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Rendez-vous en terre inconnue (écrit le 19/09/2010)

Lorsqu'on voyage à vélo, on est nomade. Tous les jours il faut lever le camp et tout plier pour aller chercher un coin pour la nuit suivante. En plus de ça, le fait de voyager seul et de dormir sous la tente impose de tout faire soi-même. Les temps de repos sont rares durant le voyage. Il y a tout le temps quelque chose à faire ou à surveiller. Moralité, lorsque j'arrive à un point de chute, ma seule volonté est de passer mon temps à dormir ou à regarder passer les gens depuis un banc public. Beaucoup de gens ont beaucoup de mal à comprendre cela et, de peur que je m'ennuie, ils me préparent un programme serré. Mes contacts à Dakar n'ont pas dérogé à la règle.

La différence entre Dakar et mes autres contacts, c'est que je suis arrivé au Sénégal par avion et que je ne connaissais pas le pays. Je me serais bien contenté d'une visite simple de Dakar. Mais Pape Louis, ingénieur insa d'origine sénégalaise de vingt ans mon aîné, m'a persuadé d'aller faire un tour dans la brousse. Je ne regrette pas du tout cette expérience.

Vous connaissez tous «Rendez-vous en terre inconnue», cette émission télévisée qui consiste à emmener une célébrité dans un coin reculé, sans lui dire, au départ, où on l'embarque. C'est un peu ça qui m'est arrivé. Lorsque je suis arrivé le mercredi soir chez Pape Louis, je ne savais où je partais (ou plutôt, il me l'avait dit, mais je n'avais pas compris exactement). Afin que je ne me fasse pas manger par un lion, son fils, Pape Laïti, me servirait de guide. C'est comme ça qu'après 7h de Ndiaga Ndiaye, un petit bus mercedes déglingué où on s'entasse à plus de trente, sur des routes, puis sur des pistes, couvertes de nids de poule, je suis arrivé à Segre Gata, petit village reculé de la région du Sine Saloum.

Fini les pots d'échappement et le béton, le harcèlement des Dakarois et les petites boutiques, la mer et les touristes. Je me suis retrouvé propulsé au milieu de personnes qui vivent de pas grand chose et qui doivent voir un blanc une fois tous les quatorze du mois. J'y suis resté un jour et demi, tout juste le temps pour que les autochtones acceptent d'établir le contact avec le «toubab» que je suis.

Bien que je sois bronzé, je suis très blanc comparé aux Sénégalais. De nombreux petits n'avaient jamais vu d'Européens et les réactions ont été diverses. Certains se sont mis à pleurer en me voyant, d'autre m'ont caresser la peau, d'autre encore m'ont tiré les poils des jambes (ça, ça fait mal!). Les jeunes filles m'ont dit que j'avais une «très belle peau», mais qu'il fallait que je fasse attention parce que les mouches laissaient des «traces noires» sur mes bras et ma figure. Visiblement elles ne savaient pas ce qu'était un grain de beauté.

La base de la nourriture sénégalaise est le riz et le poisson. Pour les régions côtières. A Segre Gata, il n'y a ni rizière, ni boutique, ni mer, ni ruisseau. La base de la nourriture est le mil. Matin, midi et soir, c'est du mil. On pourrait dire que ça ressemble à de la semoule extra fine, avec la différence que ça ne gonfle pas et que ce n'est pas forcément très bon. Pour les repas, il y a un seul plat dans lequel tout le monde vient piocher. Mais il y a plusieurs plats et plusieurs groupes.

Les hommes de Segre Gata sont polygames, ce qui fait des familles ultra nombreuse. Surtout que tout le monde habite ensemble. Lors des repas, il y a donc le plat des femmes, celui des «chefs» (hommes assez âgés), celui des hommes jeunes, celui des enfants... S'il y a de la viande, les morceaux sont répartis en fonction de ceux qui sont autour du plat. Les familles sont tellement nombreuses qu'il est impossible de savoir qui est quoi. D'autant plus qu'avec ces histoires, un gars de 25ans peut avoir un oncle de 3 mois et la grand-mère (ou du moins une des grands-mères) peut être plus jeune que la mère. Pas facile de s'y retrouver.

Sinon, durant mon séjour, j'ai eu la chance d'aller aux champs en charrette (ça secoue, mais on rigole bien), de manger des arachides fraîches, goûter du lait de vache tout droit sorti du pi... Et d'assister à plusieurs matches de foot.

Chaque année, le village organise son tournoi. Les équipes qui s'affrontent sont constituées par génération et les rencontres se déroulent sur «le terrain». Tout y est: l'ambiance, les supportrices, les engueulades, les cris de joie, les pleurs... Ce qui diffère entre le tournoi de Segre Gata et le foot pro, c'est que le terrain est un champ sans ligne, les joueurs portent des sandales de plage, les arbitres de touche ont des drapeaux faits d'une gerbe d'arachides.

Le retour en Ndiaga Ndiaye a été à la hauteur de l'aller. Départ 22h30 sous la pluie, arrivée 5h30 à Dakar. Entre temps le chauffeur s'est payé un chien (y'a plus de freins sur les minibus et ils sont tellement surchargés qu'ils ne risquent pas de s'arrêter).

Je ne suis pas resté assez longtemps au Sénégal pour dire que je connais ce pays. Mais après ce petit séjour, il n'est plus une terre complètement inconnue. Il est une terre méconnue. A quand le rendez-vous en terre méconnue?

 

 

Top-modèle sénégalais (écrit le 13/09/2010)

Pendant très longtemps, je me suis trouvé trop petit. Il faut dire que le volley est un sport de grands. Puis c'est préférable d'être parmi les tours de contrôle dans la cours de récré. J'aurais voulu faire plus de 1m90. Je dis «j'aurais voulu» plutôt que «je voudrais», parce que dans la vie de tous les jours, ce n'est pas toujours évident d'être trop grand. Et puis, de toute façon, même si je voulais être plus grand, ce ne serait plus possible. Cependant, je ne fais pas partie des petits... Enfin, ça dépend. Les Marocains (et les marocaines) sont, dans l'ensemble, pas trop grand. Lorsque je me baladais dans les souks, il me suffisait de bien me redresser pour dépasser la foule. Si ça poussait un peu, je n'avais qu'à bien contracter les abdos (comme quoi le gainage, ça sert même lorsqu'on va faire le marché!) pour rester de marbre. Bref, au Maroc, physiquement, je faisais partie des grands. Ce n'est pas la même chanson au Sénégal. Les concitoyens du président Wade sont grands et athlétiques. La taille est quelque chose de naturelle, de même que la stature. Mais, en plus de ces qualités innées, les Sénégalais sculptent leurs corps. Dès le petit matin, des tas de gens courent sur les plages et les promenades de bord de mer. Les parcours sportifs sont pris d'assaut et les salles de muscu en plein air sont remplies. Une «salle de muscu en plein air», c'est comme une salle de muscu, sauf que les appareils sont faits de brics et de brocs et que c'est dehors. Le résultat de ce culturisme national, ce sont des hommes magnifiques. Honnêtement (et je vous prierai de bien vouloir vous abstenir de tout commentaire déplacé), les Sénégalais sont des beaux gosses. Et que dire des Sénégalaises! La majorité des Sénégalais sont musulmans. Mais il semble que la religion ait moins d'emprise qu'au Maroc. Les minarets sont plus discrets, de même que les appels des muezzins et puis les femmes ne sont pas enfermées chez elles. Elles sont dans les rues, non voilées. Contrairement aux hommes, qui portent parfois des habits crasseux, elles sont toujours bien mises. Ce sont des tenues colorées qui mettent en valeur leur teint et leurs traits. Un juste milieu entre le voile musulman (qui cache tout) et les jeans et décolletés européens, souvent trop aguichants. De plus, elles sont, dans l'ensemble, grande et ont une façon de marcher exceptionnelle. Il n'y a pas à chipoter: elles sont magnifiques. Le modèle marocain consiste en une véritable ségrégation hommes/femmes. Les hommes travaillent ou ne font rien. Mais en aucun cas ils ne font du sport. Les femmes, elles, restent cloitrées chez elles. Lorsqu'elles sortent, c'est cachées sous un voile et des habits amples. Les hommes ont-ils honte de leur épouse? Ou ont-ils peur qu'ont la leur vole? Le modèle sénégalais est complètement différent. Tout le monde travaille et tout le monde côtoie tout le monde. Les hommes, comme les femmes, prennent, soin de leur corps et ces dames semblent plus libres, tout au moins, dans le choix de leur tenue vestimentaire et leurs déplacements. Pourtant, les deux pays sont musulmans et vivent dans le respect du Coran. Alors pourquoi une telle différence? Si ça ne tenait qu'à moi, je dirais que le meilleur modèle est le modèle sénégalais. Voir de si belles personnes défiler dans les rues à longueur de journée est un spectacle grandiose. C'est le top modèle sénégalais!

Dakar, Afrique noire (écrit le 15/09/2010)

5h du matin. Je sors de l'avion, complètement vaseux. Le premier choc est thermique. Je passe des 23°C de la cabine (heureusement que j'avais prévu ma polaire. Hé oui, Séb, je suis comme ma sœur ;-) au 27°C de la capitale sénégalaise. Le second choc est toujours au niveau des sensations. Fini la chaleur sèche du Maroc, maintenant c'est humide et même très humide. Vient ensuite le moment de passer la douane. Pour une fois, je suis comme tout le monde. J'ai une provenance et une destination, un lieu de résidence et même un numéro de téléphone! Toujours aucun problème pour passer le poste frontière. Un Européen en vacances, ce sont des capitaux qui rentrent. A peine ai-je passé le contrôle qu'un noir me saute dessus: «Bonjour Monsieur, bienvenu au Sénégal. Vous avez des bagages?». «Non, non, je suis venu comme ça, avec un petit sac à dos. J'ai l'habitude de me trimbaler en slip au milieu des rues... Oui, évidemment que j'ai des bagages». Je vais vous aider. Je flaire tout de suite la magouille et je le remercie. Mais rien à faire, il prend un chariot et se poste à côté de moi, près du tapis roulant. Voilà mon sac qui arrive. Je le saisis. Il se précipite pour que je ne le porte pas. Je le remercie et je mets le bagage sur le chariot. Puis je pars (sans le chariot). - «M'sieur, M'sieur, le bagage!». - «J'ai autre chose à prendre». Je trouve sans difficulté le carton du vélo. Deux noirs (ben oui, c'est que des noirs ici!) me le tendent... Et me réclament quelques sous. Puis celui qui tient le chariot m'aide à le mettre sur le bidule à roulette (bien que je lui signifie, de plus en plus sèchement) que je n'ai pas besoin de son aide. Une fois prêt, je prends la direction de la douane, en insistant pour pousser moi-même mes bagages. Le gars me lâche. Mais un autre vient prendre la relève: «je vais vous aider, c'est pas facile à la douane». - «Merci bien, j'ai l'habitude.». Le douanier: «Qu'est-ce qu'il y a dans le carton?». Moi: «Un vélo». Le douanier: «C'est bon, passez.» Ben heureusement que ça allait être difficile. Si toutes douanes étaient comme ça!

Il est 5h lorsque je sors de l'aéroport. Je dois attendre 7h30 que Monsieur Cousin vienne me chercher. Pendant 2h30, je vais voir défiler un policier, un militaire, deux ou trois vendeurs de carte SIM, des chauffeurs de taxi, des gars qui traînent, des pousseurs de chariots... Tous viennent essayer de me vendre quelque chose. Je n'ai besoin de rien. D'autant plus que j'ai pas 1 franc CFA sur moi. En fin de compte, tous restent un moment à me parler. Et j'apprends plein de choses sur le pays, notamment que c'est «l'hivernage», autrement dit, la saison des pluies et que ça tombe dru. Ça promet!

Le temps s'écoule vite et déjà la voiture arrive (ce dont je ne suis pas mécontent, parce que je commence à fatiguer, il n'y a pas de banc ici non plus). Aussitôt, deux gars se précipitent pour aider à charger... Et chargent, sans qu'on leur ait demandé. Je suis gêné car, comme je vous l'ai déjà dit, je n'ai pas un sou. Heureusement, Monsieur Cousin a ce qu'il faut. Merci pour moi, merci pour eux.

La suite des premiers jours,c 'est la visite de la ville. Au Maroc, il est difficile de sortir d'une boutique sans rien acheter. Ici, les gars viennent vous chercher (et même vous attraper) dans la rue. Je ne peux pas faire 100m sans être abordé par un gars qui veut me vendre tout et n'importe quoi. Il est très difficile de s'en dépêtrer. La meilleure solution consiste à continuer son chemin, sans les regarder, en faisant abstraction d'eux. Je peux vous dire que ce n'est pas facile d'ignorer quelqu'un à ce point. Est-ce par ce que j'ai l'air (et je suis) d'un touriste que je subis un tel harcèlement? Les résidents doivent-ils endurer cela tous les jours?

Les vendeurs de rue, la chaleur humide, les moustiques, la verdure, les pluies soudaines et intenses, les marabouts, les petits bus bondés... C'est ça Dakar, c'est l'Afrique noire.

 

 

F*ck la RAM (écrit le 13/09/2010)

Comment rejoindre Dakar depuis Casablanca en avion? Petite recherche sur internet... Le meilleur prix est proposé par la Royal Air Maroc, la RAM pour les intimes. J'aurais très bien pu réserver mon billet sur le net, ce qui m'aurait éviter de payer les frais d'agence. Le problème c'est que nous avons un seul billet, mais nous voyageons à deux, avec Espéranto. En réservant un billet sur la toile, impossible de notifier la présence du vélo. Il faut donc avoir recours à une agence et tant qu'à faire, il vaut mieux aller directement à un comptoir de la RAM.

Ce n'est pas la première fois que je prends l'avion avec un vélo et je sais que c'est toujours très compliqué de faire accepter la bicyclette dans la soute. J'avais donc pris mes précautions en allant à deux reprises au bureau de la RAM, à Agadir. Là, j'avais vu une personne qui m'avait dit: «pas de problème pour le vélo s'il fait partie des deux pièces et qu'il pèse moins de 23kg (ce qui est le cas). Il faut qu'il soit emballé dans un carton et enregistré comme les autres bagages. Il n'y a aucun problème, ne vous inquiétez pas, c'est compris dans le prix du billet, il n'y aura pas de surtaxe». Pour confirmer la chose, l'employée avait téléphoné à l'aéroport d'Agadir, où on lui avait confirmé tout ça. Pour être sûr d'avoir une preuve, je lui avais fait marquer sur ma réservation que je voyageais avec un vélo.

Sur le site internet de la RAM, il y a une close spéciale pour les bagages dont la somme des trois dimensions dépasse 130cm (ce qui est le cas du carton du vélo). Je l'avais fait remarquer à l'employée et ça réponse avait été la même: «pas de problème, c'est compris dans le prix du billet, ne vous inquiétez pas». Vous savez comment c'est dans ce genre de situation. La personne derrière le comptoir est agacée par votre scepticisme, les personnes qui attendent font preuve d'impatience... Et tout cela vous met mal à l'aise, donc vous abrégez et vous payez (et tout le monde est content, sauf votre porte-monnaie).

C'est donc inquiet mais plein d'espoir (d'autant plus que j'étais accompagné de Kamel et de sa sœur Amina) que je suis arrivé à l'aéroport. Nous avons fait une entrée tonitruante dans le hall d'embarquement (d'autant plus que nous avions nous-même fabriqué le carton d'emballage avec un carton de réfrigérateur et il était écrit REFRIGERATEUR en gros sur mon colis). En fait le déguisement d'Espéranto amusait tout le monde sauf les employés de la RAM. Il a fallu plus d'une heure d'âpres négociations (qui se sont terminées par une surtaxe de 940dh soit près de 80euros) pour qu'ils acceptent enfin de mettre le carton dans l'avion. Ça a commencé par: «un vélo dans la soute, c'est du jamais vu» puis on est passé à «il faut l'envoyer par frêt», ça a poursuivi avec «c'est trop gros pour passer aux rayons», on a continué avec «il ne fallait pas emballer le vélo», vas-y qu'on a suspecté «c'est pas possible, il n'y a pas qu'un vélo là-dedans» et ça s'est terminé par un «Monsieur, suivez-nous». On m'a fait payer la petite surtaxe, histoire que le poids (en plus) du carton dans la soute soit compensé par le poids (en moins) des billets, je suppose, et j'ai été conduit dans les bureaux de la douane où on m'a pris le carton. Un policier est revenu quelques minutes plus tard pour me dire «c'est bon, vous pouvez dégager». Merci bien l'ami, la prochaine fois que je mange un poulet grillé, je pense à toi!

La fin de l'histoire, c'est que j'ai retrouvé le carton en parfait état à Dakar. J'ai appelé pour voir si Espéranto était toujours là, mais je n'ai pas eu de réponse. Il doit dormir, bien au chaud dans sa boîte.

Moi, je ne dors pas. Je visite Dakar, je me frotte au Sénégalais et je rumine ma colère contre la RAM. De nombreuses compagnies font payer un supplément pour les vélos. Mais cette condition est clairement notifiée lors de l'achat du billet, pas comme ce qui s'est passé à la RAM. Je n'ai pas le temps de leur courir après. Mais croyez moi que je garde un dent contre eux! Rhaaaaaaaaaaaaaaa

 

 

Chez Kamel à Casablanca (écrit le 11/09/2010)

Les amis de Souiria m'avaient dégoté un magnifique logement à Oualidia. Alain et Marie m'ont carrément trouvé une famille à Casablanca! En quatre jours, je n'ai pas vu grand chose de Casa. Mais j'ai partagé la vie d'une famille casablancaise et ça, ça vaut toutes les visites touristiques proposées par le routard, lonely planet et tous les autres bouquins! Certes, je ne suis pas rentré dans la Mosquée Hassan II, je ne suis pas allé à la plage sur la Corniche et je n'ai pas contemplé le palais royal. Mais j'ai fait le dernier jour du ramadan, j'ai appris beaucoup de choses sur la religion musulmane, je me suis amusé avec Rita et Meriem, j'ai ri avec Amina, j'ai apprécié la cuisine de Zyneb (du très très haut niveau!) et j'ai approfondi ma connaissance des traditions marocaines.

Comme je ne sais pas trop comment vous présenter ça, je vous fais une petite liste non exhaustive de ce que je retiens de mon passage à Casablanca.

