une personne qui parlait Anglais et qui m'a indiqué le seul magasin de la ville qui vendait des appareils photos: 4 modèles différents, un seul exemplaire de chaque (celui en vitrine). Vous me direz, au moins je n'ai pas trop eu de mal à me décider. J'ai donc remplacé mon Pentax par un Fujifilm... Et j'en suis très déçu. Les couleurs du Fujifilm ne sont pas aussi belles que celles du Pentax. Et puis mon Optio L30, c'était une petite merveille: facile d'utilisation, rapide, avec les modes basiques les plus importants. Je l'adorais. Il va pourtant falloir que je passe à autre chose et que je m'habitue à ce nouveau Fujifilm. Mais, honnêtement, les modes «2 photos à la suite, une avec et une sans flash» ou «détecteur de sourire», je n'en ai pas grand chose à faire. Surtout que pour le détecteur de sourire, il suffit de se mettre une banane devant la figure et cet abruti d'appareil déclenche!

J'espère seulement que le décès de mon appareil photos signera la fin d'une série de mauvaise surprises. Après avoir cassée ma roue arrière et l'œillet gauche de ma fourche avant, j'ai eu droit à l'œillet droit de la fourche avant, à la mort de la pile de mon compteur et à la coupure de mon pneu arrière avec triple crevaison. Puis, c'est la fermeture éclaire de ma tente qui a rendu l'âme (vive les nuits dans le sable!). Bref, ça fait 9 mois que je suis parti et le matériel commence sérieusement à accuser le coup. Le voyage n'est pourtant pas terminé et il va falloir qu'Espéranto roule encore quelques 10000kms, que ma tente m'abrite environ 120nuits et que mon nouvel appareil photos immortalise les 5 mois de voyage qui me restent!

 

 

Chez les amis de Gao Xiaodong (écrit le 19/04/2011)

En faisant un petit bilan de mon voyage, je me suis rendu compte que, dans tous les pays où j'étais passé, j'avais eu la chance, ne serait-ce qu'une seule nuit, de partager la vie des gens du pays. Hier, j'ai été accueilli par une famille de paysans chinois.

Depuis que j'ai quitté Pékin, j'ai le vent de face. Mais, depuis hier, c'est un vent extrêmement fort, qui me scotche à la route. Du coup, hier, j'ai craqué et, à 16h, je me suis réfugié derrière un mur, face à une maison. Un gars est alors sorti, puis un deuxième et ils m'ont fait signe de rentrer. Je me suis dit «chouette, quelqu'un pour m'accueillir». Sauf que, en rentrant dans la baraque, je me suis retrouvé face à quatre gars un peu rougeauds, assis autour d'une table remplie de plats vides, de mégots de cigarettes et de bouteilles d'alcool. Ils m'ont proposé une cigarette et une bouteille d'alcool (la bouteille, carrément!). Je les ai remerciés et j'ai essayé de leur demander à combien de kilomètres était le prochain village. Mais ils ne comprenaient rien et qu'ils me semblaient bien entamés, j'ai décidé de reprendre la route.

Quelques kilomètres plus loin (ce qui fait quelques 45mn plus tard à cause du vent), j'ai aperçu une station service. Je suis rentré, j'ai expliqué mon problème (comme j'ai pu)... Et un gars (qui baragouiner trois mots d'Anglais) m'a dit de le suivre. Il m'a conduit à une petite maison délabrée (de dehors on aurait plus dit un vieux poulailler qu'une maison!). En arrivant, c'est une vieille dame qui nous a ouvert la porte et nous a fait rentrer. Nous nous sommes retrouvés dans une petite pièce sans éclairage avec un gros poêle, une machine à laver toute neuve, une moto vétuste, des sacs de riz, des bassines de restes de nouilles, tout un tas de cochonnerie, des poules, un chat... Et trois personnes s'activant à la cuisine. Il y avait une petite porte sur la gauche. En passant cette ouverture je suis arrivé dans la maison, ou plutôt dans l'unique pièce qui sert de maison. Un toit, quatre murs dont un seul avec une fenêtre, un miroir brisé, une commode d'un autre âge, deux tabourets tenant encore debout par je ne sais quel miracle et une petite table avec une bouilloire. Le tiers de la pièce était occupé par une sorte d'estrade sur laquelle étaient assis un homme et une femme qui semblaient attendre quelque chose. À la vue des bols et des baguettes, j'ai compris qu'ils attendaient le repas et ils m'ont invité à les rejoindre.

Je ne sais pas si c'est toujours comme ça, ou si c'est parce que j'avais encore le visage couvert de suie, mais on m'a apporté une bassine avec une serviette et un savon et on m'a fait comprendre que je devais me laver les mains et le visage. Tout le visage! Je me suis exécuté puis j'ai enlevé mes chaussures et je suis allé m'asseoir à la place qui m'était indiquée.

Pour le repas, nous étions tous assis en rond sur cette espèce d'estrade. Chacun disposait de son bol et de ses baguettes. Les plats étaient disposés au centre du cercle. Il y avait un grosse bassine en bois remplie de galettes frites (je n'ai pas réussi à savoir avec quoi elles étaient faites), un saladier de nouilles transparentes, des morceaux de légumes (mais je ne sais pas quoi!) et une assiette d'omelette frite. Je crois que je ne m'en suis pas trop mal sorti avec les baguettes. Heureusement que j'avais eu une petite formation au Roast Duck! Je crois aussi que je n'ai pas été trop mauvais dans la gestion de l'alcool.

En effet, la première chose qui m'a été proposée avant même de commencer à manger est un petit verre rempli de cet alcool fort que l'on trouve de partout et dont je ne sais pas le nom (évidemment puisque c'est écrit en Chinois sur les bouteilles!). Déjà, l'alcool, c'est pas mon fort. Mais, en plus, après une journée de vélo sans avoir beaucoup mangé, je me suis dit que, si je buvais la totalité du contenu du verre, j'allais rapidement ne plus savoir comment je m'appelais. Du coup, j'ai choisi l'option «petit joueur». J'ai bu une gorgée, puis je me suis mis à toussoter et à pleurer un peu. Bref, de la pure comédie, mais qui a fait comprendre à mes hôtes que cet alcool était beaucoup trop fort pour moi. Loin de les vexer, je crois que cette réaction les a plutôt flattés. Eux étaient capables de boire cet alcool, pas moi...

