Antoine (écrit le 03/04/2011)

Il existe différentes dispositions pour les sièges d'un avion: 2/2, 3/3, 1/3, 2/3/2... C'est un peu comme pour une équipe de foot, sauf que, dans le cas des sièges d'un avion, le total n'est pas toujours égal à 11. Pour ce dernier vol de mon voyage, j'ai hérité de la place H53 (tous ceux qui ont dit «touché» se voit attribuer un pass VIP pour le prochain festival des stars du rire!). Comme Vancouver – Pékin est un vol long courrier, j'ai parié sur un gros avion et une formation 2/4/2. Je pensais donc avoir un siège avec hublot. En effet, 2/4/2, ça fait AB/CDEF/GH. Malheureusement pour moi, les Chinois ne fonctionnent pas comme ça. Résultat, je suis bien dans un A330 avec une disposition 2/4/2 mais la numérotation des sièges est AC/DEGH/JK. Moralité, je me retrouve dans l'allée et non pas au hublot. Enfin, je ne perds pas grand chose étant donné que les hôtesses ont donné pour consigne de fermer tous les hublots. On se trouve quelque part entre le Canada (où c'est le 3 avril dans l'après-midi) et la Chine (où c'est le 4 avril le matin)... Mais pour nous c'est le jour dehors, la nuit dedans et on ne sait pas si on est le 3 ou le 4 avril! Enfin, parfois il ne faut pas essayer de comprendre. L'avantage de ma place, c'est que j'ai 2 sièges pour moi tout seul et que je peux mettre mes jambes dans l'allée. On a vu pire, comme par exemple hier soir au match des Canucks où je me suis retrouvé coincé entre le dossier de mon siège, le dossier du siège de devant, un buveur de bière à gauche et Antoine à droite. En parlant de ça, ça me fait penser que je vous ai parlé de Antoine, mais sans vous dire qui il était. Comme dirait Molli, «shame on me!». Antoine, c'est un pensionnaire du département IF de l'INSA de Lyon (département informatique pour les non initiés). Enfin, à l'heure actuelle il n'est rien du tout étant donné qu'il a pris une année de césure pour découvrir le monde. Du coup, il a fait du volontariat 2 mois au Togo, avant d'aller passer l'hiver à couper du bois dans un ranch situé dans le grand nord canadien. D'ailleurs, si vous avez du bois à débiter en prévision du prochain hiver, je peux vous mettre en relation avec lui, c'est un spécialiste de la chose! Il est maintenant à Vancouver où il fait un stage dans une boîte d'informatique (oui, ça reste quand même un IF). Du coup, lorsqu'il a vu que mon trajet passait par Vancouver, il m'a contacté pour me proposer de m'héberger en attendant de prendre l'avion vers Pékin. Vraiment chouette, n'est-ce pas?!? C'est comme ça que j'ai débarqué chez lui dimanche dernier pour une semaine tout simplement géniale: visite de la ville, blagues à deux balles, matches de hockey, jeux de mots et autres bêtises en tout genre... La dernière en date est celle du chariot télécommandé à l'aéroport. Lorsque vous volez avec Air China sur des longs courriers, vous avez droit à deux bagages de 26kg. Mon premier bagage est le carton d'Espéranto (20kg), le second est un sac avec toutes mes sacoches (19kg). Aucun problème à l'enregistrement, Air China ne considérant pas les vélos comme des bagages spéciaux (ça c'est une compagnie aérienne!!!). En fait, le problème, c'est d'arriver jusqu'à l'aéroport parce que, même si j'ai deux mains, je ne peux pas porter mes deux bagages. Heureusement pour moi, Antoine m'a accompagné jusqu'au check-in. Il fallait toujours marcher jusqu'au skytrain, monter les escaliers lors de la correspondance et trouver un chariot à l'aéroport, mais c'est tellement plus marrant lorsque l'on est deux! Donc une fois que l'on a eu dégoté un chariot, on a chargé les bagages et on est parti à la recherche du comptoir de Air China. Le truc qui est marrant dans l'histoire c'est que, pour pouvoir passer les portes, on a mis le carton d'Espéranto à la verticale. Du coup, celui qui poussait ne voyait pas où il allait, mais, surtout, les gens arrivant en face voyaient celui d'entre nous qui marchait à côté, mais pas celui qui poussait, donnant l'impression que le chariot avançait tout seul... C'était tellement amusant que l'on a fait un petit détour dans le terminal, juste pour le fun et c'était drôlement chouette! Une fois que l'on a eu laissé Espéranto (oui, parce que lui il embarque avant tout le monde, même avant ceux qui ont la carte Gold!), on a trouvé un gros ours en peluche avec lequel on a fait toute une série de photos. Puis l'horloge a affiché 12h30 et, comme l'embarquement était à 13h, il a fallu se dire au revoir. Chacun a repris son chemin. Je me suis envolé vers Pékin et Antoine a repris le skytrain pour Vancouver, où il va encore rester quelques mois avant de se diriger vers le Montana. Vous pouvez retrouver ses aventures sur son blog: www.cesure-antoine.blogspot.com

 

 

Go Canucks go (écrit le 02/04/2011)

Les Canadiens pratiquent beaucoup de sports, mais LE sport national, celui avec lequel on ne rigole pas, celui que tout le monde suit, même les gens qui ne sont pas des fans, celui qui est au centre des rubriques sportives de tous les journaux, c'est le hockey sur glace.

En fait, le hockey au Canada, c'est un peu comme le foot en France. Tout le monde est derrière l'équipe nationale et l'équipe locale... Mais encore plus lorsque les résultats sont au rendez-vous. Et en ce moment, les Vancouverois sont «à fond dans le hockey». Il faut dire que, lors des derniers jeux olympiques, la finale, qui a opposé le Canada aux États-Unis, s'est déroulée dans le Rogers Arena Stadium, la patinoire de Vancouver... Et a été remportée par les Canadiens au terme d'un match plein de suspens et de rebondissements. Bref, un match de légende. En plus de ce titre olympique conquis sur leurs terres, les habitants de Vancouver ont la chance d'avoir la meilleure équipe de hockey nord américaine, les Canucks étant les actuels leaders de la NHL. Du coup, je ne pouvais pas quitter Vancouver sans assister à un match des Canucks.

Le Canada, ce n'est pas les USA. Mais c'est quand même bien américanisé et, de fait, un match de hockey sur glace ressemble étrangement à un match de NBA: on joue l'hymne national avant de commencer, on peut observer dans les tribunes de magnifiques specimen de personnes en surcharge pondérale, on peut savourer de délicieux sandwiches bien graisseux... Et puis, le match s'arrête toutes les 10mns environ pour permettre la diffusion de pubs à la télé.

Lors de la retransmission d'un match de foot, on est abreuvé de réclames (comme dit ma grand-mère paternelle que j'embrasse bien fort par la même occasion)... Mais seulement à la mi-temps. Jamais un match de foot n'est interrompu pour vanter le parfum d'une mousse à raser ou la qualité d'une voiture! Un match de hockey l'est. Mais lorsque vous assistez aux jeux en direct, vous ne voyez pas les pubs et, pour vous faire patienter, on vous propose des jeux débiles. Ce soir, lors des temps morts publicitaires, on a assisté à différentes bêtises, dont le «lance hommes». Le principe est très simple: vous mettez en place 5 quilles géantes en mousse, vous tendez un élastique sur la largeur de la patinoire, vous choisissez quelqu'un dans les tribunes et vous l'asseyez sur une sorte de luge. Vous lâchez ensuite l'élastique, propulsant le bonhomme dans les quilles. Le but du jeux étant, bien entendu, de toutes les faire tomber. Le contrôle de la luge n'est pas quelque chose de très facile et, du coup, cela donne quelques belles gamelles, pour le plus grand plaisir des spectateurs. Il ne s'agit pas là de quelques chose de très «fute fute», mais à choisir entre de la pub et un jeu débile, je crois bien que j'opte pour le jeu débile. Le temps semble passer plus vite, surtout que les joueurs reviennent sur la glace avant que les rigolos aient terminé leur numéro. L'euphorie regagne alors le public et le jeu peut reprendre dans un bruyant «Go Canucks Go!».

 

 

Mot doux (écrit le 31/03/2011)

Le dernier vol approche et il faut, une nouvelle fois, tout déballer et tout réorganiser pour le voyage. C'est donc l'occasion de faire le point sur ce qui se trouve dans mes sacoches.

Je sais exactement ce que je transporte. Mais, il y a le matériel que j'utilise tous les jours, celui dont je n'ai besoin qu'une fois de temps en temps et puis il y a toutes ces choses dont je ne me sers jamais mais que je trimbale «au cas où»: trousse de secours, moustiquaire de tête, boussole... Puis il y a les choses que j'oublie, comme ces petits mots qui voyage au fond de ma sacoche de guidon. Je ne suis pas spécialiste en comportement humain, mais je me demande si, inconsciemment, je ne fais pas exprès d'oublier ces petits morceaux de papier. Je suis tellement content de les retrouver à chaque fois que je vide ma sacoche!