→ «Ftor» est le repas qui rompt le jeun lors du ramadan (j'avais fait le premier jour avec Jamel à Ez Zhiliga, j'ai fait le dernier jour avec Kamel à Casablanca). On commence toujours Ftor par une datte et une gorgée de lait.

→ Pendant les repas, il n'y a ni assiettes, ni couverts. Tout le monde mange dans le même plat, avec ses doigts et un morceau de pain. Croyez-moi, il faut de la pratique avant de pouvoir manger correctement un couscous!

→ Avant de commencer un repas, on dit «Bismillah» (encore une fois, excusez l'orthographe). Une fois le ventre plein, c'est un «Abdullah» qui clôture.

→ Lorsqu'on accueille une personne qui rentre de voyage, on lui jette un peu d'eau de fleur d'oranger avant qu'elle ne rentre dans la maison pour lui souhaiter la bienvenue. (C'est valable aussi lorsqu'on reçoit de jeunes mariés).

→ Lors des retrouvailles, les enfants font la bise aux parents (4 à Casa) puis ils leur embrassent le front et la main. C'est une marque de respect qui peut aussi être employée par les frères et sœurs cadets vis à vis de leurs aînés.

 

L'interdiction de traverser la Mauritanie m'a beaucoup contrarié. Mais sans cet imprévu, je ne serais jamais allé à Agadir et à Casablanca. Je n'aurais jamais rencontré Alain et Marie, Kamel et Zyneb. Je ne vais pas remercier les barbus d'Al Quaïda. Mais c'est quand même un peu grâce à eux que j'ai fait ces rencontres. Maintenant, s'ils pouvaient relâcher tous les otages qu'ils détiennent, ce serait pas mal non plus. Ça permettrait à tous ces gens de retrouver leurs familles et leurs amis... Et de faire tout un tas de rencontres aussi belles que celles que j'ai pu faire au Maroc.

 

 

Autour du rond point (écrit le10/09/2010)

Je suis arrivé à Casablanca le 8 septembre en milieu d'après-midi, un jour trop tôt pour Kamel, qui était en déplacement à Tanger. J'ai donc cherché un endroit pour passer la nuit et j'ai échoué dans un petit hôtel de la médina. Le vrai hôtel marocain, destiné à des Marocains: petit, humide, pas très propre... Mais Espéranto était en sécurité et moi aussi. L'avantage de la médina, c'est qu'on est au cœur de la ville. L'inconvénient, c'est que c'est un dédale de petites rues très étroites dont certaines ne sont pas éclairées la nuit. Mieux vaut bien choisir son itinéraire pour rentrer après le crépuscule. Mais, je vous rassure, avec le ramadan, il y a beaucoup de monde dans les rues jusqu'à 1h ou 2h du matin et ce n'est pas dangereux (temps que vous ne vous trimbalez pas avec votre i-pod à la ceinture et votre appareil photos en bandoulière).

J'ai donc passé une bonne nuit. Mais il me restait maintenant à passer une bonne journée en attendant de retrouver Kamel à 17h. Comme je devais libérer la chambre à midi au plus tard, j'ai profité de la matinée pour aller faire un tour en ville puis, n'ayant pas le goût de rouler dans Casa (un coup à se faire renverser, oui!) j'ai chercher un endroit tranquille (sans les «M'sieur, M'sieur, dirham» et autres) avec, si possible une belle vue, et de l'ombre (si j'avais été en Europe, j'aurais dit aussi «un banc», mais ici les bancs n'existent pas). En fin de compte, je me suis retrouvé devant une petite guérite d'informations touristiques (fermée, évidemment, mais qui procurait de l'ombre), face à la Mosquée Hassan II (donc une belle vue) et pas très loin des flics montant la garde (donc tranquille). En plus de ça, il y avait, juste devant moi, un rond point.

Je ne pensais pas qu'un rond point pouvait être aussi intéressant. Durant les quatre heures que je suis resté devant ce giratoire, j'ai pu observer toutes les situations possibles et imaginables. Je peux vous certifier que, tout seul sur le cadre de mon vélo, je me suis bien marré. Il y a d'abord tout ceux, qui prenant le rond point, se rendent compte qu'il font fausse route et font demi tour au milieu du giratoire. Pourtant, en continuant dans un rond point, on tombe au même endroit, non? Il y a ceux qui prennent le rond point à contre sens (et ils sont très nombreux). C'est tellement plus court! Comme situation marrante, il y a les cars de touristes et les taxis qui s'arrêtent pour décharger leur «marchandise» juste devant les agents de sécurité et leurs panneaux «interdiction de stationner et de s'arrêter» (pour info, moi je me suis arrêter 30s pour examiner la situation, je me suis fait remballer comme il faut). Sur la chaussée, il y a des gamins qui font du vélo, qui déraillent et qui réparent ou se disputent au milieu de la circulation.

Et puis il y a eu ce gars venu laver son berger allemand avec l'arrosage automatique de la pelouse. Déjà, c'est pas courant. Mais le meilleur, c'est qu'en repartant, le chien s'est arrêté en plein milieu du giratoire pour faire sa crotte (une belle crotte de berger allemand :-). Le maître a essayé de le tirer sur le bord de la route, mais rien à faire! Quelques voitures se sont entassées derrière et il y a eu un ou deux coups de klaxon. Mais cela n'a pas perturbé Monsieur Toutou qui a terminé ce qu'il avait débuté. L'illustration même de l'expression vulgaire «je vous emme...»!

Je crois que j'ai fait le tour de ce qu'on peut voir à un rond point marocain, j'ai fait le tour du rond point (comme il se doit) pour prendre la route de chez Kamel.

 

 

Agression (écrit le 6/09/2010)

On trouve, sur le bord des routes, tout et n'importe quoi. Ce sont des hommes ou des femmes, des jeunes ou des vieux, qui viennent vendre leurs trois bricoles pour gagner quelques dirhams. Je me fais régulièrement héler. En tant qu'Européen, je suis riche... et magicien. Je reviens, une nouvelle fois, là-dessus, parce qu'il faut vraiment croire au surnaturel pour proposer à un cyclo un plat à tagine en terre cuite, un bocal en verre contenant 1kg de miel, une bouteille de 1L d'huile d'argan (il paraît que c'est pas de la pure, en plus), un coquillage de 30cm de haut ou un sac de moules déjà écalées. Mais ces petits commerces restent honorables et, si le vendeur n'est pas trop insistant, je les tolère. Ce que je n'accepte pas, en revanche, ce sont les «vendeurs d'émotions fortes».

J'avais lu, sur le net, des témoignages similaires à la situation que j'ai vécue quelques kilomètres avant El Jadida. Et s'il y a quelque chose que je n'aurais pas voulu tester, c'est ça. Voilà ce qui s'est passé.

Afin d'éviter la zone pétro-chimique située au sud de El Jadida, j'avais décidé de passer par une petite route côtière. Comme j'avais raté l'embranchement, j'ai dû passer par une piste puis par les quartiers pauvres d'un village pour rejoindre le bord de mer, tout cela sans encombre.

En comparaison de la zone industrielle, la petite route côtière était paradisiaque. Finis les files de semis. Finies les odeurs nauséabondes des usines. Finis les coups de klaxon des taxis fous. Place au bruit des vagues et aux petites plages.

Je suis passé devant une petite crique où des barques de pêcheurs colorées étaient alignées sur la grève. Je me suis arrêté pour admirer le tableau, écouter le clapotis de l'eau et respirer l'odeur d'iode. Puis, alors que je sortais mon appareil photos, j'ai entendu des cris et j'ai vu une demi douzaine de gamins accourir. J'ai vite pris mon cliché puis j'ai rangé l'appareil et j'ai remis Espéranto dans le sens de la marche. Les petits merdeux étaient déjà là et l'un d'entre eux m'a attrapé le porte-bagages arrières en me criant «L'argent, M'sieur». J'ai mis pied à terre, je me suis retourné et j'ai pris ma plus grosse voix pour lui dire «Non». Entre temps deux ou trois autres larrons nous avaient rejoints. Et comme je donnais mon premier coup de pédale, un des nouveaux arrivants me présenta une sorte de petit couteau (le genre de truc qu'ils doivent utiliser pour décoller les coquillages des rochers). Je remets pied à terre et je lui demande, en accompagnant le geste à la parole, s'il est complètement fada. C'est alors que j'entends des grands cris venir de la plage. Je m'imagine que ce sont les parents qui rappellent leurs progénitures. Mais en jetant un œil du côté de la mer, je remarque que ce sont en fait les grands frères qui rappliquent à leur tour. Ni une, ni deux, j'enclenche les pédales, je passe les vitesses et j'accélère pour passer la route avant qu'ils ne l'atteignent. Malheureusement, je ne suis pas assez rapide (rigolez, rigolez, faut les bouger les 50kg du vélo!) et un des jeunes se met en travers de la route. Je ne dévie pas de trajectoire et fait juste un crochet au dernier moment pour l'éviter. C'est alors que je reçois un violent coup de poing dans le bas du dos. Je me retourne pour lui dire ce que je pense (autrement dit, pour l'insulter sans retenue), mais un caillou me frôle la tête. Je comprends qu'il y a de l'orage dans l'air et c'est sous une pluie battante (de cailloux) que je m'enfuis.

Aucune pierre ne m'a atteint. C'est déjà ça. Pendant les dix minutes qui ont suivi cet épisode, je me suis promis de rendre la monnaie de leur pièce à ces petits cons. Mais nous sommes au Maroc, en période de ramadan. Donc la prochaine Gendarmerie Royale était à 10km, et les gendarmes dormaient (ils ont une paix royale). Je n'ai pas insisté, d'autant plus que j'ose à peine imaginer la lourdeur de la procédure judiciaire.

Je ne sais pas quoi tirer comme leçon de ça. Ai-je mal manœuvré? Mal réagi? Dois-je toujours avoir sur moi quelques pierres pour pouvoir riposter (Espéranto n'est pas d'accord, faute de poids :-)? Je n'en ai aucune idée. Tout ce que je sais, c'est que, à l'approche des villes, il faut redoubler de prudence.

 

 

L'Araignée gourmande (écrit le 5/09/2010)

A Isouiria, Pascal m'avait dit: «j'ai téléphoné à mon pote Ahmed, qui tient l'Araignée gourmande à Oualidia. Il n'y a aucun problème, il t'attend.». J'ai donc pris la route, non pas de l'inconnu, mais de Oualidia et l'Araignée gourmande (c'est fou comme ça change une journée de savoir où on va dormir la nuit!).

Lorsque je suis arrivé devant l'hôtel – restaurant, j'ai demandé si le patron était là et j'ai fait la connaissance d'Ahmed. C'est alors qu'il s'est passé un truc de dingue (excusez-moi, mais il n'y a pas d'autre expression possible). J'ai déjà pas mal voyagé. Des situations extraordinaires (au sens étymologique du terme), incongrues, spéciales et déroutantes, j'en ai connues. Mais des comme ça, jamais. C'est simple, en me serrant la main, Ahmed m'a dit: «Bonjour (jusque là, rien de spécial), soyez le bienvenu (on reste dans le commun), vous êtes mon invité (là, ça commence à sortir de l'ordinaire), consommez tout ce que vous voulez (ça c'est du jamais vu), vous ne payez rien (je ne pensais même pas qu'un restaurateur pouvait prononcer ça!)». Il a ensuite crié un truc en Arabe (que je n'ai pas compris, évidemment) et un gars est arrivé pour m'aider à décharger Espéranto et à monter mes valises. Incroyable!

Une fois que j'ai été douché (histoire de ne pas trop déranger les autres clients), je suis allé voir le coucher de soleil (sur FB je clique «I like» :-) et puis j'ai gentiment attendu 20h pour aller manger, histoire de ne pas passer pour un mort de faim. Mais je peux vous certifier que lorsque j'ai posé mon derrière sur la chaise, j'avais les crocs. Le garçon m'a tendu la carte et j'ai jeté un œil rapide (juste pour faire style). Je savais déjà ce que j'allais commander: une araignée, pardi!

Après que j'eus avalé deux pains, une salade et une assiettes de palourdes (j'avais pas commandé ça, mais puisqu'on me l'a mis sous mon nez, je l'ai mis dans mon ventre), on m'a amené mon araignée. Je m'attendais à voir l'animal entier dans une assiette, mais on m'a apporté un grand plat en inox (le même que celui que ma grand-mère maternelle utilise lorsqu'elle cuisine une entrée pour toute la famille, sauf que là, moi, j'étais tout seul) dans lequel il y avait tout plein de choses. J'ai fait l'appel, histoire de noter les absences. Deux moitiés de corps? Présentes! Huit pattes? Ici! Deux pinces? Là! Et puis est arrivé un problème d'importance: comment attaquer ça?

C'est alors que le serveur est arrivé avec des tiges en inox, des pinces en acier et plein de trucs bizarroïdes. On aurait dit le matériel d'un arracheur de dents (et je ne vous mens pas, comme un arracheur de dents, pour ceux qui n'auraient pas suivi). J'étais là, devant mon plat de pattes et de pinces, avec mon outillage et ma faim, sans trop savoir comment m'y prendre. J'aurais bien aimé que mon tonton Denis, qui est un fin gourmet (et un excellent mécano), soit là. Lui, aurait su comment s'y prendre. Mais la faim a pris le dessus sur la gêne. J'ai lancé un grand «Banzaïïïïïï» et je me suis jeté sur l'araignée. Il n'y a pas à dire, les mains, les dents et la langue sont les meilleurs outils qu'il soit! Au bout de 45mn de combat, j'ai été déclaré vainqueur par KO... Et je n'avais plus faim.

Les conclusions que je tire de cette expérience culinaire, c'est que l'araignée, c'est très bon, mais ce n'est pas fait pour les cyclistes. Pédaler donne faim. Et lorsqu'il est l'heure de manger, il n'y a pas de temps à perdre. Il faut que ça aille vite. Or décortiquer une araignée prend du temps. L'araignée est un plat pour les gens qui ont du temps (donc pour les Marocains, qui ne sont jamais pressés, parce que, comme ils le disent, l'homme pressé est déjà mort).

Si vous voulez en savoir un peu plus sur l'Araignée groumande, vous pouvez aller faire un tour à l'adresse suivante: www.araignee-gourmande.com. Sans vouloir être médisant, les photos commencent à dater un peu, parce que la baraque n'est plus aussi clinquante. Mais les araignées sont toujours aussi gourmandes!

 

 

Les amis de Souiria (écrit le 5/09/2010)

J'avais décidé de passer la nuit au camping de Safi. Trouver un endroit sûr pour la nuit étant toujours un problème au Maroc. Mais lorsque je suis arrivé à Souiria, j'ai vu un panneau «camping». Comme je n'étais pas loin de Safi, je me suis dit «pourquoi pas, allons voir ce que ça donne.». J'ai pris la direction donnée par la flèche et je suis arrivé sur une grande et belle place, avec vue sur la mer. Splendide. Restait à trouver le camping. J'ai un peu tourné dans la ville, rien. J'ai essayé de trouver quelqu'un pour me renseigner, personne (pour rappel, c'est ramadan, donc la nuit c'est banquet et le jour c'est dodo). Puis j'ai aperçu quelques Européens à leur terrasse.

Je m'approche pour leur demander s'ils parlent Français et l'un d'entre eux me lance, avec un accent du sud génial «ouais de temps en temps et t'as même de la chance, c'est notre langue maternelle!». Didjiu!! Je pose ma deuxième question sur le camping. C'est un autre qui me répond qu'il n'y a pas de camping, mais que je peux rester avec eux... Euhhhhhhh, volontiers!

C'est comme ça que j'ai fait la connaissance de Pascal, Martine, Marie, Valérie, Denis, William et Jamila, qui ne sont pas des touristes, mais des résidents français (sauf Jamila, qui est Marocaine)... Et des amis d'Isouiria (c'est une association dont vous pourrez bientôt consulter le site web).

Comme il était encore tôt dans l'après-midi, on a eu le temps de se baigner et d'aller faire un petit tour au souk de poissons. Une fois la nuit tombée (et la chaleur avec), on s'est enfilé quelques sardines grillées avec un petit blanc, avant de continuer avec un petit rosé, puis est venu le tour du camembert et du rouge, suivis par une mousse au chocolat du chef William et on a terminé par des charades à tiroirs, ou plutôt, devrait-on dire, à rallonge. C'est un peu comme des charades, sauf que c'est plus long et plus tordu. Tout ce que j'ai retenu, c'est que la réponse d'une de ces mégas devinettes est Victor Hugo, mais je ne sais pas comment est-ce qu'on le trouve. Pour plus de renseignement sur cette future discipline olympique que sont les charades à tiroirs, je vous prierai de vous adresser directement à Pascal, qui est un spécialiste de la chose.

Une fois qu'on a eu fini nos petits amusements, je suis allé dormir chez William, qui tient des chambres d'hôtes super hyper méga top géniales (http://daralasdika.com) et j'ai fait un dodo digne des nuits que j'ai passées chez Alain et Marie (et Dieu seul, pardon Allah seul, sait comme j'ai bien roupillé à Agadir!).

Enfin, vous l'aurez compris, Isouiria, je ne l'oublierai pas! Surtout que les Amis de Souiria ont fait très fort en me recevant un soir et en me trouvant un logement pour la nuit suivante. Et quel logement!

 

 

Et ça continue, encore et encore (écrit le 4/09/2010)

Dans la chanson de Cabrel, la suite c'est «c'est que le début, d'accord, d'accord». Alors «ça continue, encore et encore», je confirme. Par contre, «c'est que le début», alors là je conteste. Je commence à en avoir plus que marre. Comment ça, de quoi je parle!?! Du vent pardi!

Vous vous souvenez certainement que je me suis souvent plains (et il y avait de quoi, je vous promets) du vent de face. Je suis descendu vers le sud par l'intérieur des terres et pendant un mois je me suis payé un vent monstre en pleine face. Ensuite j'ai appris que je ne pourrais pas traverser la Mauritanie (ce qui m'a pas plu, je vous le répète) et j'ai donc décidé de remonter à Casablanca par la côte en me disant «au moins je verrai la mer et j'aurai le vent dans le dos». J'avais tout faux, ou presque.

Bien qu'il y ait des marées et de la brume, je vois la mer. Par contre je me paie un vent de face monstrueux. C'est simple, depuis que j'ai quitté Agadir, il y a trois jours, j'ai le vent en plein dans le pif. Vent de face plein sud en descendant, puis vent de face plein nord en remontant. Je vous raconte pas comme je peste, tout seul sur mon vélo! Heureusement, il m'arrive quelques petites bricoles qui pimentent un peu mes journées (et non pas, qui mettent du beurre dans mes épinards, comme vous allez le voir).