Une fois que l'on a eu fini de manger, le gars qui m'avait accompagné est retourné travailler à la station service et deux des cinq personnes qui étaient là lorsque je suis arrivé sont partis. Nous sommes donc restés la vieille dame, une dame plus jeune qui lui ressemblait et qui, je pense était sa fille, le mari de la fille (enfin, j'imagine) et moi. La fille a ouvert la commode et a sorti tout un tas de coussins, oreillers et couvertures pas très propres. Je suis allé chercher mon duvet puis, nous nous sommes tous les quatre allongés les uns à côtés des autres sur l'espèce d'estrade qui, après avoir servi de table puis de canapé, est devenu un lit commun.

Au petit matin, tout le monde s'est levé en même temps. Les affaires de nuit ont été rangées dans la commode et l'estrade a repris ses fonctions diurnes. De mon côté, j'ai rangé mon duvet, j'ai sorti Esépranto et nous avons repris notre errance vers le nord.

Je n'ai rien su de ces gens. Qui étaient-ils exactement? Quels liens avaient-ils entre eux? De quoi vivaient-ils? Comment s'appelaient-ils?...

 

 

Égalisation!! (écrit le 18/04/2011)

Sur le calendrier de monsieur tout le monde, nous sommes le 18 avril, donc c'est le milieu du printemps, donc le soleil monte de plus en plus haut dans le ciel, les arbres commencent à avoir des feuilles et des fleurs, les températures remontent, les oiseaux recommencent à chanter... Bref, c'est le renouveau. Sauf que parfois l'hiver décide de faire un peu de résistance et il envoie quelques uns de ses sbires: le vent, le froid ou la neige par exemple. Aujourd'hui, il les a envoyés tous les trois!

Depuis 3 jours, je pédalais sous le soleil. Certes, dans la pollution et la poussière, mais sous le soleil. Après mes cinq semaines pluvieuses en Amérique du Nord, j'avais enfin ressorti mon tee-shirt et mon cuissard (pour le plus grand plaisir des Chinois). Mais ce matin j'ai tout de suite compris que ça n'allait pas être la même chanson.

Je m'étais préparé mentalement à affronter le froid et la neige entre Pékin et Irkoutsk. Mais je ne pensais pas que ça arrive aussi rapidement. En apercevant la chute désordonnée des flocons causée par la violence des rafales, j'ai longtemps hésité à partir. Puis, comme les nuages semblaient bien circuler, je me suis dit que ça allait sans doute se lever et je suis parti.

Les quatre premières heures ont été assez épiques, avec de gros flocons et un vent de face force patagonie glacial. À plusieurs reprises j'ai dû sortir de la route pour aller me réfugier derrière un mur ou dans un magasin. Mais à chaque fois je suis retourné à l'attaque et, en début d'après-midi, j'ai quitté la neige. Le vent était toujours aussi fort et glacial, mais la neige avait disparu. J'avais vaincu les tempêtes de neige, j'étais donc revenu au score.

Je pense que vous vous souvenez que j'avais dû m'incliner face à la neige lors de notre dernière confrontation dans les Andes. J'avais alors dit que je reviendrais au score. Voilà, c'est chose faite.

Alors, évidemment, certains vont dire qu'ils veulent des preuves, parce qu'ils sont comme Saint Thomas et qu'ils ne croient que ce qu'ils voient. Réjouissez vous, j'ai fait une petite vidéo d'une tempête de neige. Vous avez enfilé votre grosse veste, votre bonnet et vos moufles. Alors c'est parti pour le visionnage!

 

 

 

 

THE crevaison (écrit le 17/04/2011)

La dernière fois que j'ai crevé?... Ça fait tellement longtemps que je ne m'en souviens presque plus. C'était au Chili, sur la Carreterra Australe. À l'époque je roulais avec Wim et on s'éclatait bien. Tellement bien que j'avais éclaté ma chambre à air arrière. Depuis, plus le moindre petit tour dans le pneu et, pour tout vous dire, ça ne me manquait pas! Mais cette après-midi j'ai dû à nouveau sortir les démontes pneu.

Crever, c'est chiant (excusez moi pour le vocabulaire, mais j'ai beau chercher, je ne trouve pas de synonyme correct) et ça arrive toujours au mauvais moment. Aujourd'hui, j'ai percé à la sortie de Zhangjiakou, dans la poussière de charbon et la chaleur. Au milieu des voitures et des passants... Surtout des passants. Les Chinois sont curieux. Très curieux. Trop curieux même. Ils ne se gênent pas pour tout regarder, toucher, ouvrir... Il faut donc vous imaginer la scène.

Espéranto est couché sur le côté avec ses sacoches (oui, parce que je suis trop flemmard pour tout décharger et le mettre sur le dos), mais sans sa roue arrière. Moi, je suis assis sur une espèce de margelle poussiéreuse, le visage noir de charbon, avec ma chambre trouée et mon tube de colle dans la main droite, ma rustine et mon pneu dans la main gauche et un démonte pneu dans la bouche. De mon pied gauche je maintiens la roue debout et je fais bien attention de garder mon pied droit sur le chiffon où sont posés mes outils histoire qu'ils ne s'envolent pas. En plus de tout ça, de l'œil droit, je regarde ce que je fais et, de l'œil gauche, je surveille Espéranto... Et pendant que je suis occupé à ma réparation, il y a tout un tas de Chinois autour de moi.

Certains touchent les sacoches (mais qu'est-ce qu'il peut bien y avoir là-dedans?), d'autres regardent le compteur (11h34, tu crois que c'est l'heure?), l'un d'entre eux tire mon cuissard (ça tient chaud un truc pareil?), un autre me palpe les quadriceps (mais c'est qu'il est musclé!), un autre me touche la barbe (ça pique!), un dernier me caresse les mollets (wowwww!!!!, comme c'est doux!)... S'il y a un truc qui plaît aux Chinois, c'est la barbe et les poils sur les jambes.

Combien de fois des hommes sont venus regarder mes mollets avant de remonter leur pantalon pour me montrer leurs jambes toutes lisses en me demandant si je ne pouvais pas leur donner quelques poils! (Je vous jure que c'est vrai!!!!). Si seulement ils savaient qu'en Europe la mode est à l'épilation. Le monde n'est pas toujours bien fait et on veut toujours ce que l'on n'a pas. Ceux qui ont des poils n'en veulent pas et ceux qui n'en ont pas en veulent! Mais ce qui est sûr, c'est que, de tous les cyclistes, aucun ne veut de crevaison... Surtout pas en Chine!