De toutes mes affaires, la sacoche de guidon est la plus importante. C'est là que se trouvent mon passeport, mon argent, mes cartes routières, mon journal de bord, quelques photos de mes proches, l'appareil photos, le papier toilette (ne riez pas, c'est ultra important!!)... Et quelques feuilles griffonnées par des mains pas toujours très adroites.

Un peu plus tôt dans la journée, en vidant ma sacoche, je suis tombé sur mes petits mots. Il y a celui de ma petite sœur Mathilde, rédigé à Marseille et caché dans mon journal de bord par ses soins. Il a y ceux de Noémie et Sébastien, qui avaient été rédigés en Espagne et dissimulés dans ma carte espagnole. Enfin il y a celui de Molli que j'ai trouvé punaisé sur la porte lors de mon arrivée à Santa Cruz. À chaque fois que je range ma sacoche je suis tout étonné (et tout content) de les retrouver. Mais, afin d'amplifier un peu le plaisir, je pratique comme pour une tombola, choisissant un papier sans le regarder en me demandant: «tiens, c'est un mot d'où?»... Mais même si je perds sur la provenance géographique, je ne me trompe jamais sur le contenu parce que c'est toujours un mot doux!

 

 

Menthe avec copeaux de chocolat (écrit le 29/03/2011)

Il paraît qu'il faut changer de sport de temps en temps. J'imagine que c'est pour faire travailler d'autres muscles et développer d'autres qualités. Et puis, pour le voyageur à vélo, ça permet de reposer les fesses. La selle, même si c'est une Brooks, ça va bien un moment, mais ça ne peut pas rivaliser avec un bon gros canapé! Ceci dit, après avoir passé un jour à faire la loque, j'ai besoin d'un peu d'exercice. Heureusement pour moi, Vancouver donne la possibilité de faire des sports divers... Et beaucoup de sports d'hiver! C'est comme ça que, hier, je me suis retrouvé à la patinoire.

La dernière fois que j'ai chaussé des patins, c'était il y a deux ans, à Montréal, avec Jean-Francis et Émilie (à qui je passe un petit coucou au passage). Alors, évidemment, je n'avais pas la classe de Candeloro, mais j'avais réussi à croiser dans les virages et à patiner marche arrière. Le patin à glace, n'est pas si différent de son cousin le roller. Mais il faut croire que le vélo raidit parce que, hier, je n'ai pas beaucoup fait le clown sur la glace. Surtout que je ne voulais surtout pas tomber. Il me reste encore quelques kilomètres de pédalage et, depuis ma petite visite chez le dentiste (mais ou, au Brésil, vous ne vous souvenez pas?!?), je sais que se faire rembourser des soins à l'étranger est quasiment impossible. Du coup, j'ai été bien prudent sur la patinoire: seulement de la marche avant, pas de grigri dans les virages et aucune tentative de figures artistiques. Les seules fois où j'aurais pu être applaudi par un public (encore eu-t-il fallu qu'il y eut un public), ce n'était pas voulu: «aïe aïe aïe, ma jambe gauche se fait la malle!... Revient, revient!! Mincie, maintenant c'est la droite qui fait des siennes!... Vite, balancer le bras gauche faire contre poids... Pivoter le bassin vers la droite... On plie le genou gauche... OK, équilibre rétablit». Note artistique, 8,7/10; note technique 0,1/10! Enfin, la patinoire, c'était quand même bien chouette. Mais je dois dire que la glace que je préfère, ce n'est pas celle de la patinoire, c'est celle du supermarché!

Lorsque j'étais au Maroc et qu'il faisait une chaleur d'enfer, je rêvais d'un glace. Malheureusement, il est impossible de se procurer ce dessert glacé dans les petits villages du Haut Atlas. Ensuite, j'ai bien vu quelques pots de glace en Argentine et au Chili, mais c'était hors de prix. J'ai donc décidé d'attendre les US. Le problème, c'est que, comme vous le savez, mon parcours américain a été assez arrosé et froid et, de fait, bien souvent, je rêvais plus d'une grande tasse de chocolat chaud plutôt que d'une coupe glacée.

La météo de Vancouver en ce début de printemps n'est pas non plus terrible. Mais je ne pédale pas sous la pluie. Je ne suis donc pas mouillé et transi de froid. Du coup, je peux manger des glaces!!

Au supermarché, le rayon «glaces» et plutôt bien fourni. On trouve toutes les quantités (de 300ml à 5L!) et beaucoup de parfums différents. Il y a les classiques (vanille, chocolat, fraise, pistache...) et les locales (cookie dough, oatmeal, maple syrup...). Je pense que vous serez d'accord sur le fait que, quitte à être à l'étranger, autant goûter les parfums locaux! J'ai donc testé pour vous la glace cookie dough (pas mal du tout), oatmeal (hum hum, pas mauvais mais peut mieux faire) et maple syrup (très bon)... J'aime les desserts. Donc j'aime les glaces. Toutes les glaces. Mais mon parfum préféré reste tout de même menthe avec copeaux de chocolat.

 

 

Des indiens dans la ville (écrit le 28/03/2011)

Lors de ma remontée vers Vancouver, j'ai traversé deux ou trois «indian reservations». Je n'aime pas trop cette appellation. On dirait que les Indiens, ou plutôt les Natives, comme on les appellent en Anglais, sont des bestiaux parqués dans des enclos. Mais il semble que l'appellation «indian reservation» ne choque personne... Je ne sais pas si mes impressions traduisent la réalité, mais il m'a semblé que les territoires indiens étaient très peu entretenus. Les bas-côtés des routes américaines sont un exemple en termes de propreté. Sauf dans les «indian reservations» où les détritus en tout genre s'accumulent dans les fossés. De même que les casinos fleurissent le long des grands axes. Si j'ai bien compris ce que l'on m'a expliqué, il y a beaucoup d'états qui interdisent la présence de casinos sur leur territoire. Mais les territoires indiens bénéficient d'un statut particulier qui leur permet d'accueillir ces établissements. Du coup, même si vous avez raté le panneau d'entrée dans la réserve, vous savez que vous vous trouvez en territoire indien grâce à la présence des casinos.

En pédalant sur les territoires Skokomish, Chinook ou Chealis, j'ai vu beaucoup de casinos, mais je n'ai pas aperçu un tipi ou une plume et encore moins un indien. Mon premier Indien, je l'ai rencontré après la frontière américano-canadienne. Mais ce n'était pas un Indien «Hugh, moi vouloir fumer le calumet de la paix avec homme blanc, Chouette Endormie a parlé». Non, c'était un Indien «longue barbe grise, turban et fan de Shiva». Un Indien d'Inde, quoi! Je ne pensais pas qu'il y avait une communauté indienne aussi importante ici. J'aurais plutôt parié sur les Asiatiques. D'ailleurs, en me rapprochant de Vancouver, les Indiens ont peu à peu été remplacés par les Asiatiques, comme si les faubourgs de Vancouver étaient territoires indiens, mais que le centre de la ville, lui, était asiatique. De fait, tout est écrit en trois langues: anglais, français et chinois (enfin, je pense que c'est du chinois). L'avantage de ces trilinguisme, c'est que je peux me mettre un peu dans le bain en prévision de la suite du voyage.

Comme j'ai débarqué au Canada sans dollar canadien, un de mes premiers arrêts a été dans une banque. Lorsque j'ai introduit ma carte, l'automate m'a proposé 3 choix: anglais, français et chinois. Pour le fun, j'ai choisi chinois. Autant vous dire que je ne suis pas allé très loin!

Je ne parle pas et ne lis pas le Chinois, mais je parle le gestuel et, ça, c'est international. Si vous gesticulez devant quelqu'un en vous frottant les mains, il va comprendre que vous avez froid. Si vous faîtes aller et venir votre main vers votre bouche, il devinera que vous avez faim. Mais si vous frottez votre pouce sur votre index, l'automate ne va pas comprendre que vous voulez de l'argent!! Stupides machines! Heureusement que les boutons du claviers étaient restés en anglais. Comme ça j'ai pu faire un petit «cancel» pour que la machine daigne me rendre ma carte et que je puisse renouveler l'opération avec un interface en Anglais ou en Français.

J'attends maintenant de voir ce que ça va donner à Pékin. Mais il y a des chances pour que certaines situations soient assez cocasses.

Enfin, nous n'en sommes pas encore là. À l'heure actuelle, le programme est plutôt à la lessive, au rangement et à la réparation, ainsi qu'à la découverte de Vancouver. Mais tout de même, pourquoi n'y a-t-il que des Asiatiques dans le centre ville? Je suis sûr qu'il doit y avoir quelques représentants de la communauté indienne cachés ici et là. Ce n'est pas possible autrement, j'en ai croisés tellement depuis la frontière. C'est obligé qu'il y aient des Indiens dans la ville!