Commençons par le moins embêtant, l'épisode du scorpion. Depuis que je suis arrivé au Maroc on me bassine avec ça: ne pas dormir à la belle étoile à cause des tarentules, des serpents et des scorpions. J'avais déjà entendu ce refrain lors de ma petite expédition dans le Grand Canyon. Évidemment, j'en avais fait qu'à ma tête et tout s'était très bien passé. Comme je vous l'ai déjà dit, il est difficile de trouver un coin pour dormir sauvage au Maroc. Mais en cherchant bien, on trouve. Et comme il fait chaud, souvent je ne monte pas la tente. Jamais de serpents et autre bestioles pas sympas... Jusqu'à hier, où je suis tombé nez à nez avec un scorpion en ouvrant une de mes sacoches. Je ne comprends toujours pas comment ce petit animal est arrivé là, mais je peux vous garantir que je n'ai pas fait le malin (et maintenant j'ai un peu peur de plonger ma main dans une sacoche à l'aveuglette). Pas de photo de ce squatteur que je me suis empressé d'éjecter de mon bagage avant d'essayer de le retrouver pour la photo, vainement.

Second pépin, qui fait mal, celui-là, c'est le trou. Le gros trou (celui qui a dit du c.. est un cochon) que je viens de faire, non pas dans mon fond de culotte, mais dans mon budget, pour avoir le droit de faire Casablanca – Dakar en avion. La Royal Air Maorc m'a demandé 4600dhs (soit près de 450euros, lorsque je vous disais que mes péripéties ne mettent pas du beurre dans les épinards!). Je n'espère qu'une seule chose: c'est qu'ils ne vont pas me demander une surtaxe lors de l'embarquement, parce que le carton d'Espéranto est trop grand. Parce que je les connais bien les compagnies aériennes. Lorsqu'il s'agit d'acheter un billet, on vous dit que tout ira bien, que le vélo est compris dans le prix du billet, que ce qui compte c'est le poids, pas la dimension (ce qui n'est pas vrai, d'après le site internet), qu'il ne faut pas s'inquiéter et patati et patata... Mais après, à l'aéroport, c'est surprise surprise! Ne vous inquiétez pas (je fais comme la RAM, moi aussi) je vous tiendrai au courant de la suite des événements.

Le dernier imprévu qui est venu détourner mon esprit de la fixation que je fais sur le vent de face, est un problème mécanique un peu important. J'ai déjà crevé deux fois (ça c'est chiant, mais c'est pas grave, il faut juste accepter de se pourrir les mains et de se prendre une suée pour essayer de faire en sorte que le pneu soit bien mis, ce qui n'est vraiment pas facile avec des pneus de VTT), mais là, le problème est plus embêtant: j'ai cassé un rayon. Je m'en suis rendu compte en regonflant à une station service, au kilomètre 3810. Depuis quand cette pièce était-elle cassée? Je ne sais pas. Tout ce que je sais, c'est que depuis le début du voyage, les roues (et tout le vélo) sont très sollicitées, la faute à des routes qui ressemblent souvent à des pistes et à une forte charge. L'eau étant rare ici, je me trimbale toujours avec 2 à 7 bouteilles d'eau, ce qui fait 3 à 10,5kg d'eau. Si on rajoute 500g de bananes, 500g de confiture, 400g de pâte à tartiner et 800g de semoule, plus tout le matos de base, et le pilote, on arrive à un équipage d'environ 120kg, dur dur pour les roues lorsqu'on prend un nid de poule!

Allez, il est temps d'aller au dodo. Demain il y a école (ah non, pardon, pas pour moi, c'est vrai). Mais c'est pire, demain il y a vent de face. Qu'est-ce que je fabrique sur ce vélo!!

 

 

Entretien avec Mohamed (écrit le 3/09/2010)

Voilà bientôt un mois que je suis au Maroc. Depuis que j'ai passé la frontière à Sebta (Ceuta pour les Espagnols), j'ai rencontré pas mal de Marocains. Il s'agit, évidemment, que d'hommes. Mais leurs origines, leurs expériences et leurs âges sont différents. Pourtant, les discussions que nous avons eu sont pratiquement les mêmes. Voici, le résumé d'un entretien avec un Marocain.

-        Salam Alekoum! Français?

-        Oui, Français.

-        Où elle est la maison en France?

-        A Marseille.

-        Marseille. Je connais Marseille. J'ai le frère du cousin de la sœur de l'oncle d'un ami qui habite à Marseille. Et qu'est-ce que tu fais ici? Le vélo? Elle est où la voiture?

-        Je n'ai pas de voiture, je voyage à vélo.

-        Tu n'as pas de voiture?!? Pourquoi? Et où tu as pris l'avion? Casablanca? Tu fais le tour du Maroc?

-        Euh, non, je suis venu de Marseille à vélo et je descends vers le sud.

-        De Marseille, au Maroc, à vélo. C'est beaucoup. Tu va au Sahara? Mais il fait chaud là-bas. Faut faire attention, c'est tous des voleurs dans le sud. Et la femme, le bébé, ils sont où? A la France?

-        Non, je ne suis pas marié, je n'ai pas d'enfants.

-        Tu n'as pas de femme et pas d'enfants? Pourquoi?

-        Parce que...

-        Et le foot, il est comment en France?

-        C'est très important en France. On a des joueurs Marocains, comme Chamakh.

-        Oui, je connais Chamakh. Moi je suis pour Barcelone. Et toi? Barcelone ou Madrid?

-        Moi ça ne me fait rien, du moment que c'est un beau match.

-        Moi je préfère Barcelone.

Généralement, une fois que l'on a passé en revue la famille, la voiture, la maison, le voyage et le foot, on tourne plus ou moins en rond.

Ici, le foot est très important et les gens (enfin, les hommes) suivent avec beaucoup d'intérêt et de passion le championnat espagnol. Il n'y a qu'à voir tous les maillots de Barcelone que l'on peut voir de partout.

Souvent, on ne se rend pas compte de la chance que l'on a de pouvoir profiter de notre jeunesse: études, sorties, voyages... Pour la majorité des Marocains, les études sont écourtées, les sorties rares et les voyages impossibles. Mais le jour viendra où les jeunes Marocains pourront, eux-aussi, partirent à la découverte du monde. Comme me le disent tous les «Mohamed» avec qui j'ai parlé: Inch Allah.

 

 

Le cyclo magicien (écrit le 2/09/2010)

Lorsqu'on est gamin (si j'avais voulu me la jouer marseillais, j'aurais dit, lorsqu'on est minot), on croit au Père Noël, au loup garou et au magicien. Il suffit, pour s'en convaincre, d'aller faire un tour dans un cirque est d'attendre le passage du magicien. L'artiste n'est même pas encore entré en scène que déjà les enfants ont les yeux qui pétillent. Puis voilà que le magicien fait son apparition et sort de son chapeau une colombe, puis une deuxième, puis un lapin. Les bambins applaudissent, émerveillés par cet homme capable de donner la vie aussi rapidement. Depuis que je suis arrivé au Maroc, j'ai un peu l'impression d'être un magicien.

Comme c'est le ramadan, je fais attention à ne pas boire et manger devant les gens. Mais, vu qu'il y a du monde de partout, vous pouvez être certain, qu'au moment où je vais pour ouvrir ma sacoche, j'ai toujours (et je dis bien toujours, même lorsque je suis persuadé d'être seul) des spectateurs. Ils sont assis, debout, parfois même couchés, regardant attentivement ce que je fais. Je ne sais pas ce qui se passe dans leur tête, mais j'imagine bien un commentateur sportif: «attention, il se penche sur sa sacoche arrière droite, le premier verrou a sauté, il ne reste plus qu'une seule fermeture pour enfin savoir... Mais non, je ne l'avais pas vu, il y a un cordon à déserrer, voilà qui est fait, nous allons enfin... Mais, mais, mais... Que se passe-t-il, voilà qu'il sort un pain rond marocain! Comment est-il possible qu'un Européen possède une telle denrée dans ses sacoches? C'est à n'y plus rien comprendre!». Mais je vous rassure, il y a aussi des fois où mes admirateurs d'un instant ne sont pas déçus.

Lorsque je fais une pause carburant (autrement dit, lorsque je me sustente) je n'ai pas besoin de grand chose d'autre que la nourriture. De toute façon, mon outillage repas se limite à une gamelle (que je ne sors que le soir), une petite cuillère et un couteau (et comme je suis un bon Français, j'ai embarqué un Opinel, parce que le couteau suisse, c'est bien, mais c'est pas terroir!). Je ne sais pas pourquoi, mais s'il y a un truc qui plaît beaucoup aux Marocains, c'est l'Opinel. Lorsque je le sors en public, je peux être certain que quelqu'un va venir me demander si je ne veux pas lui donner ou lui échanger. Croient-ils que mes sacoches sont remplies de couteaux? Ou sont-ils persuadés, comme les enfants avec le lapin du magicien, que je peux faire sortir de ma sacoche autant d'Opinels que je veux? Mystère et boule de gomme. Tout ce que je sais, c'est que j'offre un spectacle rare lorsque je m'arrête quelque part et que mes moindres faits et gestes sont épiés.

Mais si les Marocains aiment regarder, ils n'aiment pas être regardés, ou plutôt être photographiés. J'ai, jusqu'à présent, essuyé deux refus nets d'être photographié. Pourtant, il me semble que mon envie d'immortaliser était bien moins indiscrète que leurs regards.

La première fois, c'était dans un faux plat descendant, après Tafraout. A une centaine de mètres de la route se trouvait une bergère avec son troupeau de chèvres. L'herbe était jaune, les chèvres noires, la bergère vêtue de façon colorée. En fond on voyait un village sur le versant sud d'une montagne. Tout était parfait: la disposition, les couleurs, les proportions, le thème... J'ai pris la peine de freiner et de contempler la scène quelques instants. Puis j'ai sorti mon appareil... Et j'ai entendu «No, no, photo». Déçu, j'ai rangé mon ustensile sans l'utiliser. Pourtant, de dos, à cent mètres, la personne ne risquait rien!

La seconde fois c'était au souk de Sidi Ifni avec Alain et Marie (mes retraités bretons). Ici, les quartiers de viande pendent à l'air libre au-dessus du comptoir. Une façon de faire bien différente de ce que l'on connaît en France. Il y avait deux ou trois personnes devant le comptoir, quelques quartiers de viande immenses qui pendouillaient et derrière lesquels on pouvait apercevoir le boucher. Au-dessus se trouvait le nom de la boutique. Tout rentrait pile poil dans le cadre. J'allais appuyer sur le déclencheur, lorsqu'un «pas de photo!» musclé a retenti (accompagné par un coup de couteau, pas un opinel, un vrai couteau de boucher). Hop hop hop, j'ai tout de suite rangé le Pentax et je ne l'ai plus ressorti!

A côté de tous ces gens qui refusent la photo, il y a ceux qui veulent absolument se faire photographier. Accompagné de leurs serpents, leur dromadaire ou leur déguisement, ils vous harcèlent pour finir dans votre album souvenir. Certains disent que c'est pour avoir quelques dirhams. Mais peut-être est-ce, tout simplement, parce que ces Marocains là sont restés de grands enfants qui croient que les Européens sont des magiciens et qui veulent enfin savoir si, oui ou non, le petit oiseau va sortir!

 

 

Secteur touristique (écrit les 2/09/2010)

Je vous ai parlé des hôtels clubs qui longent la plage d'Agadir et dans lesquels viennent s'entasser les touristes européens. Je vous ai aussi parlé des restaurants, qui restent ouverts pendant le ramadan et des toilettes avec une lunette et du PQ. Mais ce que je ne vous ai pas dit, c'est que tout cela ne se trouve que dans le «secteur touristique».

Les copains qui étaient partis en VFE (Voyage de Fin d'Etude, pour les non initiés) en Tunisie m'avaient raconté que leur hôtel se trouvait dans une zone réservée aux touristes. Je n'avais jamais entendu parler de ça, mais maintenant, je l'ai vu. A l'entrée du quartier touristique d'Agadir, il y a un panneau: «secteur touristique». Autrement dit, à partir de cette limite, on est dans un Maroc amélioré, trafiqué, modifié pour les touristes.

Je dois avouer que le vrai Maroc, celui que je vous ai décrit dans mes récits, ne plairait pas à beaucoup de monde. Or, le tourisme est, je pense, la première source de revenus du pays. Il faut donc soigner les pensionnaires du Club Med, de Fram, de Marmara... Ils sont donc cantonnés dans une «réserve» où il est possible, pour les Marocains, de les voir, de les toucher et de leur donner à manger. Mais la police veille en permanence à ce que tout se passe bien.

Parfois, les touristes sortent de la réserve pour aller dans la «jungle». La jungle, c'est la médina, le souk, la plage publique... Évidemment, ils peuvent y aller accompagner d'un guide. Mais les plus téméraires y vont seuls... Et certains reviennent sans leur appareil photo ou sans leur i-phone (ben oui, c'est pas comme à l'hôtel, dans la médina faut pas trop faire le cake!).

Une fois qu'ils ont bien fait la piscine, la plage, le souk... Ils vont en excursion en terrain hostile, dans les montagnes, ou dans des villes autres que celles où est leur hôtel. Pour le trajet, ils prennent le car, ou s'ils sont moins nombreux, le minibus, ou encore, le 4x4 (même si c'est pour rester sur une route bitumée).

Vous avez tous vu des véhicules transportant des chevaux de course, des cracks comme on dit. Ce sont des champions qui doivent être soignés et protégés. Le chauffeur du van conduit doucement et il y a des petits écriteaux du style «attention, chevaux», placés à l'arrière, pour prévenir les autres automobilistes. Hé bien, au Maroc, c'est pareil pour les touristes! Les véhicules qui transportent des européens ont un autocollant à l'arrière qui signale «transport tourisme» ou «véhicule touristique». De cette façon, les chauffeurs de taxi (qui conduisent comme des sauvages, je vous l'ai déjà dit), doublent un peu moins mal, les policiers n'arrêtent pas ces voitures et les petits enfants ne viennent pas nettoyer les vitres au feu rouge.

Vous l'aurez compris, au Maroc, le touriste est une espèce protégée. Mais, après tout ce que j'ai pu voir et entendre, le but n'est-il pas de mieux le protéger, pour mieux en profiter?

 

 

L'arganier (écrit le 31/08/2010)

Je ne suis pas très calé en cuisine, ni en cosmétique, ni en arboriculture, ni en... D'ailleurs, je me demande si je suis spécialiste de quelque chose! Ce qui est sûr, c'est que je sais maintenant ce qu'est un arganier et ce qu'est l'huile d'argan. La première fois que je me suis fait héler pour de l'huile d'argan, c'était dans la montée vers Asni, il y a bientôt trois semaines de ça. Depuis, je côtoie les arganiers et je ne compte plus les «coopératives féminine» qui proposent leur huile (toujours, évidemment, fabriquée dans la pure tradition). Ce qui est certain, c'est que l'arganier fait vivre beaucoup de monde. Pour commencer, qu'est-ce qu'un arganier. C'est un arbre qui fait entre 3m et 12m (je dirais, comme ça à vue d'œil) et qui, par certains côtés, ressemble à l'olivier: il est adapté au climat sec, il produit des fruits à noyaux (desquels on tire de l'huile) et les vieux arganiers sont comme les vieux oliviers: d'une même souche sortent trois ou quatre troncs. Ce qui diffère l'arganier de l'olivier, c'est que ce ne sont pas les fruits qui sont exploités, mais leurs noyaux (peut-être que ça existe, mais je n'ai encore jamais vu de noyaux d'olives en vente dans le commerce!). La seconde différence est que l'olivier est un arbre gentil. On peut grimper dedans, chose impossible dans le cas de l'arganier, celui-ci étant pourvu d'épines de 2 ou 3cm de long. Vous vous asseyez dessous, peinard, puis au moment de vous relever, AÏEEEEEEEEEEEEEEE. Inutile de tester, j'ai fait ça pour vous! Passons à présent aux fruits. A l'origine, l'huile d'argan était utilisée (uniquement) pour la cuisine. Aujourd'hui encore, il est possible de faire des frites à l'huile d'argan. Sauf que, à l'heure actuelle, le litre d'huile d'argan se négocie aux alentours de 300 dirhams le litre (soit 30 euros). Je ne sais pas si les Mc Do d'Agadir (j'en ai vu deux) cuisinent à l'huile d'argan, mais si c'est le cas, le cornet de frites ne dois pas être donné! Vous direz alors, pourquoi est-ce que cette huile est aussi chère? Et je vous répondrai: excellente question, un bon point (au bout de dix, vous avez une image, puis au bout de dix images vous avez un livre, puis au bout de dix livres, vous avez le droit de venir pédaler avec moi!). Alors si l'huile d'argan est aussi chère, ce n'est pas à cause de son goût «noiseté», mais parce qu'elle est utilisée en cosmétique. Je vous ai dit qu'à l'origine, l'huile d'argan était exclusivement réservée à la cuisine. Elle était préparée par les femmes, qui broyaient les noyaux pour en extraire l'huile (c'est toujours le cas aujourd'hui, la fabrication est exclusivement féminine). Or, la légende veut que les femmes qui fabriquaient l'huile, comme elles avaient très chaud, se passaient souvent les mains (pleine d'huile) sur le visage. Elles avaient toute une peau magnifique (comme quoi, le travail, c'est la santé, mais c'est aussi la beauté). D'où l'idée de commercialisée l'huile pour la cosmétique (et ça marche). Sinon, l'arganier fait bosser tout le monde: les enfants ramassent les fruits, les hommes conduisent les camions et les femmes fabriquent l'huile. Mais les arganiers font aussi travailler les médecins et les carrosiers! Hé oui, comme les arbres sont remplis d'épines, il est impossible de grimper attraper les arganes, moralité, les enfants balancent des pierres pour déquiller les fruits. Mais les pierres ne retombent pas toujours. Donc lorsque Mohamed vient discuter avec Omar à l'ombre d'un arganier, un petit coup de vent et c'est une fracture du crâne. Pareil pour la voiture de Saïd, qui s'est pris un caillou sur le pare-brise. Autant vous dire que lorsque je monte ma tente sous un arganier, je regarde à deux fois s'il n'y pas de risque de chute. Bon, puis pour terminer cet article, je vous dirais que les arganiers occupent même les chèvres, ces dernières n'hésitant à escalader les branches (si, si, si, je vous jure) pour attraper les fruits et les feuilles. L'arganier, c'est vraiment l'arbre qui occupe tout le monde!