 

 

250kms de charbon (écrit le 17/04/2011)

Ce n'est pas quelque chose que j'ai écrit, mais la première fois que je suis sorti faire un tour dans Pékin, j'ai cru que j'allais mourir tellement l'air me manquait. Je crois que c'est la première fois de ma vie que j'ai ressenti la pollution à ce point. Même à La Paz, qui est dans une cuvette à plus de 3000m d'altitude, je ne m'étais pas senti aussi mal à cause des gaz d'échappement et autres bêtises du genre. Mais il faut croire que le corps s'adapte rapidement parce que, le lendemain et les jours suivants, je n'ai plus rien ressenti. En revanche, je dois avouer que j'ai un peu tiré la langue lorsqu'il a fallu pédaler pour sortir de la capitale chinoise. 30kms dans les voitures, c'est pas terrible. Mais en comparaison de ce qui m'attendait un peu plus loin, ce n'était rien.

En effet, entre Yanquing et Zhangjiakou, la route ne traverse pas des champs, mais des mines de charbon. Or, qui dit mines de charbon dit camions sur la route. Les camions, ce n'est jamais plaisant, mais lorsque, en plus, ils transportent du charbon, alors là c'est le pompon parce que, en plus de défoncer les routes ils sèment des roches un peu partout sur la chaussée et en addition de leur gaz d'échappement, ils traînent derrière eux une poussière noire et âcres qui vous prend la gorge et vous empêche littéralement de respirer.

Lorsque je vous dis que la route ne traverse pas de champs, c'est un peu un mensonge parce que, au milieu de toutes ces exploitations minières et de tous ces camions poussiéreux, il y a quelques champs. Mais je me demande ce que valent les fruits et légumes qui y sont cultivés! Mais le pire de tout, c'est que les paysans vont vendre leurs récoltes dans les rues de Xuanhua ou de Zhangjiakou, villes traversées par des nuées de camions chargés de minerais de charbon. Les fruits et légumes (cultivés dans le charbon) sont alors copieusement arrosés par les gaz d'échappement et les poussières de charbon. Je me suis arrêté par curiosité pour voir un peu à quoi ressemblait, les étals. Vous n'avez jamais vu de fraises noires? Moi si! Et lorsque le vendeur m'a proposé d'en goûter une, je l'ai poliment remercié et j'ai vite repris ma route. Mais après réflexion, je ne sais pas ce qui est le plus malsain entre manger des fraises au charbon ou rouler au milieu des camions chargés de minerais. Ce qui est sûr, c'est que l'atmosphère de cette région est assez polluée pour ne pas en rajouter. Mais il semble que la pollution et les poussières de charbon ne soient pas suffisantes pour la majorité des Chinois. Ils y ajoutent donc... la cigarette!

Je ne fume pas. Je n'ai jamais fumé. Et pour tout vous avouer, je n'ai jamais essayé et je n'en ai pas la moindre envie. L'odeur de la nicotine me répugne et m'asphyxie. S'il y a une loi dont je me suis particulièrement réjoui ces dernières années, c'est bien celle interdisant la cigarette dans les lieux publics! Malheureusement pareille mesure n'est pas en vigueur ici et les gens (seulement les hommes en fait) fument. Ils fument de partout, même dans les magasins! Remarquez, ce n'est pas pire que cette pharmacienne, qui m'a accueilli avec une blouse blanche qui avait la couleur de la blouse d'un Insalien qui sort de TP de construction métallique!

Bref, les 250kms entre Yanqing et Zhangjiakou, c'est la Chine industrielle et minière. Celle où il ne fait pas très bon venir faire du vélo. Je ne sais pas si l'on apprend dans les cours de géographie sur la Chine, que la région nord pékinoise est un important bassin minier. Si c'est le cas, je ne m'en souvenais plus. Mais maintenant, je ne suis pas prêt de l'oublier. Ce bon vieux Francis Bacon avait bien raison: «les voyages sont l'éducation de la jeunesse».

 

 

Where are you from? (écrit le 14/03/2011)

Lonely Planet, Le Guide du Routard, Toute la Chine dans votre poche... Je n'ai rien de tout ça. Je voyage sans guide. D'abord parce que c'est lourd. Ensuite parce que les renseignements que l'on trouve dans ce genre d'ouvrages ne sont pas forcément d'une grande utilité pour les cyclotouristes: où faire du shopping, où manger, où sortir le soir... Le jour où ces guides proposeront des rubriques telles que «où trouver un bon cycle», «plan des routes avec bas-côté», «ABCdaire du langage routier» ou autres, alors peut-être je penserai à voyager avec un guide. Sauf qu'il faudra que j'en parle à Espéranto avant parce que, comme dirait notre Gérard préféré (inside joke pour les GCU, désolé pour les autres) in fine, c'est lui qui porte! En revanche , je dois avouer que, lorsque j'arrive dans une grande ville, si quelqu'un me prête un guide, je ne dis pas non!

À Pékin, Laurence m'avait sorti pas moins de sept bouquins. Comme je n'ai que deux yeux, je n'ai pas réussi à tout lire, mais j'ai pioché à droite à gauche ce qui m'intéressait. C'est en feuilletant ces guides que je suis tombé sur un petit encart qui m'était en garde contre de jeunes personnes accostant les touristes dans la rue pour, soit disant pratiquer leur anglais, mais plus exactement extorquer quelques devises aux touristes.

J'étais sur la place Tian'anmen lorsque, la première fois, je me suis fait abordé par deux jeunes forts sympathiques. Ils m'ont dit être étudiants en vacances dans la capitale. On a commencé à discuter, puis ils m'ont proposé de les suivre pour aller boire un verre. Exactement la combine décrite dans le guide. Je les ai donc poliment remerciés et j'ai continué ma visite. Un peu plus tard, deux jeunes arrivent à nouveau. Même profile, même occupations, mêmes questions... J'ai répondu aux premières interrogations puis je leur ai dit que je n'avais pas trop le temps de leur parler. Ils m'ont dit que ce n'était pas grave et ils sont partis. Encore un peu plus tard, le petit manège recommence. Cette fois-ci, je ne les laisse pas commencer et, un peu sèchement, je leur dis que je connais déjà toutes les questions (dans l'ordre en plus, c'est important de préciser parce que dans l'ordre ça vaut plus de points, c'est comme pour le quinté!): Where are you from? For how long have been in Beijing? Where did you go before in China? Are you a student? Do you want to have a drink with us?... Et que non, je ne veux pas aller boire un verre avec eux! Ce à quoi le gars me répond: «vous vous trompez, nous sommes simplement des étudiants qui veulent pratiquer leur anglais». Non? Sans blagues?!? Comme tous les couples qui viennent m'aborder depuis ce matin? Comme c'est bizarre??? Sur ce, le gars n'a pas insisté et les deux «étudiants désirant pratiquer leur anglais» sont partis. Par la suite, je n'ai plus jamais été accosté... Jusqu'à cette après-midi sur la Grande Muraille de Juyong Guan.