 

 

Superbes derniers jours (écrit le 27/03/2011)

Mon parcours américain avait débuté sous le soleil avant de très rapidement se poursuivre dans la pluie et le froid et je commençais sérieusement à me demander si j'aurais un jour de beau temps avant d'arriver à Vancouver. Je suis maintenant à Vancouver et je peux donc répondre à cette question. Oui, j'ai eu du beau temps, mais j'ai dû attendre les deux derniers jours.

Alors évidemment, lorsque je dis «beau temps», il ne faut pas s'imaginer un grand soleil resplendissant, dans un magnifique ciel bleu. Non. «Beau temps» dans le Washington, ça veut dire froid et ciel couvert accompagné de quelques gouttes de pluie mais dont l'intensité de nécessite pas de sortir l'harnachement waterproof. Il est donc plus facile de tourner la tête pour admirer le paysage, surtout que celui-ci n'est pas emprisonné dans une crasse brouillardeuse infâme. Et heureusement que les nuages sont restés en altitudes ces deux derniers jours, parce que, sinon, j'aurais vraiment raté quelque chose.

Depuis Shelton (Washington) et ce jusqu'à Vancouver (Canada, non, je précise parce qu'il existe un Vancouver dans l'Oregon!), c'est pédalage au milieu des conifères ou en bord de mer, mais toujours avec vue imprenable sur des sommets enneigés. Et autant vous dire que c'est sacrément joli! C'était d'autant plus joli que j'étais assez proche de Vancouver pour savoir que j'y arriverai à temps. D'autant plus beau je j'ai bénéficié d'un petit vent de dos pas désagréable. Et encore plus grandiose du fait que je n'avais pas à me soucier de l'endroit où j'allais passer la nuit, les parents de Daniel (mais si, Daniel, de Ventura), m'attendant à Bellingham. Bref, après plus de dix jours de pluie et de bruine marine, voir des montagnes et bénéficier d'un climat un peu plus sec ne m'a pas fait de mal.

 

 

Le bruit et l'odeur (écrit le 25/03/2011)

LA se trouve sur la côte. Vancouver aussi. Et si l'on regarde la carte de mon parcours, grosso modo, on peut dire que je suis la côte. Mais les choses ne sont pas aussi simples que ça, notamment dans l'état du Washington, aux abords de la frontière avec le Canada.

En fait, pour passer au Canada, on peut prendre un ferry à Port Angeles pour passer sur Vancouver Island (itinéraire envisagé initialement), prendre un ferry à Port Townsend pour passer sur Fidalgo Island (itinéraire que je vais prendre), ou traverser la mégalopole Olympia/Tacoma/Seattle et tutti quanti (pas très engageant à première vue). Mais quelle que soit la solution que vous choisissiez, il arrive toujours un moment où vous êtes obligé de quitter la côte et de vous retrouvez dans le «mainland».

J'ai quitté la côte au niveau de Aberdeen. La côte pacifique américaine nord est très différente de celle du sud. Entre LA et San Simeon, ce n'est qu'une succession de petites villes et gros lotissements luxueux. Ensuite, ça devient plus escarpé jusqu'à Santa Barbara, puis on retrouve les falaises au nord de San Francisco. Dans l'Oregon, ce sont de grandes plages de sable. Dans le Washington, la forêt tombe directement dans la mer et les luxueuses villas sont remplacées par des hangars d'industries de la mer (coquillages et poissons). Depuis Aberdeen, c'est le Washington. La grande bleue a laissé place aux grands espaces boisés. Outre la différence visuelle, les bruits ont eux aussi changé.

En longeant la côte, j'écoutais le bruit des vagues qui s'écrasent sur les falaises ou qui viennent s'échouer sur la plage. J'entendais le cri des goélands et des éléphants de mer. Je percevais le souffle du vent dans l'herbe encore jaunie par la neige fraîchement fondue. Depuis que je suis rentré dans les terres, les cris que je saisis sont ceux des oies et des vaches. Les sons qui arrivent à mes oreilles sont ceux des tronçonneuses, des crapauds, des pneus à clous et, de temps en temps, le klaxon supra puissant d'un camion chargé de grumes.

Les odeurs elles aussi ont changé. Finie l'odeur de varech et d'iode. Terminé les relents de poissons. Place à présent à la douce odeur de bois fraîchement coupé... Et aux émanations de bouses (hé oui, c'est pas toujours très agréable).

Demain le sons et les odeurs devraient encore changer. En rejoignant l'axe Seattle/Vancouver au niveau de Mont Vermont, je devrais retrouver les bruits des moteurs et des klaxons, accompagnés des gaz d'échappement et des odeurs de friture des fast-food.

Voyager à vélo c'est vivre le moment présent en se fondant dans l'environnement que l'on traverse pour mieux s'en imprégner. Cela passe aussi par le bruit et l'odeur.

 

 

La Jaguar (écrit le 24/03/2011)

Ça y est, je suis dans le Washington, le dernier état de la côte ouest, le «ever green state», celui où l'on croise de gros animaux. Les locaux m'ont dit de faire très attention aux orign... Mince, on dit «orignals» ou «orignaux»?... On n'a qu'à dire élans, c'est plus simple! Donc on m'a mis en garde contre les élans (pas vu), les lynx (pas vu), les pumas (pas vu), les grizzlis (pas vu)... Les seuls animaux que j'ai aperçus ces derniers jours, ce sont les Américains. Ça pullule dans le secteur! Vous me direz, je suis sur leur territoire, alors évidemment! Non, sérieusement, les seuls animaux que j'ai rencontrés ces derniers temps, ce sont la Grande Ourse (qui veille sur ma tente les nuits où il n'y a pas de nuages) et un jaguar... Ou plutôt une Jaguar.

Lorsque j'ai planifié mon voyage, j'ai prévu 5 semaines pour rallier Los Angeles à Vancouver, ce qui faisait un timing un peu short pour visiter ma famille américaine... Et un timing beaucoup trop short pour aller faire un petit coucou à Rémi, alias Super Chinois, du côté de Portland. Je me suis arrêté dans ma famille américaine, mais je n'ai pas pu faire le détour par Portland. Du coup, c'est Rémi qui est venu m'intercepter sur la côte.

Rémi, c'est un nageur avec qui j'ai fait mon premier cycle à l'INSA. Ensuite il s'est orienté vers l'informatique et j'ai opté pour la branche GCU. Même si on était sur le même campus, on ne s'est pas beaucoup croisé durant les trois dernières années. Mais là, on ne pouvait pas ne pas se voir. Portland/Seaside, c'est une autre distance que les bâtiments du campus de la Doua, mais, à l'échelle américaine, c'est à côté. On a donc convenu qu'on se retrouvait sur la Côte et plus précisément à Seaside.

Rémi, c'est pas le genre de gars qui s'y prend longtemps à l'avance. Enfin, dans le référentiel européen. Parce que dans le référentiel américain, c'est quelqu'un de très prévoyant. Comprenez par là qu'il est allé réserver une voiture la veille du jour où il en avait besoin. Évidemment, budget étudiant oblige, il a choisi le modèle le moins cher. Mais le lendemain, lorsqu'il est allé chercher son véhicule, le gars au comptoir lui a dit que c'était son jour de chance car il n'y avait plus de voitures bas de gamme disponibles (ça c'est pas trop la chance, mais attendez la suite!), mais que, comme il avait réservé à l'avance (bien ça Rémi, bien joué!), il allait avoir... Une Jaguar!!!

Depuis la fenêtre de ma chambre, je guettais les voitures qui arrivaient sur le parking. Lorsque j'ai vu arriver cette Jaguar, je me suis dit «tiens, un riche qui vient dans un motel de base!». Quelle surprise de voir Super Chinois sortir de là!! Le soir, on est allé manger dans un petit restaurant du centre ville et, même si ce n'était pas très loin, on a pris la Jaguar!

Je n'étais jamais monté dans une voiture d'un tel standing. Sièges en cuir, plaqué bois dans tous les coins, GPS, radar de recul et tout et tout... Le top du top! Normalement, dans une voiture normale, vous vous asseyez au volant et, en deux coups d'œil, vous avez fait le tour de l'habitacle et vous êtes prêt à démarrer. Mais il faut croire qu'une Jaguar n'est pas une voiture normale. Il y a tellement de boutons là-dedans qu'il faut quelques heures pour tout tester et tout comprendre. Du coup, on s'est amusé comme des petits fous à appuyer un peu partout. Il paraît que lorsque j'étais petit et que je me trouvais dans ma chaise haute, une de mes expériences préférées consistait à lâcher un objet et à fermer les yeux en attendant d'entendre le bruit. C'était un peu pareil avec les boutons de la Jaguar. «Tiens, tiens, à quoi ça sert ça?» et le siège commence à s'incliner. «Et celui-là, c'est quoi?» et le toit s'ouvre (je vous ai dit, toutes options cette voiture!!). «Et celui-ci?» et la position du volant varie... Y'a pas à dire, une Jaguar c'est un beau joujou. Le seul problème de la Jaguar, c'est que tout le monde vous regarde passer.