 

 

Secteur touristique (écrit les 2/09/2010)

Je vous ai parlé des hôtels clubs qui longent la plage d'Agadir et dans lesquels viennent s'entasser les touristes européens. Je vous ai aussi parlé des restaurants, qui restent ouverts pendant le ramadan et des toilettes avec une lunette et du PQ. Mais ce que je ne vous ai pas dit, c'est que tout cela ne se trouve que dans le «secteur touristique».

Les copains qui étaient partis en VFE (Voyage de Fin d'Etude, pour les non initiés) en Tunisie m'avaient raconté que leur hôtel se trouvait dans une zone réservée aux touristes. Je n'avais jamais entendu parler de ça, mais maintenant, je l'ai vu. A l'entrée du quartier touristique d'Agadir, il y a un panneau: «secteur touristique». Autrement dit, à partir de cette limite, on est dans un Maroc amélioré, trafiqué, modifié pour les touristes.

Je dois avouer que le vrai Maroc, celui que je vous ai décrit dans mes récits, ne plairait pas à beaucoup de monde. Or, le tourisme est, je pense, la première source de revenus du pays. Il faut donc soigner les pensionnaires du Club Med, de Fram, de Marmara... Ils sont donc cantonnés dans une «réserve» où il est possible, pour les Marocains, de les voir, de les toucher et de leur donner à manger. Mais la police veille en permanence à ce que tout se passe bien.

Parfois, les touristes sortent de la réserve pour aller dans la «jungle». La jungle, c'est la médina, le souk, la plage publique... Évidemment, ils peuvent y aller accompagner d'un guide. Mais les plus téméraires y vont seuls... Et certains reviennent sans leur appareil photo ou sans leur i-phone (ben oui, c'est pas comme à l'hôtel, dans la médina faut pas trop faire le cake!).

Une fois qu'ils ont bien fait la piscine, la plage, le souk... Ils vont en excursion en terrain hostile, dans les montagnes, ou dans des villes autres que celles où est leur hôtel. Pour le trajet, ils prennent le car, ou s'ils sont moins nombreux, le minibus, ou encore, le 4x4 (même si c'est pour rester sur une route bitumée).

Vous avez tous vus des véhicules transportant des chevaux de course, des cracks comme on dit. Ce sont des champions qui doivent être soignés et protégés. Le chauffeur du van conduit doucement et il y a des petits écriteaux du style «attention, chevaux», placé à l'arrière, pour prévenir les autres automobilistes. Hé bien, au Maroc, c'est pareil pour les touristes! Les véhicules qui transportent des européens ont un autocollant à l'arrière qui signale «transport tourisme» ou «véhicule touristique». De cette façon, les chauffeurs de taxi (qui conduisent comme des sauvages, je vous l'ai déjà dit), doublent un peu moins mal, les policiers n'arrêtent pas ces voitures et les petits enfants ne viennent pas nettoyer les vitres au feu rouge.

Vous l'aurez compris, au Maroc, le touriste est une espèce protégée. Mais, après tout ce que j'ai pu voir et entendre, le but n'est-il pas de mieux le protéger, pour mieux en profiter?

 

 

Heading north (écrit le 27/08/2010)

Je suis parti de Marseille le 18 juillet avec pour destination finale Dakar. Autrement dit, durant près de 40 jours, j'ai roulé sud – sud ouest. Malheureusement, comme je vous l'ai déjà dit, je ne peux pas traverser la Mauritanie à vélo et je me suis résigné à me rendre à Dakar en avion. Les seuls vols à destination de Dakar depuis le Maroc partent de Casablanca. C'est pourquoi j'ai fait un virage à 180° et d'une route plein sud, je suis passé à une route plein nord.

J'ai atteint le «southernmost point» de mon parcours marocain à Sidi Ifni, sur la côte atlantique. De là, j'ai entamé ma remontée vers Casablanca, direction plein nord. Ce petit changement de direction a du bon, surtout que je suis la côte, ce qui me fait bénéficier de la fraîcheur de l'air marin. Puis j'espère que le vent qui a toujours soufflé sud – sud ouest va continuer ainsi (au moins je l'aurai dans le dos). En fait le seul inconvénient de remonter vers le nord, c'est le soleil. J'ai le visage et les quadriceps biens noirs, mais le cou et les ischios plus clairs. Maintenant que je vais prendre le soleil par derrière, en bord de mer, il va falloir rééquilibrer le bronzage. Et ça ne m'étonnerait pas que je prenne un ou deux petits coups de soleil!

Sinon, en rejoignant la côte, j'ai rencontré (et donc testé), pour la première fois, des campings. Mais attention, ne vous imaginez pas (comme moi), le camping à l'européenne avec pelouse, bungalows et animations. Lorsque c'est écrit «camping» au Maroc, cela signifie qu'il y a une dalle de béton ceinturée par un mur de 3m de haut et gardée jour et nuit. En fait, c'est destiné uniquement aux camping cars.

En cette période de l'année, les campements sont vides. C'est la saison creuse, il fait trop chaud. La haute saison, pour les camping cars à Sidi Ifni commence en octobre/novembre et se termine en avril/mai. Il paraît que durant cette période, les campings sont remplis de retraités français, italiens et allemands qui viennent passer l'hiver au soleil. Pour le moment, je n'ai testé que deux campings. La première fois j'étais seul, la seconde, j'étais avec un couple de jeunes retraités bretons super sympas.

Du soleil, de la fraîcheur et des campings quasi déserts, si c'est pas le pied!

 


Agadir, rien à dire (écrit le 29/08/2010)

Agadir, rien à dire. Marrakech, c'est la dèche. Essaouira, ça ira. Khouribga, y a rien là… Voilà ce qui se dit au Maroc. Un peu comme si on disait en France: Marseille, au soleil; Paris, c'est pourri (j'y peux rien, c'est la rime!); Bordeaux, pas de pot (hihihi, j'en connais qui vont pas être contents); Strasbourg, à labour...

Agadir est la première grande ville marocaine dans laquelle je passe. Et je peux vous dire que le petit dicton marocain est très juste: Agadir, rien à dire! Après plusieurs semaine de solitude, plusieurs jours sans douche et plusieurs nuits sous la tente, je me laisse aller au plaisir de la douche, d'une chaise et d'un lit douillet. Puis je dois avouer que je suis extrêmement bien reçu. J'habite, pour deux ou trois jours, chez Alain et Marie-Annick, les deux retraités bretons que j'ai rencontré à Sidi Ifni. Je suis accueilli comme si j'étais leur petit-fils.

Alain connaît parfaitement le Maroc étant donné que ça fait plus de trente ans qu'il y vient régulièrement (et maintenant, il y habite!). Il connaît le pays comme sa poche et j'apprends plein de choses sur l'histoire du royaume, la géographie, les mœurs, la cuisine...

Agadir est une très grande ville (rien à voir avec Casa, paraît-il, mais tout de même, c'est grand) côtière très touristique. Il y a une promenade qui longe toute la baie. Je suis allé y faire un tour. Pour résumer, d'un côté il y a la plage (de sable fin, s'il vous plaît) et de l'autre il y a tout plein d'hôtels clubs remplis de touristes. De ce que j'ai pu voir, ces gens passent leur temps entre la piscine (privée) de l'hôtel, la plage (privée) de l'hôtel et le restaurant (privé) de l'hôtel. J'ai discuté avec un gars qui refaisait le muret de la promenade qui me disait «eux, ils restent toujours ici. Ils croient qu'ils viennent au Maroc, mais ils viennent à l'hôtel. Le vrai Maroc (et le vrai Agadir) c'est pas ça!». Je suis tout à fait d'accord! Le vrai Maroc, c'est pas ça.

Le vrai Maroc, ce sont les petites boutiques (ici il y a des grands hypers marchés comme en Europe), les rues sales (ici tout est propre), les petites maisons (ici que des hôtels immenses), le ramadan (ici tous les restaurants sont ouverts toute la journée), les souks (ici que des magasins à touristes où tout est très cher), les toilettes à la turque avec le petit seau d'eau (ici, c'est toilettes européennes et PQ)... Bref, le bord de mer de Agadir, c'est beau pour les yeux, mais faut pas croire que c'est le Maroc.

Je ne sais pas si je peux dire que je connais le vrai Maroc. Disons que j'en ai un aperçu, ou plutôt des aperçus, au travers de mes étapes cyclistes, de mes rencontres le long des routes, de mon séjour chez Jamel à Zhiliga, et maintenant de mes quelques jours à Agadir en compagnie de Marie et Alain.

 

 

Premiers de la charge, derniers de la décharge! (écrit le 26/08/2010)

Il y a dans les photos du Maroc, un camion chargé de bottes de foin. Le chargement est plus gros et plus lourd que le véhicule. Foin, vaches, personnes, poulets, moutons, bouteilles, bonbonnes de gaz, sacs de grains... Vélos, voitures, triporteurs, camions, ânes, motos, mules... Quelle que soit la marchandise et quel que soit le véhicule, tout est exploité au maximum. Ça me fait bien rire lorsque je vois le poids total en charge donné par le constructeur qui est clairement affiché sur les pick-up. Ici, lorsque l'on parle de chargement, il n'y a qu'une seule règle: tant que ça rentre et tant que ça avance, alors c'est bon! Moralité, vous voyez sur la route des camions avec des chargements plus gros qu'eux, des ânes croulant sous le poids de paniers immenses et des pick-up où s'entassent plus d'une vingtaine de personnes. J'ai eu l'occasion de tester le transport en pick-up, debout sur le pare-choc arrière. Ce n'est pas ce que l'on fait de plus confortable, mais ça avance et c'est le principal (par contre il faut bien se cramponner parce que vu l'état du véhicule, la qualité de l'enrobé et la conduite du chauffeur, ça déménage!). De temps en temps, on voit sur le bord des routes un camion dont l'essieu a lâché, les passagers d'un taxi qui poussent pour faire redémarrer le véhicule, ou des gars qui courent à côté de leur âne faute de pouvoir monter dessus tellement le chargement est lourd. Ce n'est pas Espéranto qui me contredira là-dessus: les Marocains sont les champions de la charge (ou du chargement, c'est comme vous voulez). Ils sont aussi très forts pour le déchargement. Lors de mon petit séjour à Zhiliga, j'ai pu assister à plusieurs déchargements de sacs de grains (50kg l'unité) et je peux vous garantir que ça ne traîne pas! En fait, là où les Marocains ont un problème, c'est à la décharge (et non pas au déchargement). Lorsque je parle de décharge, je pense à l'endroit où l'on jette ses ordures.

Le Maroc offre des paysages magnifiques et variés: déserts, montagnes, côtes... Mais tous ces endroits souffrent du même mal: les ordures. J'aurais très bien pu intituler cet article «porcherie marocaine», tellement le Maroc est envahi par les ordures. Pots de yaourt, bouteilles en plastiques, sacs, papiers en tout genre... Certains coins sont tellement sales qu'il est impossible de s'y arrêter!

Je n'en suis pas très fier, mais je dois vous avouer que depuis quelques temps je suis devenu, moi aussi, un pollueur en puissance. Fini le temps où je regroupais mes déchets dans un sac pour les mettre dans un conteneur. Il n'y a pas de conteneurs et si vous demandez à quelqu'un où vous pouvez mettre votre poubelle, il vous répond de la laisser là, en plein milieu, avec toutes les autres ordures. Résultat, je sème mes bouteilles et mes déchets tout au long de mon chemin. Je n'aime pas faire ça et à chaque fois que je jette quelque chose sur le bord de la route, je culpabilise. Mais comment puis-je faire autrement? Je ne vais tout de même pas faire un «paquet poubelle» que je vais envoyer en France?!?

Il existe néanmoins des villes dans lesquelles on trouve des poubelles. Mais les conteneurs ne sont pas toujours vidés régulièrement (paye tes odeurs!) et lorsqu'ils le sont, les détritus sont acheminés à la sortie de l'agglomération, où il sont entassés à l'air libre. Vous vous doutez bien qu'un seul petit coup de vent suffit pour amener des sacs plastiques dans tous les arbres alentours. Et je ne parle pas des papiers et de tout le reste!

Pourtant, quand on voit comment les Marocains sont capables de charger un camion, on se dit qu'ils ont les capacités pour optimiser le remplissage d'une alvéole de stockage des déchets. En fait il ne leur manque qu'une seule chose pour devenir les champions de la décharge: il faut que la saleté les gène. Mais ça, ça n'a pas l'air d'être pour tout de suite!

 


Où sont les filles? (écrit le 25/08/2010)

Au lycée, j'ai fait S... Pas beaucoup de filles. Lorsque je jouais au volley à Marseille, j'étais dans un club exclusivement masculin. Hormis quelques supportrices dans les tribunes, pas beaucoup de filles. Ensuite je suis allé à l'INSA, école d'ingénieurs scientifique. Premier cycle sport-études. Pas beaucoup de filles. Spécialisation génie civil. Pas beaucoup de filles. Depuis que je suis au Maroc, ça continue: pas beaucoup de filles.

Dans les rues, assis au bord des routes, derrière les comptoirs des boutiques, au volant des voitures, à la gendarmerie royale... Des hommes, des hommes, des hommes. A croire qu'il n'y a que des Marocains.

Non, en fait, on voit des représentantes du sexe féminin dans les rues et dans les campagnes. Mais ce sont soit des fillettes, soit des femmes, soit des vieilles (excusez-moi le terme). On ne voit pas de filles. Alors, vous me direz, si elle porte le voile intégral, comme on peut en voir dans certaines régions, pas facile de savoir qu'elle âge elle a! Pas faux, mais je vous répondrai que je n'ai vu que très peu de femmes complètement voilée. La plupart porte des vêtements amples qui laissent apparaître leurs mains, leurs pieds et leur visage, conformément à ce qui est écrit dans le Coran (j'ai longuement discuté de ça avec Ibrahim, le frère de Jamel, lors de mon séjour à Zhiliga). La question n'en reste pas moins entière: où sont les filles? Il doit bien en exister, tout de même!!

En fait, je crois que la réponse se trouve derrière les murs de chacune des maisons que l'on peut voir. Si je vous dis cela, c'est parce que, à chaque fois que j'ai été accueilli par une famille marocaine, je n'ai pas vu de filles, mais j'en ai aperçu. A chaque fois la scène est identique. Un mari, un oncle, un cousin ou un frère m'invite chez lui. Je le suis. Mais dès que j'entre dans la maison, toutes les femmes (et les filles) disparaissent. Peut-être que c'est moi qui leur fait peur. C'est vrai que je ne suis pas forcément très propre et jamais bien rasé, mais tout de même! Enfin, je ne dois pas être si terrifiant que ça, parce que les petites filles restent... Et on s'amuse bien ensemble: cache cache, dessin, photos...

Voilà, tout ça pour vous dire qu'après bientôt un mois au Maroc, cette ségrégation hommes/femmes me surprend toujours. Pourquoi ne puis-je pas discuter avec elles? Je serais intéressé de savoir ce qu'elles font de leurs journées, ce qu'elles pensent de leur condition, quels sont leurs rêves... Mais rien du tout. Ainsi en est-il de la culture marocaine (et certainement musulmane).

 


Vente à l'unité (écrit le 23/08/2010)

La devise française comporte trois termes: liberté, égalité, fraternité. Ce sont les valeurs de la république. Je ne sais pas quelle est la devise marocaine, mais je ne serais pas étonné si elle comprenait le terme «unité».

Dans «unité» il y a, évidemment, la notion de solidarité, de cohésion, d'entraide... Mais les Marocains sont de bons (pour ne pas dire d'excellents) commerçants et dans «unité», il y a aussi la notion de quantité, de laquelle découle le prix... Et de là, le bénéfice!

SI je vous parle de ça, c'est parce qu'ici, tout se vend à l'unité. J'en viens même parfois à me demander si, à l'école, les enfants apprennent les dizaines et les centaines (je ne parle même pas de douzaines!). Non, honnêtement, pour un Européen, habitué à acheter les œufs par douzaines, les bouteilles d'eau par demi-douzaine, les shampoings par centaines de millilitres et les biscuits par paquets de dix, au premier abord, les petites boutiques marocaines sont plus qu'étonnantes. Il s'agit de toutes petites échoppes dans lesquels on ne rentre pas. Le gars (parce que c'est toujours un gars) est derrière son comptoir et on lui demande ce que l'on veut. Les gens viennent pour un yaourt (oui, oui, un yaourt, 2 dirhams), ou un pain (1 dirham), ou  un œuf (1 dirham). Mais le plus étonnant, c'est que certains viennent acheter une vache qui rit. En France, vous achetez une boîte de vache qui rit. Ici vous pouvez acheter une portion. Dans le même genre, parce que les produits cosmétiques coûtent chers, on trouve dans les boutiques des dosettes de shampooing, un peu comme ce qu'on vous donne lorsque vous allez à l'hôtel. Je n'ai pas les cheveux très long, donc pas de problèmes de shampooing, mais chaque fois que je vois ces dosettes (c'est à dire plusieurs fois par jour), je ne peux pas m'empêcher de penser à mes sœurs qui m'expliquent tout le temps qu'elles utilisent beaucoup de shampooing parce qu'elles ont les cheveux longs. Comment font les Marocaines? Je ne sais pas. Peut-être qu'en fait, sous leur voile, elles ont le crâne rasé!

Petit à petit je me suis habitué à ces boutiques et à ce qu'elles proposent. Pour être honnête, je les trouve très bien. Lorsque j'en repère une qui me plaît, je m'arrête, je gare Espéranto et je fais provision. En général le gars est assez étonné parce que je ne lui achète pas une portion de vache qui rit et un yaourt, mais plutôt un kilo de riz, six œufs, deux yaourts à boire, cinq pains, un pot de pâte à tartiner (pseudo Nutella auquel il faut s'habituer, mais qu'on trouve ensuite très bon), six bouteilles d'eau... Plus deux ou trois bricoles qui me font envie. Une chose est sûre, des clients comme moi, il n'en voit pas tous les jours.

Je commence à être rodé sur les prix. Six dirhams la bouteille d'eau, c'est du vol (sauf si c'est Sidi Ali). Le problème, c'est qu'il faut bien boire. Si le prix est trop cher, je marchande, mais, in fine, je finis toujours par payer. Parfois c'est moi qui gagne, parfois c'est lui. C'est le grand jeu du commerce dans lequel, pour être bon, il est important de connaître le prix à l'unité!