La Grande Muraille, c'est un peu comme le Machu Picchu: des tas d'escaliers faits de vieilles pierres et parcourus chaque jour par des milliers de touristes. Puis, comme le Machu Picchu, on a déjà vu les photos de centaines de fois, mais on reste quand même stupéfait par la beauté de l'ouvrage. La Grande Muraille s'étend sur des centaines de kilomètres et on peut la parcourir à plusieurs endroits. Personnellement je me suis arrêté au «morceau de muraille» le plus proche de Pékin, celui de Juyong Guan. J'ai passé quatre heures sur le Great Wall: Les 3h45 du début tout seul, le dernier quart d'heure avec... Des étudiants désirant pratiquer leur anglais!

Comme j'avais pratiquement terminé mon tour, je me suis laissé prendre au jeu et j'ai répondu à toutes leurs questions, mais j'ai été désolé de finalement leur dire que je ne voulais pas aller manger au restaurant avec eux le soir étant donné que je devais rejoindre un copain, Espéranto ayant préféré rester se reposer. Je suis donc redescendu retrouver mon compagnon de route. Mais comme je rangeais mon matos pour aller chercher un coin pour la nuit, le gars de l'entrée m'a demandé «where are you from?». J'ai failli exploser de rire et lui demander «vous êtes étudiant et vous voulez pratiquer votre anglais, non?».

 

 

Baguettes magiques (écrit le 13/04/2011)

Le problème de la fourche avant et de la fixation du porte bagages est résolu et il me reste 2h avant d'aller chercher ma nouvelle roue arrière. J'ai vu et revu toutes mes cartes pour les 2000kms à venir. Il est très tôt le matin en Europe, et très tard aux US, du coup tous mes copains et les personnes qui me sont chères sont au dodo ou au boulot. Nicolas, Laurence et les enfants sont au travail ou à l'école. Bref, je n'ai pas grand chose à faire à part reposer mes jambes, mes fesses et mon dos. Mais il y a une chose que je peux faire depuis le chouette canapé dans lequel je suis avachi: c'est vous raconter quelque chose de Pékin. Quitte à y être revenu, autant que vous en profitiez aussi, non?!?

Je vous ai raconté le canard laqué et les histoires de plats. Mais ce que je ne vous ai pas dit, c'est qu'il a fallu que je mange avec des baguettes. Pas évident du tout.

Vous vous souvenez certainement de mon expérience marocaine à L'Araignée Gourmande. Le serveur m'avait amené un outillage aussi complet que la boîte à bricolage du blond de Gad El Maleh. Au Roasted Duck (c'est le nom du restaurant dans lequel nous sommes allés déguster le canard laqué avec Nicolas, Laurence et Vivienne), c'est tout l'inverse. Votre outillage se réduit à une petit cuillère et deux baguettes. Je n'ai pas eu de problème avec la petite cuillère. Surtout que je ne m'en suis pas beaucoup servi. En revanche, la manipulation des baguettes n'a pas été triste. Tous ceux qui on atteint le niveau «expert» en termes de manipulation des chop sticks, je vous prierai d'être gentils et de ne pas faire de commentaires désobligeants. Merci.

Alors il paraît que pour manger avec des baguettes, il faut en coincer une dans le creux de sa main et tenir l'autre comme un stylo. Il paraît aussi que seule la seconde bouge, la baguette se trouvant dans le creux de la main étant immobile. J'ai bien écouté ces conseils, j'ai bien regardé comment mes acolytes s'y prenaient et j'ai fait de même. Facile. Là où les choses ont commencé à se compliquer, c'est lorsque j'ai essayé d'attraper quelque chose.

En sport, il faut répéter le même geste des centaines de fois à l'entraînement afin de pouvoir le réaliser en compétition en dépit de toute la pression. Je crois qu'il en est de même pour la manipulation des baguettes. Le problème, c'est que je ne me suis entraîné que quelques minutes avant l'arrivée des plats sur la table. Du coup, lorsque j'ai voulu attraper un morceau de navet, plutôt que de rester bien en face l'une de l'autre, mes baguettes se sont croisées. Je n'ai donc pas pincé l'aliment, mais je l'ai fait tourner. Zut! J'ai fait un second essai dans la foulée sans plus de résultat. J'ai donc repositionné mes baguettes dans ma main, je me suis concentré et, dans un effort surhumain, j'ai pincé le morceau de navet et j'ai réussi à l'amener jusqu'à 2cm de ma bouche. J'allais l'engloutir lorsque, soudain, sans que je sache pourquoi, mes baguettes ont vrillées... et le morceau de navet s'est retrouvé dans mon assiette. Ce n'est pas pour autant que je me suis avoué vaincu. J'ai repositionné mes baguettes et je suis reparti à l'assaut de mon bout de navet. Après une bonne minute de combat, j'ai finalement réussi à goûter l'igname. Et c'était bon. Heureusement d'ailleurs, parce que si j'avais fait autant d'efforts pour un truc dégueulasse, je n'aurais pas été content! J'ai ensuite testé les jiaozi. L'avantage des jiaozis, c'est qu'ils sont «crantés» sur les côtés et sont, de ce fait, plus facile à pincer. C'est un plat niveau débutant! On ne peut pas en dire autant des aubergines et des choux chinois, qui arrivent toujours à s'échapper.

Mais vous savez comment c'est lorsque l'on débute dans une discipline. Ne partant de rien, on progresse rapidement. C'est un peu ce qui s'est passé avec les baguettes. À la fin du repas, j'étais capable de faire mon petit sandwich de canard laqué avec mes baguettes! Mais vous savez aussi que commencer un nouveau sport, c'est faire travailler de nouveaux muscles, ce qui se traduit par de belles courbatures! C'est pareil pour les baguettes. Je ne vous raconte pas les douleurs dans la main droite à la fin du repas (riez, riez).

Je ne sais pas si j'aurai à nouveau l'occasion de manger avec des baguettes. Demain je reprends la route avec pour toute vaisselle un couteau, une fourchette, une petite cuillère... Et mes doigts. Avec eux je peux tout attraper sans problème. De vraies baguettes magiques!