Lorsque je suis sur mon petit vélo, les gens me regardent passer. Pas tous, mais certains. Ça les intriguent. Ils se demandent d'où je viens, où je vais, depuis quand, pourquoi... Parfois ils me questionnent ou m'encouragent. C'est chouette. Quand vous voyagez en Jaguar, les gens vous regardent passer. Là encore, pas tous, certains seulement. Mais ils ne se demandent pas d'où vous venez, où vous allez ou autres. Non, ils se demandent d'où vous tenez cet argent, pourquoi vous venez frimer là... Le seul point commun entre un vélo et une Jaguar, c'est qu'ils font tous les deux rêver les gens. Mais le rêve procuré par le vélo est, à mon goût, plus sain. C'est un rêve d'aventure et d'évasion. Le rêve procuré par une Jaguar est rempli de scepticisme et de jalousie. Monter dans un véhicule aussi luxueux était une chouette et surprenante expérience. Mais, jamais je n'achèterai une telle voiture et j'étais très content le matin suivant, de retrouver mon petit vélo. Espéranto n'a pas de soucis à se faire, je ne le trahirai pas pour une Jaguar!

 

 

Ne parlons pas des oies (écrit le 22/03/2011)

Dans l'Oregon, il pleut tous les jours. Mais ce n'est pas pour ça que les gens restent cloitrés chez eux. Hier matin, en quittant Florence (sous la pluie, évidemment), j'ai croisé un papi qui promenait son chien. En me voyant il m'a salué: «Hello! What a nice wet day, isn't it?! Have a nice journey!». Je crois que pour voir un mec aussi content de se promener sous la pluie, il faut être en Bretagne, en Irlande... Ou dans l'Oregon! De partout autre part dans le monde, le gars aurait juste dit un truc du style: «Bonjour. Pas une temps à faire du vélo. Bon courage!». Mais dans l'Oregon il pleut tout le temps, alors les gens s'adaptent... Et je fais de même, en ne campant qu'un jour sur deux.

Comme j'avais dormi dans un motel à Florence, je m'étais préparé mentalement à camper hier soir. Pluie ou pas pluie (mais plus certainement pluie). Camper n'est pas une chose facile, surtout que je ne veux pas payer pour planter ma tente. Payer pour me faire tremper, non merci.

Depuis que j'ai quitté LA, la route longe des falaises, ou des marais, ou traverse des lotissements de luxe, ou se faufile dans de petites villes avec tout plein de jardins affublés de très accueillants panneaux du genre «keep out», «no trespassing», «be aware of dog»... Mais hier, pour la première fois, je suis passé dans un secteur de fermes.

Les fermes sont d'excellents endroits où demander à planter la tente. Les chiens aboient lorsqu'ils vous voient arriver, mais ils n'essaient pas de vous arracher un morceau de mollet, les agriculteurs/éleveurs sont des gens qui n'ont pas peur des étrangers à vélo et il y a toujours un champ ou une grange. Vous vous doutez donc que c'est dans une ferme que j'ai demandé à dormir hier.

Lorsque je me suis dirigé vers l'étable, c'est un garçon de 19ans qui m'a accueilli en me disant qu'il n'y avait pas de problème pour que je plante ma tente dans un champ à côté de la maison. Mais alors que j'allais commencer à monter mon abri de toile, il est venu me trouver avec son grand frère en me disant que, si je voulais, je pouvais certainement dormir dans le «camper». Le «camper», c'est une espèce de module que l'on peut accrocher à l'arrière d'un pick up. Une sorte de boîte. Un peu comme une caravane, mais sans les roues.

Une fois que j'ai eu posé mes affaires dans le camper, les deux frères (Leith et John) sont venus me chercher pour me demander si je voulais me doucher, faire une lessive, utiliser internet... et pour m'inviter à venir les rejoindre au coin du feu, où on a retrouvé leurs parents, Rob et Amy, qui élèvent des vaches laitières. Nous sommes restés à discuter devant la cheminée jusqu'à 22h. Eux me questionnaient à propos de mon voyage, moi les interrogeaient sur leur vie d'éleveur (tout ça autour d'un succulent repas fait de légumes du jardin!).

Rob est d'origine Néo Zélandaise. Il est venu aux USA en 1982 pour 2 ans... Il n'avait pas prévu de rencontrer Amy! Depuis, ils élèvent leurs vaches et cultivent quelques légumes. Une vie saine et tranquille, mais qui est troublée, depuis quelques années par les oies du Canada (tous ceux qui ont dit «troublée par la venue d'un cycliste français vont avoir des lignes à copier!).

Les oies du Canada, ce sont ces volatiles qui ont fait l'objet du film L'Envolée Sauvage. À la base, Rob n'a rien contre les oies. Depuis toujours elles migrent entre leur résidence d'hiver (Oregon) et leur résidence d'été (Canada). Le problème, c'est que, depuis quelques années, le gouvernement de l'Oregon a créé un refuge pour les oies juste à côté du domaine de Rob. Or, il faut croire que les oies communiquent entre elles parce que, chaque année, il y a plus d'oiseaux qui viennent passer l'hiver ici. Mais si la population d'oies augmente, la superficie de la réserve, elle, reste la même. Du coup, les oiseaux n'ont pas assez à manger et elles viennent picorer les champs de Rob, ou plutôt les champs des vaches de Rob, qui, à leur tour, n'ont plus assez d'herbe. Afin de remédier à cela, Rob descend régulièrement dans son champ en agitant les bras et en criant pour faire fuir les intrus. Mais ça ne suffit pas et il doit compléter l'alimentation de ses bêtes avec du foin, ce qui le rend malade. Donner de l'herbe sèche à ses vaches alors qu'il pleut tout le temps et que les champs regorgent d'herbe bien verte!

J'ai passé un excellent moment avec Rob, Amy, John et Leith. Si un jour vous passez à Cloverdale, n'hésitez pas à vous arrêter chez Rob et Amy. Juste, n'arrivez pas en disant quelque chose du genre «Votre région est magnifique... Et toutes ces oies dans les champs!», ça ne plaira pas à Rob!

 

 

Comptine pluvieuse (écrit le 20/03/2011)

Flic floc, la pluie sur mon K-Way

Cric crac, la chaîne autour du pédalier

Flop flop, mes chaussures toutes mouillées

Gla gla, j'ai les doigts gelés,

Snif snif, mon nez commence à couler

 

Bziing bziing, le motel et son néon cassé

Toc toc, je frappe à la porte d'entrée

Tic tac, l'horloge sur le mur accrochée

Crac crac, le feu dans la cheminée

Gling gling, voilà mes clés

 

Hop hop, les affaires sont mises à sécher

Crouic crouic une bonne douche pour me réchauffer

Miam miam, ces cookies bien dorées

Tip top, des mails pour m'encourager

Hum hum, ce lit bien douillet

 

Dring dring, le réveil vient de sonner

Hop hop, le matériel est rangé

Miam miam, un bon petit déjeuner

Clic clac, je ferme la porte à clé

Flic floc, la pluie sur mon K-Way...

 

 

Dans ma bulle (écrit le 18/03/2011)

Aujourd'hui, petite étape en comparaison des distances avalées ces cinq derniers jours. Il faut dire qu'après deux nuits de camping sous la pluie, il est grand temps de faire sécher tout le matériel. Je suis donc dans un motel à Crescent City, juste avant la «frontière» entre la Californie et l'Oregon.

Sécher le matériel, ça veut dire tout sortir le soir (même ce dont on n'a pas besoin)... Et tout ranger le matin. Bref, c'est pas de tout repos. Surtout qu'en même temps, j'en profite pour me tenir au courant de ce qui se passe sur notre planète.

La dernière fois que j'ai dû régulièrement aller dans un logement, c'était au Brésil, mi septembre 2010. depuis, j'ai passé la majorité de mes nuits sous la tente. Du coup, pas d'internet ou de télévision et pas de nouvelles de ce qui se passe sur Terre. Sur la Carreterra Australe, puis sur l'Altiplano bolivien et dans les Andes péruviennes, j'étais dans ma petite bulle. Non pas au pays des Bisounours (la misère est bien réelle en Amérique du Sud), mais dans une petite bulle où les préoccupations majeures sont manger, boire, dormir, prendre soin d'Espéranto et admirer les merveilles que la planète Terre a à nous offrir. Avec la météo très humide de la côte pacifique, je suis obligé d'aller dans un motel tous les deux ou trois jours. Je peux donc sécher mon matos et me doucher, mais j'ai aussi la possibilité de me tenir au courant de l'actualité internationale. Et comme dirait mon copain Alban: «c'est pas gégé!».