 

PS: voici mon régime alimentaire marocain: bananes, avocats, riz, semoule, pain (beaucoup!), miel, pâte à tartiner, œufs durs, vaches qui rit, yaourt à boire. Tous les jours c'est pareil. Ça ne me gêne pas, dans deux semaines je change de pays et donc de régime alimentaire. En fait, la seule chose qui me manque vraiment, c'est le chocolat. Mais vous imaginez la tête de la tablette après quelques heures dans la sacoche par 45°C?!

 

 

Contradiction (et contre-indication) mauritanienne (écrit le 23/08/2010)

J'ai pris tous mes billets d'avion avant de partir. Vous pouvez trouver ça idiot, mais c'était un de mes choix, d'avoir des dates fixées pour changer de continent. En plus de ça, d'un point de vue financier, en prenant les billets longtemps à l'avance, les tarifs sont avantageux. Mais je suis en train d'essuyer ma première difficulté liée à ce choix (j'espère que ce sera, non pas la seule, mais la plus compliquée).

Voici les données du problème. Pour rallier Dakar depuis Marseille, il faut traverser l'Espagne, le Maroc puis la Mauritanie. Mais vous n'êtes pas sans savoir que la France a quelques petits problèmes à l'heure actuelle avec la branche d'Al Quaïda basée en Mauritanie. De fait, la Mauritanie est considérée, à l'heure actuelle, comme un pays instable dans lequel il est «formellement déconseillé (on ne peut rien interdire:-) de se déplacer seul hors des grandes villes» (mail du gouvernement français à l'attention des expatriés). La traversée de la Mauritanie me prendrait environ deux semaines. Durant tout ce temps, je serai seul, à l'extérieur des grandes villes. Un contact à Nouakchott m'a dit qu'il était préférable de ne pas entreprendre cette aventure.

Je suis un peu fêlé, mais pas complètement inconscient. J'ai décidé de partir, mais je compte bien revenir (si possible en un seul morceau et par mes propres moyens). J'ai donc choisi de ne pas traverser la Mauritanie. Trois solutions se présentaient alors:

1/ Faire une boucle au Maroc puis décoller directement de Casablanca pour Rio.

2/ Faire une boucle au Maroc puis faire Casablanca-Dakar et une boucle au Sénégal avant de décoller pour le Brésil.

3/Faire une boucle au Maroc puis prendre l'avion entre Casablanca et Dakar et passer quelques jours à Dakar avant de décoller pour le Brésil.

Devant la difficulté pour changer mon billet d'avion et les soucis logistiques qu'impliquent un transfert en avion (démontage et empaquetage du vélo), j'ai retenu la troisième solution.

C'est pourquoi au sud de Taroudant, j'ai pris la direction de Tafraout. De là j'irai à Bouizakarne, puis Guelmin, Sidi Ifni, Tiznit, Agadir. Je suivrai ensuite la côte pour remonter jusqu'à Casablanca. De là, je prendrai l'avion pour Dakar où je rattraperai le programme initial.

Je ne connaîtrai donc pas le Sahara et Espéranto ne verra pas les routes mauritaniennes et sénégalaises. Mais cette modification d'itinéraire sera l'occasion de découvrir Tafraout et la côte marocaine!

 

 

Difficiles nuits marocaines (écrit le 20/08/2010)

Trouver un coin pour dormir n'est pas facile. Lorsque j'étais en Espagne, j'avais le choix des cultures. Aucune exploitation (ou très peu) était fermée. De fait, je m'arrêtais prendre de l'eau à la fontaine d'un village, je roulais quelques kilomètres pour m'éloigner des maisons puis je m'engouffrais dans des rangées d'oliviers, d'amandiers, d'oliviers ou autres et je montais ma tente, peinard.

Au Maroc, pour commencer, il n'y a pas d'eau (surtout pour moi qui ne boit maintenant que de l'eau en bouteille). Ce qui veut dire qu'en fin d'après-midi (avant que tout le monde ferme boutique pour la prière du soir et le gueuleton du ramadan) il faut que je fasse une grande provision d'eau (oui, parce que le matin les échoppes n'ouvrent pas avant 10h!). Qui dit boutique, dit village. Une fois que j'ai mon eau, il faut trouver un coin tranquille. Et alors là, mes amis, ça se complique bougrement.

Comme il fait chaud et sec, il n'y a pas d'arbres pour se cacher. Il y a bien des exploitations dans les vallées, mais elles sont toutes clôturées et gardées comme des établissements pénitenciers. Impossible d'y mettre la tente. S'il n'y a pas d'arbres pour se planquer, il y a plein de Marocains pour nous regarder. Je n'ai que 2 ou 3 fois eu l'occasion de faire plus de 10kms sans voir personne. Même dans les endroits les plus improbables il y a quelqu'un. Un exemple? Dans le Tizi N'Test, 30kms de montée à flanc de montagne, pas une goutte d'eau, pas une maison en vue depuis plusieurs kilomètres et tout à coup «Bonjour M'sieur, 1 dirham?», un gamin, sorti de nulle part! Pareil, entre Ait Baha et Tioulit, ça monte sec, il fait une chaleur d'enfer, 30kms déjà et toujours pas la moindre boutique en vue, je peste contre les mouches qui m'assaillissent et là, au détour d'un virage, un papi tout ridé qui me regarde passer. D'où et comment est-il arrivé là? No sé! Enfin, tout ça pour vous dire que camper sauvage, en toute tranquillité, au Maroc, c'est vraiment la mission!

 

 

Les bronzés montent au Toubkal (écrit le 20/08/2010)

S'il y avait une chose que je ne voulais pas rater lors de mon passage au Maroc, c'était le Jbel Toubkal. «Jbel» en Arabe, ça veut dire «mont». Toubkal, c'est le nom de la montagne. Je ne sais pas d'où ça vient, mais si le cœur vous en dit, vous pouvez faire une petite recherche sur le net et me tenir au courant du résultat.

Le Jbel Toubkal, c'est le plus haut sommet de l'Atlas, le toit du Maroc. Il culmine à 4167m et a la particularité de pouvoir être gravi en basket durant la saison estivale (en hiver, c'est un peu plus compliqué, il y a de la neige et de la glace et l'ascension relève vraiment de l'alpinisme). Il existe différentes voies pour monter au Toubkal, j'avais choisi de prendre celle partant de Imlil étant donné que c'était la plus proche de mon itinéraire. Imlil est un petit village où il y a plus d'hôtels que de maisons. On y accède par une petit route défoncée digne de l'émission de France 5 «Les routes de l'impossible» (petit clin d'œil à Johan au passage, au fait, ça kite en Australie?). Depuis Asni, c'est 17kms de montée pure avec des passages de gués, des éboulements sur la route, de la boue... C'est pas triste. Espéranto est arrivé à Imlil dans un état que je ne vous dis même pas!

Pour atteindre le sommet depuis Imlil, c'est 3000m de dénivelé positif par «l'autoroute»: chemin balisé, facile, beaucoup de monde et des boutiques régulièrement jusqu'au refuge (3200m). Le sommet peut se faire dans la journée. J'ai choisi de le faire sur deux jours (en autonomie, faut pas déconner, non plus) histoire de profiter de la montagne.

Parce que c'est un 4000 et parce que c'est facile, le Toubkal attire beaucoup de monde, notamment des gens qui n'ont jamais (ou presque) fait de montagne. Pour être sûr d'arriver en haut tout confort, ils prennent un guide et des mules. Si bien que sur le chemin vous croisez des trains de mules (chargés comme des mulets, d'ailleurs, certains sont des mulets:-) et des trains de touristes (chargés comme des touristes). Ce qui est marrant, c'est que les trains de mules vont beaucoup plus vite que les trains de touristes!

Lorsque nos amis touristes arrivent enfin à bon port, exténués par le dénivelé, l'altitude, l'effort à fournir, le repas est prêt, les tentes sont montées, ils n'ont plus qu'à enfiler leur belle veste toute neuve, achetée juste pour l'occasion. Une fois qu'ils se sont remis de leurs émotions, c'est un raffut d'enfer: ça crie, ça rie, ça plaisante... Pas facile de profiter du calme de la montagne dans ces conditions. Mais le meilleur reste à venir: l'ascension vers le sommet le lendemain.

Les premiers quittent leur campement à 5h du matin, à la frontale, équipés comme s'ils grimpaient l'Everest (grosses chaussures, pantalon et veste gore tex, bonnet, gants...). A ce moment là, ça plaisante encore. En partant à 6h, on les retrouve dans la pente, agonisant, souffrant le martyre devant l'altitude. Il y en a qui sont assis, d'autres les mains sur les genoux, d'autre debout, la tête tournée vers le ciel... Il y a les guides, qui les encouragent, les poussent, portent leur sac... Une vraie pièce de théâtre!

Mais, globalement, que ce soit en 3h, en 4h, ou en 6h,  tout le monde arrive en haut. Et il leur faut très peu de temps pour récupérer. Tout juste 5mn et c'est reparti: photos, bouffe, plaisanterie, photos, cris, photos, rires, prévisions de qui arrivera le premier en bas... Ce qui est marrant, c'est qu'ils vont tous s'agglutiner au pied de la structure métallique qui marque le sommet, comme pour être sûr d'être à 4167m (il y en a même qui grimpent sur la structure et crient «je suis à 4171m, c'est moi le plus haut!». Je suis prêt à parier que certains ne prennent même pas la peine de regarder le paysage. - «T'es monté au Toubkal, alors?» - «Ouais, c'était pas facile, l'altitude, le froid, le dénivelé...» - « Et c'est beau le panorama depuis là-haut?» - «?? Euh, je sais pas, j'ai pas pensé à regarder».

Il n'y a pas à dire, la définition du tourisme donné par je ne sais plus qui (à vous de chercher sur le net, encore une fois!) est très vraie: «le tourisme consiste à emmener des gens qui seraient mieux chez eux, dans des endroits qui seraient mieux sans eux».

Hormis tous ces gigolos en veste de haute montagne qui braillent à n'en plus pouvoir, j'ai vraiment apprécié le Toubkal et la région de Asni. De tout ce que j'ai pu voir du Maroc jusqu'à présent, c'est l'endroit le plus beau et le plus impressionnant que j'ai traversé. Un seul mot: magnifique!

 

 

Géographie française (écrit 16/08/2010)

Comment s'occuper sur le vélo? Très grande question que beaucoup de monde se pose... Et qui pourtant n'a pas vraiment lieu d'être, étant donné qu'il y a toujours quelque chose à faire: regarder la route, éviter un trou, souffler (et souffrir), lutter contre le vent, siffloter... Et si vraiment vous ne savez pas quoi faire lorsque vous êtes sur les routes du Maroc, alors vous pouvez réviser votre géographie française. Depuis que je suis au pays de Mohamed VI, je crois qu'au moins une voiture sur deux qui me doublent est étrangère: hollandaises, espagnoles, italiennes ou... ou... françaises! Du coup, je révise mes départements. Il y en a des faciles, puis il y en a des difficiles. Mais petit à petit, je commence à être assez calé.

J'ai sur ma sacoche de guidon un petit drapeau français. Je pensais qu'avec tous ces Franco-Marocains le contact allait être facile (solidarité oblige!). Mais rien du tout. J'ai reçu des encouragements de la part des Maroco-Marocains, des Franco-Français (on en voit quelques uns sur les routes!). Mais rien de la part des Européo-Marocains. Sont-ils perdus entre deux cultures? Ne savent-ils plus où est leur chez eux? Le fait est qu'ils semblent tous très fiers et orgueilleux au volant de leurs puissantes cylindrées. Ils ne jettent même pas un coup d'œil à Espéranto. Me considèrent-ils comme un touriste, alors que, eux, sont des gens du pays? Je ne sais pas. Dans tous les cas, je n'ai eu aucun contact chaleureux avec ces gens. Aucun? Pas tout à fait. Il y a eu cette Audi A4 break immatriculé 49, qui, m'ayant vu sur la route, a fait demi tour pour venir à ma rencontre et me demander d'où je venais, où j'allais, ce que je faisait... Ils sont même allés jusqu'à me montrer la route!!! Je dois dire que cette rencontre, courte, mais au combien chaleureuse, m'a donné de l'énergie pour deux ou trois jours. La route serait invivable si tout le monde était comme ça. Mais ce n'est pas le cas. Ce genre de situation est aussi rare qu'une barrière au Maroc.

Ah oui, parce que je ne vous ai pas dit (et hop!, on saute du coq à l'âne, facile, il y en a de partout ici!), mais au Maroc, il y a très peu, sinon pas, de barrières «hand made». Une bonne rangée de cactus ou de buissons bien épineux et votre propriété devient inviolable... En plus, selon la variété de cactus, vous pouvez même avoir une barrière qui vous donne des figues de barbarie. Elle est pas belle la vie?!

 

 

Chez Jamel à Zhiliga (écrit le 15/08/2010)

Sur ma carte du Maroc (qui est récente, mais pas précise, mais c'est pas grave parce que le réseau routier marocain est quasi inexistant et donc il vaut mieux une carte récente mais pas précise), il y a des traits (les routes!) et des ronds (les villes!), mais pas de carrés, triangles ou croix, désolé pour les fanas de la playstation. Chaque soir, lorsque je regarde ce qui m'attend le lendemain, je repère les villes où je pourrai acheter de l'eau (méga hyper important), de la bouffe, passer un coup de téléphone... La ville de Zhiliga se trouvait en fin d'étape. J'avais prévu de m'y arrêter quelques minutes seulement pour faire le plein d'eau avant d'aller trouver un coin pour la nuit. J'y suis finalement resté quatre jours.

Ce qui s'est passé, c'est que j'ai eu un peu de mal à trouver une boutique digne de ce nom. Après avoir fait la rue principale dans les deux sens sans trouver mon bonheur, j'ai pris la direction du souk hebdomadaire et je suis tombé sur un type formidable: Jamel.

Jamel venait tout juste de rouvrir sa boutique lorsque je suis arrivé. Il m'a dit qu'il me connaissait (ah?) parce qu'il m'avait doublé en voiture sur la route. La conversation s'engagea et il me proposa de m'héberger pour la nuit. J'acceptai. Ce que je ne savais pas, c'est que j'allais être trèèèèèèèèèèèèès malade: maux de ventre, nausée, diarrhée... Heureusement j'étais entre de bonnes mains (le frère de Jamel, Khalid, est pharmacien:-). Petit à petit mon état de forme est revenu et j'ai vécu la «vraie» vie marocaine de Zhiliga: le marché, le médecin, le café, la prière. J'ai discuté avec Ibrahim, le frère de Jamel, de ses désillusions et de ses ambitions marocaines, de ses rêves européens. J'ai rencontré Said le professeur, Mohamed le propriétaire des bains, Otmane le coiffeur, Brahim le pharmacien... Je suis resté à Zhiliga quatre jours. On m'a proposé d'y rester pour toujours. Mais il fallait que je parte pour continuer mon voyage. J'ai quitté avec regrets Jamel et sa famille, Zhiliga et sa petite vie tranquille.

Une chose est sûre, si un jour, à nouveau, je retraverse le Maroc, je ferai en sorte de passer par Zhiliga et d'y rester quelques jours pour retrouver Jamel, Ibrahim, Khalid, Karim, Amine, Mohamed, Said, Otmane et tous les autres. Comme dirait Jamel: Inch'Allah!!

 

 

J'ai fait le ramadan... ou presque (écrit le 13/08/2010)

Lorsque je suis arrivé le 9 chez Jamel, je n'étais pas trop mal, mais fatigué. Le 10 j'étais complètement out. Le 11 ça allait bien et je voulais partir le 12. Mais le jeudi 12 était un jour très important pour tous les musulmans et encore plus pour les habitants de Zhiliga étant donné que c'était le début du ramadan et le jour du souk hebdomadaire. A ce propos, la date du début du ramadan ne peut (soi-disant) pas être connue à l’avance étant donné que «ça dépend de la lune». Il faudra qu’on m’explique une chose. Pourquoi est-ce qu’on est capable de prédire qu’il y aura une éclipse de lune dans la nuit du 23 au 24 septembre 2058 et qu’elle sera visible depuis la fenêtre de Monsieur Dupont à Paris IIIè, mais pas depuis celle de Monsieur Martin à Strasbourg Vè (et, non, messieurs les petits rigolos, ce n’est pas parce qu’il y a un arbre ou un immeuble devant chez Monsieur Martin) mais on ne peut pas dire quand commence et quand se termine le ramadan avant la veille au soir ?!? C’est pas se moquer un peu du monde ça ? Enfin bref, Jamel m'a dit que je ne pouvais pas rater ça, alors j'ai accepté de rester un jour de plus. Je me suis même proposé de faire le premier jour du ramadan. Je n'ai pas été déçu! Le ramadan commence très tôt, à 3h30 du matin avec «Sour» (je ne sais pas si ça s'écrit comme ça, mais, phonétiquement, ça correspond à peu prêt. Sachant qu'on s'était couché après minuit, j'ai eu du mal à me lever. «Sour», c'est la première prière de la journée (ça, j'ai pas fait), mais c'est aussi le dernier repas. Au menu un sandwich avec fromage et œuf. Je mange très lentement, il a donc fallu que j'accélère un peu pour finir avant l'annonce du Muezzin. Je ne bois pas pendant les repas et j'ai du mal à boire juste après avoir fini de manger. Mais pour les besoins de la chose (14h sans boire par 50°C), je me suis forcé à ingurgiter quelques centilitres d'eau. Une fois que le gueuleton est terminé, on retourne se coucher. Je me suis levé à 9h30 pour aller faire un tour au souk hebdomadaire. Croyez-moi, l'expression «c'est le souk ici», n'est pas un euphémisme! Le souk est un marché très peu organisé où on trouve (et on voit) tout et n'importe quoi: un gars qui trimbale sa chèvre par la patte arrière droite, un étalage avec, en même temps, chaussures usagées, balles de tennis neuves et disques de disqueuse usagés et fruits secs... Il y a un monde de fou. Ça crie, ça pousse, ça court dans tous les sens! J'ai fait un petit tour au milieu de tout ça, en économisant mon énergie, puis je suis rentré me coucher pour attendre le «Allah akbar» libérateur. Je ne sais pas comment font les Marocains! Personnellement, j'ai passé ma journée à agoniser sur ma couche en attendant l'appel du Muezzin. J'étais tellement assoiffé, que, à partir de 19h, tous les bruits s'apparentaient à celui de l'appel. Le «Allah akbar» a enfin retenti. Je me suis jeté sur une bouteille d'eau. Mes hôtes m'ont dit de ne pas trop boire car j'allais être malade, mais j'avais trop soif: un grand verre d'eau, un verre de lait, deux bols de soupe puis je me suis couché et j'ai dormi jusqu'au lendemain (en ratant tous les repas de la nuit, parce que pendant toute la nuit, c'est banquet!). La fin de l'histoire c'est que le lendemain j'étais malade comme un chien et je suis resté couché toute la journée! Une chose est certaine, je ne me convertirai pas à l'Islam. Faire le ramadan un mois par an pendant toute sa vie, je ne pourrais pas!