 

 

Ça casse, donc on repasse (écrit le 11/04/2011)

J'ai quitté Pékin hier matin... Et j'y suis revenu hier soir. La raison de ce retour dans la capitale chinoise est dû à ce que l'on peut appeler la schkoumoun,la guigne, la poisse... La merde! Sortir de Pékin, c'est slalomer au milieu des voitures et de leurs pots d'échappement pendant presque 30kms. Du bonheur à l'état pur pour les poumons! Je crois que ce sont eux les plus contents lorsque la ville commence à s'estomper. Malheureusement pour eux, la route entre Changping et Yanqin était une file ininterrompue de camions. Le bon point de ce trafic, c'est que les camions étaient au pas et roulaient à 11kms/h, aussi vite que moi. Du coup, j'ai respiré de la pollution, mais j'ai été à l'abri du vent pendant toute la journée. Enfin, presque toute la journée, parce que mon étape s'est terminée vers 14h45, au péage de Yanping, après 80kms. Généralement, lorsque je pars le matin, je ne sais pas où je vais dormir. Mais pour ce premier jour de vélo en Chine, j'avais pour objectif d'aller jusqu'à Badaling pour voir la Grande Muraille. Il y a trois ans, lorsque mon père était allé à Pékin, il avait raté Badaling et la Grande Muraille. Je m'étais d'ailleurs un peu moqué de lui. Ne pas voir la Grande Muraille alors que l'on voyage à vélo, c'est un gag! Mais je confirme aujourd'hui que ce n'est pas un gag, c'est tout à fait possible. Tel père tel fils, il m'est arrivé la même chose. Je n'avais pas encore vu la moindre pierre lorsque je suis arrivé au péage de Yanping, situé une dizaine de kilomètres après Badaling si l'on se fie à la carte. Pourtant ce n'est pas cette absence qui occupait mon esprit en arrivant au péage, mais un bruit bizarre sur ma roue arrière. Tous les péages se ressemblent plus ou moins et il y a toujours un endroit pour se reposer un instant, endroit qui peut aussi être mis à profit pour inspecter son vélo... Et se rendre compte que la roue arrière est cassée! Oui, vous avez bien lu, j'ai constaté à ce péage que ma jante arrière était fendue. Je vous passerai les jurons que j'ai pu débiter. Il faut vous dire que la veille, j'avais inspecter Espéranto sous tous ses angles. Tout était propre, huilé et graissé. Et voilà qu'après tout juste 80kms, PAF!, la roue arrière me lâche! What the fu*k! (je l'écris en anglais pour ne pas choquer les plus jeunes. Molli, tu n'es pas obligée de lire!). En temps qu'étranger, plutôt grand, sur un vélo et avec des poils aux pattes, j'attire les regards. Mais là, à gesticuler autour de mon vélo en jurant, j'étais l'attraction du péage! C'est limite si les gars en poste dans les guérites ne sont pas sortis pour venir assister au numéro! Je dis ça en riant, mais c'est ce qui s'est passé! Il y a un type qui est venu voir ce qui m'arrivait, puis un autre et encore un autre... Puis comme je ne parle pas chinois et que eux ne parlaient pas anglais, ils sont allés me chercher leur chef. Le chef, on l'a attendu 30mn, à l'ombre et en plein vent (ce qui fait que maintenant je me paie une angine d'enfer) mais il a fini par arriver et il a été tout simplement génial. Je lui ai expliqué mon problème et les différentes alternatives que j'avais. Il m'a donné son avis, puis m'a passé son téléphone pour que j'appelle Nicolas sur Pékin et avoir son avis. Finalement, j'ai décidé de tenter d'aller jusqu'à Yanping pour faire réparer. Mais ma roue était vraiment trop endommagée. Du coup le chef (je ne sais même pas son nom) a réquisitionné le bus qui sert à emmener les employés du péage depuis la ville jusque sur leur lieu de travail. On a chargé Espéranto et les sacoches dans la soute, on est monté avec le chauffeur et on est parti en direction de Yanping (à grands coups de klaxons pour faire dégager les voitures qui étaient devant nous!). Une fois arrivé en ville, ce cher monsieur m'a emmené chez un revendeur Giant où il a montré ma roue et a expliqué mon problème au vendeur, tout ça en chinois, puis il m'a dit que le gars ne pouvait pas me vendre une roue parce qu'il n'en avait pas. On a donc pris la direction du terminal de bus où mon guide a une nouvelle fois expliqué mon cas et la nécessité pour moi de rentrer sur Pékin. Espéranto a donc repris place dans une soute et je suis monté dans un bus rempli de Chinois où j'ai fait sensation avec mes cheveux dans tous les sens, mes lunettes et mon cuissard. Je suis arrivé à Pékin vers 18h15, j'ai sorti Espéranto de la soute, j'ai chargé la sacoche arrière droite, la sacoche arrière gauche, la sacoche avant gauche et la saco... Et la sacoche avant droite. Sauf qu'en faisant cette opération, je me suis rendu compte que l'œillet d'arrimage du porte bagages était désolidarisé de la fourche. Re jurons, re tout le monde vient voir pourquoi un touriste bizarre s'énerve tout seul et re je me dis que j'ai la schkoumoun. Je suis donc de retour à Pékin pour acheter une nouvelle roue arrière (la quatrième!) et pour réparer ma fourche. On dit généralement «ça passe ou ça casse», bin nous, avec Espéranto, on a décidé de se démarquer de la masse et on fait «ça casse, donc on repasse»!

 

 

Ne pas louper le canard laqué (écrit le 10/09/2011)

Je quitte Pékin demain matin en direction du nord. Ma prochaine pause sera sur les rives du lac Baïkal, dans trois ou quatre semaines. Quitter Pékin en direction du nord à cette époque de l'année, c'est aller contre le vent (et mince!) et vers le froid, mais dans un climat sec (c'est toujours ça!). J'ai passé une semaine dans la capitale chinoise, sous un soleil voilé par la pollution mais avec des températures très douces. D'après les prévisions météos, le soleil devrait rester d'actualité. Pas les températures. Avec une température moyenne de -2°C, Oulan Bator est la capitale la plus froide du globe! Il se pourrait bien que je n'ai pas chaud dans les jours qui arrivent et je me prépare à affronter un froid de canard. D'ailleurs, en parlant de canard, hier soir, Laurence et Nicolas m'ont emmené tester le canard laqué en compagnie de Vivienne, une charmante jeune chinoise collègue de travail de Nicolas.