Depuis qu'il y a eu ce tremblement de terre dévastateur au Japon, tout le monde a les yeux rivés sur le pays du soleil levant et, pendant ce temps, Mister Khadafi en profite pour mener quelques opérations assassines, les affrontements font plusieurs morts au Soudan, Israël et Palestine continuent à se taper dessus... Et le XV de France prend une fessée contre l'Italie!

Aux États-Unis, les chaînes d'information continue diffusent à longueur de journée les images du tsunami qui a ravagé les côtes japonaises, comme pour se dire «heureusement que ce n'est pas arrivé chez nous!». Entre deux court-métrage montrant des maisons balayées par la mer et des gens en pleur, les commentateurs font des pronostics sur les chances d'explosion (ou plutôt les malchances d'explosion) du très nouveau célèbre réacteur n°4 de la centrale de Fukushima avec, à la clé, le descriptif très précis de toutes les séquelles liées à une irradiation. Bref, si on écoute Fox News et CNN, demain ça pète et on (les Américains) est tous irradiés. Pourtant la Chine et la Russie sont bien plus proches du Japon que ne le sont les US!

C'est d'ailleurs pour ça que je suis avec autant d'attention l'évolution de ce qui se passe avec ce réacteur n°4, ma prochaine destination étant la Chine! Mais, ne jouons pas les Américains et ne faisons pas de pronostics alarmistes. Attendons simplement de voir comment la situation va évoluer chez les Samouraïs et espérons que Khadafi va retrouver la raison, que les affrontements au Soudan vont s'arrêter, que Israël et Palestine vont enfin trouver un terrain d'entente, que... Argghhhh, pourquoi le monde est-il si cruel? Pourquoi tant de mauvaises nouvelles lorsque j'accède enfin à l'information? Tous les Hommes que j'ai rencontrés jusqu'à présent ont tous le même souhait: vivre en paix avec leurs proches, comme dans une bulle...

Je ne sais pas quelles seront les nouvelles internationales de demain. Pas plus que je ne sais ce que sera ma journée. La seule certitude que j'ai, c'est que, demain, je vais me lever et je vais reprendre ma route, lutter contre la pluie et le vent, écouter les oiseaux qui gazouillent, regarder les vagues qui s'écrasent sur les falaises, sentir l'iode de l'océan... Je vais retrouver ma bulle, dans laquelle la misère, la douleur et la pauvreté existent mais sont compensées par la gentillesse, l'entraide et l'optimisme. Je vais retrouver ma bulle, dans laquelle les préoccupations majeures sont les besoins essentiels de la vie: boire, manger, dormir et prendre soin de soi. Je vais retrouver ma bulle dans laquelle je peux me perdre dans mes pensées et rêver d'un monde meilleur...

 

PS: l'accès à l'internet a quand même un bon point: je peux lire vos messages. Merci! (et je peux aussi mettre le site à jour, accessoirement)

 

 

Pédale et pluie c'est tout (écrit le 17/03/2011)

Je m'étais préparé à la pluie et au froid. Mais dans l'Oregon et le Washington, pas en Californie. Je dois pourtant me rendre à l'évidence: la Californie du nord, c'est comme l'Oregon et le Washington. Il pleut et il fait froid.

Lorsqu'il pleut il y a deux solutions. Soit je reste au chaud quelque part et j'attends que ça passe, soit je roule et je me trempe. Attendre que ça passe, ça va bien s'il pleut un jour et qu'après c'est le grand beau. Mais ici, c'est pas comme ça que ça marche. La pluie de la côte pacifique, ça ressemble plus à une petite bruine dégueulasse bretonne (toutes mes excuses à mes lecteurs bretons) qu'à une bonne averse torrentielle marseillaise. Du coup, les prévisions météos sont simples. Aussi loin que les prévisions peuvent être établies, elles annoncent la pluie. Bref, attendre le soleil dans le nord de la Californie ça peut prendre du temps. Or, je suis un peu charrette sur mon timing et il faut que j'avance; j'ai donc fait le choix de rouler sous la pluie.

Pour braver les caprices du ciel, j'ai mon harnachement. Une fois que j'ai enfilé tout mon bazar, on ne croirait pas que je vais faire du vélo, mais plutôt que je pars en expédition sur Mars. Le plus malheureux dans l'histoire,c'est que, ça ne marche pas. Au bout de quelques minutes, j'ai les pieds et les mains trempés, puis à force de pédaler, j'ai les jambes trempées de sueur et, pour compléter tout ça, ma veste finit par laisser passer l'eau... À partir de ce moment là je n'ai plus qu'une seule solution: pédaler! Pédaler pour ne pas avoir froid, pédaler pour avancer, pédaler parce que, quitte à être mouillé, autant que ça serve! C'est l'aspect vicieux de la pluie: que vous rouliez 30mn ou 8h, le résultat est le même: vous êtes trempés. Comme je veux être à Vancouver le 30 mars au plus tard, je roule. Je serre les dents, j'essaie d'oublier le froid, je laisse divaguer mon esprit et j'appuie sur les pédales. La pluie, j'aime pas du tout et je crois que je ne suis pas le seul.

La nuit dernière, j'ai planté ma tente sous des red wood trees, comprenez des séquoias géants, ces arbres multi-centenaires de plusieurs dizaines de mètres de haut. J'étais protégé du vent, mais je voyais bien que tout en haut, ça dansait sévère et je n'étais pas très rassuré. Mais le sommeil a fini par prendre le dessus sur la peur et j'ai passé une bonne nuit (bien que très très humide). Mais ce matin, alors que j'avais repris la route depuis une petite heure, je suis arrivé à un «barrage». En discutant avec le «flagman», autrement dit, le bonhomme que tient le panneau «stop», j'apprends que ses collègues sont entrain de débiter un red wood tree qui est tombé sur la route durant la nuit. Le gars m'explique que les séquoias géants n'ont pas de racines très profondes (quelques dizaines de centimètres) et, du coup, avec le vent et les fortes pluies de ces derniers jours, des arbres tombent. Puis, comme s'il avait deviné ce à quoi je pensais (je vous rappelle que j'ai dormi sous des red wood trees la veille!), il ajoute «mais c'est surtout ceux qui sont sur des pentes».

Lorsque vient mon tour de passer, je longe le tronc (ou plutôt ce qui n'a pas encore était débité) et je passe devant le diamètre créé par les racines. Environ 6m. D'un côté c'est immense, d'un autre côté c'est très petit. Imaginez un pic de 120m de haut et une base de 6m de diamètre... Je veux bien croire que ce n'est pas très stable, surtout si l'arbre est implanté sur une pente, qu'il pleut et qu'il y a du vent. Je pense que les séquoias sont comme moi: ils ne doivent pas beaucoup aimer la pluie et le vent. Mais ces derniers jours, j'aime le vent!

En effet, ça fait trois ou quatre jours que j'ai un très fort vent de dos. Après avoir connu l'altitude péruvienne, le vent de face argentin et les pistes boliviennes, rouler au niveau de la mer avec vent de dos sur du billard américain, c'est le top! Dommage qu'il pleuve. Enfin, je ne peux pas changer les choses alors je pédale... Et pluie c'est tout!

 

 

Côte à cotes (écrit le 15/03/2010)

La Highway 1, qui longe la côte pacifique, fait partie des routes les plus belles des USA. C'est ce tracé que j'ai décidé d'emprunter entre Los Angeles et Vancouver. Cependant, la route ne suit pas exactement la côte et il lui arrive de passer dans les terres. Elle rejoint alors sa grande sœur la Freeway 101 pour quelques miles avant de retrouver le bord de mer.

Si la Highway 1 ne reste pas avec vue sur l'océan tout le temps, c'est parce que la côte est très découpée et très escarpée. Entre LA et San Simeon, c'est plat à en mourir. Mais à partir de San Simeon, le tracé devient plus montagneux. Évidemment, on est loin des dénivelés et des altitudes des cols andins. La côte la plus longue doit faire tout juste 8kms et la route ne monte jamais au-dessus de 200m au-dessus du niveau de la mer. Par contre, là où il y a ressemblance avec ce que j'ai pu vivre dans les Andes, c'est au niveau du pourcentage. Les côtes ne sont pas longues, mais par contre qu'est-ce qu'elles montent!! En tout juste 2kms, vous passez de 0 à 100m. Si vous êtes un peu matheux, vous pouvez trouver le pourcentage moyen de ces pentes à grands coups d'hypoténuses. Pour les autres, la solution est de venir directement vous frottez aux pentes californiennes!