 

 

… Toileeeeeeeeeeeeeettttttttttttttttttttttttttttttttes (écrit le 11/08/2010)

Je suis entré au Maroc le 6 août (ça, je vous l'ai déjà dit). Le 7 août au soir j'étais pris de vomissements et de nausées. Je terminais la soirée sur le trône... Et les trois jours suivants n'étaient pas mieux. Il fallait me rendre à l'évidence, j'avais choppé la tourista!

Avant de partir, je m'étais renseigné sur l'eau: où en trouver, possibilité de la boire... De partout il est indiqué qu'il est fortement déconseillé de boire l'eau des fontaines situées le long des routes, à moins d'y mettre des micropures. Évidemment, moi, Benoît Ollier, je ne me sens pas concerné par ces conseils et je me dis que si les Marocains boivent cette eau, pourquoi pas moi? Je passe donc mon premier jour en remplissant mes bidons dans les fontaines. Tout se passe bien. Idem le second jour. Tout se passe bien. Alors pourquoi est-ce que le soir, je me retrouve dans un état pareil: jambes flageolantes, frissons, vomissements, nausées, diarrhée?? Certes, j'ai bu de l'eau des fontaines, mais je ne pense pas que ce soit ça.. En fait je pense surtout que c'est le fait d'avoir bu de l'eau chaude.

Durant la journée, la température monte jusqu'à 50°C. L'air est bouillant. Même s'il y a du vent, il est très chaud et il brûle, au sens premier du terme. L'eau qui sort des robinets est fraîche, mais dans les bidons, elle prend rapidement la température de l'air. En fin de journée, j'ai bu un bidon complet d'eau chaude. C'était infecte et j'ai tout de suite senti que mon estomac n'appréciait pas du tout. Deux heures plus tard il me le faisait savoir!

En fin de compte, j'ai réussi à rouler le troisième jour puis le quatrième. Mais j'ai ensuite été contraint de m'arrêter complètement. Rouler avec la diarrhée, c'est la merde, surtout au Maroc. Il n'y a pas d'arbres pour se cacher. Une envie soudaine et brutale vous prend? Une seule solution, mettre Espéranto sur le bord de la route et se cacher derrière lui. Les quelques pick-up qui sont passés lors de mes vidanges ont dû bien se marrer!

La diarrhée c'est un peu comme le rhume. Ça coule, ça coule, ça coule... Et on se demande comment c'est possible que le corps puisse renfermer autant de cochonneries. Surtout que, dans le cas de la diarrhée, je n'ai rien mangé pendant trois jours, mais j'ai passé ma vie aux chiottes! (Soit dit en passant, je pense que j'ai perdu quelques kilos dans la bataille. Espéranto va bientôt être plus lourd que moi!)

Aujourd'hui (11 août), après deux trois jours de repos complet, je vais beaucoup mieux. Demain je reprends la route. Mais je sens que l'eau va être un réel problème. Je ne prends plus d'eau aux fontaines, ce qui réduit fortement les points de ravitaillement. De plus, ne pouvant pas boire de l'eau chaude, il m'est impossible de stocker les bouteilles sur le vélo. Pour couronner le tout, le Ramadan débute demain, m'interdisant de boire devant les gens... Les jours à venir s'annoncent épiques. Mais je suis bien content d'en avoir terminé avec cette tourista. Vous me pardonnerez la vulgarité de l'expression, mais j'en ai chié!

 

 

Alae, ou le Contador marocain (écrit le 09/08/2010)

En deux semaines à travers l'Espagne, on ne m'a jamais parlé de Contador. Pourtant, un Français qui fait un tour en Espagne, quelques jours après qu'un Espagnol ait gagné le Tour de France, avouez qu'il y a matière à entrer en discussion! Peut-être que les Espagnols ne connaissent pas Contador (ce dont je doute plus que très fortement). Ce qui est sûr, c'est que les Marocains connaissent le Tour de France et ses champions!

Je n'avais pas roulé 10kms au Maroc qu'on me demandait si je faisais le Tour de France. 5mn plus tard, c'est un petit gamin sur le bord de la route qui me criait «Allez Contador!!». Premier arrêt pour boire un coup: «Hé m'sieur, tu connais Contador?». La grande boucle a des adeptes de partout dans le monde, même au Maroc! Il faut avouer qu'il y a beaucoup de vélos. Ce ne sont pas des cadres carbone dernier cri avec des gars affûtés dessus, mais plutôt des bicyclettes d'un autre âge, rafistolées à la sauve qui peut et aussi chargées que les petits ânes que l'on croise un peu partout. D'ailleurs, il n'y a pas de coureurs africains (et donc marocains) dans le peloton. Je pensais donc qu'il n'y avait pas de cyclistes marocains. Jusqu'à ce que je croise Alae.

C'était mon deuxième jour au Maroc, il était temps de faire quelques courses pour ne pas mourir de faim. J'avais choisi la ville de Ouazzane pour faire une pause achat. Au Maroc, il n'y a pas (ou très peu) de supermarchés. Pour faire ses courses, il faut aller de petite boutique en petite boutique pour trouver tout ce dont on a besoin. Et puis il y a toutes les petites échoppes qui jalonnent les routes et qui proposent quatre figues, deux pastèques et cinq oignons. Je m'étais préparé à chercher un peu. Mais à l'entrée de Ouazzane, je vois arriver en sens inverse un cycliste digne de ce nom: vélo de course, lunettes de soleil, pédales automatiques... Il traverse la route pour venir s'arrêter à ma hauteur.

C'est un jeune garçon de 17ans, qui aime le vélo et qui fait un petit tour de bicyclette d'une heure tous les jours. Il est heureux de me rencontrer et moi donc! On discute un moment puis il me guide dans Ouazzane pour acheter du pain, du miel, de la mortadelle (pas de saucisson au Maroc!), des biscuits. On sort ensuite de la ville ensemble. Il me donne deux ou trois conseils concernant les routes et les arnaques aux boutiques (ça je m'en suis aperçu tout de suite!). On échange nos adresses mails et on se quitte.

Alae redouble sa première l'an prochain. Son objectif? Passé en terminale, pour avancer dans ses études, mais aussi (et surtout) parce que c'est la condition imposée par son père pour lui offrir un vélo avec fourche carbone.

Qui sait, peut-être Alae viendra un jour disputer le Tour de France et l'emportera pour devenir le premier Marocain vainqueur du Tour. Il sera le Contador marocain!

 

 

Ça se passe comme ça au Maroc (écrit le 08/08/2010)

J'ai passé la frontière hispano-marocaine sans aucune difficulté le 6 août. Un Français, d'origine française, qui vient au Maroc pour du tourisme, ce sont des capitaux qui rentrent, donc pas de problème!

Dès les premiers kilomètres, la différence avec l'Espagne se fait sentir: tout est écrit d'abord en arabe, il y a beaucoup de véhicules étrangers, la pauvreté et la saleté sont criantes, les modèles de voitures ne sont pas les mêmes... et la façon de doubler est toute autre.

Je vous disais que, dans l'ensemble, les Espagnols doublent bien. On ne peut pas en dire autant des Marocains! Pour les amateurs de sensations fortes ou les suicidaires, il y a une alternative plus exotique que les manèges de Disney, la pendaison ou la défenestration. Il y a le cyclotourisme au Maroc.

Pour faire simple, je dirais qu'il y a trois façons de se faire doubler.

1/ Petit coup de klaxon sympathique, «attention, je te double». Dans ce cas, la distance entre la voiture et le vélo est souvent très correcte. Dans cette catégorie, on trouve beaucoup de voitures individuelles (notamment immatriculées en Espagne!).

2/ Coup de klaxon un peu plus fort: «ne bouge surtout pas, je te rase». Là c'est du sérieux et il s'agit de garder sa droite sous peine de se retrouver décalquer sur le capot du véhicule. Généralement, dans ce genre de situation, la portière passe à 15cm de la sacoche. Autant vous dire que si vous ne tenez pas bien le guidon ou que vous rêvassez, c'en est fini de votre petit séjour au Maroc. Parmi les «as du volant», capables de vous épiler en vous dépassant, il y a les chauffeurs de taxis. Et vu qu'ici il y a 50% de taxis, vous imaginez que je me fais souvent doubler de près.

3/ Énorme coup de klaxon très fort et très long: «dégage de là ou je te démonte». C'est ce que j'aime le moins. Pas tant pour l'issue de la chose que pour la façon de faire. Les spécialistes de cette démonstration de force des véhicules motorisés sur le vélo sont les chauffeurs routier (poids lourds et cars). Lorsque j'entends le signal d'alarme, je jette un petit coup d'œil furtif dans mon rétroviseur (histoire d'être sûr que c'est un gros qui arrive) et je sors très vite de la route. Comme les routes marocaines n'ont pas de bas-côté, je termine dans des chardons, ou dans des poubelles (le Maroc est une grande poubelle), ou dans des tas de graviers. Je n'aime pas ça du tout. Et Espéranto non plus, d'ailleurs!

Heureusement, il n'y a pas que des fous sur la route. Il y a aussi (beaucoup) de gens super sympas. Je ne compte plus les encouragements, signes de la main, plaisanteries et autres bons moments que me donnent les Marocains. C'est vraiment très plaisant... Même s'il faut toujours rester vigilant. Une voiture double bien avec des encouragements en prime, mais juste derrière arrive (plein pot) un camion qui ne veut surtout pas faire d'écart.

Voilà, ça se passe comme ça (non pas chez Mc Donald) au Maroc!

 

 

Alors, l’Espagne? (écrit le 5/08/2010)

Je sens que beaucoup me poseraient bien la question s'ils m'avaient sous la main: alors, l'Espagne? Franchement, je vous dirai que je ne suis pas tombé sous le charme de l'Espagne. Le fort de vent de face que j'ai eu pendant presque toute ma traversée y est sûrement pour quelque chose. Mais il y a aussi l'état des routes (cf l'article sur le sujet), la chaleur, les Espagnols. En deux semaines, 5 personnes ont dû me demander d'où je venais. Une seule fois une personne s'est arrêtée pour m'indiquer la route à suivre. Le reste du temps, les gens m'ont dévisagé sans même me dire bonjour. Pourtant, lorsque je suis à 7km/h dans une montée et que eux arrivent en face, la situation d'y prête! Je n'appréciais pas forcément les Espagnols avant de traverser le pays. Je n'ai pas changé de point de vue! (Toutes mes excuses aux amoureux de l'Espagne, mais c'est comme ça que je l'ai ressenti).

Sinon, en Espagne les routes ne sont pas terribles. Il y a des chantiers en stand by un peu partout. Le drapeau national est à tous les balcons, toutes les fenêtres, tous les rétroviseurs. En Catalogne, la bannière catalane est omniprésente.

L'Espagne vit entre 6h et 12h puis entre 17h et 24h. Le reste du temps c'est mort. Les offices du tourisme sont rarement ouverts dans les petites villes de province. A 8h du matin, tous les bonshommes sont au café. Les Espagnols sont plutôt courts sur pattes et bien enrobés (en même temps, s'ils envoient autant de jamon que ce qu'ils en vendent, c'est normal!).

Sur la route, les voitures doublent plutôt bien. Pour ce qui est des indications routières, parfois il y a beaucoup de panneaux, parfois il n'y en a pas. Dans tous les cas le kilométrage n'est donné que très rarement.

Les Espagnols parlent Espagnol. J'ai dû croiser 5 personnes qui parlaient Anglais et 3 qui parlaient Français (je ne parle pas de Algeciras, parce que Algeciras c'est déjà le Maroc:-).

En vrac: panneaux solaires, éoliennes, amandiers, poiriers, péchers, vignes, oliviers, bergers, chèvres, porcs, volailles, jamon, maïs séché, forte pente, vent de face, maisons à l'abandon...

Évidemment, il s'agit là de mon ressenti après seulement quelques jours de route. En fait, mon unique référence actuelle est la France. Peut-être que je changerai d'avis au fil du temps, avec l'expérience. Attendons de voir demain ce que me réserve le Maroc!

 

 

Algeciras, porte de l'Afrique (écrit le 05/08/2010)

Je suis arrivé à Algeciras hier, mercredi 4 août, en fin de matinée. Comme vous avez pu le lire dans l'article précédent, l'arrivée a été assez épique, avec quelques kilomètres sur l'autoroute. Ensuite il m'a fallu trouver l'office du tourisme et un hôtel. Je ne me suis pas mal débrouillé puisqu'à 12h30 j'étais confortablement installé dans ma petite chambre.

La chambre d'un cyclo ressemble plus à un repère de terroriste qu'à une chambre de vacancier. Il y a du linge étendu un peu partout, de la bouffe, des sacoches ouvertes, un duvet qui s'aère, des cartouches de gaz en attente, le vélo, les affaires de réparation... Bref, c'est un peu le foutoir. De ce côté là, ma chambre est à l'image de la ville!

Je suis né à Marseille. J'y ai grandi. J'aime cette ville. Mais je dois avouer qu'après cinq ans à Lyon et un an à Chicago, je trouve que Marseille n'est pas très propre et pas très organisée. Mais à côté de Algeciras, c'est nickel!

Officiellement, Algeciras est européenne. Officieusement, c'est déjà le Maroc: écritures arabe de partout, proposition de shit à tous les coins de rue, petits commerces de bric et de broc, façades délabrées, hommes avec la barbe et femmes voilées, façon des gens de vous dévisager dans la rue... Bref, c'est une ambiance qui fait bizarre en arrivant, mais on s'y habitue rapidement! Pour mieux me fondre dans le décor, je me trimbale avec un short et un tee-shirt non lavés. Avec mon teint bronzé et mes quatre poils au menton, ça passe plutôt bien.

J'ai acheté mon billet pour Ceuta. Ça n'a pas été une mince affaire! Déjà 10km avant Algecirs, il y avait une boutique sur une aire d'autoroute qui proposait des billets de bateau. Sur le port, les boutiques sont les unes à côtés des autres et proposent toutes billets, change et excursion. Pour acheter mon ticket, j'en choisis une qui ma paraît pas trop mal. Je rentre et on m'interpelle immédiatement: «Billet? Prochain départ 16h (il est 15h35). 36Euros!». «Moi je veux partir vendredi 6 vers 8h.» «Vendredi? Pas possible. Prochain départ 16h». Le gars m'explique que pour le prochain bateau est à 16h et que le prix est de 36euros. Mais pour celui de vendredi, il ne peut pas me dire le prix. Je passe donc dans la boutique d'à côté pour savoir s'ils vendent des billets pour vendredi 6 août. «Oui. Passeport!». - «Euh, je peux savoir l'horaire et le prix s'il vous plaît?». - «Toutes les heures. Passeport!». - «Non, mais je veux un billet pour une personne vendredi 6 août...». - «Oui, passeport!». - «Donc je disais vendredi 6 août à 8h.». - «Ok, ok. Quelle heure, 7h? 11h? 13H?». «J'ai dit 8h, c'est possible?». - «Oui, passeport!». Je finis par donner mon passeport. Le gars prend tous les renseignements dont il a besoin, me rend mon document et me dit: «34,60 euros!». - «Euh, c'est possible de savoir ce que je paie? Départ 8h? Arrivée quand? Où j'embarque? J'ai un vélo, c'est pris en compte tout ça?». «Oui, oui, oui, 34,60! Personne suivante!». J'aime pas trop cette façon de procéder, mais je m'exécute et je paie. Le gars me tend alors mon billet (nominatif, je précise). Je vérifie que tout est correct. Date: ok. Heure: ok. Identification: BENOT OLIVER. Je fais remarquer au gars (qui en est déjà à ses deuxièmes clients après moi) qu'il y a une erreur dans mon nom et je lui montre. «Tu as passeport? Tu as ticket? Alors c'est bon, venga!». - «C'est bon, c'est bon... J'ai un passeport au nom de Benoît OLLIER et un billet au nom de Benot OLIVER et c'est bon?!? Vous vous moquez de moi, non?». - «Pas problème, important le prix, là».

Finalement je jette l'éponge. Si j'ai bien compris, on contrôle, à l'embarquement, que le billet est valable, pas qu'il est au nom de la personne qui le présente. Si ça c'est pas l'Afrique!! J'espère que ça passera. Sinon, j'ai toute la journée pour revenir voir mon gars et lui dire de me faire un billet à mon nom.

A part ça, le quartier du port est plein de banques. On sent qu'il y a un trafic important d'argent! En parlant de ça, j'ai changé des euros en dirhams, dans une des boutiques du port. Je me demande si c'est légal. Le taux n'est affiché nulle part. «Le change, c'est possible ici?». - «Pas de problème, combien tu veux changer?». - «C'est combien le taux?». - «10». - «Ah». Finalement, le gars tire un tiroir de dessous son bureau d'où il extrait une liasse de billet. Tu lui donnes des euros, il te donne des dirhams avec un petit papier où c'est marqué 150*10=1500. Si ça c'est pas l'Afrique!

Allez, c'est 14h30, il fait 45°C. C'est l'heure de la sieste. Demain, si tout se passe comme prévu, je serai sur les routes marocaines. Alors la sieste il faut la faire aujourd'hui!

 

 

Espéranto prend l'autoroute (écrit le 3/08/2010)

Voilà, je suis arrivé à Algeciras, porte de l'Europe pour certains, porte de l'Afrique pour d'autres. Je fais partie de cette seconde catégorie. Promis je vous fait un topo sur Algeciras rapidement. Mais laissez-moi vous raconter mon arrivée épique sur la ville.

Je vous ai déjà dit que, sur certains tronçons, j'avais dû prendre les Nationales étant donné que ce sont les seuls axes routiers disponibles. Hé bien aujourd'hui, avec Espéranto, on a fait mieux: on a pris l'autoroute. Et ce en toute légalité!!