On est arrivé au restaurant à 19h30, ce qui est tard pour le standard chinois. Un jeune homme nous a conduit à une table et nous a apporté la carte. Comme le canard laqué est une spécialité pékinoise et que le restaurant reçoit beaucoup de touristes, la carte est à la fois en vermicelles (idéogrammes) et en anglais. Mais ce n'est pas pour autant que le choix d'un plat est facile! Mais nous avions la chance d'être avec Vivienne, qui nous a conseillés dans notre sélection. Comme le code de bonne conduite chinois veut que l'on commande deux plats de plus que le nombre de convives, nous avons commandé six plats: rouleaux de printemps, asperges et champignons, jiaozi (sorte de raviolis), igname (navet avec de la confiture), aubergines et choux chinois... Et canard laqué.

Le canard laqué c'est la star du repas. Il est amené en dernier, après tous les autres plats et il est découpé sous vos yeux par un chef. Il se déguste ensuite dans une galette de farine de blé, avec quelques allumettes d'échalotes et une sauce noire un peu sucrée. Tout ce que je peux vous dire, c'est que c'est excellent. Si un jour vous venez à Pékin, surtout, mais surtout, il ne faut pas louper le canard laqué!

 

 

Effet mémé (écrit le 09/04/2011)

Dans tous les hauts lieux touristiques de la capitale chinoise promènent des groupes. Il y a ceux qui portent une casquette rouge et suivent un guide avec un drapeau jaune, ceux qui portent un casquette orange et suivent un guide avec un drapeau violet, ceux qui portent un bob à carreaux et suivent un guide avec un drapeau bleu... De temps en temps, un membre des casquettes rouges va espionner chez les casquettes orange et, certains matins, quelques porteurs de casquettes orange mal réveillés se retrouvent par mégarde dans le bus des casquettes jaune... Bref, c'est le souk! Personnellement, je ne me trompe jamais de groupe étant donné que je visite tout seul. Je fais ce que je veux, quand je veux, comme je veux, si je veux! Je découvre la ville à mon rythme. Mais, hier, j'ai passé ma journée avec Nicolas et c'était vraiment super chouette.

Nicolas, c'est un Insalien en poste à Pékin depuis 3 ans et qui m'accueille chez lui en ce moment. Arthur, Manon et Virgile, les enfants, me font découvrir la vie des lycéens et collégiens français habitant à Pékin, Laurence, la maman m'initie aux habitudes chinoises et Nicolas, pendant son week-end, me fait le guide... Mais en tellement mieux! Aujourd'hui, on est allé au temple du Ciel, mais aussi et surtout au supermarché. Et s'il y a un truc que j'aime, c'est bien les supermarchés!

La première chose intéressante que l'on a vu au supermarché, c'est un étal avec tout un tas de fleurs et plantes séchées destinées à être mises dans le thé. Puis on est passé par le rayon boucherie. Pas de chien et de chat, mais des pattes de poulet. Je ne sais pas ce qu'il y a à manger dans des pattes de poulet, mais vue la quantité qu'ils en vendent, les Chinois doivent aimer ça! L'autre caractéristique du rayon boucherie chinois, c'est qu'il est impossible d'acheter un morceau de viande sans os. La raison est bien simple: de l'avis des Chinois, pour qu'une viande soit de qualité, il faut qu'elle soit rattachée à un os. Inutile donc de chercher un steak dans un supermarché chinois!

Après la boucherie, est venu le tour des fruits et légumes. Pas de produits bizarres comme à Lima, mais un moulon digne des meilleures mêlée du Tournoi des Six Nations autour de la balance. Aller peser ses fruits et légumes, c'est comme monter dans le métro, il faut jouer des coudes et ne surtout pas laisser plus de 2cms entre soi-même et la personne vous précédant.

Le reste du supermarché est assez classique. La seule et unique différence qui existe avec une grande surface européenne, c'est que tout est chinois ou écrit en chinois. Pas facile de s'y retrouver, mais pas impossible, surtout si vous êtes accompagné par un guide aussi qualifié que Nicolas en «connaissance supermarchères».

Une fois que votre caddie est plein, il ne reste plus qu'à prendre le chemin de la caisse. Bip bip bip, tous les articles sont scannés et on vous demande de payer. Je ne sais pas pourquoi, mais ça c'est pareil dans tous les pays!

Maintenant que votre porte-monnaie a été un peu délesté et que vos deux bras sont chargés, il est temps de sortir pour rentrer à la maison en taxi (1€ la course, ça vaut pas le coup d'acheter une voiture!). Mais à peine avez vous franchi la porte du supermarché qu'une petite mémé se précipite sur vous et insiste pour poussez votre caddie. Vous la remerciez, mais elle insiste et vous cédez. Une fois arrivé au taxi, elle ne vous laisse pas mettre les sacs dans le coffre. Non, elle veut le faire. Une fois que tout est chargé, vous lui proposez quelques yuans de récompenses. Elle refuse!!!... Et vous demande votre ticket de caisse?!?

Bon, moi je n'ai pas été surpris étant donné que mon guide m'avait prévenu. Mais je veux bien croire que, pour celui qui n'est pas prévenu, ça doit surprendre. Voici l'explication de cet assaut. En Chine, toutes les combines pour gagner quatre sous sont bonnes à prendre. Ainsi, les petites mémés du supermarché de Chaoyang récupèrent les tickets de caisse des clients pour les revendre à des entreprises, qui les font passer pour des frais professionnels et diminuent ainsi leurs impôts! Le truc, c'est que les Chinois vont au supermarché pour acheter trois bricoles, alors que les expatriés sortent avec de pleins caddies. Du coup, avec un ticket d'expatrié, les petites mémés gagnent autant qu'avec vingt tickets de locaux. Vous imaginez donc que, dès qu'elles voient un Européen sortir, elles se ruent sur lui. C'est ce que Nicolas appelle «l'effet mémé»!

 

 

Le Marché de Donghuamen (écrit le 07/04/2011)

La Cité interdite, le nouvel opéra, la colline charbon, le tombeau de Mao, la place Tian'anmen, les hutongs et tous ces sites touristiques, c'est bien gentil. Mais ça nourrit la culture de chacun, ça ne satisfait pas l'estomac! Or, si je ne pédale pas en ce moment, ce n'est pas pour autant que je n'ai plus faim. J'ai donc été bien content lorsque, en parcourant la rue Donghuamen, je suis tombé sur toute une rangée de stands cuisine. Malheureusement pour moi, les traditions culinaires chinoises sont très particulières.