Les petites côtes à répétition, ça fait mal aux jambes, mais surtout, avec la pluie, c'est très difficile à gérer. Lorsqu'il fait beau et chaud, on sue dans la montée et on sèche dans la descente. Facile. Lorsqu'il fait beau et froid, on se découvre dans la montée et on se couvre dans la descente. Ça se gère. Mais lorsqu'il fait frais et qu'il pleut, là, c'est la merd... Pour ne pas me faire mouiller par la pluie, je m'équipe en conséquence (sur chaussures, pantalon et veste K-Way). Du coup, je sue comme une bête dans les montées et je ne sèche pas dans les descentes. En d'autres mots, je macère dans ma sueur durant toute la journée. Vous avez de la chance que je ne puisse pas vous envoyer un échantillon d'odeur par mail, vous ne seriez pas déçus de la visite!

Entre la pluie et les routes escarpées, pas facile de trouver un endroit pour camper. Heureusement, je suis Français et les Français ont la cote aux USA. Du coup, je rencontre régulièrement des gens qui se prennent de sympathie pour moi et m'accueille pour une nuit. Ça m'est encore arrivé à Mill Valley il y a deux jours. Par contre, je n'ai rencontré personne de sympathique ce soir (peut-être parce que je sens trop mauvais!) et j'ai donc pris la direction d'un motel.

Le motel américain, c'est autre chose que les alojamientos boliviens et péruviens: un lit immense, une télé avec tellement de chaînes qu'il faudrait ne pas dormir pour toutes les regarder ne serait-ce qu'une minute, un frigo et un micro-ondes, une baignoire à la taille du lit, une cafetière, des serviettes dans tous les sens (une pour chaque partie du corps j'imagine), de la moquette ultra clean, un miroir gigantesque... Et du wifi haut-débit (mise à jour du site immédiat, Paul!). Évidemment, tout cela a un coût: 70$. Au taux de change actuel, ça fait dans les 50€, ce qui n'est pas donné. Pourvu que la cote de l'euro ne change pas (ou alors seulement dans le bon sens).

Bref, vous aurez que mon parcours américain est une histoire de cotes. Je grimpe des côtes le long de la côte tout en gardant un œil sur la cote de l'euro et en me réjouissant que les Français aient autant la cote auprès des Américains. En fait, la seule cote à laquelle je n'ai pas encore eu à faire, c'est la côte de porc. À ce propos, connaissez-vous la différence entre un charcutier et un marin? Le charcutier voit le porc avant la côte alors que le marin voit la côte avant le port!

 

 

Message important (écrit le 14/03/2010)

Madame, Monsieur,

 

 

Ce communiqué s'adresse plus particulièrement à toutes les personnes désirant faire du camping le long de la côte pacifique américaine.

 

Plusieurs plaintes ont été déposées ces dernières semaines pour vol de nourriture et déchiquetage de poubelles durant la nuit. La situation géographique des victimes s'étend sur l'ensemble du territoire californien et nous incite à croire qu'il ne s'agit pas d'un individu isolé, mais d'une bande extrêmement puissante et organisée connue sous le nom de «Raccoons gang».

 

Une enquête est en cours pour essayer de capturer les malfaiteurs. Toutes informations ou témoignages permettant de faire progresser les recherches sont les bienvenus.

 

Les caractéristiques physiques de l'individu recherché sont les suivante:

  •  
    • Taille: entre 40 et 70cm

    • Poids: entre 3,5 et 9kg

    • Signe particulier: porte un masque noir et une queue rayée noire/blanche

 

Si vous ne voulez pas être obligé de jeuner et que vous n'éprouvez pas de passion particulière pour le nettoyage matinal des poubelles éventrées, nous vous recommandons de:

  •  
    • Stocker votre nourriture dans un lieu sûr durant la nuit.

    • Placer tous vos déchets dans un conteneur destiné à cet effet.

 

De plus, afin de ne pas vous retrouver dans une fâcheuse situation en cette période de carnaval, nous vous incitons fortement à ne pas vous déguiser en Raccoon.

 

Toute personne portant un masque noir et une queue rayée noire/blanche sera poursuivie pour «faux et usage de faux et troubles quant à la conduite d'une enquête policière».

 

Fait à, Fort Point le 14/03/2010

 

Benoît, PPACTUDLLCGR

 

PS: PPACTUDLLCGR → Premier Président de l'Association des Cyclo Tourdumondistes Unis Dans La Lutte Contre le Gang des Raccoons (désolé pour le sigle, mais ma signature vaut son volume d'encre)

 

 

Portrait robot d'un membre du Raccoons Gang
Portrait robot d'un membre du Raccoons Gang

 

 

Good things need time (écrit le 12/03/2011)

J'ai atterri à LA le 26 février. J'y suis resté trois jours pour récupérer de mon transfert en avion et pour remettre Espéranto sur roues. J'ai ensuite entamé ma remontée de la côte ouest américaine et, six jours plus tard, je suis arrivé à Santa Cruz et depuis, je me repose. Le retour sur la Pacific Coast Road est prévu pour demain. Je profite donc de mon dernier jour de sédentarité pour vous faire un petit mot étant donné que j'ai reçu, ces derniers jours, un nombre incroyable de mails pour me demander pourquoi il n'y avait pas de nouvelles sur le site.

Il y a deux raisons possibles pour lesquelles je vous oblige à un «jeun de nouvelles». Soit c'est parce qu'il n'y a pas de connexions internet là où je me trouve, soit c'est parce que je n'ai rien de très excitant à vous faire partager. C'est un peu ce qui se passe dans le cas présent. En Afrique et en Amérique du Sud, il y avait énormément de différences avec ce que l'on connaît en Europe. Les paysages, les magasins, les gens, l'altitude, les animaux... Tout était découvertes, surprises et étonnements. Les USA sont moins surprenants. Personne ne me traite de gringo, les voitures doublent bien, on trouve de tout dans les supermarchés (mais pas de fruits tarabiscotés comme j'ai pu en voir à Lima) et je ne tombe pas malade à cause de l'eau. Bref, c'est le calme plat, surtout depuis que je suis avec ma famille américaine et que je ne m'adonne qu'à des «activités saladier»: discussions sur internet avec mes copains/copines, sieste, repas et piano.

J'ai joué du piano entre 4 et 14 ans, âge auquel mon professeur m'a dit «Benoît, tes doigts ne sont plus souples. Il va falloir choisir entre le piano et le volley!». J'ai choisi le volley et j'ai délaissé le piano, pour mon plus grand plaisir. Aller taper la balle avec mes copains me plaisait bien, plus que de réciter des gammes face à un clavier! Mais aujourd'hui, je réalise la chance que j'ai eu de pouvoir apprendre un instrument durant mon enfance.

Lorsque je vois un piano quelque part, je ne peux pas m'empêcher de jouer... Ou tout au moins d'essayer de jouer. Mon cerveau ne se souvient de rien. Mais mes doigts, eux, savent sur quelles touches ils doivent aller. Évidemment, il arrive toujours un moment où l'index de la main droite, ou son frère de la main gauche, vient à appuyer sur la mauvaise note et, là, je suis complètement perdu. Mais après un peu de pratique (et un petit coup d'œil aux partitions, aussi), mes deux mains retrouvent leur coordination et La Lettre à Elise, La Marche Turque ou La Valse d'Amélie renaissent sous mes doigts. Et même si je ne suis pas un maestro, je me fais plaisir en jouant.

J'ai attendu l'âge de 11 ans avant de voir la neige pour la première fois. J'ai patienté 13 ans avant de jouer au volley. J'ai appris à pédaler à 6ans, mais j'ai eu mon premier vélo à l'âge de 18 ans. J'ai rêvé 6 ans à mon tour du monde avant de partir. Il me reste encore près de 14000kms et 5 mois avant de crapahuter dans les Alpes tyroliennes... Et vous, devez patienter pour avoir quelques textes et quelques photos. Du hast Recht Sarah: Good things need time...

 

 

Power ranger (écrit le 10/03/2011)

Lorsque j'ai quitté Rio, c'était pour aller à Lima via Ushuaïa. Mais je me suis vite rendu compte qu'il était préférable, d'un point de vue moral, de «découper» le voyage en plusieurs étapes de quelques jours. Il est en effet plus facile d'accepter la pluie, le froid et toutes les difficultés du voyage si l'on se dit que c'est seulement pour une dizaine de jours. Fort de cette expérience, je suis parti de Los Angeles non pas à destination de Vancouver, mais tout simplement de Santa Cruz. Pourquoi Santa Cruz? Parce que c'est sur mon chemin et que c'est là qu'habite Molli, ma «American sister».

Voilà maintenant trois jours que je suis arrivé à Santa Cruz. Depuis, je navigue entre les différentes maisons, tous les parents de Molli n'habitant pas à Santa Cruz même, mais «dans le secteur». Je ne vais pas vous raconter pourquoi j'ai une famille américaine, ce serait un peu long. Sachez seulement que je ne suis pas à plaindre, loin de là! Tout le monde veut m'accueillir et je n'ai que l'embarras du choix quant à la maison où je vais aller dormir! Mon seul regret est de ne pas avoir prévu de rester plus longtemps en Californie. Mais l'été sibérien n'est pas bien long et il faut bien viser. Du coup, pas de long séjour en Californie et dans quelques jours je vais devoir reprendre la route et coucher à nouveau sous la tente.