Sur ma carte, il n'y a pas d'autres solutions que l'autoroute pour rejoindre Algeciras depuis Guadarranque. Mais je pensais qu'une fois sur le terrain, je trouverais une route de service ou une piste. Rien du tout. Je me renseigne auprès des gens du coin. Ils me disent de prendre l'autoroute. Je leur dis que c'est interdit. Ils me répondent que c'est la seule solution pour rejoindre Algeciras et que beaucoup de vélo le font. Je réfléchis un peu, je pèse le pour et le contre, puis je décide de m'engager. Il n'y a pas de panneaux interdisant l'accès aux vélos. La bande d'arrêt d'urgence n'est pas large et avec le vent de côté, le souffle des véhicules est impressionnant. Je ne fais pas trop le malin, d'autant plus que j'ai peur de me faire sortir par des flics (il y a plein de voitures de Guardia Civile sur toutes les routes espagnoles). En voilà une qui me double. «Pas possible, ils ne m'ont pas vu?!». Mais voilà que j'aperçois un vélo dans mon rétroviseur. Le gars me double en me faisant un signe de la main, comme si de rien n'était. Incroyable! Mais encore plus fort, quelque kilomètres après, j'aperçois un panneau destiné aux cyclistes (oui, oui, sur l'autoroute!) et qui annonce une piste cyclable sur la droite (j'en crois pas mes yeux). Je sors donc de l'autoroute pour suivre la piste (qui me balade un peu, je trouve). J'arrive ensuite à un rond point avec 2 entrées d'autoroute... Et des panneaux «vélo»! Je suis tellement stupéfait que je m'arrête. Passent alors trois gars à vélo: - «donde vas?» - «A Algeciras!» - «Por aqui!», et ils rentrent sur l'autoroute. Je les suis. C'est comme ça que j'ai fait les 10 derniers kilomètres sur l'autoroute. J'ai pris la sortie comme les voitures et je me suis retrouvé dans Algeciras. Je suis pour deux nuits à l'hôtel, pas loin du port et après un petit tour dans la ville cette après-midi, je peux vous dire qu'Algeciras c'est vraiment le souk!!

 

 

Un Marseillais à Salitre (écrit le 2/08/2010)

Il y a des journées qui commencent pas bien.... Et qui ont du mal à bien se terminer. Le 2 août a ait partie de celles-là. Lever 6h, comme tous les matins (c'est qu'on ne chaume pas, nous!). Petit déj et pliage de tente pour pouvoir partir dès que la luminosité est suffisante pour ne pas se payer une voiture. Petite descente vers Valle de Abdalajis (vous regardez où ça se trouve, c'est proche de Grenade). Très froid dans la descente (je ne vais quand même pas sortir les gants au mois d'août en Espagne!). Pas de fontaine dans ce bled. Direction le Desfiladeros de los Gaitanes. Pas de croche sur la carte, mais une montée digne de ce nom. J'aurais aimés avoir un altimètre pour voir l'altitude évoluer: 3 coups de pédale, 1 mètre de gagné! (ça devait être un truc du genre). Quelques personnes qui marchent le long de routes (toutes me dévisagent, pas une me dit bonjour). Après la montée, la descente d'enfer. C'est tellement pentu que je ne peux pas arrêter Espéranto (je vous jure que c'est pas des blagues, au mieux j'atteins 5km/h). Et dire qu'on m'avait dit que les V-tBreak étaient peut-être trop puissants pour ce que je voulais faire. Heureusement que je me suis écouté!

Bref, j'arrive à El Chorro, quatre maisons au fond d'un trou. C'est vrai que le Desfiladero de los Gaitanes est impressionnant. Malheureusement le vent se lève et, évidemment, comme depuis le début, il est de face. Maintenant qu'on et bien descendu, il faut tout remonter, avec le vent en pleine poire. Chouette! Finalement plus de 3h me seront nécessaires pour rejoindre El Burgo. Je dois vous avouer que, dans ces moments là, je me demande ce que je fabrique sur Espéranto! Après la montée vers El Burgo... Vient la montée vers la Puerto del Viento. L'avantage, c'est que là, c'est un vrai col de montagne. 15km avec des vraies rampes pour montée à près de 1200m. J'aime ce genre de col. Je me dis alors que la journée va finalement bien se passer. Finalement j'arrive au sommet où j'espère pouvoir m'asseoir et savourer le panorama en mangeant un morceau. Mais je n'ai pas passé le panneau qu'un gars m'interpelle. Je l'avais vu depuis un moment sur la crête. Lui, a suivi ma montée aux jumelles. Il parle Français, me demande si je vais bien, d'où je viens, où je vais, où j'ai dormi, si je fume... Jusque là, tout va bien. Puis vient cette question «Tu ne fumes pas du shit?, Même pas un peu? C'est bon pourtant.» S'il y a un truc que je ne pensais pas possible, c'est bien que l'on me propose du shit à 1190m d'altitude! Comme il se fait un peu plus pressant, je le remercie, je mets mon casque (on rigole pas dans les descentes), et c'est parti pour le grand plongeon vers Ronda (750m). Comme tout va mal ce jour là, gros vent de face dans la descente et il faut pédaler et faire gaffe à ne pas tomber dans les virages. Puis soudain, coup de klaxon, un 4x4 me double, mon gars du sommet «Tu vas bien?» «Très bien couillon de la lune!». Petite pause à Ronda dans un parc merdique (pas une ombre). Je repars, toujours vent de face, mais cette fois ça monte pour sortir de la cuvette de Ronda. Quand tout à coup, klaxon. Toujours le même gars qui se met à ma hauteur: «Tu n'es pas trop fatigué? Tu ne veux pas t'arrêter boire quelque chose?». Je dois vous avouer que je n'étais pas trop à l'aise de me savoir suivi comme ça. J'ai donc changé mes plans et je suis allé au camping. Au passage, j'ai roulé dans une flaque de goudron fondu, ce qui a manqué de me faire tomber. Mais je me suis rattraper sur la glissière de sécurité, sur laquelle je me suis ouvert (un peu) la paume de la main droite. Et j'ai terminé la journée par 4km de descente (à remonter le lendemain matin) pour atteindre camping le plus proche de ma route.

C'est là qu'est intervenue la bonne surprise de la journée (il était temps). Le camping était désert et il était tenu par un gars super sympa, parlant Français, qui avait habité 37 à Marseille, rue Sainte, à quelques encablures de chez moi. Après la dure journée que j'avais eu, ça faisait du bien de parler à un Marseillais!

 

 

Rutas de mierda (écrit le 02/08/2010)

Après 12 jours passés en Espagne et un peu plus de 1000kms sur des N, des CV, des CM, des C, des MA, des GR, des JA, des A, je crois que je suis apte à vous faire un petit topo sur l’état des routes de la péninsule ibérique (ou du moins pour les régions où je suis passé). Pour faire simple, je dirais qu’il y a deux sortes de routes : les anciennes et les nouvelles (je ne parle pas des autoroutes).

Pour les anciennes routes, l’enrobé est très souvent plus que défectueux: trous, crevasses, affaissements… Et c’est du gros grain pas trop agréable à rouler. La gros avantage de ces routes, c’est qu’elles ont été tracées «à l’époque». La pente y est donc toujours raisonnable (il fallait que la voiture de Grand Papa puisse y monter). Un autre bon point de ces voies est qu’elles sont très peu empruntées (vu l’état, on comprend pourquoi).

Passons à présent aux nouvelles routes. Là je fais la distinction entre les nouvelles pour forte circulation et les nouvelles pour faible circulation. Les nouvelles pour forte circulation, ce sont les fameuses nationales, ces voies rapides limitées à 120km/h où les vélos sont admis (paye tes dépassements de semis lancés à fond les ballons!). Pour ces voies de circulation, les Espagnols ne se sont pas enquiquinés : ils sont allés tout droit. Une colline ? No problemo hombre, on fait une tranchée! Il en résulte des tracés relativement plats et rectilignes (génial lorsque t’as le vent de face!). Des bout de l’ancien tracé apparaissent ici et là. Pas terrible question esthétique.

La seconde catégorie de routes nouvelles sont les petites routes. Ce sont les pires de toutes pour moi. Comme les voitures sont puissantes et que le chemin le plus court entre deux points et la ligne droite, les nouveaux tracés vont droit dans la pente. Ça vous donne donc des successions de montées et descentes de quelques centaines de mètres avec des pourcentages pas très sympathique. Impossible de prendre son rythme. L'enfer.

Mes les routes espagnoles, c'est comme les glaces au restaurant. Il y a la glace de base et il y a tous les suppléments (chantilly, caramel, smarties...). Les suppléments carreterra ce sont:

-        Les «pasos de tractores»: 2 mètres de pavés sur la largeur de la chaussée pour permettre aux tracteurs de traverser d'un champ d'oliviers à un autre sans dégommer le bitume. Freinage obligatoire en descente sous peine de tout casser. Espéranto n'aime pas trop, mais à 12km/h, ça passe bien.

-        Les panneaux «Firme en malestado». Sans parler un mot d'Espagnol, j'ai vite compris que ça voulait dire que la route était en mauvais état. Ce qui est un euphémisme parce que je traduirai plutôt par un truc du style «route disparue sur quelques mètres». Pendant 5 à 100m, plus d'enrobé, des nids de poules qui ressemblent à des baignoires pour phacochères (sans l'eau, heureusement), des caillasses comme des ballons de foot... Bref, de la piste quoi. Là il faut passer à moins de 10km/h. Inutile de vous dire qu'Espéranto déteste ces passages.

-        Les panneaux «Peligrosso, ruta en obra». Ça ça veut dire que des travaux sont prévus, ou ont été engagés, mais ça fait très longtemps. Souvent les panneaux sont rouillés, les ferraillages en attentes... Et pour contourner le chantier, les voitures ont créé une piste dans le champ d'à côté. C'est le paysan qui doit être content.

Bref, vous l'aurez compris, les routes espagnoles, c'est pas le top. Ce qui est bien, par contre,c'est que les Espagnols doublent plutôt bien. Bizarre au regard du très faible nombre de vélos que j'ai vu!

 

 

Dîner spectacle (écrit le 01/08/2010)

Lorsque l'on voyage à vélo, trouver un bon endroit pour la nuit est très important afin de bien récupérer. Pour faire simple, on peut dire qu'il y a deux sortes d'endroits: les sites aménagés (style campings) et les sites sauvages (genre champ d'oliviers). Quel que soit le lieu où l'on établit le camp, on a toujours quelque chose pour se distraire.

Bien calé sous un amandier, on voit le soleil descendre petit à petit. Ce sont alors les sommets alentours ou la mer qui rougeoient. Et puis la lune fait son apparition, suivie des étoiles (une petite pensée alors pour Marie-Paule et son message très poétique :-). Si l'on est en bord de mer, on voit les lucioles des bateaux. Si on est face à une route, on contemple les phares des voitures qui passent. Les bruits aussi changent. On entend des chiens aboyer, les criquets se manifester et les chauves-souris voler. Ce sont là des spectacles très poétiques et très romantiques (que je partage avec Espéranto, faute de mieux, mais faut pas lui dire:-) Mais il y a aussi des soirs où le spectacle est hilarant. Pour ça il faut être au camping.

Je ne vais pas tous les jours au camping. Premièrement parce que c'est pas toujours donné, mais aussi parce que ce n'est pas toujours très calme et surtout parce qu'il n'y a pas toujours de camping là où on voudrait qu'ils soient. Globalement j'essaie d'aller au camping tous les 3 ou 4 jours. C'est l'occasion de prendre une bonne douche, de se raser, de passer une bonne nuit... Et de bien se marrer!! Parce que le sommum du comique se trouve au camping! En Juan qui remet le auvent de sa caravane (opération qui lui prend bien 50mn), Maria qui prépare le repas du soir, Julio et Lydia qui se disputent, Pedro qui dort dans son transat alors que Esmeralda l’appelle (et l’engueule) pour manger… Pas le temps de s’ennuyer! Au milieu de tout ce monde qui s’active (sauf Pedro, toujours dans son transat), il y a moi. Assis part terre, calé contre un arbre, les jambes complètement étendues pour décontracter mes muscles, en train de m’empiffrer avant d’aller me coucher, je dois pas mal faire rire aussi.

 

 

Le fromage magique (écrit le 31/07/2010)

Pour bien pédaler, il faut bien manger. Et pour bien manger, il faut à la fois des aliments sains, nourrissants et bons. Comme je ne recherche pas la performance sportive, je privilégie avant tout le côté gustatif. Après, je fais attention à manger de tout... En ne choisissant que des choses qui me plaisent.

Les Espagnols adorent le jambon. Je vous en avais touché un mot à propos des porcheries (que je ne vois plus (et ne sens plus surtout) depuis quelques jours d'ailleurs. Jamon, fuet, longuanissa, salchisson, chorizo... Il y a le choix et tout le monde doit pouvoir trouver quelque chose à son goût.

A côté de la charcuterie, il y a les fruits et légumes. Là aussi, le choix ne peut pas être plus grand: pêches, nectarines, abricots, poires, pommes, prunes, oranges... Tout «made in Spain»! D'ailleurs, je vous le dis, mais vous ne le répétez pas (sinon je saurai que c'est vous), mais des fois je court-circuite la filière. Si je passe à côté d'un champ de pêches mûres, je gare Espéranto sous un arbre et je m'enfile une demi-douzaine de fruits. Directement du producteur, au consommateur!! Bon, après c'est vrai que c'est pas toujours facile de repartir, surtout si c'est en montée en pleine après-midi.

En termes de gâteaux, pâtisseries et autres desserts, je n'irai pas jusqu'à dire que les Espagnols sont les meilleurs, mais ils se débrouillent plutôt bien. En fait il y a un seul domaine dans lequel ils ont vraiment du mal: ce sont les fromages.

J'adore le fromage (tous ceux qui ont dit «comme son père» sont priés de garder leurs commentaires pour eux:-). A chaque repas j'apprécie un morceau de pain avec un morceau de fromage. Mais en Espagne, pas facile (je dirai même très difficile) de trouver du fromage. J'ai fait l'essai du Maasdam (ça sonne pas trop spanish, non?). Pour vous décrire le truc, c'est un fromage blanc (au goût très industriel) avec une croûte en plastique pétrochimique noire. Comme tous les fromages, le Maasdam a chaud dans la sacoche. Alors il sue. Mais là où il est impressionnant, c'est qu'il est blanc, avec une peau noire... alors qu'il sue une huile orange (dégueulasse...)

En fin de compte, j'essaie d'acheter du fromage français. Rien qu'à l'odeur, tout le monde est au courant que j'ai du camembert dans ma sacoche bouffe! Ma plus grosse erreur serait de ranger ma veste sur le dessus de la sacoche bouffe. Quelle odeur je trainerais alors!!!

 

 

Les montées qui font mouche (28/07/2010)

Comme je vous l’ai déjà dit, je préfère les montées aux descentes. Mais depuis quelques jours, je dois dire que j’en bave franchement lorsque la route vient à s’élever. Alors, évidemment, lorsque ça monte il faut pousser plus. Alors je pousse et ça passe. Mais, en plus de la pente, il y a le soleil. Alors il faut mettre de la crème solaire. J’en mets et ça passe. Qui dit grand soleil dit grande chaleur. Alors il faut boire (et suer). Je bois et je sue et ça passe. Mais il y a un truc qui n’arrive qu’en montée : ce sont les invasions de mouches!!

Avec moi elles se régalent. Pensez donc : un gars avec une couche de peau morte (je père «légèrement»), une couche de crasse, une couche de crème solaire et une couche de transpiration (qui a dit «espèce de lasagne» !), il y a du travail pour elles ! Et puis ça doit les changer des porcs et des moutons.

J’ai du mal avec l’Espagnol, mais je ne comprends vraiment rien au langage mouche. J’imagine seulement ce qu’elles doivent se raconter :

  • Tiens, un bonhomme tout suant sur la route, ça te dirait ?

  • Oh oui, bonne idée, je commence à en avoir ras le bol des porcs !

  • Attention, prête à sauter du camion ?

  • C’est parti !!

C’est à ce moment là que j’essaie d’en attraper une ou deux avec ma casquette (au risque de tomber !). Les gens doivetn parfois se demander ce que j’ai à remuer la tête dans tous les sens (oui, parce que je ne monte qu’en danseuse, ou presque, et ce n’est pas facile de lacher le guidon dans cette position. Si vous faîtes l’essaie, prévoyez du mercurochrome et quelques pansements !).

Bref, pendant toutes la montées je me fais assaillir de mouches. Puis arrive le moment, stratégique, de la descente. Si vous ne chassez pas les mouches, elles se posent quelques part et vous les retrouvez en bas. Il est donc très important d’accélerer légèrement avant de les décramponner. Je pense que si l’on traduit le dialogue mouche à ce moment, ça doit donner un truc du genre :

  • Houlala, ça accélère drôlement. Accroche toi bien !

  • Non, c’est trop dangereux, ce fou va nous écraser avec sa casquette !!

  • Qu’est-ce qu’on fait alors ? On descent ?

  • Oui, je pense qu’il vaut mieux rentrer à dos de mouton, c’est plus tranquille.

Et c’est ainsi que je fais la descente sans passagers clandestins, avant de me faire assaillir à nouveau dans la bosse suivante. C’est comme ça que je participe au déplacement des populations de mouches…

 

 

Premier coup de blues (écrit le 27/07/2010)

J'ai déjà fait des voyages à vélo. Mais jamais je ne suis parti aussi longtemps que cette fois-ci. De fait, lors de mes précédents voyages, je n'ai jamais fait de pause chez des connaissances.

Pour ce grand voyage que j'entreprends, c'est différent. La durée est telle que je dois faire des arrêts. Et quitte à s'arrêter, autant rendre visite à des amis ou de la famille!

C'est comme ça que j'ai fait un petit détour par Vinaros, station balnéaire de la côte espagnole, à mi chemin entre Barcelone et Valence. Si je suis aller à Vinaros, c'est parce que j'y ai rejoins ma sœur, son copain et la famille de ce dernier. Je ne suis pas resté bien longtemps en leur compagnie, tout juste un jour et demi. Puis je sais que je les reverrai à mon retour. Mais n'empêche que j'ai eu beaucoup de peine à les quitter.