Lorsque vous vous promenez dans un marché de Noël, dans une foire ou toute autre attraction, vous avez toujours le vendeur de frites, le vendeur de gaufres, le vendeur de glaces... En Chine, vous avez le vendeur de nouilles (ça, ça va), le vendeur de fruits (pas de problèmes là non plus)... Et le vendeur de brochettes. J'avais ma propre définition de ce qu'est une brochette. Mais après avoir vu le marché de Donghumen , j'ai commencé à avoir des doutes. Je suis donc allé sur wikipédia (ah be on fait ce qu'on peut avec ce qu'on a, hein!) et voici ce que j'ai trouvé: «Une brochette, en cuisine, désigne une fine tige en métal ou en bois sur laquelle sont enfilés des morceaux de viande (bœuf, porc, volaille, canard, etc.), de poissons ou des fruits de mer et destinés à être cuits à la broche, c’est-à-dire au-dessus des braises du feu ou au barbecue.»

Wikipédia n'est pas une référence absolue. Mais la définition donnée par cette encyclopédie en ligne correspond à peu près à ce que j'avais en tête. Je dis «à peu près» parce qu'il existe aussi des brochettes de fruits ou de bonbons qui ne sont pas destinées à être cuites à la broches. Mais ce qui est sûr, c'est qu'une brochette, c'est une fine tige en métal ou en bois sur laquelle sont enfilées des choses COMESTIBLES!!! Enfin, c'est ce que je croyais.

J'ai donc débarqué au marché de Donghuamen affamé et rêvant déjà du gueuleton que j'allais faire. Je passe devant le premier étal: de la glace à la banane, des beignets, des brochettes de fruits... Bref, le dessert! Je passe au stand suivant: des nouilles, de la soupe un peu bizarre avec des algues et des champignons flottants... Je me dis que je peux trouver mieux et je continue donc mon chemin. Je ne suis même pas arrivé devant la boutique d'après que le vendeur me montre une brochette de serpent en me criant «Snake! Snake!». C'est alors que je me suis souvenu que le marché de Donghuamen est célèbre dans Pékin pour le caractère exotique de sa nourriture. Aussitôt, ma faim a disparu (comme par hasard!) et j'ai continué ma visite plus pour regarder que pour manger.

Au fil des étals, j'ai vu des soupes de panse de poisson, des brochettes d'étoiles de mer, de crabes, d'écrevisses, de criquets, de sauterelles, de vers à soie, de scorpions... Que des choses extrêmement appétissantes! J'ai pourtant décidé de tester une de ces gourmandises chinoises et j'ai opté pour les vers à soie. La préparation d'une brochette de vers à soie est extrêmement facile et, si l'envie vous prend, vous pouvez faire ça chez vous. Il suffit d'enfiler les vers sur votre brochette puis de les tremper dans de l'huile bouillante pendant une ou deux minutes. Ensuite il n'y a plus qu'à manger! Personnellement, je n'ai pas trouvé ça très bon. C'est croustillant dehors, mou à l'intérieur (comme un vers quoi) et avec un goût comme ci comme ça. J'ai mangé les quatre vers qui était sur mon bout de bois, mais je ne suis pas allé demander du rab! J'ai préféré continuer vers d'autres stands et j'ai cru avoir pris la bonne décision lorsque je suis arrivé devant des brochettes de viandes. Après les vers à soie, je me suis dit que j'allais me faire une vraie brochette! Je regarde les ardoises situées au-dessus de l'étal. Elles annoncent de la chèvre et du bœuf. Parfait. Je zyeute un peu et je montre une brochette au vendeur. Il me la montre à son tour et me fait un «ouaf ouaf». Horreur et damnation!! C'est une brochette de chien! Je lui montre donc les brochettes d'à côté et le vendeur se met à miauler «miaou miaou». Nom d'un chien (pas celui qui est sur les brochettes d'à côté, celui-là il est mort!) le gars est en train de me proposer du chat! Je me disais bien aussi que je n'avais vu aucun chien et aucun chat dans les rues. Normal, ils sont tous sur les brochettes de Donghuamen! En fin de compte, je n'ai pas remangé de brochette tellement j'étais dégoûté.

Je ne sais pas si certains d'entre vous cherchent à faire un régime. Mais si votre budget vous le permet, venez faire un séjour à Pékin avec pour objectif de ne manger que sur le marché de Donghuamen. Je vous garantis de très bons résultats!

 


Foot massage (écrit le 07/04/2011)

Mon dernier article est un condensé des habitudes chinoises qui ne me plaisent pas. Mais il y a aussi des choses que j'aime dans la capitale de l'ancien empire du milieu. L'une d'entre elles est le «foot massage». Le foot massage, c'est un massage des pieds et, avant même que je n'atterrisse à Pékin, Nicolas m'avait dit que c'était une activité typique de la capitale chinoise. Quelque chose que je devais absolument essayer. On peut se faire faire un foot massage de partout en ville. Il n'y a qu'à voir le nombre de boutiques proposant ce service. La seule chose est qu'il faut faire un peu attention de l'endroit où l'on se rend, certaines enseignes de foot massage n'étant rien d'autre qu'un stratagème de mise en relation pour monsieur cherchant petite dame pour temps limité. Pas de chance pour ceux qui attendaient des aventures croustillantes, je me suis rendu dans un cabinet sérieux. Cela dit j'ai tout de même connu quelques péripéties. Les rues pékinoises sont stressantes et fatigantes. Du monde, des véhicules, du bruit (des crachats aussi)... L'intérieur d'une boutique de foot massage est tout l'opposé: peu de personnes, une lumière tamisée, de la musique douce et des vapeurs d'encens. Au comptoir, la dame qui vous accueille parle à voix basse et avec un ton très doux, de même que la jeune fille qui vient vous chercher pour vous conduire dans la pièce où vous allez vous faire masser. Il s'agit d'une petite salle très sombre où sont alignées cinq ou six chaises longues (pas le modèle de plage en toile, des vraies chaises longues bien rembourrées!) séparées par des draps blancs suspendus au plafond, ce qui permet de moduler l'espace en fonction de la demande des clients. Une fois que vous êtes confortablement installé, on vous apporte une grande bassine d'eau chaude dans laquelle vous mettez vos deux pieds. Et pendant que vos panards trempent, vous recevez un très agréable massage du crâne, du cou et des épaules. Je ne sais pas trop pourquoi est-ce qu'on commence par vous masser la tête et les épaules lorsque vous allez faire un foot massage, mais c'était tellement bien que je n'ai pas cherché à comprendre. J'étais à moitié endormi lorsque la personne a commencé à me masser les pieds. J'ai senti une main parcourir lentement la plante de mon pied droit. Puis deux doigts ont doucement saisi mon gros orteil. La main est ensuite revenue sur la plante de mon pied où elle a appuyé à un endroit très précis... Et extrêmement douloureux. Aussitôt tous mes muscles se sont contractés et j'ai fait un bond sur ma chaise. En un millième de seconde je suis passé de «tout va super bien et je vais m'endormir» à «put... de mer... qu'est-ce que c'est que ça?!?». Je ne sais pas si certains d'entre vous ont des difficultés pour se lever le matin, mais, croyez moi: il n'y a pas mieux qu'une petite pression là où il faut sur la plante de pied! Le problème, c'est que là, je ne pouvais pas me lever et je suis donc resté couché en espérant que la brave dame allait se calmer et reprendre son massage doux. Mais il n'en a rien été. Une fois qu'elle a eu terminé avec ce point douloureux, elle en a trouvé un autre et un autre et un autre... Bref, lorsque je suis sorti de ma séance de foot massage, je ne pouvais presque plus marcher tellement j'avais mal dans les pieds et dans les mollets (oui, parce que j'ai eu droit à un massage des mollets aussi). Le bon point, c'est que le lendemain, je n'avais plus aucune douleur, ni dans les pieds, ni dans les mollets. Mais, par contre, qu'est-ce que j'avais mal aux cuisses! À croire que tous les nœux musculaires étaient remontés! En fait c'est peut-être pour ça que le foot massage commence par la tête, pour faire descendre les douleurs! Ensuite on vous masse les pieds pour les faire disparaître. Sauf que si les douleurs sont rebelles, plutôt que de disparaître, elles remontent et restent coincées quelque part, en l'occurrence dans les cuisses pour moi. Mais je ne suis pas le seul à avoir des petites douleurs. Il me semble qu'Espéranto, lui aussi, commence à avoir des fourmis dans les pneus. Inutile de lui faire un foot massage. La seule solution, c'est de reprendre la route!