J'aime ma tente (et j'aime mes tantes aussi, soit dit en passant). Dans mon petit abri de toile je me sens chez moi. Le problème c'est qu'il n'est pas facile de camper sauvage le long de la Highway 1. Soit c'est un secteur maison/piscine/Ferrari et on me prend pour un vagabond. Soit c'est un secteur falaise à gauche et falaise à droite avec risque de chute de pierres. Entre Los Angeles et Santa Cruz, je n'ai campé sauvage qu'une seule fois (et j'ai eu droit à un coucher de soleil magnifique, suivi par une voûte étoilée somptueuse!). Sinon, tous les soirs c'est State Park Campground.

Un State Park Campground, c'est un espace de camping aménagé, gardé et entretenu par des rangers. À l'entrée il y une petite guérite avec un ranger à qui il faut donner quelques dollars. À l'intérieur il y a tout plein d'emplacements calqués sur le modèle place de parking + morceau de gazon + table + barbecue. Il y a aussi très souvent une sorte de terrain vague avec quelques tables au milieu, le coin destiné aux extraterrestres voyageant sans véhicule à moteur. En général, l'espace «hike and bike» comme on l'appelle ici n'est pas le meilleur emplacement, bien au contraire et, bien des fois, je suis tenté de changer de place et d'aller m'installer sur un site normal. C'est vrai qu'en termes de taille, Espéranto ne peut pas rivaliser avec les RVs. Mais il est tout aussi baraqué qu'une moto! Simplement, les rangers qui patrouillent dans les allées du campground ne sont pas toujours favorables à ce changement. Pour dire les choses clairement, ils sont les maîtres du State Park où ils travaillent et toutes personnes désirant faire autre chose que manger des burgers en buvant une budlight doit leur demander l'autorisation. C'est ce que j'appelle la power ranger.

 

 

Jeu de piste (écrit le 04/03/2011)

Il m'arrive d'être un peu tête en l'air. Dernier exemple en date: j'ai renvoyé en France la carte Central California. Du coup, entre Ventura et San Francisco, je voyage sans carte. Enfin, ce n'est pas la pire des situations: le soleil est au sud, les gens parlent Anglais, les routes sont goudronnées et il y a une «Bike Route».

Dans le petit monde des cyclotouristes, la côte ouest américaine est un classique. Du coup, il y a beaucoup de pistes cyclables et de panneaux indiquant «Pacific Coast Bike Route». Voyager sans carte n'est donc pas un trop gros problème... Ou presque.

L'avantage de voyager sur une «Bike Route», c'est qu'il suffit de suivre les flèches. On suit une piste cyclable, puis on passe sur une route, on tourne à droite, on traverse une ville, on prend à gauche, puis re-piste cyclable, puis encore un village, un rond point, une autre route... Tout va bien jusqu'à ce que vous perdiez les panneaux. Et là, c'est le drame, parce que vous n'avez pas la moindre idée de l'endroit où vous vous trouvez.

Lorsqu'il n'y a pas de «Bike Route», il faut naviguer à la carte. Du coup, vous savez toujours où vous vous trouvez. Je suis actuellement dans la partie de la Californie dont je ne possède pas la carte, ce qui fait que, lorsque je perds les panneaux Pacific Coast, je suis complètement perdu. En général, la première chose que je fais est que je demande à quelqu'un s'il sait où se trouve le «Bike Path». Demander son chemin n'est pas forcément facile, tout le monde voyageant en voiture. En Amérique du Sud et en Afrique, il y avait toujours du monde qui marchait le long de la route. Des personnes facilement abordables. Ici, il faut commencer par arrêter une voiture. Ça fait partie des choses auxquelles j'ai dû rapidement m'adapter. Les autres choses qui ont radicalement changé en comparaison des pays que j'ai traversés auparavant, ce sont les magasins. Finis les petites échoppes de bord de route. Place aux supermarchés taille XXL! L'avantage de ces grandes enseignes, c'est qu'on y trouve de tout, en grande quantité et avec un important choix. Par contre, alors qu'il y avait des «tiendas» dans tous les bleds boliviens, il n'y a pas de Safeway ou de Vons dans tous les petits villages traversés par la Highway1. Après avoir raté deux «grocery stores», j'ai dû me rationner un peu pendant deux jours, pour mon plus grand désarroi. Être au pays des gros et ne pas avoir de quoi manger, c'est un comble! Inutile de vous dire que je n'ai pas raté le supermarché de Carmel et que j'ai fait une petite razzia au rayon cookies et bagels.

Mais il y a aussi les bons côtés des US, comme l'eau potable à tous les robinets. Je sais que je vous l'ai déjà dit, mais j'ai encore du mal à réaliser! Puis il y a la conduite des Américains. Personne ne me klaxonne, tout le monde me double avec au moins 3m, aucune voiture ne me dépasse si un autre véhicule arrive en face, il y a très peu de camions... Bref, de ce côté là, c'est le pied! En fait, je pense que la côte ouest Américaine est un excellent terrain d'apprentissage du cyclotourisme. À condition de faire le chemin dans le sens nord-sud. Pourquoi? À cause du vent!!! Une fois de plus, je me trouve confronté à un très fort vent de face. Et il paraît que ça devrait être comme ça jusqu'à Vancouver. J'essaie de faire avec et je baisse la tête pour être un peu plus aérodynamique. Il faut juste que je n'oublie pas de jeter un œil aux panneaux de temps en temps pour ne pas perdre les flèches. Il n'y a pas à dire, la «Bike Route», c'est une jeu de piste!

 

 

Ventura (écrit le 03/03/2011)

Si je vous dis «Californie», vous allez me répondre «soleil, palmiers, plage, mer, chaleur...». Mais la Californie au mois de Mars, c'est aussi «brume, vent pluie et froid». Pour le vélo, ce n'est pas la meilleure météo. Mais sans de telles conditions, je n'aurais jamais rencontré Daniel, Lori et Kyle.

J'ai quitté LA sous le ciel bleu. Quelques heures plus tard, les nuages faisaient leur apparition dans le ciel, puis, à partir de 15h, il se mettait à pleuvoir et à faire froid. Comme j'arrivais dans la petite ville côtière de Ventura, je suis allé au bureau d'informations touristiques pour savoir où je pouvais me mettre à l'abri. Prix des motels les moins chers, $85. Prix des campings, 40$!! En entendant ça, j'ai failli m'étouffer! En Bolivie et au Pérou je logeais pour l'équivalent de 5$! Mais il était maitnenant 16h, il pleuvait et il faisait froid. Je n'avais pas d'autres solutions que de rester à Ventura pour la nuit. J'ai donc pris la direction d'un des campings à 40$. Je me présente au bureau. La dame m'explique que cet espace est réservé aux RV's (prononcez «are viz», ces énormes camping cars grand luxe. Pour les vélos, il y a un autre campground un peu plus loin. Je réenfourche donc mon vélo et j'arrive rapidement à un espèce de terrain vague avec un mobilhome. L'endroit n'est pas des plus accueillant, surtout dans le brouillard et le froid. J'hésite à taper à la porte du mobilhome. C'est alors qu'un gars passe avec un parapluie. En me voyant, il me demande si je cherche quelque chose. Je lui réponds que je suis à la recherche d'un endroit sûr pour planter ma tente. Il me demande d'où je viens et où je vais... Puis il me propose de l'accompagner chez lui. Il pleut, il fait froid, je suis mouillé, l'endroit n'a pas l'air sûr, ce gars m'inspire confiance... J'accepte la proposition. Nous rejoignons alors sa voiture. Espéranto prend place dans le coffre, je prends le «shotgun seat» et nous prenons le chemin de la maison de ce monsieur.

Il s'appelle Daniel, travaille dans une église et dans une ONG. Il est habitué à voyager et me reçoit comme un parent. Il me montre la chambre où je vais dormir, la salle de bain et me donne une serviette. Puis il me dit qu'il va faire quelques courses. Sa femme n'est pas encore rentrée. Son fils et sa fille non plus. Je suis donc seul dans la maison. Ce n'est pas la première fois que des gens me reçoivent et me laisse seul chez eux après seulement quelques minutes. Je suis stupéfait de cette confiance que ces personnes m'accordent si rapidement. Jamais je ne toucherais à quoi que ce soit chez quelqu'un. Mais comment ces personnes peuvent-elles le savoir? Ai-je l'air aussi gentil que ça? Je suis bronzé, mal rasé, pas très propre, j'ai les cheveux dans tous les sens... Et même avec ça ces gens m'accueillent avec une gentillesse inouïe et me donne leur confiance.