Lorsque je réveil a sonné ce matin, j'ai eu du mal à me lever. C'est vrai que nous ne nous étions pas couchés de bonne heure. Mais, de toute façon, les nuits dans une caravane tout confort sont toujours trop courtes! Après le petit déjeuné, Noémie et Sébastien m'ont accompagné le long de la côte sur une petit dizaine de kilomètre. Eux sur leurs petits vélos défoncés de camping et moi sur le grand Espéranto, on avait fier allure! Ils m'ont laissé au bord de la Nationale 340 vers 8h45 et je suis parti seul. J'ai retrouvé ma solitude, mon vent de face, mes camions, mes petits soucis de cyclo (paye ta crevaison sur le bord de la Nationale!). Fini les petits soins de ma sœurs. Finis les conseils de son copain. Finie la bonne humeur du tonton Jean-Luc. Finie la gentillesse de toute la petite famille.

La veille, autour d'un verre, on s'amusait à imaginer que je réapparaisse le lendemain, rebroussant chemin pour revenir au camping de Cala Puntal. Ça a bien failli arriver! Mais voilà, c'est aussi ça le voyage. Des bonnes surprises et des mauvaises surprises, des retrouvailles et des séparations, des joies et des peines, de l'optimisme et du pessimisme...

Le soir, bien caché derrière un amandier, je regardais le soleil tomber lentement derrière l'horizon. Espéranto était sagement rangé à côté de moi. Nous étions à la fois triste d'avoir quitté Noémie, Sébastien, Jean-Luc et tous les autres, mais heureux d'avoir repris la route.

 

 

Journées nationales (écrit le 26/07/2010)

« Allons enfants de la patriiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiie, le jour de gloire esssssssssssssssssssssst arrivé... ». Ça c'est la journée nationale française. Je ne sais pas grand chose de la fête nationale espagnole, mais je sais que j'ai déjà eu ma « journée nationale espagnole ».

En général, les journées nationales c'est plutôt plaisant: c'est férié, on fait la fête, il fait beau (pas de chance pour ceux dont la fête nationale tombe en plein hiver)... Mais ce que j'appelle journées nationales lorsque je parle de vélo n'est pas marrant.

Lorsque j'ai fait mon trajet, j'ai essayé, dans tous les pays, d'éviter les grands axes. Globalement, c'est assez facile, surtout dans les pays dits « développés », du fait de leur réseau routier. Dans les pays pas encore « voiturisés », il y a peu d'axes routiers, mais peu de voitures, donc l'un dans l'autre, ce n'est pas trop mal. Le plus gros problème vient des pays en développement, comme l'Espagne, dont les routes sont... mal pensées.

Il y a quelques jours, j'ai traversé une zone du pays qui n'était déservie que par deux routes: une autoroute et une nationale. Les deux voies étant perpendiculaires les unes aux autres, je me suis dit que je pouvais prendre la nationale (de toute façon je n'avais pas le choix!).

Ce que je ne savais pas, c'est que les nationales espagnoles sont complètement différentes des nationales françaises. Pas de feux rouges, pas de rond-points, pas de villes à traverser. Une nationale espagnole, c'est une deux fois deux voies limitée à 100km/h. En France, on appelle ça une voie rapide et c'est interdit aux vélos!

Je me suis donc retrouvé engagé dans ce merdier, à 14h. Le soleil brillait, pas moi. Après quelques kilomètres, je suis passé devant une station essence, j'ai demandé à la personne qui tenait la boutique s'il y avait une route alternative parce que la N 230 était vraiment très mauvaise. Grosso modo, voilà ce qu'on m'a répondu « mais oui, évidemment qu'il y a une autre route! C'est sûr que la nationale n'est pas marrante. A la prochaine sortie, vous pouvez rattraper l'autoroute! ». Je tiens à préciser que je suis rentré dans la station avec ma sacoche de guidon sous le bras, mon casque de vélo sur la tête et les lunettes de soleil sur le casque. Il me semblait évident que j'étais à vélo. Mais apparemment les Espagnols ont l'habitude de conduire avec un casque de vélo sur la tête. J'ai donc expliqué à l'aimable personne qui était en face de moi que j'étais à vélo, que par conséquent je ne pouvais pas prendre l'autoroute, que la nationale était infernale et que je voulais savoir s'il y avait une troisième route possible. Si vous aviez vu sa tête en m'écoutant!! Je lui aurais demandé le chemin pour aller sur la Lune en avion à pédale qu'elle aurait été moins surprise!

La fin de l'histoire, c'est qu'il n'y avait pas de route alternative et que j'ai dû me taper 40kms de nationale avec vent de face et tout un tas de poids lourds qui doublaient en klaxonnant.

Je n'ai d'ordinaire pas mal aux fesses sur le vélo. Un bon cuissard, une bonne selle, un peu d'entraînement et le tour est joué. Mais ce jour là, je peux vous certifier que j'ai fini ma journée avec des crampes d'enfer dans les fessiers... Tellement j'avais serrer les fesses durant cette « journée nationale ».

 

 

Énergies renouvelables (écrit le 25/07/2010)

Le sujet est à la mode (plus que d'actualité, il me semble): il faut être éco-responsable. Cela passe un tri des déchets, une économie d'énergie, moins de pesticides, moins de voitures... On est loin du compte. Depuis que je suis parti je n'ai croisé qu'un seul cyclo. Un Suisse de Bâle qui remontait vers chez lui. Tous les autres touristes que j'ai pu croiser étaient en voiture. A ce propos, j'ai remarqué que plus on était proche de la mer, plus il y a avait de « fous du volant ». Les fous du volant ce sont ceux qui roulent à 90km/h en ville, fenêtres grandes ouvertes, musique à fond les ballons, une main sur le volant, l'autre sur le levier de vitesses... Et qui vous doublent à 20cm en klaxonnant et en vous disant d'aller « vous acheter une route ». Un plaisir, quoi. Sorti de ça, il y a aussi des gens sensés et responsables, qui ralentissent en vous voyant et attendent que la voie soit libre pour vous passer. Certains vont même jusqu'à vous faire un petit signe de la main. Un must.

Je dois dire que dans l'ensemble les Espagnols doublent bien. Ils sont aussi de bons élèves de l'éco-classe. En 4 jours sur la péninsule ibérique, j'ai vu plus d'éolienne qu'en 1 mois à travers la France! En même temps, vu le vent de face que je me suis pris depuis mon entrée dans le pays de la Roja, je comprends! Je n'avais jamais vu de champs de panneaux solaires (autre part qu'en photo dans les livres). C'est maintenant chose faite! L'arrière pays espagnol regorge de panneaux photovoltaïques. Mais là encore, les coups de soleil monstrueux que je me suis pris me font comprendre de telles installations. J'en étais donc venu à croire que l'Espagne était LE pays du développement durable... Jusqu'à ce que je croise cette superbe cheminée de la centrale nucléaire d'Asco. Non, l'Espagne n'est donc pas développement durable à 100%. Mais voyons le bon côté des choses, le nucléaire amène des capitaux.

J'ai été surpris par la pauvreté qui règne dans le pays: maisons délabrées, vétustes, à l'abandon... Routes défoncées, pas terminées, en travaux... Peu de voitures (ça c'est bien!), un réseau routier peu développé... L'Espagne est un pays en développement... Sauf à Asco! Routes et maisons impeccables, voitures rutilantes, ponts, tunnels... Sans aucun doute les capitaux de la centrale!

En attendant je suis à Vinaros, sur la côte, entre Barcelone et Valence où j'ai rejoint ma soeur et son copain. Je me laisse doucement aller à la vie de campeur sédentaire à l'emploi du temps très chargé. D'ailleurs il faut que je vous laisse, j'ai sieste!

 

 

Porcheries espagnoles (écrit le 24/07/2010)

Je suis arrivé en Espagne par le bord de mer, à Port Bou, avant de tout de suite rentrer dans les terres. J'ai déjà traversé les villes de Figueres, Olot, Vic, Manresa, Igualada, Vinaixa... Il ne s'agit pas là de décors touristiques à la Barcelone, Madrid et autres Palma de Majorque. C'est l'Espagne, la vraie, celle de Juan Antonio Rodriguez Martinez de la Vega de la Souza de la Calle del Bosque de la Vega (je ne pense pas en avoir oublié :-). Celle qui fait la siesta l'après-midi et qui parle Anglais comme une vache Espagnol.

Je n'ai encore pas demandé mon chemin à une vache (elles passent leur temps au bord des routes, mais je suis sûr qu'elles ne savent même pas où elles mènent), mais j'ai déjà demandé ma route à des passants espagnols. Comme ma maîtrise de l'espingouin est plus qu'approximative, j'aborde les gens en English. Et force est de constater que pas grand monde parle Anglais. Résultat, je progresse en Espagnol. Je sais dire à droite, à gauche, tout droit, montée, descente et plat. Le Baba du cyclo!

Mais je n'en veux pas trop aux Espagnols de ne pas parler Anglais. Je préfère garder mes remontrances pour l'odeur. Ahhhhhhhhhhhhh, vous vous demandez où je veux en venir hein?! En restant dans les sites touristiques vous n'aviez jamais remarqué que l'Espagne sentait mauvais? Bien je peux vous dire que si. Dans les montées il faut bien inspirer et ça pue. Évidemment, lorsqu'un vieux camion tout rouillé me double ça pue le gaz d'échappement, mais en dehors de ça, ça pue presque toujours... Le cochon!!!

J'ai découvert ça lors de ma première razia dans un « supermercat » (un nouveau mot hyper important que j'ai appris vite:-): les Espagnols aiment la graisse de porc. Or, pour avoir de la graisse de porc, il faut des cochons et pour avoir des cochons, il faut en élever. Les campagnes sont parsemées de porcheries. Et dieu sait si ça sent mauvais une porcherie! Tenez, c'est bien simple: à la porcherie n vous avez encore des relents de la porcherie n-1 et vous sentez déjà les prémisses de n+1. Agréable pour les narines! Bon, après c'est vrai qu'il arrive des fois (c'est rare, mais ça arrive) où les porcheries sont trop éloignées les unes des autres pour que leurs odeurs se cumulent. Mais ce n'est pas pour autant que ça ne sent pas. La faute aux camions qui transportent les pauvres bestiaux!! Je dois me faire doubler 4 ou 5 fois par jour par un transporteur de cochons. Et puis il y a aussi les usines de traitement des déjections, les camions qui transportent les litières usagées, ceux qui amènent de nouvelles litières... Bref, j'ai l'impression que toute l'industrie espagnole tourne autour du cochon.

Alors pour manger local, j'ai testé le « fuet », un espèce de saucisson. On ne peut pas dire que j'ai apprécié. Mais je ne suis pas sûr non plus que lui ait beaucoup apprécié le transport dans la sacoche arrière droite d'Espéranto par 40°C. Comme ça, on est quitte!

Puis tant que je parle de porcherie, je peux vous signaler que les bas côtés espagnols sont dégueulasses. Un grand merci en particulier aux chauffeurs routiers pour leurs bouteilles pleines d’urine.

 

 

Vent, vent, vent... Et vent! (écrit le 23/07/2010)

Voilà six jours que je suis parti de Marseille... Et pas un seul jour sans vent. Le pire dans tout ça c'est que je l'ai toujours de face. Et ce n'est pas une impression, les manches à air et les drapeaux catalans qui fleurissent le long des routes en sont les témoins.

A cause de ces dispositions météorologiques, je dois pédaler tout le temps, ou presque tout le temps. Ça monte, je pédale (ça c'est normal). C'est plat, je pédale (là encore, on comprend). Ça descend, je pédale (là, il y a un réel problème). En fait, si je ne pédale pas dans les descentes, je ne dépasse pas les 20km/h. Être scotché dans une descente, c'est vraiment pas terrible. Mais il y a quand même des descentes où je ne pédale pas car elles sont assez raides pour qu'Espéranto puisse passer le cap des 30km/h. Un autre problème se pause alors: garder le contrôle de la direction. Avec les sacoches, Espéranto a une prise au vent phénoménale. Ligne droite avec vent pleine face, on n'avance pas. Léger virage sur la droite, le vent devient ¾ gauche, grosse embardée vers la droite (attention à la sortie de route). Dépassement par un camion, aspiration, gros écart vers la gauche. Croisement d'un camion, baisse soudaine de 5km/h... Vous l'aurez compris, le vent c'est vraiment la poisse. On ne peut jamais se reposer.

Je ne sais pas si certains d'entre vous ont des relations avec Laurent Romeshko, mais peut-être pourriez-vous lui demander un vent du nord sur toute l'Espagne pour le mois à venir. Ça m'arrangerait drôlement!

 

 

L'attaque de l'abeille (écrit le 21/07/2010)

En vélo il y a des montées, des plats, des faux-plats, des descendantes, des grosses montées, des grandes descentes... En général, les gens préfèrent les descentes. Mais certains ont un faible pour les montées. Je fais partie de ceux-là. De toute façon, tout le monde est toujours servi de la même façon étant donné qu'à une montée succède une descente (ou inversement).

Voici maintenant pourquoi je préfère les montées. La descente va vite, ne laissant pas le temps d'admirer le paysage. Il faut d'ailleurs faire très attention car une entrée de virage un peu trop à la corde à des chances de vous faire finir soit dans le ravin, soit au sol. Jusqu'à présent je n'ai testé que la seconde solution. J'en garde quelques souvenirs physiques, mais surtout psychiques. Que ce soit à vélo, en voiture ou à ski, j'ai peur des virages sur la droite.

La montée, au contraire, permet d'admirer le paysage. On voit le décor changer au fur et à mesure de l'ascension. A vélo, on est tellement plus lent que les voitures, que celles-ci n'ont aucun soucis pour nous doubler. Et puis la montée amène très souvent un beau panorama, une récompense à la hauteur des efforts consentis. On ne peut pas en dire autant d'une bonne descente qui vous ramène dans un fond de vallée déjà à l'ombre à 15h en plein mois d'août!... Et la petite mésaventure qui m'est arrivée cette après-midi ne va certainement pas changer ma vision des descentes. J'ai subi de plein front l'attaque d'une guêpe.

Il paraît qu'en Espagne en plein été il fait super chaud et qu'il n'y a pas un souffle d'air. Aujourd'hui le thermomètre affichait 40°C à l'ombre (si si je vous jure) mais il ne faisait pas une chaleur insupportable, grâce un petit vent sympathique. Le problème c'est que ce petit vent soufflait dans la direction Sud/Nord alors que je roulais Nord/Sud.. Ajoutez à cela un relief qui va up and down, et vous comprendrez que l'étape a été dure. Vent de face, ça veut dire, qu'avec Espéranto chargé, on roule à 10km/h sur une portion faux plat descende et en pédalant sur un 22/16 (vous chercherez pour les braquets, mais je peux vous dire que c'est pas gros!). Dans mon malheur, j'ai eu la chance (qui est devenue la malchance) d'avoir une côte sévère, suivie d'une descente du même calibre, dans les arbres et donc à l'abri du vent.

Je passe la côte convenablement, à mon rythme. Petit coup d'eau au sommet et je me lance dans la descente. L'enrobé était tout à fait convenable, la pente appréciable, les sensations bonnes... J'ai laissé Espéranto prendre les commandes du navire. Et il s'en est très bien tiré jusqu'à ce que... Jusqu'à ce que tout aille très vite: je vois un truc qui m'arrive dessus, je baisse la tête, ferme la bouche, trop tard, la bestiole est coincée entre mes lèvres. Je vais pour souffler. Encore une fois trop tard, je sens une vive douleur dans la lèvre supérieure. Je termine tout de même la descente (c'est quand même pas une petite guêpe de rien du tout qui va stopper ma descente, non mais sans blague!). Arrivée au pied du toboggan, je m'arrête pour constater les dégâts: la lèvre supérieure a doublé de volume. Pas de quoi s'alarmer. Enfin, en attendant le dégonflement, avec mes cheveux ras, mon visage buriné, mes affaires qui puent, Espéranto tout sale et ma lèvre disproportionnée, on fait peur!!!

 

 

Les cartes à Papa (écrit le 20/07/2010)

Dans la rubrique « à Papa », il y avait déjà les barbes et les fils. Il y aura dorénavant, pour moi, les cartes. Les cartes à Papa.

La carte est un élément très important du voyage à vélo. Avant le départ, étudier la carte permet de repérer les endroits où ça monte, les endroits critiques, les grandes villes, les grands axes... Le but étant d'éviter tout cela (sauf pour les montées, parce que j'aime bien les montées). En plus de ça, regarder la carte permet de rêver. Rêver de manger un beignet, c'est un rêve. Alors que rêver d'un voyage, c'est déjà un voyage. Avec une carte sous les yeux, on s'imagine les paysages, les ambiances, les sons... Et on est déjà un peu en voyage!

Lorsque je suis sur la route je regarde souvent la carte. Trop souvent à mon goût. Je m'arrête, je regarde où je suis, où je vais, quels sont les « points remarquables » qui vont me permettre de confirmer ma direction... De temps en temps, lorsque je ne suis pas sûr de mon coup, je demande à quelqu'un. Mais en général il faut prendre l'information avec des (grosses!) pincettes.

Je me trouvais un peu après Agde lorsque je cherchais mon chemin. Impossible de faire le lien entre le terrain et la carte. Je demande donc à un papi du coin la direction de Farinette Plage. « Farinette Plage?? Mais ça existe plus depuis longtemps! Maintenant c'est Vias Plage! ». C'est là que j'ai compris que la carte que j'avais sous les yeux était quelque peu âgée. Plus de Farinette Plage et de Redoute Plage. Maintenant c'est Vias Plage, Portiragnes Plage... Tout le monde veut sa plage, même si le bled est à 4 kilomètres de la côte. J'imagine que ça fait venir les touristes.

Un petit peu plus loin sur la route, je me retrouve à proximité d'une autoroute que je ne vois pas sur mon plan. Je regarde attentivement les annotations de Michelin et je lis « A9 Béziers Montpellier, Ouverture prévue 6-1975 ». Hé bien depuis il a dû en passer des voitures là dessus!!

Enfin, j'ai tout de même réussi à trouver mon chemin puisque j'écris ce post depuis un petit vignoble sur la Côte Vermeille. La vue est magnifique. C'est sans aucun doute l'endroit le plus beau que j'ai traversé en France. Et puis il y a moins de moustiques et moins de vent qu'en Camargue!

Je stoppe ici, l'Espagne m'attend. A partir de maintenant ce sont mes cartes à moi. Plus récentes, mais moins précises, que les « cartes à Papa ». Qu'est-ce qui est préférable? Je vous le dirai un peu plus tard, avec l'expérience!!