 

 

Sport à la chinoise (écrit le 06/04/2011)

Depuis que je suis parti, j'ai toujours été dans des pays où je pouvais communiquer. Soit parce que les gens parlaient Français, soit parce que c'était une langue que je maîtrisais à peu près. Mais de puis que j'ai quitté Vancouver, je suis plongé dans un monde que je ne comprends pas. Je dis «depuis que j'ai quitté Vancouver» et non pas «depuis que j'ai atterri à Pékin» étant donné que j'ai commencé à être perdu dès l'aéroport. J'ai effectué mon dernier transfert en avion avec Air China. Du coup, toutes les annonces étaient d'abord en Chinois (incompréhensibles) puis en Anglais, mais avec l'accent chinois donc incompréhensibles aussi. Maintenant que je suis à Pékin, c'est tout en Chinois et, à part «ni hao», bonjour, je ne comprends rien. Pas facile.

Pas facile d'autant plus que, si je n'ai aucun connaissance en langue chinoise, je n'ai aucune connaissance non plus en comportement chinois. Je vais donc d'étonnement en étonnement, ou plutôt d'étonnement en énervement.

Je ne pense pas que ce soit un scoop: la Chine fait partie des pays les plus peuplés de la planète. D'où tout un tas de mesures pour contrôler la croissance de la population, la plus connue d'entre elles étant la politique de l'enfant unique. Cependant, je pense que, vue la taille du territoire chinois, il doit bien y avoir des endroits plus ou moins déserts. Mais Pékin ne fait pas partie de ceux là! Ici, transports en commun sont bondés, les magasins débordent de clients et les rues ne semblent pas assez larges pour accueillir tous les véhicules. Bref, c'est la surpopulation la plus totale et, pour survivre au milieu de tout ça, c'est la loi de la jungle, autrement dit, la raison du plus fort. Je ne comprends pas ce qui est écrit sur les billets de banque, mais ça serait quelque chose du genre «chacun pour soi et pas de pitié» que ça ne m'étonnerait pas!

Hier, lors que je me promenais en ville, j'ai été témoin de cette scène extrêmement désagréable. Une vieille dame attendait que le petit bonhomme passe au vert pour traverser. Une fois que ça a été son tour, elle s'est engagée sur le passage piéton. Un taxi est arrivé en klaxonnant et, sans ralentir et sans même jeter un regard à la pauvre mamie, il lui est passé seulement quelques centimètres devant!! Un policier était là avec son drapeau (en doublure du feu). Il n'a pas bronché. On retrouve le même genre de situation dans les transports en commun. Lorsque le métro arrive, c'est la foire d'empoigne, tout le monde voulant monter en premier (moulon!!!!). Sauf que, pour pouvoir monter, il faut d'abord laisser les gens descendre. Je dirais presque que c'est évident. Mais apparemment ce n'est pas dans les mœurs de la population chinoise, ou, tout au moins de la population pékinoise. Et puisque j'en suis à l'énumération des choses que je n'aime pas chez les Chinois après seulement deux jours à Pékin, autant ne rien oublier (mais je vous rassure, il y a aussi des choses que j'aime!).

Après le vent argentin, les côtes chiliennes, la tôle ondulée bolivienne et l'altitude péruvienne, j'ai roulé comme une fusée en Amérique du Nord et je pense que je suis arrivé à Pékin dans une forme olympique (mais avec 3 ans de retard sur les J.O.). Pourtant, lorsque je suis sorti pour la première fois dans la rue, j'ai eu beaucoup de mal à marcher. Ma gorge me piquait, mes poumons me brûlaient et mes yeux pleuraient. Il ne faisait pas froid et une bonne couche de crasse voilait le soleil. Vive la pollution! D'ailleurs, je ne sais pas si c'est à cause de la pollution, mais les Pékinois crachent. Sans arrêt. Avec grand bruit et sans retenue. Tous sans exception. De l'alcoolo à la minette en talons hauts, en passant par le flic et le cuisinier dans sa boutique. Du coup, visiter Pékin c'est avancer doucement pour ne pas s'asphyxier, c'est faire attention à ne pas se faire renverser en traversant, c'est aller au contact dans les transports en commun et slalomer entre les crachats aux bruits des raclements de gorge... Contrairement à des villes comme Dakar, Rio ou Vancouver, on ne voit personne faire du sport dans les rues de Pékin. Mais il faut dire que se déplacer dans la ville, c'est déjà du sport... Du sport à la chinoise!