Au petit matin, lorsqu'est venue l'heure de partir, Lori m'a tendu un petit sachet en papier contenant un sandwich, un paquet de chips, quelques cookies et un sachet de trail mix. Aux alentours de midi, c'est sur un banc face à la mer que j'ai sorti le petit sac en papier. Le sandwich était délicieux, de même que les chips et les cookies. Mais cette nourriture était pour moi bien plus qu'un simple lunch. En mangeant mon sandwich, je pensais à Daniel et Lori, mais aussi à tous ces gens qui, depuis mon départ, m'ont accueilli une nuit ou quelques jours avec autant de gentillesse. Un beau message d'amour et d'humanité!

 

PS: vous connaissez tous la marque de vêtement Patagonia? Hé bien elle a été créée à Ventura, Californie (par un Français!). Si vous avez une polaire à la maison, vous pouvez jetez un œil sur l'étiquette: Patagonia Ventura, Californie. (Puis si vous n'avez pas de veste Patagonia, allez faire un tour chez Décath!)

 

 

Argent liquide (écrit le 01/03/2011)

En Bolivie et au Pérou, la carte bleue n'est pas très répandue. Tout le monde paye avec des pièces et des billets (quoique certains utilisent aussi des pommes de terre et de la laine de lama). Aux US, c'est une autre histoire. Lorsque vous vous pointez à la caisse, on vous demande d'abord si tout s'est bien passé dans le magasin (oui, merci bien, je n'ai pas eu à repousser d'attaque de bagels), puis la caissière veut savoir si vous avez la carte fidélité (no, sorry, I am a gringo, à lire avec l'accent français, SVP), vient ensuite le tiercé debit, credit card or cash? Personnellement, je ne paie qu'en «cash», pour deux raisons majeures. La première, c'est que, à chaque fois que j'utilise ma carte bleue, je me fais ponctionner de deux ou trois dollars. La seconde raison, c'est que, en payant en «cash», je vois l'argent partir. Et depuis que je suis arrivé à LA, ça débite! Pour ceux qui ne maîtrisent pas l'anglais de base (oui, maman, je pense à toi entre autres), «cash», ça veut dire «liquide». Je ne m'étais jamais demandé pourquoi est-ce qu'on parlait d'argent liquide. Mais je commence à comprendre...

Admettons que vous soyez dans le désert avec un seau plein d'eau. Malheureusement pour vous, le seau a un gros trou dans le fond, comme le seau du cher Eugène, dans la chanson tiroir Chère Élise. D'ailleurs, si vous ne connaissez pas cette comptine, mais que vous avez parmi vos connaissances une Élise, je vous conseille d'apprendre les paroles pour pouvoir les réciter à chaque fois (oui, oui, à chaque fois) que vous croiserez votre amie Élise. Bon, donc, si on reprend, vous êtes dans le désert avec un seau troué et rien d'autre pour le boucher que vos deux mains. Vous aurez beau faire tout ce que vous pouvez, le seau va se vider, inévitablement (mais vous n'allez pas mourir de soif, parce qu'au dernier moment un super héros va arriver en tapis volant avec un plein tonneau d'eau et un vaporisateur géant. Je n'aime pas les histoires qui finissent mal). Aux États-Unis, le problème n'est pas l'eau. Il y a de l'eau potable dans tous les robinets (super méga chouette!). En fait, même l'eau de la chasse et de la station de lavage des voitures est potable! Non, le problème aux US, c'est l'argent. Il faut payer pour tout et puis surtout i l faut payer beaucoup. En comparaison de la Bolivie et du Pérou, où il était possible de vivre avec 5€ par jour (logement compris!), aux US et plus particulièrement à LA, l'addition est plus proche de 20$, ce qui doit faire proche de 15€ avec le taux de change actuel! J'essaie donc de fermer mon porte-monnaie pour retenir mes pièces et mes billets, mais il y a toujours une bonne raison pour l'ouvrir. L'argent sort de ma bourse aussi vite que l'eau s'échappe du seau troué du pauvre Eugène. Il n'y a pas à dire, le cash, c'est vraiment de l'argent liquide!

 

 

Copa Airline (écrit le 27/02/2010)

À l'origine, mon voyage comprenait trois vols. Mais comme j'ai dû «sauter» la Mauritanie, je me retrouve avec un périple à quatre vols... Réalisés par quatre compagnies différentes. J'ai eu droit à Air Maroc pour faire Casablanca – Dakar, puis j'ai testé Iberia pour le trajet Dakar – Rio et dans quelques semaines, c'est Air China qui va m'emmener de Vancouver à Pékin. Le vol manquant pour faire quatre, c'est celui que j'ai effectué hier, avec Copa, entre Lima et Los Angeles.

Je ne sais pas si vous avez déjà entendu parler de Copa Airline. Personnellement, je ne connaissais pas cette compagnie basée au Panama et la première chose que j'ai faite lorsque j'ai vu que c'était l'entreprise proposant les meilleurs vols entre l'Amérique du Sud et l'Amérique du Nord, je suis allé voir si elle figurait sur la liste noire! Je ne l'ai pas trouvée. Peut-être tout simplement parce que Copa ne vient pas en Europe.

Mais il y a quelques semaines, j'ai appris que Copa est depuis peu une filiale de Continental, qui est une compagnie tout à fait respectable et je me suis dit que Copa ne devait donc pas avoir que des vieux coucous! Le gros problème de Copa, c'est le prix à payer pour qu'Espéranto puisse voyager avec moi. Sur le site internet, si on respecte le règlement à la lettre, la taxe est de 75US$. Lorsque j'ai appelé la compagnie, la personne m'a annoncé la somme de 100US$. Puis, lorsque je suis allé à l'agence de Lima, la dame m'a dit 119US$, comme si les employés de Copa jouaient à «qui dit plus». En arrivant à l'aéroport, j'étais prêt à ce que le gars du comptoir me demande 150US$ et me fasse des histoires à cause du vélo. Il n'en a rien été!

Des aéroports, j'en ai fait. Des avions, j'en ai pris. Mais Copa a innové! Lorsque je me suis présenté avec mon gros carton, le gars n'a pas eu l'air surpris. Il a pesé la boîte d'Espéranto puis il m'a dit 119US$. Comme c'était le prix annoncé à l'agence et qu'il y avait une queue monstre derrière moi, je n'ai pas fait le chiant et j'ai payé. Puis il m'a demandé 30US$ supplémentaires (taxe bidon obligatoire uniquement si l'on quitte le Pérou depuis l'aéroport de Lima. Ne me demandez pas pourquoi, je n'en sais rien). Bref, en une minute j'ai déboursé 150US$ et je me suis retrouvé avec un porte-monnaie anorexique. Mais Espéranto était accepté dans le même avion que moi sans histoire, alors bon...

Une fois que le cher Monsieur de chez Copa a eu recompté ses sous, il a commencé à pianoter sur son PC... et la machine a planté. Il a trifouillé un moment pour essayer de continuer sur le même computer, puis comme la file d'attente commençait à ressembler aux meilleurs bouchons des grandes artères de Lima, il s'est résolu à aller sur une autre machine. Quelques minutes plus tard il est réapparu et m'a demandé si je n'avais pas 3 soles. J'allais le questionner savoir si c'était pour s'acheter un croissant pour son goûter, lorsqu'il m'a tendu une liasse de dollars en me disant «there must be 120US$». J'ai dû faire une drôle de tête parce que «Monsieur Copa» m'a tout de suite expliqué que la compagnie me faisait cadeau du transport d'Espéranto (youpiiiiiiiiiiiiiiiii), mais pas de la taxe d'aéroport, d'où les 3 soles, équivalents à 1US$. Je lui ai donné 3 soles, j'ai repris mes 120US$... Et mon porte-monnaie a repris du bide, pour ma plus grande satisfaction! Je me demandais seulement si Espéranto allait arriver en même temps que moi étant donné la brièveté de la correspondance à Panama City. Quelle ne fut donc pas ma joie en apercevant mon carton à Los Angeles! (Oui, parce que si j'ai commencé ce post dans les airs, je le finis sur terre).

Bref, le voyage s'est très bien passé... Enfin, jusqu'à la sortie de l'aéroport où j'ai dû me rendre à l'évidence que, vous allez rire, c'est l'hiver! Fini le short et le tee-shirt, fini la piscine et les nuits fenêtre ouverte. Il va falloir ressortir la veste et les gants, le collant et les surchaussures! Il paraît que ces températures ne sont pas normales à LA. Mais si l'on regarde vers l'est, on aperçoit des sommets enneigés, ce qui ne présage pas de grosse chaleur. Comme tout s'est bien passé avec Copa, je me demande si je ne vais pas aller à l'agence pour me renseigner sur les vols en direction de la Colombie (n'est-ce pas Claudia!)!